‹ Histoire du Collège d'Eu d'après des documents inéditsChapitre 3 sur 13 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Lo prie'. ré tic Saint-Marlin-au-Bosc est incorioré au coHrgo. — Exil do la comjiagnlL'. — Lcltr.^s de Henri IV qui autorisent son retour. — Situation et état du collège. — Union do la cure de Moncliy-siir-Eu. — Création d'une chaire de plnlo-ophie. — Le coiléye d'Eu au xvir siècle.

Le collège n'Eu n'obtint pas, dès le début, un plein succès. Le nombre de vingt-cinq personnes dont parle le contrat de fondation fut loin d'être atteint pendant les premières années. On voit, en effet, dans des transactions et des enquêtes survenues vers Tannée 1580 qu'on ne comptait alors dans la maison que dix personnes, en y comprenant quatre régents et deux doniosti(|ues. Le collège n'avait point cependant du concurrence !-i redouter. Les vieilles écoles municipales avaient cédé la place au ikmivcI établissement, et la voix du régent universitaire, mnitrc ès-arts, Antoine do Boaucamp, n'avait plus do crédita coté de l'enseignement rival des .Jésuites. Mais on pourrait peut-être dire que les libéralités des comtes d'Eu,

leurs faveurs et leurs donations no suffisaient pas pour assurer au collège une prospérité féconde et remplir ses classes ouvertes au milieu des orages de la guerre civile. Il fallait une sécurité qui manquait absolument. Des ressources plus importantes étaient également indispensables.

Nous avons vu que le duc de Guise, en fondant Téta])lissement des Jésuites, s'était préoccupé d'accroître la dotation primitive. Il s'était engagé à obtenir de son frère, abbé commendataire de la riche abbaye du Bec, Tunion au collège du prieuré de Saint-Martin-au-Bosc, bénéfice situé dans la forêt d'Eu à peu de distance de la ville. Le consentement de Tabbô à cette union qui devait apporter aux Jésuites un revenu supérieur à la dotation principale de 2,000 livres, avaient été donné dès le mois de novembre 1579, en considération del'utilitépubliquequi devait résulter, non-seulement pour le comté d'Eu, mais encore « pour toute la province de Rouen, » de la venue de la compagnie. Les prieur et religieux du Bec-Hellouin avaient également donné leur adhésion, sous la retenue d'une redevance de vingt sols par an, et à condition d'entretenir à Ford'naire le service divin dans le prieuré. Les noml^reuses formalités qui accompagnaient dans l'ancienne jurisprudence canonique l'union des bénéfices et en rendait la procédure aussi compliquée qu'embarrassante, ne permirent pas au P. Manare, recteur du collège de jouir de Saint-Martin dès les premiers jours de l'union. Il y aurait eu imprudence de sa part d'en prendre possession avant que le pape n'eut donné ses bulles et que les provisions n'eussent été fulminées par l'official de Rouen, après les enquête et information ordinaires. Ce ne fut donc qu'au printemps de l'année 1587 que le P. Manare, saisi et vêtu du prieuré au nom de sa compagnie, en toucha les revenus.

Tandis que les Jésuites poursuivaient ainsi l'ac-

croissement de leurs biens, ils trouvaient les circonstances favorables pour agrandir le collège. Sur les instantes sollicitations du recteur qui s'était assuré d'avance le concours de la municipalité, il leur fut parmis d'aliéner une partie des fondations primitives à l'effet d'acquérir des terrains situés sur la rue Saint-Pierre et destinés à la construction des classes. Le provincial, bien disposé en faveur de ce projet, recommanda toutefois d'agir avec prudence, « vu l'incertitude du temps * et, sans doute, la situation pécunière de l'établissement. Aussi faisait-il prendre au recteur l'engagement de ne rien entreprendre au-dessus de ses forces. Bien que ce dernier se borna, dans la conjoncture, à exprimer l'espoir que tout irait bien, les craintes du provincial n'étaient que trop fondées ; les événements qui survinrent, en donnant raison à sa prudence, changèrent en un prochain déboire le succès qu'on s'était promis. La guerre civile fit irruption dans la contrée; elle y amena l'armée de la Ligue qui se flattait de frapper d'un coup décisif celui qui représentait alors la France moderne. Henri IV, après avoir conduit sa poignée de vieille troupe près de Rouen, s'était hâté d'abandonner Darnétal pour s'acheminer vers Dieppe, à la nouvelle que le duc de Mayenne sorti de Paris était à sa poursuite. Le troisième logis (6 septembre 1589) que fit l'armée royale fut devant Eu qui tenait pour l'Union. Le roi fît sommer le sieur De Lannoy qui commandait dans la place avec 400 hommes de garnison. Faisant mine de tenir bon celui-ci tira quelques coups de fauconneau, mais voyant le canon, dit Palmat-Cayet, il se rendit et signa une contribution de 20,000 livres en argent. De !à Henri IV alla loger au Tréport où il séjourna la journée du 7 septembre et une partie du lendemain. Le 8 il était dans la tranchée d'Arqués (1), aux portes de Dieppe,

(1) Lollrcs misaivcs de llniri IV, t. m, p. 38 cl 40.

d'où, si ie sort des armes lui était favorable, il espérait établir ses communications avec la reine Elisabeth. La haute normandie devint à ce moment le champ de bataille où la Sainte-Union joua une partie trafiique qu'elle perdit, et à compter de laquelle Plenri IV fut sauvé et, nous pouvons bien le dire, la France avec lui.

Pendant ce temps Mayenne, au lieu de se dirij^er droit vers Arques pour se butter contre les redoutes des troupes royales, avait résolu de prendre Dieppe en flanc. Dans ce dessein, il exécuta la même marche que son habile adversaire. Il vint ù Xeufchatel, à Gamaches, s'empara de la ville d'Eu où il campa deux jours pour que les bandes espagnoles qu'il attendait des Flandres et des garnisons des villes picardes eussent le temps de se joindre à lui, puis il marcha sur Dieppe où on sait qu'une défaite irréparable attendait ses 25,000 fantassins et ses 8,000 cavaliers.

Après la bataille, le Béarnais poursuivant la cavalerie ennemie reparut devant Eu, cette ville s'empressa d'ouvrir ses portes et d'en ofïrir les c!efs au prince dont elle méconnaissait le caractère, les talents et les incontestables droits au trône. Comme dans d'auli'es circonstances, Henri IV aurait pu être inflexible, il se montra clément, par un traité fait au camp de Dieppe, le 28 octobre 1589, il accorda ne mettre point de garnison en la ville d'Eu, et il rétablit dans ses fonctions le gouverneur, M. De Lannoy (1).

Nous laissons à penser quel pouvait être l'état du collège pendant la marche et les rencontres des deux armées. La situation de l'établissement, celle des maîtres était des plus précaires. On en trouve la preuve dans une supplique présentée au Parlement de Normandie en 1590, dans laque lie le recteur, Gabriel Roger, déplorant les embarras de toute sorte dont

(1) La Villo ,\T.v, p. 35«.

lui et les régents étaient accablés, exposant ses ci-amtes sur l'avenir du collège et indiquant sa na,f vrete, ajoutait qu'il n'était plus possible d'y vTvre

p.'^dTchMen T''"""' ""■""'■ '-'«foi-' m'oins P ejuaiciables à la maison que les mesures de ride es;,'"' Lor™""' '""'"' ^"'^'"*- '^ --P'sne lo.-., Henri IV vaincu par les instances de ses con

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o™,m?"°'"' "''.''"'"°i"-^ '■' =« que l'on chassât du ro aume ceux qui y étaient restés malgré l'édit ■ 1 s sont prudents et accorts, disait-il, aimant leu '• «surete et promet sachant très bien connoirtl-e oâ

rént ,v ■"'r>'^''de'-"n' de faire une escapade (3). . Henri IV inclinait à suivre les conseils de son am-

nl 'ië7"°T'''K''^"'^ «'"■ le moment opportun.

•nhn, le 2 septembre 1603, à Rouen, il signa des

lettres patenles par lesquelles les .résuites étaient

autorisés à demeurer, à résider dans les villes où ils se trouvaient et à rétablir leurs collèges ù Lyon, à Dijon et à la Flèche (1). Le roi, ayant rencontré de la résistance dans le Parlement au sujet de l'enregistrement de ses Lettres, répondit à Achille de Harlay avec une vivacité de son caractère : « Pour « les ecclésiasti(ines qui se formalisent, c'est de tout « temps que l'ignorance en a voulu à la science. Si «< la Sorbonne les a condamnés ça esté sans les con- « noistre L'université a occasion de les regretter, « puisque, par leur absence, elle a esté déserte, et « les escholiers nonobstant tout vos arrests les ont

« esté chercher dedans et dehors de mon royaume

« L'on dit que le roy d'Espagne s'en sert, je dis aussy « que je veux m'en servir et que la France ne doibt « estre de pire conditions que l'Espagne, puisque tout « le monde les juge utiles. Je les tiens nécessaires à « mon Estât. (2) » Henri IV, qui avait prié Claude Aquaviva de croire qu'il avait si à cœur le rétablissement de la Compagnie qu'il ne serait content qu'il ne l'eût conduite à sa perfection, persista dans sa volonté malgré les plus vives remontrances. Après avoir résisté pendant trois mois, le Parlement se décida enfin à enregistrer l'édit le 2 janvier 1G04.

Les Jésuites furent rappelés à Amiens le mois suivant par le comte de Saint-Pol, gouverneur de la Picardie, puis à Vienne en Dauphinê et à Rouen, Le 13 juillet 1606 ils obtenaient la facilité de créer un collège à Rennes ; le 27 juillet de la même année un nouvel édit les installait à Paris, à deux pas de la Sorbonne, dans leur collège de Clermont. « Leur re- « tour ainsi que Palma-Cayet en fait la remarque, « fut plus heureux et glorieux pour eux que leur « bannissement ne leur avait apporté d'incommodité « dans leurs affaires. «

(1) V. redit de septembre 1603.

(2) Lettres missives de Henri IV, t. vi. p. 182 et suiv.

Quatre années après le rétablissement de la Compagnie en France, les habitants d'Eu inquets de ne voir point se rouvrir les cours du collège interrompus depuis treize ans, adressèrent des députés au roi avec la mission de lui remontrer Tinconvénient qu'il en résultait pour eux et pour la province entière, et de le supplier de permettre ù la société de Jésus d'entrer de nouveau dans son collège. Les députés furent accueillis avec de bonnes paroles; on s'employait d'ailleurs à la cour à facil iter aux Jésuites leur installation dans différentes villes, à Gaen, par exemple (1). Henri IV, résolu à les soutenir et à les obliger, avait môme o])tenu du Grand Seigneur la permission d'établir une maison de leur Compagnie à Constantinople (2).

Le3mai 1607, à Fontainebleau, Henri IV signa des lettres patentes portant rétablissement des Jésuites dans leur collège d'Eu, parce qu'il jugeait, lit -on dans le préambule, « que ce collège est grandement utile « pour les habitants de la dite ville et pais circon- « voisins, pour estre leurs enfants instruits conjoin- « tement avec piété et bonnes lettres par les dits Jé- « suites (3). « On leur rendait la jouissance de leurs biens dont il avait été, au préalable, fait main-levée : on leur permettait d'accepter les biens, meubles et immeubles qui leur seraient donnés, légués et délaissés, le tout sous les condilions expresses de l'édit de septembre 1G03. La publication des lettres fut faite à Ku, le ["' juin 1G07, et les classes du collège furent ouvertes de nouveau, grAce au secours que la ville ne marchanda pas aux professeurs rentrés en grâce. Les bourgeois se cotisèrent afin de leur acheter des meubles; la comtesse d'Eu, à elle seule, leur envoya de trois à quatre cents livres.

(1) Lettres missives de Henri IV, t. vm, p. 957.

(2) Lettres missives de Henri IV, t. vu, \). 420, 427. (3). V. Lettres patentes du 3 mai 1607.

Les Jésuites se hâtèrent de réparer le tort qu'une absence si longue avait causé à la maison. Le projet de construire de nouveaux bâtiments, abandonné en 1589 comme nous l'avons vu, fut repris par le recteur. On obtint alors de plusieurs côtés les sommes nécessaires pour la consti'uction du bâtiment qui tend vers la rue Mouillette (1008). A ce moment et par suite des travaux entrepris disparurent les dernières constructions qui subsistaient de Thùpital normand. La maison principale fut transportée de la cour des classes dans la rue Saint-Pierre, sur un emplacement acquis d'un sieur Adrien de France (1). Mais il s'agissait, œuvre autrement importante, de rentrer en possession du bénéfice aumoné jadis, du prieuré de Saint-Martin-au-Bosc. Gela n'était pas sans présentei' de sérieuses difficultés, car, ù la faveur de la guerre civile, des étrangers s'étaient emparés sans scrupule de ce bénéfice et ils le détenaient. Gomme nous le verrons plus loin, les Jésuites d'Eu engagèrent alors une interminable procédure qui aboutit pour eux à un échec, bien qu'ils fussent appuyés par Frauçois Mython, sieur de Froideville, bailli vicomtal et personnage important, qui avoit été chargé, en qualité de commissaire du roi, de leur faire restituer le prieuré. Alors que, pour s'acquitter de sa mission, ce magistrat s'était présenté à Saint- Martin-au-Bosc, il avait trouvé les villages environnants occupés par des soldats, et les sergents qui l'accompagnaient avaient été reçus à coups d'arquebuse (2). Devant de tels arguments restés nécessairement sans réplique, la compagnie de Jésus jugea téméraire et indiscrète toute nouvelle teniative, de sorte que le prieuré ne lui revint entre les mains qu'en l'année 1610.

La même année, une initormation fut rédigée par

(Ij Inventaire des litres et papiers du collège d'Eu, (° \i. (2) Information sur l'union de la cure de Monchy [1610).

Alphonse de Bretteville sur runion de la cure de Monchy, après avoir entendu les dépositions des principaux officiers du comté (1). Dans cette enquête qui contient sur le collège de curieux et intéressants détails, 1 informateur trace un tableau assez triste de 1 état de la maison. Il dit d'abord que la chapelle tombait en rumes; que, d'un corps de logis au bas duquel étaient quatre classes et dont la partie supérieure contenait des chambres à l'usage des Pères les fenêtres étaient restées sans châssis, et qu'il n'y avait point de portes. Les bâtiments élevés dès les premières années étaient fort mal meublés. Le jardin était clos de vieilles murailles; on y voyait plusieurs constructions couvertes de chaume. Un tei état exagéré sans nul doute daus le but peu dissimulé d apitoyer sur le sort du collège l'autorité ecclésiastique, le conseil de la ville, les habitants et principalement la comtesse d'Eu, un tel état réclamait de prompts secours si Ton ne voulait pas que l'établissement fut fermé, ou qu'il passât entre d'autres mains, à la honte et au détriment du pavs . pour les grands fruits que les Pères y faisaient en leurs . exercices. « Le collège, il est vrai, au lieu d'entretenir vmg-cinq Pères, n'en comptait que quatorze; la bibliothèque était dépourvue de livres; des emprunts avaient été contractés, et de ce chef les charges communes avaient augmenté. Toutefois hâtons-nous d ajouter que la société de Jésus avait lieu de se montrer satisfaite du succès de son enseignement. La pièce deja citée nous apprend que les classes étaient alors fréquentées par 500 élèves environ.

La situation était donc loin d'être aussi critique qu on se plaisait à l'exposer. Néanmoins, en vue d'y remédier et d'assurer à la maison, pour l'avenir un revenu proportioné à la dép(^nse, les Jésuites fuVent mis en possession de la cure de Monchy et de la chapelle Saint-Eustache du Tôt, bénéfice â la nomination de la comtesse d'Eu (1G18).

A la même époque, cotte princesse cédant aux pressantes sollicitations de la société facilita par ses largesses, la construction d'une é^-lise destinée à remplacer la vieille chapelle de l'hôpital. A cette fin elle donna aux Jésuites le château du Bois-du-Parc qui fut démoli; elle leur aumôna différentes rentes seigneuriales, leur fit don de maisons, et leur envoya, tant que durèrent les travaux d'édification, un mandat annuel de qinze cents livres sur le receveur du comté. La générosité de la duchesse de Gnise ne s'arrêta par là : la bibliothèque reçut de nombreux vulumes, la chapelle, des tableaux, des ornements, et des tapisseries: les appartemenrs du mobilier! Ayant ainsi pourvu le collège qu'elle avait fondé de concert avec le duc son époux, elle put voir son établissement atteindre une prospérité qui s'était formée péniblement, mais qui continua, dès lors à se développer.

Catherine de Glêves mourut à Paris le 11 mai 1633. Tout en perdant en elle sa bienfaitrice, le collège eut rheureuse fortune de trouver de nouveaux protecteurs dans les princes auxquels passa le château des Guises.

Une circonstance fit bientôt voir jusqu'où les Jésuites entendaient pousser leur influence, et combien, à l'exemple de leurs ancêtres, les comtes d'Eu les favorisaient. Forts d'un appui largement accordé, les révérends pères entreprirent d'absorber les écoles rivales qui, en dépit de leurs efforts, étaient parvenues à dresser autel contre autel.

On sait que la société de Jésus n'avait pas la faculté ' d'enseigner la philosophie dans son collège d'Eu. La défense qui lui en avait été faite avait permis à un prêtre séculier, Christophe de La Fosse, d'ouvrir une école où il enseignait cette science, non-seulement aux jeunes gens qui voulaient profiter de son cours, mais encore aux clercs et aux prêtres de la localité Les Jésuites pensèrent avec raison qu'ils se

débarrasseraient sans trop de peine d'un champion de si mince valeur, en permettant à un des le»rs d'ouvrir de son côté une chaire de philosophie. Comme à Fépoque des ardentes quei'elles où avaient retenti la grande voix d Etienne Pasquier et l'éloquence impétueuse d'Antoine Arnauld, une lutte s'engagea entre la société de Jésus et l'Université. Celle-ci, fidèle à ses rancunes, prit fait et cause pour le professeur séculier. Elle s'adressa au Parlement en lui exposant que, « pour conserver la célébrité « requise pour Tavancement des letti'es, » elle l'avertissait que des prêtes à écoliers, venus à Eu, sous prétexte d'hospice et pour y enseigner le cathéchisme et les rudiments, entreprenaient de faire la philosophie, mendiaient de porte en porte les enfants et continuaient leur dessein « de découper et ruiner l'Université (Ij « Cette remonttance eut le sort de beaucoup d'autres, elle devait être vaine; les Jésuites ne s'y trompèrent point, usant d'une tactique habile. Ils s'assurèrent l'appui de Mademoiselle de Montpensier, comtesse d'Eu, et ils protestèrent auprès de la municipalité contre la façon d'agir de Christophe de La Fosse, laquelle ne pouvait qu'être préjudiciable au collège qui a.vait coûté jusque-là de si grosses dépenses à la ville. Si l'entreprise du prêtre séculier était favorisée, il s'ensuivrait la ruine de l'établissement et la perte de la jeunesse, La Majorité prit en considération la plainte des Jésuites, « étant certain « que les écoliers (luittoient sous le moindi-e prétexte « le collège pour aller chez le dit sieur de La Fosse « où ils avoient plus de liberté, « Surciuoi, « cosidéré « le préjudice nota])lc que ce dei'uier causoit au col- « lége et le libertinage ((u'il fomentoit parmi les « écoliers, » la mairie décida ([ue défense lui serait faite de continuer son cours et faire lectures de pliilo-

(1) Lebcuf. — /.;) i-lllr d'Eu, p. 445.

Sophie. En 1001 et 1000, Mademoiselle de Montpensier renouvela ses premières ordonnances à ce sujet.

C'est ainsi que le collège d'Eu atteignait peu ù peu le degré d'influence au(iuel il parvint au milieu du dix-septième siècle, assurait ses destinées et fondait sa réputation. En concourant pour une large part â répandre autour de lui l'instruction, en s'appliquant à développer le goût des lettres, la piété et les bonnes mœurs, en surveillant les écoliers livrés jusque-là à des habitudes violentes et vicieuses, en introduisant parmi eux la discipline, il réalisait les Aues de ses fondateurs. Habité par quinze Pères de la Société, il voyait ses classes de grammaire dirigées par quatre d'entre eux, tandis qu'un cinquième était préposé à l'enseignement de la philosophie, il se disposait à prendre rang parmi les grands collèges en obtenant du duc de Maine la création d'une chaire de théologie.

Dans les classes inférieures, celles de grammaire, les études du latin étaient préparées avec soin. Dans la dernière, jointe quelquefois à la cinquième — la huitième et la septième étaient alors inconnues — on devait expliquer en premier lieu quelques lettres familières de Cicéron, les Fables de Phèdre, quelques passages de Térence, des Bucoliques de Virgile, et apprendre les rudiments et les premières notions des syntaxes grecque et latine, venaient ensuite, pour la cinquième, les Fables d'Esope, Is Elégies d'Ovide, l'Enéide, des lettres de Cicéron, plus longues et plus difficiles; pour la classe suivante les Mélamorphoses expurgées et des Epitres d'Oviae, le Songe de Scipion de Cicéron, le Tableau de Cebés, des fragments d'Epictète, le cathéchisme grecque, et Samt Jean-Chrysostôme. Dans la troisième classe, les élèves devaient avoir entre les mains les discours d'Isocrate, leshoméliesde Saint BazileetdeSaint Jean- Chrysostôme, Esope, le De Amicitia, le De Senectute, le De Offîciis, de Cicéron, les Géorgiqices, les Tristes

— sodés œuvres de Catulle, TibuUe et Properce, avec les historiens Justin, Quinte-Curce et César,

L/usage du latin était prescrit dans toutes les classes. Chaque Semaine on récapitulait les leçons et on décernait aux élèves les plus méritants des récompenses : exemptions, jetons, bons points, ou des places d'honneur dans les réunions académiques des fêtes et dimanches. On ne passait d'une classe dans la classe supérieure qu'après avoir subi un examen de fin d'année. Les enfants ne restaient pas plus de ti'ois ans dans les cours inférieurs, et la division totale des études, correspondant à renseignement secondaire actuel, n'était que de cinq années.

Ce plan d'études, dont nous ne donnons qu'nn petit nombre de dispositions, était suivi au collège des Jésuites d"Eu de même que dans les autres maisons d'éducation de la Société. Appliqué par des maîtres versés dans la science pédagogique, il donnait de féconds résultats. Aussi vit-on à Eu leur collège, gouverné par des hommes éminents, accroître ses succès d'année en année, et rester pendant plus d'un siècle maître de l'instruction.

C'était pour la ville un légitime succès d'orgueil que la prospérité de son collège ; elle était également un sujet d'envie de la part des localités voisines. La présence de cinii cents ou de six cents étudiants fréquentant les cours des Jésuites (1) donnaient à la localité une grande animation. Les triomphes scolaires des écoliers, les solennités des distributions de prix, par-dessus tout les fêtes religieuses auxquelles les bons pères s'attachaient à donner le plus d'éclat possible, lcsvisîtesdesroisLouisXni(2)etLouisXIV(3), celles ([uc fit plus tai'd A l'établissement Mademoi-

(1) Arcli. do la Scine-IiiriM'ieui'O.

(2) Juin 1G41.

(3j Juin 1647.

selle de Montpcnsier, accompagnée de ses amies particulières, et entourée des gentilshommes du pays, des officiers civils et judiciaires, des capitaines et enseignes de la milice bourgeoise, le séjour de Bourdaloue et les sarmons, où cet orateur sacré essayait devant la foule des parents et des élèves son éloquence persuasive, furent autant de causes de succès qu'il convient d'associer à d'autres plus élevées si l'on veut expliquer la prospérité du collège et rintérêt qu'il sut, A toute époque, inspirer à ses protecteurs naturels les comtes d'Eu.

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