‹ Histoire du cielChapitre 97 sur 151 · LES TOURBILLONS DE DESCARTES · texte numérisé non relu

LES TOURBILLONS DE DESCARTES

dans les détours des rivières, où l'eau se replie sur elle-môme et touruoie en cercles, si quelque fétu ou autre corps léger flotte dans cette eau, on peut voir qu'elle les emporte et les fait mouvoir avec soi; et môme parmi ces fétus, on peut voir qu'il y en a qui tournent

La Terre soutenue par t'air et la mallËre céleste. Svslëme des Tourbillons (Rq du dix-sept icme siècle}.

sur leur propre centre, et que ceux qui sont plus proches du centre du tourbillop achèvent leur tour plus tôt que ceu?; qui sont plus éloignés. Ainsi on peut aisément imaginer que toutes les mêmes choses arrivent aux planètes, et 11 ne faut que cela seul pour expliquer les phénomènes.... La matière qui est autour de Saturne emploie quasi

trente années à lui faire parcourir son cercle ; celle qui environne Jupiter le porte en douze ans avec ses satellites ; Mars achève son cours en deux ans ; la Terre avec la Lune en un an ; Vénus en huit mois et Mercure en trois.... Les satellites sont emportés par de plus petits tourbillons. »

Voilà, messieurs, le système des tourbillons de Descartes, exposé par lui-même. J'ai lu les phrases principales de tout ce chapitre. Maintenant, écoutez encore une minute :

< La Terre n'est point soutenue par des colonnes, ni suspendue en l'air par des câbles; mais elle est environnée de tous côtés par un ciel très-liquide. Elle est en repos, et n'a aucune propension au mouvement, vu que nous n'en remarquons point en elle. Cela n'empêche pas qu'elle soit emportée par le cours du ciel et qu'elle ne suive son mouvement, sans pourtant se mouvoir, de même qu'un vaisseau qui n'est point emporté par le vent ni par des rames, et qui n'est point aussi retenu par des ancres, demeure en repos au milieu de la mer, quoique le flux de cette grande masse d'eau l'emporte insensiblement avec soi.... Semblables à la Terre, les autres planètes demeurent comme elle en repos en la région du ciel où chacune se trouve.... Copernic n'avait pas fait difficulté d'accorder que la Terre était mue ; Tycho, à qui cette opinion semblait absurde et indigne du sens commun, a voulu la corriger; mais la Terre avait beaucoup plus de mouvement dans son hypothèse que dans celle de Copernic. »

Eh bien I qu'en dites-vous?

— Et qu'en dit notre professeur de philosophie? s'écria la marquise.

— J'avoue que je n'avais pas remarqué cette ingénieuse manière d'arranger les choses, répondit le professeur.

— Ce mode de raisonnement a été adopté par l'Université de France jusqu'au jour où le véritable système devint trop éblouissant pour être ainsi laissé dans l'ombre.

Voyez, par exemple, ce que dit, en 1672, Rohault, l'un des premiers membres de l'Académie des sciences : « Ce qu'il y a de commode ou d'avantageux dans cette opinion , c'est qu'on peut contenter par là les personnes raisonnables et celles qui sont scrupuleuses ; celles-là, en leur donnant la liberté de penser

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