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L'ECOLE CAPITULAIRE DE SAINT-MEXME

César nous apprend dans ses Commentaires que les Gaulois confiaienl aux Druides l'instruction des enfanl

Cependant, l'enseignemenl public ne fui réellemenl organisé dans les Gaules que quelque temps après la conquête. Auguste jeta les bases de cette organisation el

ses successeurs continuèrent so uvre, laissant presque

toujours une large pari à l'initiative privée, mais conseï vanl ii l'Étal un droit de contrôle absolu.

Les écoles municipales, qui florissaienl dans la pluparl des villes vers la fin de l'occupation romaine, avaient doue été créées iw^i- l'assentimenl Mes empereurs, sou venl même par leur ordre. Leur personnel, sauf de rares exceptions, se recrutail en dehors du clergé H l'on y enseignait le grec el le latin

Ces établissements disparurenl lors de l'invasion des Barbares, el les ténèbres de l'ignorance auraienl de non veau couverl le pays tout entier sans l'initiative des évêques el «les moines qui, partout, ouvrirent des écoles.

Cette situation resta stationnaire jusque vers la fin du vme siècle, époque à laquelle Charlemagne donna une impulsion considérable à renseignement, il réorganisa

(1) Livre VI, chap. L3 el suh ants.

(2) Le code théodosien donne d'intéressants détails sur l'organisation de ces écoles, sur les conditions qu'il fallait remplir pour être admis

gner, sur les récompenses el les honneurs déce nés après 20 ans aux professeurs émérites, etc.

les écoles fondées par le clergé, en créa de nouvelles et, à toutes, donna sa protection. Mais, après lui, l'instruction périclita rapidement. La plupart des écoles publiques se fermèrent, les autres végétèrent, et, pendant plusieurs siècles, le travail intellectuel se trouva relégué dans les cloîtres. C'est là seulement que l'on étudiait sérfeusement. Il n'y avait du reste de livres que là; et ces livres étaient des manuscrits que les religieux copiaient et recopiaient sans cesse, reproduisant ainsi, souvent en les commentant, les chefs-d'œuvre de la littérature ancienne. C'est, il faut bien le dire, grâce à ce labeur incessant des moines du moyen âge que les productions littéraires de l'antiquité sont parvenues jusqu'à nous.

Vers le milieu du xne siècle, un réveil littéraire et scientifique se produisit presque partout en France W. C'est de cette époque que date la fondation, à Chinon, des premières écoles dont l'histoire nous ait conservé le souvenir.-

En 1142, en effet, Hugues II, d'Etampes, archevêque de Tours, établit dans notre ville des écoles publiques destinées à l'instruction de la jeunesse <2> et dont il confia la direction et l'administration au chevecieret aux chanoines

de la collégiale de Saint-Mexme |:|>. <( publicas haberi

jussit schalas Gainone erudiendis formandisque adolescenîlbus, quorum regimen ruraux/m' demandavit Capîcerio et Canonicis illic hœrentibus (i> ».

Il est bien difficile de dire quel genre d'instruction les chanoines donnaient aux élèves qui fréquentaient leurs

(1) Xnas avons eu effet constaté qu'un assez grand nombre d'écoles publiques s'ouvrirent alors dans des diocèses différents.

(2) Plusieurs auteurs rapportent la fondation de ces écoles à l'année 1144. Le Gallia cMstiana donne les deux dates dans deux passages différents, mais il nous semble, d'après le texte de Maan. que celle de 1142 doive être adoptée.

(3) Les moines de l'antique abbaye de Chinon, qui, dès le temps de saint Mexme, étaieni soumis à la vie religieuse et qui, sous l'épiscopat de Théotolon, avaient adopté la règle de saint Benoist, étaient en effet déjà sécularisés el avaienl à leur tête un chevecier au lieu d'un abbé.

(4) Maan. Sancta et metropol. eccl. Turon Tours, 1667, p. 114. — Voir à la

lin de ce volume (pièces justificatives, A) la reproduction de tout le passage de Maan relatif à Cette question.

écoles. Cette fondation ne nous est, en effet, connue que par le passage que nous venons de citer et qui, s'il ne laisse aucun doute sur l'authenticité du fait, ne permel guère de discuter les détails de son exécution. Cependant cet établissement étant destiné, d'après le texte même de M.iiin. à recevoir des adolescents et non déjeunes enfants, il est fort probable que l'on > enseignail les belles-lettres et le latin, et qu'il correspondait à nos maisons actuelles d'instruction secondaire plutôt qu'à nos écoles primaires. Quoi qu'il en soit, cette création subsista sans doute sans interruption, comme aussi sans grand changement, jusqu'au milieu «lu xvie siècle ' .

A cette époque, une évolution profonde se produisit dans l'esprit h u ma in. La Renaissance, qui, dès le siècle précédent, florissait en Italie, venait de gagner la France. Le contact que les peuples des deux pays avaient eu pendant les guerres que Charles VI II et ses successeurs avaient por tées au delà des Alpes, avait été fécond pour nos littérateurs ci. mine pour nos artistes. La langue française, qui n'avait pas encore atteint son parfait développement, en ressentit les heureux effets. Nus écrivains empruntèrent à l'Italie ■ If- mots qui lui étaient propres, en formèrent «le nouveaux qu'ils tirèrent du grec et du latin, introduisant ainsi dans notre langage une foule d'expressions nouvelles, souvent fort pittoresques et dont beaucoup en font encore aujourd'hui l'ornement. Ce fut pour notre la: wwo époque de transition au cours de Laquelle in»- littérateurs surent, malgré ces emprunts, lui conserver son caractère national et, en même temps, lui imprimer toutes les qualités qui devaient en faire au siècle suivanl la

(1) Les fondations d'origine ecclésiastique avaient en eflel une stabilité remarquable. Elles ne pouvaient être annulées ou modifiées que par l'autorité compétente. Or, la décision prise en 1142 par l'arebevéque de l'ours n'avait pas. semble-t-il, été révoquée depuis lors, nie avait même été confirmée implicitement par le concile de Latran qui, en 1215, avait ob !.■- églises, don! l«'s ressources le permettaient, de rétribuer un maitre chargé d'enseigner gratuitement, en lui accordant une prébende ou d'autres subsides. Le concile de Trente devait au<<i. plus tard, prendre un analogue.

Langue la plus pure el la plus précise qui fût au monde.

Alors aussi, se développèrenl simultanément la liberté de penser et d'écrire, l'esprit de critique et d'analyse, et, conséquemment, un impérieux besoin de savoir.

La Réforme, survenue dans le même temps, contribua également, par les discussions qu'elle amena, l'émulation qu'elle engendra, à développer l'insatiable besoin de s'instruire qui s'emparait alors de tous les esprits.

Il se produisit donc forcément, en France, un développement considérable de l'instruction secondaire. Les écoles se multiplièrent et le gouvernement les favorisa de tout son pouvoir.

C'est alors que, « sur les remontrances » des États tenus à Orléans au mois de janvier 1560 (1561 nouveau style), Charles IX rendit une ordonnance qui, par son article IX. enjoignait aux Chapitres des églises cathédrales et des collégiales d'affecter une prébende spéciale à l'entretien d'un précepteur chargé d'instruire gratuitement les enfants. Ce précepteur devait être élu par l'archevêque ou l'évêque, en présence des chanoines el des autorités municipales (*).

En contraignant ainsi la collégiale de Saint-Mexme à subvenir aux frais de l'instruction publique, cette ordonnance ne faisait en quelque sorte (pie sanctionner la décision prise quatre siècles auparavant par l'archevêque de Tours. Cependant elle mettait le Chapitre dans une situation fort différente : elle lui imposait, au nom du pouvoir civil, une obligation qu'il ne tenait encore que de

Mi Nous croyons devoir donner cel article, tel qu'il a été transcrit le 13 septembre 1561 sur les registres du Parlement (Arch. nat., X,A 8624, fol. 134,

V), en le faisant précéder, ] r l'intelligence du texte, du commencement

de l'article précédent :

Art. VIII. — En chacune église cathedralle ou collégiale sera réservée une prébende affectée à ung docteur en théologie

Art. IX. — Oultre ladicte prébende theologalle, une autre prébende, ou le revenu d'icelle, demeurera destiné pour l'entretenement d'ung précepteur qui sera tenu, moiennant ce, instruire les jeunes enfans de la ville gratuitement et sans salaire. Lequel précepteur sera eleu par l'arcevesque ou evesque du lieu, appelle/, les chanoynes de leur église et les maire, eschevins, conseillers ou capitoulz de la ville, et destituable par ledict arcevesque ou evesque par l'a\ is îles dessusdicts.

l'autorité ecclésiastique, el en même temps elle le privai! du droil <|u'il avail eu jusqu'alors de choisir e! de rétri buer ii son gré le maitre chargé de l'enseignement. Knfin, en faisan! intervenir le Corps 'l»1 Ville dans la nomination du précepteur, elle lui donnai! un»' autorité qui, s;m> doute, lui manquai! jusque lu e1 qui, plus lord, lui permil • le soustraire complètement le Collège à rinlhience 'lu Chapitre. Elle étail donc toul i\ l'avantage <\>' la Ville.

Tu des chanoines avail alors le titre d'écolûtre et, conséquemment,devail être chargé d'instruire les enfants ou toul nu moins de surveiller l'école. Le Chapitre avail toujours, jusqu'à cette époque, désigné lui même un de ses membres pour remplir cette fonction; mais l'oi nance d'Orléans faisanl désormais intervenir un»' m fluence étrangère dans le choix 'lu précepteur pourvu de la prébende, lu charge d'écolâtre 'lui dit' supprimée H lu prébende qui s'y trouvail attachée, el qui pril dès lors le nom île prébende préceptoriale, fui attribuée au précep it'iir élu d'après les prescriptions tic l'ordonnance.

Cependanl nous ne pouvons • 1 i 1 • « » d'une façon positive commenl se lil alors, à Ghinon, la nomination 'lu titulaire de lu prébende. Il us! incontestable pourtanl que l'arche vêque y lui toujours étranger ' : e! il nous paraîl à peu près certain qu'à partir de la promulgation de l'ordon nance d'Orléans, lu directeur <!<■ l'école capitulaire, un lieu d'être choisi par le Chapitre, l'ut désigné par les officiers municipaux 'iui If présentaienl tuisuiit' aux cha noines en lus priant 'If lui conférer lu prébendi

(1) Les préliminaires 'l'un arrèl 'lu Parlemenl >l-' Paris, en dal si juin L621, semblenl 'lu reste admettre que !>■ mode «le nomination pr< par l'ordonnance ne s'appliquail pas aux précepteurs donl la pr< fournie par les collégiales, mais seulemenl a ceux qui le Chapitre des églises cathédrales. G'étail aussi l'avis cl tandis que ces derniers soutenaienl avoir seuls le droil de nomn ■ laire de la prébende, les autorités municipales revendiquaient privilège. La Ville soutenait même qu'elle possédait, dt - avant II voir de nommer le directeur de l'école el <i le présenter ehs mais cette prétention, tout en étanl peul être l'express nous semble pas être suflisammenl justifiée pièces justil

2 \ oir l'arrèl des Grands Jours de Poil

Nous ignorons si le précepteur recevait dès cette époque une subvention de la Ville; mais un arrêt des Grands Jours de Poitiers, rendu en 1579 W et sur lequel nous aurons bientôt à revenir, nous apprend qu'il jouissait, en même temps que de la prébende, du titre de chantre dans l'église collégiale. Cet arrêt nous donne aussi le nom des derniers titulaires de cette charge. Ce furent les nommés Detrahay, qui exerçait peut être déjà en 1561, et René Boucher qui lui succéda et mourut en L578.

L'immeuble dans lequel se tenaient alors « les écoles » se trouvait dans le voisinage de la collégiale. Un procèsverbal d'adjudication de cette maison, qui date de 1581, el quelques autres pièces conservées avec cet acte aux archives d'Indre-et-Loire (G. 608) nous apprennent en effet qu'elle était située dans la rue de la Mariette, vis-àvis delà Psallette <2). Enfin, une délibération municipale en date du 12 décembre 1578'3* nous fait savoir que cet immeuble appartenait au Chapitre et que les chanoines en abandonnèrent la propriété à la Ville lors de l'ouverture du Collège royal.

L'école capitulaire de Saint-Mexme, après une existence plus de quatre fois séculaire, allait en effet bientôt disparaître pour faire place au Collège.

(l ; Pièces justificatives, G.

2) La rue de la Mariette est la rue par laquelle on monte de la place Saint-Mexme au carrefour de la Mariette (intersection des rues conduisant de Saint-Mexme a Saint-Martin d'une part, du Collège a Saint-Jean d'autre part). La maison de la Psallette, située à gauche en montant, est celle qui porte le a L4 el qui pendant longtempsa été habitée par l'aumônier des religieuses Dominicaines. L'école se trouvait donc vis-à-vis ; c'était la seconde maison a droite en montant. Il n'en reste plus rien aujourd'hui: elle a été

dé lie et le terrain sur lequel elle était édifiée a été incorporé au couvent

des Dominicaines lors de l'exécution des dernières constructions.

3) Pièces justificatives, B. 2.

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