‹ Histoire du Collège d'Eu d'après des documents inéditsChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Arrivée des Jésuites. — Contrat de fondation du Collège. — Accord

de la Mi^nicipalité et du duc de Guise. — Donation consentie

par la ville. — Ouverture des classes

Les origines, la fondation, les premiers jours du collège d'Eu ue sont pas indignes de fixer l'attention, on a pu le voir. Le nom du duc de Lorraine jette sur cet établissement un éclat qu'il serait puéril de gro.ssir et lui donne une importance qu'il serait téméraire d'exagérer, mais il faut reconnaître que c'est là. dans Thi.stoire du collège, un point intéres-

(1) Histoire de la. Picardie par Nicolas Rumet, fol. 283 v°. (Bibl. Nat., Mss., fonds latin, n* 128S8.)

(2) Literx societaitis Jesu, Roma?, 1589, p. 307.

sant à signaler. Il n'est pas sans importance, en effet, de montrer que les historiens i-eiigieux ont présenté la création du collège d'Eu sous un jour différent, qu'ils ont ramené l'idée première du fondateur au seul désir d'être utile à des exilés anglais, passant ainsi sous silence le principal motif auquel avait, selon nous, cédé le duc de Guise lorsqu'il appela la compagnie de Jésus dans son comté. Il semble avoir suivi en cela une tradition de leur Orare, mais nous verrons que leur opinion est en contradiction avec des faits authentiques et que, par conséquent, il ne convient pas de l'accepter sans défiance. On aura remarqué sans doute les causes diverses qui ont favorisé la venue des Jésuites, et on a pu entrevoir les menées du chef de la Ligue unies à celles d'une société qui a, en quelque sorte, dicté des lois à la France pendant les troubles religieux du seizième siècle, loin d'être né d'un sentiment d'humanité ainsi que plusieurs écrivains l'ont laissé ù entendre^ le Collège d'Eu a dû sa création à une pensée politique. Quoi qu'il en soit, nous allons rapporter le récit des historiens de la Compagnie.

Dans la Vie de Henri de Walpole publiée il y a quelques années, le P. Possoz a rattaché la fondation du Collège d'Eu à celle de plusieurs établissements du même genre, de l'Artois et de la Flandre, ouvert en faveur des Jésuites anglais. Le collège de St-Omer, par exemple, n'aurait été créé, dit-il, que lorsque le séminaire d'Eu soutenu par les libéralités des Guises se trouva hors d'état de remplir le but qui l'avait fait établir. En acceptant cette assertion comme fondée, on voit que le collège d'Eu se trouverait relié par une communauté d'origine avec la maison de Saint- Omer. Les motifs invoqués par l'auteur auraient dû le conduire à citer en outre les collèges de Douai et de Lille car leur origine fut la même.

C'est d'après le témoignage des historiens de son ordre, à n'en pas douter, que le P. Possoz a attribué

à la maison d'Eu la destination de simple refuj^e destiné à des exilés. Le fonds de cctte'proposition parait vraisemblable, mais il est à remarquer que l'assertion en elle-même n'est appuyée d'aucune preuve. Il nous a paru utile de rechercher où le fait qu'elle annonce a été recueilli ; pour en trouver les traces il faut se reporter aux ouvrages qui Vont anciennement mentionné.

L'un de ces ouvrages (1) fait honneur à Robert Parsons ou Persons de Fidéc première d'établir à Eu un séminaire de Jésuites. Ce père qui, en 1575 et 1580, ne ménageait point ses voyages en France et en Belgique, à Louvain, à Anvers, à Rouen et à Paris, séjournait dans le pays de Caux pendant l'été de l'année 1583. 11 y aurait alors reçu les libéralités du duc de Guise, et donné ses soins à la création d'une maison à V.u, laquelle aurait été destinée à recevoir les jeunes Anglais catholiques chassés d'Angleterre. Après avoir passé l'hiver en Espagne, Parsons s'arrêtait de nouveau k Rouen et, de là, veillait ù l'accroissement du séminaire d'Eu, tout en négociant d'autres affaires qui intéressaient la religion catholique.

Tel est, dans ses traits les plus importants, le récit que fait le P. Henry More, l'un des recteurs les plus éminents du collège anglais de Saint-Omer. 11 n'y à pas lieu de s'étonner qu'un autre père Jésuite l'ait reproduit de nos jours en traitant de l'histoire de ce même collège. Mais ce dernier n'est pas le seul historien qui ait emprunté à Henry More les assertions qui viennent d'être rapportées. Dans Y Histoire de la Société de Jésus, parue à Rome en 1661, on lit sous la date de 1581 un passage que nons traduisons ainsi ; « Eu est une ville de Normandie située sur l'Océan,

(l) Historia yrrovincisc anylicanœ Soc. Jésu (Saiiit-Onier, 1050. p. l-2->,

« vis-à-vis de TAngleterre, Son comté apporiient à la « famille des Guises. Le duc Henri, d'accord en cela « avec Catherine de Clêves, son épouse, voulut, à Ti- « mitatiou de son oncle le cardinal de Lorraine, fon- « dateur du collège de Pont-à-Mousson, y créer un «collège, auquel il assigna quelques revenus, « Bientôt un temple s'éleva grâce au zèle ardent des « principaux bourgeois qui, unissant leurs efforts à « ceux des nobles, activaient les travaux. L'œuvre « fut ainsi conduite rapidement à bonne fin, de sorte « qu'au jour de la fête de Saint-Martin les cérémo- « nies religieuses commencèrent. L'année suivante, « les fondations de la maison furent posées en en- « tier ; et à ce moment les écoles anciennes, restées « ouvertes jusqu'alors, furent réunies entre les mains « de Jacques Manare qui fut le premier recteur de la « nouvelle colonie (1). »

On remarquera dans ces lignes que Thistorien ne parle ni de Jésuites ou d'écoliers anglais, ni de séminaire. Il prête au fondateur la seule intention d'imiter le cardinal de Lorraine son oncle, par les soins duquel avait été ouvert le collège de Pont-à-Mousson {[ui, comme on sait, devint fort célèbre et fut, avec ceux de la Flèche et de Clermont, à Paris, une des trois grandes universités créées par les Jésuites. Mais le récit est complété quelques pages plus loin. L'auteur reprend pour son compte ce que le P. Henry More avait dit avant lui de Parsons, et. reproduisant à peu près textuellement le passage cité plus haut, l'historien de la Société continue ainsi :

« Parsons, ayant passé l'hiver ù Rouen, termina et « mit au jour les ouvrages qu'il avait commencés « pour le secours des catholiques. Le Jiaaard l'ayant « conduit à Eu, auprès du duc de Guise, il remanjua « que cette ville, d'où le trajet en Angleterre est court, « serait propice à l'établissement d'un séminaire dans

(1) Illsluiriiv Soc. Jt'SK {lara (luinlu, lil>. 1. 1». iiO.

« lequel les enfants anglais et ceux dépourvus d'ins-

« truciion seraient instruits Le duc, stimulé par

« Claude Mathieu, provincial, non-seulement ap- « prouva ce dessein, mais encore, comme une gjxinde <i. partie du nouveau collège était construit, donna le

« vieux logis pour Tusage des Anglais Ce fut lu le

« troisième séminaire que la nation anglaise eut « pendant son exil (1). »

Des indications qui précèdent nous nous bornerons à retenir le fait suivant. D'après le témoignage de l'un des écrivains consultés, le collège d'En était déjà construit quand Parsons venu « par hasard » auprès du duc de Guise, obtint de ce prince une résidence à Eu pour les exilés anglais. C'est alors qu'oe attribua à ces derniers une partie du vieux logis. Nous voilà donc ramené à notre point de départ, et, puisque l'existence du collège est bien démontrée avant la venue des catholiques d'outre -Mauche, notre propositioa subsiste toute entière. La maison d'Eu à pu être momentanément désignée aux Anglais comme un asile assuré, mais nous ne saurions admettre, en nous conformant à l'opinion des historiens de la Société de Jésus, qu'elle ait été créée dans ce but seul. Un écrit du temps vient d'ailleurs nous fournir un appui qu'il est bon de ne pas négliger. Dans une première enquête faite en l'année 1584- par la mairie d'Eu à Tefïet d'unir le prieuré de Saint- Martin-au-Bosc, il fut déclaré : « qu'il y avoit giant « besoin d'un collège à Eu voisin de beaucoup d'hé- « rétiques (2). » Il est donc croyable que, s'inspirant de ses intérêts particuliers et ne les séparant pas, en cela, de ceux du duc de Guise, la municipalité comptait sur les Jésuites pour engager de nouvelles luttes contre les réformés. C'est pourquoi iî nous semble que le collège d'Eu devait servir, dans une certaine

(1) Historiée Soc. Jesu pars quintahh. 1., p. 84.

(2) Areh. du collège.

mesure, les vastes projets de son fondateur, que la création de cet étabissement dans une région ouverte aux huguenots se lie naturellement à un système de digues élevés en Normandie ainsi que dans d'autres provinces pour arrêter le flot de Tinondation

protestante.

Nous n'avons pas cru, en commençant ce travail, qu'il fût possible de raconter Thistoire du collège sans jeter un coup d'oeil rapide sur ces commencements. Mais nous nous arrêterons là dans une question qui pourrait être plus longuement débattue, sans pouvoir toutefois être résolue faute d'autorités décisives.

Dès l'année 1579, lors de son premier voyage au château des comtes d'Eu, Henri de Guise avait décidé la création d'un collège de Jésuites, d'accord avec le provincial de la Société. D'un côté, il s'était assuré des ressources pour cette maison en négociant heureusement l'union d'un prieuré, de l'autre en exigeant le concours de l'échevinage et des bourgeois. Dans ces circonstances qui précédèrent de deux années la signature du contrat de fondation, il adressa des lettres, datées de Blois, décembre 1580, au sieur de La Chaussée, chevalier des ordres du roi et gouverneur du comté, afin de disposer de l'opinion publique en faveur de son dessein. Le 10 janvier suivant, le gouverneur assem])la les habitants, et ceuxci, sur la connaissance qu'on leur donna des lettres du prince et du projet ((u'elles présentaient, consentirent, à l'unanimité, à convertir en collège « le ma- « noir, lieu et ténement de rhùpital normand. » Dans leur consentement ils introduisirent cependant une réserve, c'est que les Jésuites ne pourraient prétendre aucune chose sur les revenus de rhùpital, et que, dans le cas où leur Société délaisserait l'établissement projeté, la ville deviendrait propriétaire des bâtiments.

Sous ces conditions, le contrat de fondation fut

signé au Louvre au mois de janvier 1582. Dressé par deux notaires garde-note.s du roi au Château de Paris, cet acte, dont il n'existe à notre connaissance qu'une copie incomplète (l), exposait en premier lieu les sentiments auxquels o])éissnient les deux fondateurs, Henri V de Lorraine et Catherine de Clèvcs. Ils désiraient rhonneur de Dieu, l'exaltation de son saint nom, le salut de leurs âmes, et ils n'avaient rien tant à cœur que « de conserver et amplifier en leurs « terres et seigneuries, » la religion catholique, apostolique et romaine,

A cet effet, ils savaient combien il importait que la jeunesse « sommaire et pépinière des républiques et royaume» pût recevoir une honnête instruction. Ce résultat ne pouvant être atteint dans leur comté qui, quoique de grande et belle étendue, n'avait point possédé jusqu'alors de collège, ils désiraient remédier à cet état et promettaient do faire ériger, construire et bâtir, dresser et meubler de tous meubles nécessaires pour vingt-cinq personnes, en leur ville d'Eu, un collège de la compagnie de Jésus, habitation et classes au lieu où « par cy-devant » était l'hôpital ou Hôtel-Dieu. Pour la création de ce collège, l'entretien et la nourriture des prêtres, régents et écoliers jusqu'au nombre de vingt-cinq personnes, les fondateurs constituaient et assignaient à toujours une rente de 2,000 livres sur les deniers à provenir des ventes de bois de la forêt d'Eu, Et cette somme étant notoirement insuffisante, le duc et la duchesse de Guise s'engageaient â employer tout leur crédit pour obtenir l'union au collège du prieuré de Saint-Alartin-au-Bosc.

Le P. Claude Mathieu, agissant et stipulant au nom de sa compagie, promettait de son côté de mettre et entretenir vingt-cinq personnes dans la maison, aussitôt que celle-ci serait bâtie et meublée et que

(1) V. le Contrat de fondation.

Tunion du prieuré serait conclue. Outre ces vingtcin({ personnes, il était convenu qu'il y aurait h perpétuité quatre régents, bons, capables, et suffisants pour instruire la jeunesse en bonne mœurs et sciences, selon les constitutions de la Société de Jésus.

Par ces dispositions principales, on voit que le collège d'Eu ne devait être dans la pensée de ses fondateurs qu'un des petits collèges de la compagnie de Jésus. A vrai dire, celle-ci avait un enseignement complet dans chacun de ses établissements, mais il est utile de rappeler qu'elle en possédait de trois catégories. Ainsi dans leurs petits collèges les Jésuites ouvraient trois chaires de latin et de grec avec une chaire de rhétorique; da;s leurs moyens collèges ils ajoutaient aux cours précédents des classes de philosttphie ; enfin dans leurs grands collèges le tout était couronné par l'enseignement de la philosophie et des langues vivantes. Le collège d'Eu devait donc, à ses débuts rentrer dans la première de ces catégories puisqu'il ne s'y trouvait que quatre régents dirigeant quatre classes « en une desquelles on cisei- « gneroit la rhétorique et les bons auteurs grecs et « latin propres à la dite classe, et sur la fin de Tannée « sommaire de dialectique, et aux autres trois classes « on enseigneroit la grammaire grecque et latit e. « gratuitement, le tout selon l'ordre et police » qui se gardait dans les autres maisons de la compagnie.

Le contrat do fondation énonce en outre les engagements du P. Claude Mathieu envers les fondateurs, les obligations auxquelles il se soumettait, et sa promesse de dûment « entretenir et faire entretenir le tout et fournir aux charges imposées. »

Les Jésuites pouvaient dès lors arriver. Ils venaient d'arrêter les conditions de Tcxistcnce de leur nouvelle maison ; ils avaient si bien su gagner la faveur de la municipalité que celle-ci se montrait disposée û pourvoir largement aux ])escins de la première

heure. Et tandis qu'ils vaquaient à leur installation, la sollicitude du duc de Guise se manifesta de nouveau à leur égard.

On a déjà dit qu'il avait été donné aux Jésuites les bâtiments, la chapelle et les dépendances de l'IIôtel- Dieu ou hôpital normand ainsi nommé afin de le distinguer derhôpitalp/carc^ qui dépendait du diocèse d'Amiens. La compagnie, décidée d'abord à s'établir dans ce vieux logis des pauvres, s'étant aperçue que remplacement s'en trouvait « en basse situation où l'air pour gens d'estude estoit gros et très-malsain », avait jeté les yeux sur un autre terrain contigu au premier et appartenant à la ville.

Elle avait résolu d'en obtenir la cessfon. C'est à la réalisation de ce dessein que visèrent les démarches faites alors, en son nom, auprès de la Majorité. N'esant sans doute pas encore venir frapper une seconde fois à la porte de l'échevinage, ne sachant pas si elle ne leur serait pas fermée, les Jésuites soumirent leurs Vœux à Henri de Gui.se. Ce fut par l'intermédiaire de ce prince qu'ils négocièrent avec la Mairie l'abandon du jardin joignant l'ancien Hùtel-de-Ville. Disposant d'un tel appui et ayant pour elle la population, la compagnie de Jésus pouvait compter sur le succès de sa demande.

Elle était certaine d'avance de ployer à son désir la volonté de la Majorité, et d'avoir raison des scrupules s'il venait à s'en produire. Mais ne voulant point abandonner au hasard ou compromettre la fin d'une affaire qui lui importait pour son établissement futur, elle s'entoura de précautions dont elle sut fort bien se passer plus tard. Cependant rien, à coup sur, ne devait la mettre en défiance. Le danger de rencontrer une assemblée municipale rebelle n'existait pas. Pouvait-elle supposer que cette dernière serait assez osée pour opposer un refus qui aurait risqué de brouiller la viile avec « son prince « et naturel seigneur ? » Quoi qu'il en soit, en gens

avisés, les Jésuites eurent recours dans la circonstance au bon plaisir de leur protecteur.

C'était plus qu'il n'en fallait pour que leurs propositions fussent accueillies. Exécutant les ordres précis que lui adressa le duc de Guise, le gouverneur du comté, de concert avec le lieutenant général au bailliage, invita les habitants d'aviser sans retard sur la demande des Jésuites. Le 9 juillet 1581 ( 1582 n. s.) (1), en présence d'un grand noml^re de bourgeois, assemblés à l'Hôtel-de-Ville au son de la cloche, comme on avait l'habitude de le faire pour les affaires de la ville, Mgr de La Chaussée fit entendre aux échevins et aux habitants qu'ils étaient requis de délaisser à la compagnie de Jésus, outre l'emplacement de l'hôpital normand, qui lui avait été précédemment cédé, un certain terrain, contigu et joignant le jardin de Thôpital. La donation devait permettre aux révérends pères d'élever les bâtiments nécessaires pour « leur usage, demeure et commodité. » Aussitôt cette première ouverture, le g'ouverneur ajouta que la municipalité ne devait pas hésiter en considération du grand l)ien, de l'utilité incontesta])le, duprofit évident que le collège apporterait, avec l'aide de Dieu, à l'enseignement de la jeunesse.

Tout en mesurant â leur juste mesure les complaisances qu'on sollicitait, l'assemblée se montra disposée à accueillir, h l'unanimité, la demande qui lui était soumise. Considérant d'une part le maigre produit du jardin, de l'autre l'offre de donner en échange un terrain de meilleur valeur, on décida que le jardin convoité deviendrait la propriété des Jésuites, « pour tel effet qu'ils ti'ouvcroient plus « commode pour leur habitation tant du i-ecteur, ré- « gents et autres de leur compagnie ([ue pour i'aii'e « autres édifice.-. »

(1) L'Arme de donation est (laloiluyjiiillft 15S1. il faut lire 1582(n. s.). Cet acte cite le contrat do foml;»tion, il lui est nrccssairoment postérieur.

La donation était consentie à titre gratuit, toutefois certaines conditions furent arrêtées. Ainsi, on devait laisser un espace devingt-cinqpieds du côté de la grûngc THôtel-de-Ville (1), soit afin de permettre de sortir derrière cet édifice et de traverser la rue de la Poterne, soit pour se servir de cet espace en place vide et ouvrir une rue qui serait fermée de deux portes. De plus, il fut entendu que si les constructions projetées n'étaient point élevées, ou si ayant été élevées Texercice des classes était délaissé, en un mot si le collège venait à être abandonné par fortune de guerre, feu, peste, troubles contre la religion catholique ou par toutes autres causes, même par la faute de la compagnie et sa négligence, dans ce cas la ville rentrerait en possession du jardin et des bâtiments : « ce que les habitants supplièrent humble- « ment monseigneur de La Chaussée vouloir faire trou- « ver bon » au duc et à la duchesse de Guise, dont il se disaient les très-humbles et ol)éissants serviteurs et sujets.

C'est ainsi que la ville d'Eu, facilement persuadée par les raisons qu'on lui présentait, contribua à i'établissement d'un collège où la jeunesse devait venir apprendre la religion, les bonnes manières en même temps que les classiques. L'arrivée des Jésuites promettait un enseignement renouvelé et rajeuni, plus élevé et plus complet que celui qu'avaient offerts jusqu'alors les pédagogues des vieilles écoles municipales qui, abandonnées et dédaignées, disparurent dans le silence et dans Toubli. Grâce aux libéralités du duc de Guise les Jésuites se trouvèrent en mesure de quitter les premiers bâtiments qui les avaient reçus, ceux de l'hôpital normand, et ils purent construire les corps de logis qui subsistent encore. Pour accélérer les travaux et mettre la maison en état de recevoir « les personnes requises et néces-

(1) Il s'agit de rancienne Hôtol-de-Ville,

'( sairesà rexercice et profession des arts et sciences,» le fondateur fit don à la compagnie d'une somme de dix mille livres à prendre sur le produit des gardenobles qui lui appartenaient dans son comté d'Eu.

Au milieu de Tannée 158.3, la demeure des régents et les classes étaient élevées et aménagées telles qu'on les voit aujourd'hui. Mais les révérends pères n'avaient point attendu jusque-là pour appeler à eux les écoliers. Leurs cours avaient été ouverts dans les dépendances de l'hôpital, logement qu'ils délaissèrent après l'agrandissement du collège, vers l'année 1609.

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