CHAPITRE III
Le Collège royal dirigé par un principal oommé par la Ville (1721 L738) '
Lorsque le Corps de Ville enleva aux Augustins la direction du Collège, cel établissemenl se trouvait dans une situation déplorable, il ressort en effel de la délibération du 13 août 1721, que l'instruction 3 laissail beaucoup a désirer et que les élèves y étaient en 1res petit nombre. La négligence 'les professeurs devait certainement avoir contribué à amener ce résultat, mais il > avail aussi d'autres motifs.
Depuis le commencemenl du x\n siècle, le Colli avait toujours été dirigé par des piètres. Il était bien difficile en effet de trouver alors, en dehors du clergé, des hommes capables de remplir des fonctions aussi délicates que celles du principalal et voulanl bien s'en charger. Ces prêtres, à l'exception des Augustins, qui L'avaient administré pendant quelque temps el avec peu de sua appartenaient tous au clergé séculier. <>i-. à ce moment, on donnait presque parlent, en France, la préférence aux maisons tenues par certaines congrégations enseignantes.
Les Jésuites et les Oratoriens avaient en effet, depuis plus d'un siècle, fondé de nombreux établissements d'instruction, qui bientôt étaient devenus florissants. Plusieurs villes peu éloignées de Chinon possédaient des collèges tenus par l'une on l'autre de ces congrégations, collèges très fréquentés et qui faisaient une concurrence redoutable aux anciennes maisons d'instruction.
Le Collège royal de Chinon ne fui pas sans en ressentir
(1) Tous les faits exposés dans ce chapitre s> nt extraits, saul indication contraire, des délibérations du Corps de Ville d<- Chinon. (Arch. mon. de
Chin. m. BB. 17-18.)
les effets, et le Corps de Ville dut certainement comprendre que c'était une des causes de l'abandon dont cet établissement était l'objet de la part des familles. Cependant, et contrairement à ce qui avait eu lieu un siècle auparavant, nos édiles ne rirent alors, semble-t-il, aucune tentative pour le céder aux congrégations dont les méthodes d'enseignement étaient alors en vogue, et auxquelles il aurait fallu l'abandonner sans espoir de retour. Ils tenaient sans doute, avant tout, à en conserver la propriété et la haute direction. Ils cherchèrent donc seulement à mettre à sa tête un prêtre appartenant à l'une de ces congrégations, celle de l'Oratoire, dont les membres avaient plus de liberté individuelle et dont l'enseignement avait des vues plus larges que celui des Jésuites.
Nous avons vu en effet que le 13 août 1721, en même temps qu'il enlevait aux Augustins la direction du Collège, le Corps de Ville choisissait pour principal un oratorien, Me Louis Dusoul de Laurais. Cet ecclésiastique n'ayant pas accepté, il fallut procéder à une nouvelle nomination; et, dans une assemblée générale des habitants, réunie le 3 décembre de la même année, le Corps de Ville désigna à sa place Me Etienne Lefebvre, appartenant également à la congrégation de l'Oratoire, auquel il fît des conditions plus avantageuses qu'à tous ses prédécesseurs. Voici du reste le procès-verbal de cette réunion :
« Aujourd'huy trois' décembre mil sept cens vingt un, en l'asemblée générale du corps de ville, tenue par nous Franc. Perrault seigneur de Minière, consr du roy, lieut1 général au bailliage et siège royal de Chinon, laquelle asemblée a esté sonnée et toutes les compagnies convoquées et averties par les gardes de cette ville, entre autres mess" du chapitre de S1 Mexme quy l'ont mexme esté par M. Charles le Breton assesseur aud. siège et eschevin, ainsy qu'il l'a certiffié, lesquels sieurs du chapitre et députés de S1 Mexme ne sont point venus en lad. asemblée
Sur ce quy a esté proposé par lesd. sieurs eschevins qu'il est absolument nécessaire de nommer un principal pour le collège de
cette ville el un précepteur dud. collège pour classe, le
sieur Dusoul de Lorais prêtre de la congrégation de l'Oratoire, qui avoit esté nommé pour ces deux plasses par la dernier»! a semblée
du 13 ;mhi>i dernier portant destituti les j
devant nommés auxd. plasses, n'ayant pas voulu airepter la nomi nation qu'on avoit faite de sa personne, a esté résolu pai le corps de ville de nommer en la plasse dud. sieur de Lorais, \l Kstienne Lefebvre, auss) prestre de la congrégation de l'Oratoire, et afin qu'il s'aplique avec plus de zèle à enseigner la jeuni — . de luj (li uinri-. oui iv le revenu de la prébande préceptoriale, dont il se fera payer par les sieurs du chapitre de S Mexme aux termes de l'oi donnance d'Orléans, la rétribution accordée au second précepteur par l'arrest du Conseil de 1688, saul la réduction à proportion de la diminution qu'il } a sur les octroys. Laquelle plasse néantmoins n<' demeurera pas tellement unie à celle de principal qu'elle ne Boit séparée lorsqu'il y aura dans le collège vingt éColliers, sj mieux n'ayme led. sieur Lefebvre faire exercer lad. seconde plasse de
précepteur par quelque pers capable, a ses frais et attendu
que la maison quj servoit à loger le principal et le précepteur est entièrement délabrée et hors' d'étal de fournir quant à présent à leur demeure, a esté arresté que, sur les revenus de la ville, il sera loué une maison composée de deux chambres, pour servir de classes jusqu'à ce que lad. ancienne maison suit rétablie. \ a esté arresté, que les écolliers <|u\ s-' présenteront pour être enseignés par led. sieur Lefebvre, luy donneront par chacun an la somme de six livres, scavoir trois livres à la roussaint et trois livres à Pasques; et que, lorsque led. sieur Lefebvre sera dans l'obligation d'avoir un second précepteur pour la basse classe, ou qu'il en sera nommé un par le corps de ville, à son refus, lequel jouira de la rétribution attribuée par l'arrest du Conseil de 1688 tous les écolliers qui se présenteront seront tenus de payer aud. sieur Lefebvre douze livres par an, scavoir six livres à la roussamt et six livres è Pasques, sans quoj ne seront point receus aud. collège. Et fii considération de la dépence que led. sieur I efeb^ re obligé de faire pour son établissement, le corps de ville lny abandonne ce quj seradùdelad. prébande préceptoriale à comter du jour de la destitution desd. religieux augustins, ayant cessé d'ei gner dès le lendemain ; et qu'il aura aussy la rétribution qu'i coutume de payer au second précepteur, à comter dud. jour 13 aoust. El afin que les heures de l'écolle soient sorn - à la manière acoutumée, a esté arresté qu'on fera rendre par les pi
augustins la floche qui estoit dans l'ancien collège, laquelle leur a esté confiée pour sonner lesd. heures pendant qu'ils ont enseigné. Et a esté délibéré que Mrs les eschevins priront M" du chapitre de S Mexme, de la part du corps de ville, de vouloir bien accorder aud. sieur Lefebvre l'honneur du chœur et tous autres droits dont jouissent les autres chanoines, et dont ont jouy les sieurs Breton et Fournier cy devant principaux dud. collège. Lequel sieur Lefebvre. à ce présent, a accepté lad. nomination sous les conditions y exprimées, et a promis de faire tout ce quy dépendra de luy pour enseigner la jeunesse quy luy sera confiée. »
En appelant le sieur Lefebvre au principalat, l'assemblée municipale lui donnait donc, en même temps que la prébende préceptoriale, la rétribution allouée au second précepteur par l'arrêt du 2 juin 1688, et qui, étant primitivement de 140 livres, se trouvait alors réduite à 120 livres; mais elle décidait que, lorsqu'il y aurait plus de vingt écoliers, le principal abandonnerait cette rétribution au sous précepteur qui serait alors nommé par le Corps de Ville, à moins qu'il ne préférât faire exercer cette cbarge à ses frais.
Le principal devait toucber en outre, pour l'indemniser de ses frais d'installation, les revenus de la prébende et les appointements du régent, depuis lel3 août précédent, date de la révocation des Augustins. Enfin, les élèves étaient astreints à lui payer une rétribution annuelle de 6 livres, devant être portée à 12 livres lorsqu'il y aurait un second précepteur.
La maison du Collège étant alors inhabitable, la Ville s'engageait aussi à fournir au sieur Lefebvre un local composé de deux chambres, dans lequel se feraient les chisses jusqu'à ce que les anciens bâtiments soient restaurés.
Malgré tous les avantages qui lui étaient faits, le sieur Lefebvre, présent à la séance et acceptant, se rétracta plus tard et refusa, comme l'avait fait le sieur Dusoul, de remplir les fonctions auxquelles il avait été appelé.
Pour quel motif les deux Oraloriens, sur lesquels le
Corps de Ville avail successivement porté son choix, renoncèrent-ils l'un èl l'autre à exercer le principalat? C'est, il n'en faut pas douter, en raison de l'attitude du Chapitre de Saint-Mexme qui se refusait a leur donner le canonicat el la prébende auxquels ils avaient droit.
Nous avons vu en effet que h' 13 août, lors de la nomi nation du sieur Dusoul, les chanoines Breton et Blonde, députés de la collégiale, avaient refusé de signer le pro ces verbal, et que le 3 décembre, lorsque le sieur Lefebvre fut désigné pour le remplacer, le Chapitre, bien que dûment averti, ne s'étail pas fait repr senter à l'as semblée. Ces actes ne laissaient que trop voir les inten tions hostiles donl étaient animés les chanoines. Le Chapitre n'avait évidemment qu'un but : se soustraire aux prescriptions de l'arrêt du 22 juin 1621 qui l'obligeait d'abandonner une de ses prébendes au principal du Col lège. Il résista donc aussi longtemps qu'il le put et ne céda qu'à la force.
Cet (Hat de choses causait un préjudice considérable à l'instruction. Il y avait en effet plus d'un an que leCollège était terme par suite de la révocation des .Vugustins, quand, le 21 novembre 1722, le Corps de Ville, n'ayant encore pu trouver personne qui voulut bien accepter le principalat. chargea le lieutenant général el les échevins de chercher un sujet capable de rempli!' cette fonction, et, pour cela, d'écrire s'il le fallail aux échevins des villes voisines, en les priant de leur en indiquer un.
Cette démarche ne tarda pas à produire son effet, puisque, le 2:\ décembre suivant, l'assemblée du < îorps de Ville se réunissait et nommait principal du Coll< M Barthélémy Ferrand, prêtre, bachelier .en théologie de l'Université de Poitiers, auquel elle conférait à peu près les mêmes avantages qu'au sieur Lefebvre. Cependant le nouveau titulaire devait, lorsqu'il y aurait un second précepteur, et que par suite la rétribution serait de 12 livres, partager cette somme avec lui. De plus, la Ville, au lieu de louer un local pour l'installer provisoirement, lui
donnail comme indemnité de logemenl la somme de \i) livres, allouéeau second régenl par l'arrêt de 1688, et s'engageait à pourvoir plus tard à son logement, ainsi qu'à celui du sous-précepteur. Enfin, le principal devait se trouver en mesure d'ouvrir les classes le premier jeudi du carême de l'année suivante, et ces classes devaient durer deux heures et demie le matin et autant le soir. Le sieur Ferrand, présent à la réunion, prit l'engagement d'exécuter, sous peine de destitution, toutes les conditions qui lui étaient imposées, remercia le Corps de Ville d'avoir bien voulu le choisir pour remplir les fonctions de principal et. après avoir apposé sa signature au bas du procès-verbal, la fit suivre de ces mots : <( pour acceptation ».
Fn procédant à cette nomination, l'assemblée municicipale n'avait eu garde d'oublier de faire consigner au procès-verbal qu'elle priait « les vénérables chevecier et chanoines de l'église de Saint-Mexme » de conférer au nouvel élu le canonicat et la prébende attachés à la place de principal, et qu'à cet effet elle leur présentait ■« en temps que besoin est ou serait » le sieur Ferrand < comme sujet digne et capable de posséder ce titre ».
Malgré ces précautions, et malgré une sommation faite dans les formes voulues le :J>0 du même mois W, le Gba pitre de Saint-Mexme refusa d'accorder au principal « le canonicat et la prébende, avec les honneurs, prérogatives, rang, séance et voix délibérative, tels ([n'en jouissaient les autres chanoines capitulaires ».
Mu présence des difficultés qu'il rencontrait pour prendre possession de sa charge, Ferrand manifesta l'intention d'abandonner le principalat, comme l'avaient fait les sieurs Dusoul et Lefebvre: mais les officiers municipaux, voyant qu'ils arriveraient difficilement à trouver un principal, s'ils ne parvenaient à vaincre la résistance
i Celle s nation fut faite par deux délégués du Corps de Ville accompagnés du sieur Ferrand, el en présence de deux notaires qui prirent acte des déclarations du Chapitre. Minutes de M* Lecourt, étude de M" Guérin, nol aire à Chinon.
du Chapitre, convoquèrent à cel effet une nouvelle assemblée.
A.u cours de cette réunion, tenue le 23 février 172:!. leH chanoines Pierre Breton el Félix Deshayes, députés de la collégiale, déclarèrent de nouveau, sur la demande qui leur en fut faite, que leur Chapitre se refusait formellement à donner au sieur Ferrand le canonicat et la prébende, puis se retirèrent sans vouloir signer le proi verbal. Le Corps de Ville, définitivement fixé sur les Intentions <lu Chapitre, et voulant mettre Bn à cette situation, qui durait depuis trop longtemps déjà, chai aussitôt les échevins de présenter à cet effet une requête à la Cour et les autorisa à employer tous les moyens nécessaires pour obtenir satisfaction.
Les chanoines s'émurent de ces intentions, el le 3 mars ils députèrenl à l'assemblée municipale les sieurs Breton el Deshayes, qui déclarèrenl que le Chapitre était prêt à exécuter l'arrêt de 1621 el à conférer au sieur Fer rand, sur la première présentation qui lui sérail faite de sa personne par deux échevins, le canonicat et la pré bende préceptoriale, avec tous les honneurs el prérogatives dont jouissaient les autres chanoines prêtres de leur église. Ils proposèrent en outre de ne faire payer au sieur Ferrand aucun droit de réception, ni aucune somme pour la fabrique, et de le faire jouir des revenus • le sa prébende depuis le jour de sa nomination, si toutefois le Corps de Ville et le sieur Ferrand consentaient a se désister de leurs prétentions sur • les revenu-, intei médiaires de la prébende ».
Ces conditions ayanl été acceptées par les parties inté ressées, Ferrand Eut, des le surlendemain, installé en qualité de chanoine de saint Mexme par le Chapitre de cette église, en présence et sur la demande de deux délé gués du Corps de Ville.
Voici le procès verbal de cette installation « extrait des registres de l'église royale el collégiale de saint Mexme • tel qu'il a été transcrit en 1726 sur le registre des délibérations municipales :
« Du vendredi cinquiesme jour de mars mil sept cens vingt tnùs. présents messieurs Daguindeau, Pasquault, Breton, Lenée, Deshàyes.
Le chapitre assemblé au son de la cloche à la manière accoustumée à la chambre capitulai re ez personnes de messieurs cy dessus nommés, sont entrez messieurs Charles Le Breton seigneur de la Bonnellière, conseiller du Roy, assesseur civil et criminel, eschevin en charge, et Jean François Doucet conseiller du Roy et son procureur en la maîtrise des eaux et forests, ancien eschevin, lesquels au nom et pour le corps de ville nous ont présenté la personne de maître Barthélémy Ferrand, prêtre, bachelier en théologie, nommé par led. corps de ville par acte du vingt trois décembre mil sept cens vingt deux, au lieu et place du sieur Lefebvre prêtre de l'Oratoire, à la prébande préceptorialle, aux charges d'enseigner la jeunesse et le collège de cette ville, nous requérant lesd. sieurs eschevins èsd. noms de donner et pourvoir led. sieur Ferrand présent, lequel a fait pareille demande au chapitre, de luy donner et pourvoir le canonicat et prébande affectée aud. collège en conformité de l'ordonnance de l'arrest de la Cour et de l'acte de l'assemblée dud. corps de ville du vingt deux juin mil six cens vingt un et du troizième de ce mois, dont lesd. sieurs eschevins m mis ont représenté et laissé coppie. Signé : Lebreton, Doucet et Ferrand; Morin greffier.
La matière mise en délibération, le chapitre répondant au réquisitoire des dits sieurs eschevins et aux demandes dud. sieur Ferrand, conformément à l'arrest et au résultat du corps de ville cy dessus datte, a receu et, reçoit led. sieur Ferrand principal du collège de cette ville, luy a donné et donne le titre de la prébande de céans, affectée aud. collège, l'a pourveu et pourvoit pour en jouir par led. sieur Ferrand tant et sy long temps qu'il sera principal du collège, aux honneurs, rangs, scéances, charges, revenus, profits' émoluments, voye délibérative au chapitre, telles qu'en jouissent les chanoines prestres de céans, et tout aussy qu'en ont jouy et deub jouir les prédécesseurs de lad. prébande préceptorialle; et en conséquence, ordonne le chapitre, que led. sieur Ferrand sera installé dans les haultes stalles du costé droit, et même luy a assigne sa place au chapitre immédiatement après le dernier chanoine prêtre, ce qui a esté fait à l'instant par led. sieur Breton l'un de nous. Signé : Daguindeau, Pasquault, Breton et Ferrand.
Au moyen de ce que lesd. sieurs eschevins, en conformitté dudrésultat de l'assemblée du trois de ce mois, se sont déportés de
feire aucune question el recherche au chapitra | r les fruits et
revenus de lad. prébande préceptorialle depuis le temps de la titution des religieux augustins jusqu'au jour de l élection -•( nomination (liai. Bieur Ferrand, le chapitra luj a pareillement fait don ri remise des droits d'entrée qu'il aurait deub payer. sium' : Lebreton, Doucet, Daguindeau et Pasquault. Du mandement du chapitre, signé : Richard greffier. »
Le nouveau chanoine ne devail pas tarder cependanl -\ être troublé dans la libre possession des droits el bon neurs que venait de lui conférer le chapitre. Une quea
lion de préséance, soulevée par quelques chanoines diacres, qui prétendaienl prendre rang avanl lui, amena un nouveau conflit. Ferrand en avisa le Corps de Ville qui, à deux reprises différentes, le i janvier 1724 el le 16 janvier 172r>, députa près du Chapitre plusieurs de 8es membres pour tâcher de faire abandonner aux chanoines leurs prétentions. Les délégués n'ayanl pu réussir dans leur mission, engagèrent le sieur Ferrand è en référer au Parlement qui, le 10 mai 1726. rendit un arrêl porta ni confirmation de celui du 22 juin 1621 et ordonnant en outre <pie l'acte de collation et installation du 5 mars serait exécuté, avec défense d'y contrevenir, sous peine de mille livres d'amende contre chacun des contrevenants et de tous dépens, dommages et intérêts pour avoir troublé le suppliant dans les droits, honneurs et fonctions lui appartenant.
Cet arrêt donnait au sieur Ferrand la préséance, non seulement sur les chanoines diacres et sous diacres, mais encore sur les chanoines prêtres reçus après lui. Il lui permettait enfin de faire assigner ceux qui contreviendraient à cette décision.
Les chanoines durent donc se soumettre, el le principal put jouir désormais en toute sécurité du canonical et des émoluments et honneurs auxquels il lui donnait droit.
Barthélémy Ferrand n'avait pas attendu jusqu'alors pour commencer' ses cours. Il y avail cependanl près de
deux ans que le Corps de Ville avait enlevé aux Augustins la direction du Collège, lorsque le nouveau principal put ouvrir les classes. C'était dans le courant de l'année 172'!. an moment où le Chapitre venait de l'investir du canonicat. Les bâtiments du Collège n'étant pas encore restaurés, il s'installa « pour la commodité des écoliers » dans une maison située « au milieu de la ville » et dont il payait un prix plus élevé que l'indemnité qu'il recevait, soit plus de 120 livres. Pour l'en dédommager, et pour couvrir aussi une partie des dépenses qu'il avait dû faire pour venir à Chinon et s'y installer, la Ville lui abandonna le montant de la rétribution du second régent pendant tout le temps que la place de principal avait été vacante, c'est-à-dire depuis le 13 août 1721*
Cette situation devait du reste bientôt avoir un terme, puisque, trois ans après, le Collège était réinstallé dans le local qu'il occupait depuis un siècle et demi déjà.
La municipalité se préoccupait des moyens de faire reconstruire l'ancien Collège et se trouvait arrêtée par des difficultés budgétaires, lorsqu'une circonstance' imprévue facilita l'exécution de ce projet.
Un ancien receveur du Grenier à sel deCbinon, Nicolas Vinet, venait de mourir, laissant par son testament, en date du 6 août 1720, une somme de 2. -iOO livres « pour l'établissement d'un maître d'école destiné à enseigner les enfants pauvres de la ville ». Ce legs ayant été reconnu insuffisant pour satisfaire à cette création, et le légataire ayant laissé à ses exécuteurs testamentaires la faculté de modifier ses dispositions, ceux-ci, du consentement des, héritiers du défunt, offrirent au Corps de Ville, réuni en assemblée le 1er juin 1723, de lui abandonner cette somme en l'autorisant à l'employer soit à l'acquisition d'une nouvelle maison pour y installer le collège, soit à la reconstruction de l'ancienne. Toutefois les exécuteurs testamentaires et les héritiers ne faisaient ce don qu'à la condition expresse que cet établissement serait tenu de recevoir, pour y être instruits gratuite-
l'H'iii. six enfants pauvres de la ville, désignés par le frère du légataire, et, après son décès, par le plus proche de ses héritiers, ils désiraienl aussi que le principal el 1rs régents fussenl tenus de taire réciteraux écoliers, au commencement el à la lin de chaque année scolaire, le psaume Miserere mei Deus, pour le repos de l'âme «lu défunt. Enfin, ils demandaient au Corps de Ville ■ d'ac corder séance ci voie délibérative en l'assemblée de Ville » au frère du donateur ri après son décès .ni plus proche de ses héritiers, mais seulemenl pour la nomina tion «lu principal du Collège ci du second régent; ci aussi, de vouloir bien, pour perpétuer le souvenir du bienfaiteur, faire placer son portrail dans la classe du principal.
Toutes ces conditions ayant été acceptées par l'assem blée, et le sieur Ferrand axant lui même donné son assentiment, il fut décidé que le montant du legs serait déposé par les héritiers, dans le délai d'un mois, entre les mains de Jacques Lecourt, notaire royal, l'un des exécuteurs testamentaires, qui le tiendrait a la disposi tion de la Ville.
Ce dernier n'ayant pas voulu recevoir les fonds, les héritiers furent invités à les remettre au sieur Cougny du l'arc receveur des tailles, sous déduction de la somme de 28 livres 1(! sols qu'ils avaient payée pour le contrôle du testament el de celle de ion livres qu'ils devaient employer à faire exécuter le portrail du donateur.
Le Corps de Ville ayant, dans sa réunion du 1 janvier 1724, donné la préférence au projet qui consistait à recons truire l'ancien Collège, les travaux fui eut donnés a l'adju dication le i mais suivant el les échevins furent chai de les surveiller W.
(1) Nous ne pouvons dire exactement ci- <[ o<- coûtèrent ces constructions. Nous savons seulemenl que le 16jan\ ier l72.r> il était encore dû aux adjudiea* taires une somme de 1.200 livres que le Corps de S ille pril l'engagement <l<payer en trois fois. Nous savons aussi qu'il leur fui alloué, tanl a cette date qu'a celle du G mai 1727. une somme totale de 180 livres pour divers travaux supplémentaires. (Arch. mun. de Chinon, Délibérations du Corps de \ ille, BB. 17.)
Les bâtiments ne furent complètement terminés que vers la fin de L726; et. le 15 novembre de la même année, la visite el la réception des travaux furent faites, en présence des sieurs Maurice ei Robin, entrepreneurs adjudicataires, de maîtres Louis Bouin de Noire, conseiller du roi et lieutenant général, François Le Breton et Louis Demutz, échevins en charge, et Barthélémy Ferrand, principal du Collège, par le sieur Jean Auvinet, marchand, demeurant à Parilly, expert accepté de commun accord par les parties [ .
La visite terminée et le procès-verbal signé, les clefs de rétablissement furent remises au principal qui prit possession des nouveaux bâtiments et s'y installa.
Barthélémy Ferrand n'exerça pas longtemps ses fonctions. Le 30 septembre 1731, il donna sa démission et présenta au Corps de Ville un acte notarié par lequel il se démettait du canonicat et de la prébende dont il jouissait. Nous croyons devoir reproduire ce document qui, tout en montrant les précautions dont on s'entourait alors pour l'accomplissement des formalités les plus simples, prouve l'importance que le Corps de Ville et le Chapitre de Saint-Mexme attachaient à cet acte, qui déclarait vacants le canonicat et la prébende attachés au principalat et permettait ainsi d'en pourvoir en toute sécurité le nouveau titulaire de cette charge.
« Le trentième jour de septembre mil sept cent trente un, avant niidy, par devant nous François Gilloire, advocat au bailliage de Chinon, notaire royal et apostolique, commis par Messieurs du clergé du diocèse de Tours en la résidence dud. Chinon et y demeurant, fut présent Maître Barthélémy Ferrand prestre dudit diocèse, chanoine de l'église de S' Mexme dudit Chinon, et en possession de la prébande préceptoriale, demeurant à Chinon paroisse de S' Etienne, lequel a déclaré et déclare qu'il se démet purement et
(1) Ce procès-verbal de visite, peu intéressant et trop long pour trouver place ici. nous apprend peu de choses. On y voit cependant qu'il y avait, «tans le- bâtiment nouvellement construit, un vestibule et au moins deux classes, dont l'une, appelée la petite classe, était une chambre à feu et se trouvai! séparée de l'entrée des caves par une cour. (Arch. mua. de Chinon, Délibérations du Corps de Ville, BB. 17.)
Bimplemenl de son dil canonical e! prébende préceplorialle es nains de Messieurs de la maison de ville dudil Chinon, pour y être sur leur nomination pourveu par Messieurs les vénérables chanoines el chapitre de l église royalle el collégiale de S Mexme du dit Chinon, collateurs de La ditte prébende el canonicat, consentanl que celui qui sera nommé el pourveu jouisse dudil canonicat, en prenne possession et en perçoive les fruit- el revenus ainsj qu'il apartiendra, dont l'avons jugé.
Fait el passé audil Chinon, en notre estude, en présence du sieur Gaudin de la Huillière, bourgeois de cette ville, el de Joseph Frapin, marchand en cette ville, y demeurant paroisse de s1 Etienne, tesmoins à ce requis «'t appelles. »
L'assemblée, après avoir voté des remerciements au sieur Ferrand pour « les bons services qu'il avail rendus désigna pour lui succéder M Courtois, prêtre, principal du Collège de Bourgueil, H nomma, pour remplir les fonctions de second régent, M- Destouches, prêtre <lu diocèse d'Angers. Le principal devait, comme par le passé, recevoir du Chapitre de Sainl Mexme le canonical el la prébende préceptoriale, el le second régenl devail toucher de la Ville une somme annuelle de 121) livres; enfin, les écoliers, à l'exception îles pensionnaires, devaient verser chacun \2 livres par an, 6 à la Toussaint et 6 à Pâques, que les sieurs Courtois el Destouches partageraienl par moitié.
Courtois ayant bientôt après donné lui même sa démis sion, le Corps de Ville, dans sa réunion du 2't février 17:<2. désigna, pour remplir les fonctions de principal, M Jacques Breton, piètre, auquel le Chapitre de Saint- Mfxine conféra le canonical el la prébende.
Le 9 avril de la même année, avec le consentement «tu nouveau principal, la municipalité appela aux fonctions de second régent MeJean Poisnin, prêtre du diocèse *\<* Poitiers, qui, ayant démissionné le 16 février 1735, fut remplacé par Me Guillaume Pasquier.
Sous le principalal de Jacques Breton, rien ne fut changé «niant à la rétribution du principal et des régents. Mais, le 13 juin qui suivit sa nomination, à la suite d'une
demande formulée par le Corps de Ville le Ier du même mois et faisant ressortir qu'il était onéreux pour les pré cepteurs du Collège de donner l'instruction gratuite aux six enfants pauvres que le sieur Vinet avait le droit d'y placer, ce dernier consentit à réduire à trois le nombre des écoliers que l'acte du 1er juin \~2'A lui permettait de faire instruire gratuitement.
Jacques Breton fut le dernier principal nommé par le Corps de Ville au Collège royal. Après lui, cet établissement devait avoir une organisation toute différente, et le choix du principal ne devait plus appartenir à la Ville. Mais, avant d'aborder l'exposé des modifications qui se produisirent à cette époque dans la direction et l'administration du Collège, voyons dans quel état il se trouvait alors, quels étaient les émoluments des régents et les charges de la Ville.
Sous les principalats de Barthélémy Ferrand et de Jacques Breton, le Collège avait vu renaître sa prospérité. Ce dernier avait toujours eu avec lui un autre régent. Malgré cela, les charges que la Ville s'imposait étaient bien minimes. Les professeurs se contentaient en effet d'appointements fort modestes.
Le principal, qui était logé au Collège, touchait du Chapitre de Saint Mexme les revenus de la prébende préceptoriale, et recevait de chaque élève externe une rétribution annuelle de six livres, et de chaque interne le montant de sa pension. En évaluant à 250 livres les revenus de la prébende, et en admettant que le nombre des externes fût alors de 40 — ce qui nous paraît être un maximum — ces deux chapitres des recettes du principal formaient un total d'environ 500 livres, c'est-à-dire 500 francs, la livre ayant alors à peu près la valeur de notre liane. Quant à ce que pouvaient lui rapporter les internes, il nous est impossible de le dire même approximativement, ne connaissant ni le nombre des élèves qui se trouvaient dans ces conditions, ni le prix de la pension; mais il est probable que ce qu'il touchait de ce chef
ne devail pas augmenter de beaucoup ses bénéflc Comme contrepartie, le principal étail obligé de rendre à sa sortie du Collège les bâtiments en étal de répara tions dont usufruitier esl tenu », el il es( supposable qu'il devail uourrir le régent, comme cela se pratiquait des la lin du w i siècle.
Quanl au régent, il étail logé au Collège, comme le principal, el sans dont»' nourri par ce dernier, el pour foui traitemenl il recevail de la Ville une somme de 120 livres, el de chaque élève externe une rétribution annuelle de 6 livres. Ses émoluments atteignaienl donc environ 360 livres, si uous admettons que ces élèves étaient au nombre de iO.
Le principal et le régent, étanl toujours des ecclésias tiques, se faisaient sans aucun doute, par les services qu'ils étaient appelés à rendre à L'église paroissiale ou ailleurs, quelques revenus en dehors de ceux que leur situation au Collège pouvait leur rapporter. C'esl ce qui explique comment il leur ('tait possible de vivre honora blemenl avec de si maigres appointements, il ne tant pas oublier non plus que le prix des denrées, étanl alors beaucoup moins élevé qu'aujourd'hui, rendail la vie plus facile.
lui tout cas. le Collège était Pan d'être onéreux pour la Ville qui n'avait a sa charge que l'entretien des bâtiments el les « images » du régent, qui étaienl de 120 livres
Avant de clore ce chapitre, nous croyons devoir faire observer que le Collège royal n'était pas le seul établis semenl qui existât alors a Chinon pour l'instruction des garçons. Il y avait en outre le petit Celle-.- ou Collège des pauvres, dans lequel l'enseignement '-tait absolu ment gratuit, et une école, indépendante de ce- deux maisons, et tenue par un nommé Duplessis, maître d'école. Le Corps de Ville avait fait venir ce dernier de Châtellerault, en 172!): lui avait vote, le i:> septembre de la même année, une indemnité de déplacement de 30 livres, et avait fixé son taux de taille et de sel
20 sols pour la taille et à un demi-boisseau pour le sel,, ajoutant « que s'il était augmenté par les collecteurs des paroisses où il ferait sa demeure, le Corps de Ville promettait de le faire réduire au dit taux ou d'en payer l'excédent, comme aussi qu'il ne serait point compris au logement des gens de guerre ni à la contribution d'icelui ». Ces dispositions bienveillantes à l'égard du maître d'école, prouvent avec quelle sollicitude nos édiles s'occupaient, dès cette époque, de l'instruction des enfants.