‹ Histoire du Collège d'Eu d'après des documents inéditsChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

i.fS recteurs Nicolas Hcnard, Agnieii Moreau, Joseph Malavalelto Jean Etienne, Etienne Nocl.^Nicolas Xau el Jean Cornuti. — La Bibliollièque. — Représentations théâtrales. — Exercices littéraires.

Le collège d'Eu trouva sans doute des éléments de prospérité dans l'appui des familles puissantes qui appréciaient ses titres à la reconnaissance publique. Mais attribuer la réputation qu'il sut conserver pendant de longues années aux protections et aux protecteurs, ce ne serait là que donner de ses succès une explication incomplète. Pour n'avoir point joui de la renommée éclatante d'autres établissemets du même Ordre, cette maison n'en exerça pas moins une salutaire influence. Pour n'avoir laissé qu'un nom obscur, elle n'en offre pas moins dans sa fondation et dans son développement, plus d'un fait intéressant. Pour avoir vécu enfin dans un centre étroit, ses recteurs n'en ont pas moins été mêlés aux querelles religieuses ou littéraires, ou même politiques de leur époque. Nous donnerons plus loin la liste de ces derniers.

Suffirait-il, néanmoins, dans ces recherches sur le collège qu'ils gouvernèrent, de citer leur nom. Quand on consentirait à nous accoi-der que cela suffit si nous n'en oublions aucun, il nous semble que ce serait se contenter à trop bon compte. La plupart d'entre eux étaient gens de mérite ; plusieurs furent des professeurs distingués. A des ti*res divers, les uns et les autres sont dignes d'arrêter un instant notre attention. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que chacun des collèges de la compagnie de Jésus pourrait avoir son histoire littéraire, et quoique les nombreuses pièces de théâtre, les thèses et les autres compositions représentées ou débitées dans les solennités scolaii'es aient, comme on le pense, perdu singulièrement de leur intérêt, il ne faut pas leur témoigner trop d'indifférence ni d'ingratitude. Malgré leur infériorité manifeste, ces productions ont leur place marquée, une place bien humble si on lèvent, dans l'histoire de la littérature; c'est à ce titre que Ton peut s'en occuper. On sait d'autre part, qu'il n'est point de débat littéraire dans lequel les Jésuites ne soient intervenus : point de controverse théologique où la voix de leurs casuistes n'ait résonné; point de querelle scientifique dans laquelle Ils n'aient bataillé. Ils professaient, prêchaient et combattaient tout à la fois, guerroyant avec honneur et profit pour l'Eglise et pour eux-mêmes. Peu de personnes soupçonnent la quantité de volumes sortis de leur plume ; cependant la collection seule de leurs écrits formeraient une bibliothèque considérable. On a évalué le nombi-e de leurs écrivains à plus de dix mille.

Parmi ces derniers, nous ne dirons pas parmi les plus brillants ni les plus féconds, il faut compter plusieurs recteurs du collège d'Eu. Nicolas Ilénard, (jui avant de prendre la direction de cotte maison avait été vicaire général de l'èvètiue de Verdun et s'éta/t fait reniar((uor par ses prédications,

pu])]ia, en 1600 et 160/t un recueil de sermons (l) :

r Serinons pour tous les dimanches de Vannée et toutes les fêtes, (Paris 1600).

2" Sermons sur les sacrés nii/stc/'cs des ])rincipales solennités de Vannée médités par N. Hènard, archidiacre d'Argonne en Véglise de Verdun et vicaire général de Mgr Vécéque et comte de Verdun, (1604),

Son successeur dans le rectorat, Agnien Moreau, prédicateur élo(iucnt, si l'on en croit les historiens de la compagnie, donna également au public un recueil de Sern.'ons composés pendant son séjour au collège de Moulins. Il fut remplacé ù Eu par un administrateur habile, le père Joseph Malavalette, qui sut mener ù bien la construction de la chapelle de son collège.

On doit à ce dernier les ouvrages suivants ;

1° Controversiam epitomem, (Paris 1623),

;?" Nuliité de la religion prétendue réformée nionstrée pa/' quatre preuves fort effiicaces, (Paris 1625).

3' Entretien des âmes dévotes, (Paris 1631).

4° Occupationem animœdevotœ in qua cariœ ad vitam sancte instituendam praxes traduntur, (1631).

Nous rencontrons ensuite un autre recteur adonné à rétude de Thistoire. Le P. Jean Etienne né dans le Niverlnais vers 1587, a laissé deux compilations dont une écrite en latin :

1° Historia illustriuni virorum Galliœ in omni génère laudis sive inter arma, sive in toga:

2° Les annales de la France depuis Pliaraniond Jusqu'à Louis XLT, (Paris 1635),

Après lui vient le père P. Etienne Noël, habile philosophe et surtout physicien célèbre, assure Moréri. Admis chez les Jésuites en 1599, il y enseigna

(1) Les détails bibliographiques qui suivent ont été empruntés en grande partie à la hibli<ithf)que des écrivains de la compagnie de Jésus du P. Augustin de Backer (Liège, 1859-1872), et à la Di~ bliollieca scriptorum Soc, Jesu de Natlianaél Sotwell,

fra]K)rd la philosophie et la théologie, fut fait préfet des études et vice-provincial de la Société, après avoir été successivement recteur des collèges de la Flèche, d'Eu et de Glermont à Paris. Il aimait les sciences et il était lié avec Descartes. Il se fit con- • naître par divers ouvrages sur les rapports de la physique nouvelle avec l'ancienne. Maiscecjui donna une certaine notoriété à soi nom ce fut sa dispute avec Pascal. On a de lui les écrits suivants au nombre de dix :

P De gravitate comparata, seii coniparatio (jravitatis œris cuni (jravitate liydrarcjii'i, (Parisiis 1648),

2° Phisica vêtus et nova, (Parisiis 1648).

3^ Plénum novis experinientis conjirniatum, (Parisiis 1648).

4" Aphorisnii plujsicl, seu Physicœ Peripatetwœ principia brevltcr et delucidé proposita, (Flexiœ, apud Georgium Griveau, 1646),

(5") Sol Flanias sive Tractatus de sole ut Jlaïuina est ejusque pabulo, (1647).

6" Lettres à Pascal.

Cet écrit et le suivant furent publiés contre les théories de Pascal, pour combattre ses nouvelles expériences touchant le vide.

7" Le Plein du vide, (Paris 1648 ^

8° Interpres, naturœ, sive Arcana Physica septem libris coniprehensa (Flexiœ 1653).

9" Examen Logicarum., (Flexiœ 1658).

10° Liber de mundo niagno et parro, supero et infero quem Deus tradidit hominum disputationi, id est examen Physicoruni, (Flexiœ, 1(550 .

Lors((ue Louis XIV encore enfant visita la ville d'Eu, en coinpHgnie de sa niéic Anne (rAutriche, au mois de juin 1647, on le conduisit en grande pompe entendre la messe dans réglise des Jésuites. Le collège avait alors pour recteur un houjme distingué, fort bien vu à la cour, le P. xNicolas Nau, fils de Jacques Nau, receveur général des financi^'s on Berri, et

petit-fils de Claude Xau, intendant des finances de Marie Stuart, puis secrétaire ordinaire de la chambre de Henri IV. Ce P. jésuite moins connu que son frère Michel Nau, missionnaire en Terr-e-Sainte, en Perse et en Arménie, professait avec éclat les humanités et la rhéthori(]ue. La visite du roi lui permit d'user de son crédit pour le bien de la maison qu'il gouvernait. Louis XIV lui fit don d'une somme do 500 livres, d'ornements sacerdotaux, de livres, entre autres, de l'édition royale des Conciles. Le P. Nicolas Nau prononça au collège de Clermont, à Paris, en 1645. une Oraison funèbre du cardinal François de Larochefoucauld. Il publia en 1685, à Lyon, une Etude sur le calendrier perpétuel.

Jean Cornuti, jésuite des ((uatre vœux, publia Tannée même où il fut appelé au rectorat du collège* en 1G50, sous le titre le Prélat acroinpN, une traduction d'un traité de saint Bonaventure, intitulé : De se.r aliis Serap/ti/n.

Après lui, on trouve à la tête la maison les révérends PP. Baillet et Baron, tous deux excellents humanistes ; Pierre de Saint-Germain qui se fit une certaine réputation conime prédicateur; Jacques Desmonts, fils d'un avocat au Parlement, enseigna les humanités avec succès et se fit remarquer dans l'étude des sciences sacrées.

Pour compléter cette nomenclature, nous ajouterons qu'après la suppression des Jésuites, le collège d'Eu eut pour principal l'abbé Auber (Guillaume- Jac(iues-Vincent), ne à Rouen le 22 janvier 1745. Appelé ù i)rofesser la philosophie à Eu et se sentant de la vocation pour l'état ecclésiastique, il en reçut tous les ordres sans examen. Il fut élu. en 1792. par l'assemblée électorale de Montivilliers l'un des administrateurs du département de la Seine-Inférieure. Il occupa la chaire des Ijelles letli-es à l'école centrale de Rouen jusqu'en 1803, époque où il mourut. L'abbé Auber, sous la direction duquel le collège avait pris

un aspect florissant, publia plusieurs mémoires sur l'agriculture, la conservation des bêtes à laine de race espagnole, sur les avantages que les collèges retireraient d'une correspondance avec les Académies, sur la nécessité de protéger et de rendre publics les chefs-d'œuvre de Part (1).

Un autre professeur du collège, Joseph Férard, né à Eu dans la première moitié du dix-septième siècle, envoya plusieurs pièces de poésie au concours de TAcadémie des Palinods, où il fut couronné deux fois en 17G0. Les pièces qui lui valurent cette distinction était une ode latine sur Caton et une ode française, dans le goût des œuvres lyriques de J.-B. Rousseau, où il soupirait ainsi sur la fragilité humaine :

Des rossignols de nos bocages On n'enlt'iiil plus les doux concerts : Ces beaux lieux, ces cliannanls rivages Ne sont plus que d'attreux déserts.

Nos bois ont perdu leur verdure, Tout meurt, hélas ! dans la nature.

Tout cède à l'empire du temps ; Rien n'échappe à sa faulx cruelle ; Il n'est point d'ai.tomne éternelle, Il n'est point d'éternel printemps.

Enfin, nous citerons un poème latin anonyme attribué à un professeur de réthorique au collège d'Eu, du nom de Roussel. Cette œuvre, intitulée Excidiam Aiigi et dédiée à Mgr de Larochefoucauld, archevêque de Rouen, fut composée vers 1766 (2). Elle fut quelques années après traduite en vers burlesques (3).

(1) Gilbert, yuhn. liinçir. cl litlcr, — Th. Le Breton. Tiingrapbie normande,

(i) L'Excklium AïKji est inconnu des auteurs du Dirtio)iuuire des Anonymes, et ne se trouve i>as à la Bibliolhéiiue Nationale.

(.3) Voy. plusieurs passages de la traduction dans la Ville d'Eu, p. 473.

Durant leur administration , un dos principaux soins des recteurs était d'auiiiiienter la bibliothèque dans laquelle ils s'attachaient à réunir les ouvrages pouvant servir à Tinstruction des l'éj^cnts. La collection ainsi formée contient environ 4.000 volumes, laissés, malheureusement, à l'abandon depuis le départ dos jésuites, et parmi lesquels se rencontre plus d'un livre curieux. Nous ne saurions dire (ju'il y en ait d'un prix élevé. La série des Pères de l'Eglise y est à peu près complote ; les Bibles s'y trouvent en grand nombre; les casuites de l'ordre de Jésus y occupent plusieurs rayons ; les poètes, les historiens et les pamphlétaires de la compagnie s'y dressent côte à côte, ces derniers s'entretenant peutêtre de leurs luttes et de leurs victoires d'autrefois, conime si défaites ou triomphes n'avaient pas été emportés par le temps. Notre intention ne saurait être de dresser ici un catalogue, mais qu'on nous permette de citer d'abord quelques écrits devenus rares, et qui ont eu leur jour de vogue dans une société érudite et batailleuse. On y voit Claude de Saintes avec son Discours sur le saccagement de» églises ( 15fi7 ), son E.ramen des doctrines de Calvin et de Bèze sur la Cène, et sa Déclaration d'aucuns atltéisnies. Puis viennent les Entreinangeries et Guerres niinistrales, de Feu-Ardent ; les Œuvres du P. Richeome (2 vol., 1G2.S); le Panthéon huguenot et YIdobitrie huguenote, du même; VEli.rir calviniste et la Recherche des Recherches, de Garasse ; V Abrégé de l'art et MétJiode nouvelle de bâillonner les ministres de France, par François Véron (1018), et un grand nombre d'autres libelles enflanimés, fruits de l'humeur disputeuse des membres de la compagnie, formant, si l'on peut ainsi parler, la partie militante de la bibliothèque du collège.

Une autre partie mérite également un coup d'œil. Nous citerons les nombreux livres à gravures sur bois, les Recueils d'Offices ornés de fleurons, la

plupart ayant conservé leur curieuse reliure primitive, puis les éditions anciennes de la Bible possédées par les jésuites. Ils avaient réuni plusieurs Bibles polyglottes; des Bibles gothiques, au premier rang desquelles il faut placer celles de U97, où on lit à la fin : Impresserunt autein solertes viri Francisciis Fradin et Johannes Pivarcl, socii iinpressores ; une Bible hél)raïque de 1539; une autre Bible illustrée (Pierre Regnault, 1540); un Psautier sans date^ à la fin : C{/ finist la translation en françoi/s du postule sur le livre des Psaumes composé par le vénérable et très excellent docteur en théologie de de l'ordre des Alineurs, maistre Nichole de Lire (l), imprimé à Paris par Pierre Lerouge, libraire et imprimeur du roy, nostre sire.

A ces divers imprimés, il faut ajouter bon nombre d'ouvrages sortis des presses des Aide, des Estienne, des Froben et des Wechel.

Si dans la composition de leur l)ibliothèque les recteurs avaient pris le soin de placer les Pères de Féglise : saint Jean-Chrysostôme, saint Augustin, saint Cyrille, saint Tliomas-d'Aquin, Lactance, etc., etc., il est presque superflu d'ajouter qu'ils n'avaient eu garde d'oublier les théologiens, tels que Sanchez, Escobar, Maldonat et Mariana. Mais, en grossissant leur collection d'année en année, ils ne s'étaient point occupés de rassembler tous les ouvrages relatifs à certaine branche de littérature ou d'histoire, comme le font de nos jours certains amateurs. Ils s'étaient proposé de faire une bibliothèque et, avec des ressources modiques, ils y étaient parvenus. Aussi avaient-ils réuni les chefs-d'a'uvre de la littérature : Homère, Virgile, Horace; les historiens grecs et latins, Thucydide, Hérodote, Pausanias, Dion Gassius, Tite-Live, Suétone, Tacite, chez les anciens;

(1) Nicolas de Lire, oi-igiiiaire du vilkiiic de Lire (Fure). Il fut provincial de son ordre en Bourgogne, el mourut le 23 octolire 13'éO.

Gré{^oire de Tours et Flodoard chez les modernes, et donné une place à côté de ces gi-aves écrivains aux poètes français des seizième et dix-septième siècles. Les occupations et les travaux des régents demandaient encore la reunion de biographies, de dictionnaires, de manuels, de sermonnaires. On trouve dans la bibliothèque cette série d'ouvrages dont il était impossi])le à des professeurs de se passer. Mais sur un pareil plan il était bien difficile de n'admettre que des livres de choix; aussi ne fautil pas s'étonner de ne rencontrer que des éditions d'une valeur restreinte et qui sont dans les mains de tout le monde.

En terminant ce rapide examen, nous devons indiquer encore, mais sans insister, les vingt-cinq manuscrits que la bibliothèque des Jésuites contient. Dans ce nombre, on peut remarquer VHistoria scholastica, de Petrus Comestor, manuscrit orné de lettres peintes bleu et rouge, et les Evangiles et les Actes des Apôtres, manuscrit sur vélin, enrichi de lettres ornées, écrit en l'année 1488 par Jehan Le Paulmier, professeur au collège de Navarre. Disons aussi que plusieurs volumes portent sur les plats les armoiries royales, d'autres les armoiries d'Orléans, et qu'ils proviennent de dons faits par Mademoiselle de Montpensier, le duc du Maine et le prince de Dombes.

Durant ses fréquents séjours au château d'Eu, où elle vint oublier les rêves décevants de sa jeunesse, sans doute ce qu'elle appelle quelque part ses grands chagrins. Mademoiselle de Montpensier visitait le collège, honorait de sa présence les cérémonies religieuses et assistait ù la représentation de belles tragédies : attentions que le chroniqueur ordinaire du comté ne manquait pas de relater à la suite du récit pompeux de VOrdre et entrée de Son Altesse Royale

dans la ville d'Eu, le 23' aoust 1661 (l). D'ailleurs, cette princesse portait au collège un intérêt fort vif qui se manifesta en diverses circonstances. Sa sollicitude itour la ville n'était pas moins grande. Elle y fit bAtir un hôpital pour Tinstruction des enfants et elle y plaça des sœurs de charité. « Quan 1 je suis à « Eu, dit-elle dans ses mémoires, je vais souvent « les voir travailler et je m'informe avec soin s'il est « bien administré. Elle avait, de plus, établi les filles de Saint-Vincent-de-Paul qui devaient fournir des sujets pour toutes les paroisses du comté afin d'y soigner les malades et d'y insti'uire les enfants (2). Ses bonnes œuvres et la mémoire des bienfaits dont elle avait comblé la contrée lui assurèrent la reconnaissance des habitants. En 1693, après sa mort, on lui renait avec pompe des honneurs funèbres dans la chapelle du collège et dans l'église Notre-Dame. A cette occasion, un panégyrique fut solennellement prononcé par un professeur de théologie, prieur du couvent des Frères Prêcheurs de Caen, le P. Féjacq (3), qui loua en termes peut-être excessifs les vertus de la Grande Mademoiselle.

Se rappela. t que l'éloge fait partie intégrante de toute oraison funèbre, l'orateur ne le mesura pas. Il montra Mademoiselle de Montpcnsier aimant la solitude , les pieuses lectures et les pratiques de piété, il dit que son cœur ne donnait pas dans l'amour des vanités et des mensonges, qu'il était peu sensible aux inquiets et dangereux plaisirs du grand monde, qu'il n'aimait rien de ce ((u'il ne devait pas aimer (4). Traits fort édifiants que nous

(1) Elle fust visiler pendanl son séjour les PP. .Icsuiles qu^ « luy firent voir une belle Inigcdie. » — Livre naujo.

(2) Eslancelin, llisl. des Comtes d'Eu, p, 287.

(3) Né à Amiens en 1647.

(4) Oraison funùhrc d'Aiitir-Mnrie-Loiiise d'Orléans, ilurliosse de Montpensier, prononcé ;i la ville d'I-^u dans l'église Saint-Laurent, le 26 juin 1693.

détachons pour permettre de juger des autres. Si le P. Féjacri ne doutait point qu'ils sauraient plaii'e à son auditoire, au duc de Maine pai- les ordres duquel la cérémonie avait lieu, et ù M. de Malézieux qui la présidait, il ne nourrissait sans doufe pas l'espoir qu'ils deviendraient une page d'histoire.

C'est à Mademoiselle de Montpensier, on ne Ta pas oublié, (\ue les recteurs furent redeval)les à la chaire de philosophie. C'est à sa présence à leurs distributions de prix qu'ils durent l'éclat (jue ces solennités atteignirent pendant plusieui-s années. Préparées avec soin et destinées à exciter l'émulation des élèves, ces grandes fêtes scolaires se composaient de représentations théâtrales et d'exercices oratoires. Le collège d'Eu, de même que les autres maisons de la Société, avait, en effet, un théâtre : pious terminerons ce chapitre en lui consacrant quelques lignes.

Une des manières de former les jeunes gens à la parole était de leur faire réciter des pièces de théâtre. Cet exercice ancien dans l'Université était fort en honneur dans les maisons de la compagnie de Jésus. On pourrait presque dire que chacun de ses collèges avait son magasin de décors, d'accessoires et de costumes indispensables à ces représentations qui se faisaient avec beaucoup d'éclat et étaient souvent acompagnées de ballets et de danses. Le développement pris par ces solennités dramatiques au dixhuitième siècle, les abus qui s'y étaient introduits et les inconvénients de plus d'un genre ({u'il était facile de signaler, les firent vertement blâmer par plus d'un esprit éclairé. Pour les combattre, les bonnes raisons ne manquaient point à leurs adversaires; mais la coutume était si ancienne et si générale qu'elle persista même après l'arrêt du Parlement de Paris du 29 janvier 1765, et qu'elle s'est perpétuée jusqu'à nos jours, sinon dans les collèges universitaires, au moins dans les écoles libres. Ces exercices avaient quelque utilité ; ils étaient surtout du goût des pa-

rents. C'était devant un public noml)reux et choisi que les écoliers débitaient les compositions dramatiques de leurs régents.

On suivait à Eu l'exemple du collège Louis-le- Grand. La distribution des prix y était souvent précédée d'une représentation théâtrale. En 1682, les élèves interprétaient une tragédie dédiée à Mademoiselle de Montpensier, et intitulée : Zuma ou le retour du Christianisme au Japon, tragédie pour la distributions des prix fondez par son Altesse Royale au

collège de la compagnie de Jésus, à Eu, le jour

d'aoust MDGLXXXII, à une heure après niidy. L'année 1700 nous fournit un autre échantillon des pièces de ce théâtre. La représentation du 10 février se composa d'une comédie en trois actes, œuvre du P. Joseph-Antoine de la Boissière, et d'un intermède. En voici le titre, l'argument et le nom des jeunes acteurs :

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