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Hisl. rutér., t. XXIV, p. 114-llG

table émiilalion : les langues étant considérées comme une condition indispensable du succès de ces pieuses entreprises. On sait que les Franciscains fondèrent en Orient, et notamment en Palestine, des établissements importants et qu'ils envoyèrent des missionnaires dans les Indes, en Tartarie et jusqu'en Chine et au Thibet.

C'est au moine franciscain Roger Bacon que revient le mérite d'avoir le premier reconnu de quel puissant secours la connaissance des langues grecque, arabe et hébraïque pouvait être pour l'étude de la philosophie *. Dans divers chapitres de VOpiis majus et de VOpus tertiwir^ il déplore que ces langues ne soient pas mieux connues de ses contemporains. Il s'attache à faire ressortir les inconvénients qui résultent de cette ignorance générale et appelle de tous ses vœux le jour oii une étude aussi importante pour les sciences et pour la religion sera encouragée et sérieusement cultivée. Il reconnaît enfin que l'organisation de cette nouvelle branche de l'enseignement exigera de grands sacrifices. Les ressources privées n'y sauraient suffire et il faudra, pour réussir, adresser un pressant appel à la générosité des princes. Ce qu'il importe de remarquer à propos du vœu for-

1. Gomme le fait remarquer 17/is/oice littéraire de la France (t. XVI, p. 1-38), cet homme extraordinaire chercha à déterminer, dans la ."ie partie de son Opus majus, les rapports du langage avec la pensée, et même l'influence que les langues, selon leurs différents caractères, peuvent exercer sur les opinions des peuples. Il n'est pas étonnant qu'il se soit ainsi élevé à des idées de grammaire universelle. Il savait plusieurs langues anciennes, avait lu un certain nombre de livres arabes, hébreux et grecs et acquis de la sorte la faculté de comparer les vocabulaires et les syntaxes.

2. Opus majus, p. m, Édit. de Venise de 1730, in-'i°, p. 33 et suiv. Opus tertium, Éd. Brewer, Londres, 18ô9, in-S», t. I, p. 32 et suiv., 95. Bacon constate, à ce propos, qu'un certain nombre de ses contemporains possèdent quelque teinture du grec, du latin classique et de l'hébreu, que plusieurs d'entre eux savent même parler ces langues, mais que très peu connaissent la grammaire de ces idiomes et se trouvent en état de les enseigner. Il ajoute qu'il a fait une enquête à ce sujet. Tous ces passages sont fort curieux.

mulo par rillustre Franciscain, c'est que le coté, en quelque sorte, scientifique de la question ne lui a pas échappé et que le point de vue religieux n'apparaît chez lui qu'au second plan. La nécessité de la connaissance des langues pour l'éducation des philosophes, des poètes, des écrivains distingués, en un mot pour l'avancement de la culture générale, lui apparaît avec une singulière netteté. 11 proclame que la pleine intelligence des Saintes Écritures ne saurait être ohtenue (jue par ce moyen. Mais, comme tant d'autres intuitions de génie de ce grand esprit, une idée si juste et si hardie ne fut alors comprise par personne. 11 fallut attendre cinquante ans pour la voir reprise par un autre novateur, Raimond Lulle, et cette fois plus favorablement accueillie.

Cet homme étrange avait fait de cette entreprise un des buts de sa vie. Après avoir obtenu du roi de Majorque, vers 1275, la promesse de la fondation d'un monastère spécialement consacré à l'enseignement de la langue arabe *, il rêva d'obtenir une organisation plu s générale des études orientales dans toute l'étendue de l'Occident. Pris d'un enthousiasme extraordinaire pour l'œuvre des missions, alors si négligée par l'Eglise, il résolut d'employer toute son activité à la développer, surtout en Orient. Son idée, aussi féconde que pratique, ne devait être réalisée que trois siècles plus tard par l'institution de la Propagande. Ce qu'il cherchait à obtenir, c'était la fondation de séminaires spéciaux, où des prêtres choisis avec soin apprendraient la langue, la

1. Illfit . liltér., t. XXIX, p. 11. Récit aiitobiogrophique cité dans l'articlc Rai.mond Lulle. a Ce prince devait construire dans son royaume un monastère, doté de possessions suffisantes pour y instruire treize frères Mineurs, qui apprendraient la langue ai'abe, en vue de la conversion des infidèles. A ceux-là et à ceux qui leur succéderaient à perpétuité dans ce monastère, 600 florins seraient alloués annuellement pour leur entretien. »

religion et les mœurs des peuples qu'ils seraient appelés à évangéliser'. Enl286,il voulut se rendre à Rome pour gagner à sa cause le pape Honorius IV, mais ce pape mourut sur ces entrefaites, et son successeur se trouva bientôt absorbé par les questions politiques qui agitaient le monde chrétien. Après plusieurs années de voyages et d'aventures assez singulières, il revint à son projet primitif. C'est alors qu'il écrivit, vers l'an 1300-, trois lettres successives au roi de France, à un ami, et à l'Université de Paris, par lesquelles il réclamait l'institution d'un grand collège pour l'étude de l'arabe, du tartare et du grec. Ces trois morceaux, le dernier surtout, ne sont pas sans éloquence : ils montrent de plus qu'au delà du but religieux Lulle envisageait aussi, comme Bacon, le moyen d'ajouter aux connaissances de son temps « tout ce que renfermaient de bon et d'utile les livres grecs et arabes, lesquels, faute de traducteurs suffisants, restaient complètement fermés à ses contemporains^ ».

Le légiste Pierre Dubois, dans son traité si curieux intitulé De recupcratione Terre Sancte '\ rédigé vers

1. Voy. Hist. liffcr., t. XXIX, p. 33. — Hauréau, Hisf. de la philos, scolasiique, 2<^ édit., t. II, 2*= partie, p. 295 et suiv.

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