‹ Histoire du Collège d'Eu d'après des documents inéditsChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE Yl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yl

Construction des bâtiinent-, des classes et de l'église du collège d'Eu. — Los tombeaux de^ Guise. — Gab ries et salles souterraines. — Situation de l'église à l'époque de la Révolution.

Dans les premiers chapitres, nous avons raconté l'arrivée des Jésuites, la fondation de leur maison, et rappelé les souvenirs qui s'attachent à celle-ci. Après avoir épuisé de la sorte les renseignements, malheui-eusement trop peu nombreux, que fournissent les archives du collège et les collections des dépôts publics, il nous reste A compulser les liasses de comptes qui sont parvenues jusqu'à nous, et, en nous aidant des détails qu'on peut y recueillir, à jeter un coup d'œil sur les construcîtions où est établi le collège communal. La Compagnie avait tout d'abord logé ses pères dans les vieux bâtiments de l'hôpital normand, établissement qui, comme on l'a vu, lui avait été donné dès les premiers jours. Mais ce logis, situé en lieu bas et malsain, n'ayant pas convenu aux nouveaux venus, ils avaient obtenu une partie du

jardin attenant à la Maison de ville. Nous avons exposé dans les pages qui précèdent que le conseil municipal de ce temps, auquel on donnait le nom de Majorité, sollicité par le gouverneur du comté, avait fait don d'un terrain pour bâtir les classes des élèves et le logement des prol'esseurs.

Dans le jardin de la ville, les Jésuites assirent le premier corps de logis, composé des constructions qui entourent les cours. Les murs portent les dates de 1582 et 1583 figurées par des chevilles de fer, lesquelles nous apprennent que rachèvement des principaux bâtiments a suivi de fort près la signature du contrat de fondation et celle de la cession consentie par la ville.

On a écrit que Farchitecte qui reconstruisit le château d'Eu, vers le même temps (1580), fut aussi chargé de la direction des travaux du collège.

Nous ignorons sur quels indices repose cette assertion; à tout bien considérer on peut cependant l'accepter comme vraisemblable. Cet architecte, natif de Beauvais, se nommait Claude Le Roy. « Il étoit, dit un « anonyme, masson de Mgr de Guise et mesureur « arpenteur. Nous tenons ces détails de son épitaphe, « petite pierre gravée à l'entour de compas et de « fleurs de lys avec des mains jointes qui s'échap- « poient des nuages de la tombe. Elle avoit servi à « paver, étoit cassée en quatre morceaux et jetée « dans les décombres de la grande église (1). »

Les bâtiments se composent d'un corps de logis appuyé contre la terrasse de l'ancien Hôtel-de-Ville et sur lequel tombent deux ailes orientées vers le levant. Un autre bâtiment contenant les classes, et dans sa partie supérieure les appartements affectés anciennement au logement des régents, tend vers la rue Mouillette. Ce dernier fut élevé en 1608, après le

U) Note tirée des arcliives du coUéue.

retour des Jésuites. Une note de Tun des registres du collège semble indiquei- que le maire et les échevins contribuèrent de leurs deniers à sa construction (1).

Au-dessus du passage voûté, qui conduit dans la seconde cour, on remarque les armoiries des fondateurs. Elles sont accompagnées d'un écu ovale portant les armes de la ville : cVargent au léopard cld gueules, et celle des anciens mayeurs : de sable à l'aigle éploijé d'argent, avec ces mots pour exergue : EV l'ingénievse (2).

Au fronton de la porte d'entrée est gravé le mot Collegiuni. La porte présente des pilastres dans le goût antique, un fronton brisé, des colonnes à bossages et des consoles renversées. C'est le style très en vogue au commencement et pendant une partie du dix-septième siècle.

A côté, faisant face à l'ouest, s'élève le portail de la chapelle. Les Jésuites n'eurent la facilité de construire celle-ci que cinq années après leur retour (1612). Ils avaient eu jusqu'alors pour église la chapelle pauvre et modeste de l'ancien hôpital (3), sanctuaire peu digne assurément de Dieu et de leur Compagnie. « Bastye de fort ancienne construction assez « ruineuse et en lieu obscur et humide », elle contenait trois autels, « deux desquels n'estoient parez n'y enrichis de « tableaux ou ornements pour la nécessité de la maison, » ainsi que le recteur l'attestait en l'année 1610 (4).

Elle fut remplacée par un édifice dont l'importance est telle qu'il ressemble bien plus à une église paroissiale de petite ville (lu'à la chapelle d'un collège; mais à Eu, comme autre pai-t, les Jésuites n'étaient

(ly Invenluirp, fol. 1 v".

(2) Ces mois onl oLc vi-aiseinhlulilenionl ajoulùs de nos jours.

(3) Son cliapclaiii, pris paiiiii li; clei-iié .'^Oculior de la ville, élnit à la noiniiialioa de lu iiiaii'ie. — Livre iùjuiic, fol. 88 v°.

(4) [nfurinalion failr jionr Vitiiion de la curr ilr .Vohc/i;/.

pas seulement professeurs ; il est probable que leur église toute grande qu'elle soit leur a paru plus d'une fois trop petite. Cette église eut, sans nul doute, été bâtie plus tôt si les troubles, les guerres et l'exil qui poursuivirent les pères de la maison d'Eu ne l'avaient empêché. L'acte de fondation portait, en effet, que les fondateurs s'engageaient à ériger un collège avec son église, ses habitations et ses classes. Dès Tannée 1583, ces dernières constructions étaient élevées , il restait à doter d'une église l'établissement nouvellement fondé.

Aussitôt qu'après leur exil la maison d'Eu eut été rouverte, les Jésuites jugèrent les circonstancers favorables pour rappeler à la douairière de Guise la promesse du duc son mari. Le recteur lui adressa une supplique à l'effet d'obtenir un temple nouveau. Catherine de Cléves accéda à ce désir. Elle donna au collège son château du Bois-du-Parc pour qu'il fût abattu et qu'on en employât les matériaux à la construction projetée. La démolition du château dura plus de six mois; elle coûta en frais de maind'œuvre et de transports cinq cent cinquante livres environ. Ce premier travail terminé, le recteur et le procureur de la maison traitèrent de la maçonuerie de l'église avec deux maçons de Dieppe, Michel Lhermite et Jacques Loutret; de la charpente avec Richard de Caux; du sable, de la chaux et des iH'iques avec Jean Alix, Ces dispositions étant prises, on posa la première pierre de l'édifice le 14 mai 1613 (1). Ce fut par l'abside que l'on commença; la première pierre du portail ne fut posée qu'onze années plus tard, au mois d'octobre 1624, et les travaux ne paraissent avoir été complètement terminés qu'au mois de septeiPibre 1628. C'est à cette dernière date que se clôt le Livre du ba^timent de VesQlise (2),

(1) Note marginale du Livre du bastiment de l'esglise.

(2) Arch. du collège.

cahier de compte tenu par le procureur de la maison, et contenant, jour par jour, pour une période de seize années, les recettes et les dépenses auxquelles la construction de Téglise des Jésuites donna lieu. Entre autres renseignements que Ton peut puiser dans cet intéressant recueil, on trouve que les dépenses s'élevèrent à la somme de 43, 444 livres (1;, et que ce fut Catherine de Glèves qui en fournit trente-cinq mille livres au moins pour sa part. Chaque année la duchesse de Guise envoyait un mandat de quinze cents ou de deux mille livres à toucher sur les revenus de son comté. Sans préjudice de ce mandat annuel, elle donna au recteur, en différentes circonstances, des sommes importantes, une maison qui fut vendue 840 livres et, de plus, les 800 livres que Mademoiselle de Baromesnil payait pour sa garde-noble. D'autres donations recueillies par les Jésuites furent appliquées à l'achèvement de l'église. Ils reçiu-ent du gouve!'neur du comté 600 livres; d'un sieur Quentin, d'Abbeville, 600 livres; du maire el des échevins, 300 livres et une cloche ; de Madame de Gamaches, 500 livres; de Mesdames du Hénon et de Rambures, des nappes d'autel et des ornements ; de M. de Ligny, une rente de 100 livres. Il convient de compter au nombre des donateurs : l'arche\èque, l'archidiacre et le chapitre de Rouen, le mayeur et sa femme Antoinette Mython, le bailli du comté, le lieutenant civil Le Beuf, le contrôleur Mauquois et M. de Valines.

(1) Elles se décomposent ainsi : liv.

Du 21 août 1612 au 12 juin 1618 l't.W;?

— 16 juin 1618 au U) juillcl 16i9 l,6()ô

— 10 luillel 161'.» au 17 mai 1621 iJfiS

— 17 mai 1621 au 27 ;uin lij22 4,9ôS

— 27 juin 1622 au K) oclohi-e 162! 4,ô2l

— 13 ocloliio 162! au 13 noveml.rc 1625 . . 8,876

— 13 novembre 1625 au 3 mai 1627 1,8''2

— 3 mai 1627 au 3 lévrier 1628 732

— 3 février 162s au 3 août 1628 1 .22 1

41,i'il 65 18

Les comptes du Livrée du hast i ment, d'où sont extraits les détails qui précèdent, étaient arrêtés et approuvés par le provincial de la Gonripagnie lors de ses visites. Voici un des arrêtés :

« Le mardy dixiesme jour d'octobre 1623, les « comptes de la recette et despense de la fabrique de « réglise neufve de ce collège ont esté rendus au « R. P. Ignace Armand, provincial de la province « de France, parle P. Macqueron, premier procureur « de ce collège, et trouvés que depuis le dernier « juillet 1(Î22 que les derniers comptes en furent « rendus jusqu'au dixiesme octobre susdict le « receu de la dicte fabrique est de la somme « de 4,851 1. 2 s. »

« Restoit à la bourse par les dits « derniers comptes rendus 286 li 3

« qui font la somme de 5,137 1. 16 s, 3

« le despendu du mesme temps la

« somme de 4,521 1 1

« Et partant plus receu que despendu

« la somme de 637 1. 15 s. 2

« qui sont à la bourse de la dicte fabrique.

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