LES TOURBILLONS DE DESGARTES
— Descartes.
— - Je ne Toubliais pas, et précisément j'allais vous présenter l'œuvre de sa création. Si je ne nae trompe, plusieurs d'entre vous vont être bien étonnés.
— Comment cela? fit le professeur de philosophie. Supposez- vous que nous ne connaissions pas Descartes?
— Eh bien.... peut-être!
— Oh! mon cher astronome, vous nous jugez mal, dit le député. Qui ne connaît Fauteur du fameux Cogito : ergo sum ?
— Savoir ces trois mots par cœur ce n'est pas connaître le système des tourbillons, reprit l'astronome. Et la preuve, c'est que je demanderai à notre brillant professeur si Descartes a adopté le système de Copernic.
— Qui pourrait l'ignorer? répliqua le professeur. Le système des tourbillons, ou du plein des espaces célestes, n'est qu'un complément physique de Tarrangément mathématique de Copernic. C'est exactement la même disposition et le même ensemble de mouvements .
— Dites-moi, je vous prie, si Descartes croyait au mouvement de la Terre, demanda l'astronome au professeur.
— Évidemment! puisqu'il enseigne le véritable système du monde.
— Je vous disais bien que vous n'avez pas lu Descartes.
— C'est un peu fort!... Je n'ai peut-être pas spécialement remarqué ses descriptions astronomiques, mais tout le monde sait comme moi qu'on ne peut pas adopter le système de Copernic sans admettre le mouvement de la Terre.
— Eh! voilà précisément ce qui vous trompe. Au temps où Doscartes écrivait, une singulière hypocrisie régnait dans le corps enseignant. Or, le raisonnement de ces universitaires du dix-septième siècle s'amusa à concilier Josué et Galilée. C'est là peut-être le plus curieux du système de Descartes. Ce grand philosophe déclare que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, mais qu'elle ne bouge pas.
—Quelle plaisanterie!,., s'écria riiislorien, et quelle imagination vous avez !
— Il faudrait pouvoir démontrer ce que vous avancez là! fit le pas^ teur.
— Malheureusement, j'ai laissé Descartes dans ma bibliothèque, répondit l'astronome.
— Ohl s'il ne faut que cela pour constater le corps du délit, dit la marquise, tenez ! sur le premier rayon là-haut, à côté des Voyages, de Tavernier, je crois bien que ce sont des volumes de Descartes.
— Il me semble que c'est plutôt Robinson Crusoê, dit la jeune OUe, car l'autre jour....
— Les Principes de la Philosophie y par René Descartes, Rouen 1706 : voilà notre affaire, s'écria le professeur, qui déjà avait mis la main sur le livre.
Monsieur l'astronome, veuillez nous convaincre.
— Voyons 1... reprit celui-ci en feuilletant le livre. Troisième partie : Dumonde visible. C'est bien cela :n" 16... Ptolémée... Copernic... Tycho-Brahé... Système du monde.... N" 24 .- « Que les cieux sont liquides....» N° 26 : « Que la Terre se repose en son ciel, mais qu'elle ne laisse pas d'être transportée par lui, et qu'il en est de même de toutes les planètes.... » Messieurs, si vous permettez, je vais vous lire les principaux passages.
Écoutons Descartes :
« ... Je me range à l'hypothèse de Copernic, parce qu'elle me semble plus simpleetplus claire.... I^e vide n'existe pas dans l'espace.... Les cieux sont pleins d'une substance universelle liquide. C'est une opinion qui est maintenant communément reçue des astronomes, car ils voient qu'il est presque impossible sans cela de bien expliquer les phénomènes. La substance des cieux a cela de commun avec toutes les liqueurs, que ses plus petites parties peuvent aisément être déterminées à se mouvoir de tous côtés, et' lorsqu'il arrive qu'elles sont déterminées à se mouvoir toutes ensemble dans un même sens, elles doivent nécessairement emporter avec elles tous les corps qu'elles embrassent et environnent, et qui ne sont point empêchés de les suivre par une cause extérieure.... La matière du ciel où sont les planètes tourne sans cesse en rond, ainsi qu'un tourbillon qui aurait le Soleil à son centre. Les parties qui sont plus proches du Soleil se meuvent plus vite que celles qui en sont éloignées, et toutes les planètes, y compris la Terre, demeurent toujours suspendues entre les mêmes parties de cette matière du ciel. D'autant que comme