Plus exactement entre 121)8 et i
3. JIaktÈiNE, TJies. AnecdoL, t. I, col. 1315 et suiv. Dans la lettre adressée au roi, Lulle demande ù Philippe le Bel « locum seu loca construii'e et dotare, in quo seu quibus a religiosis vel ab aliis sanctae conversatlonis viris, qui nunc multi sunt hoc divino munere appetentes, necnon etiam secundum modum apostolicum ad hoc pro Cliristo vivere et pro nomine Christi mori finaliter eligentes, addiscanlur infideliumidiomata, et eorum linguarum varictates docti, eorum idiomatibus magnificarent Deum ubi noncolitur ». — « EttuParisius Universitas », disait-il à l'Université, « nequaquam eris minima in doctoribus suis, ex te enim exietlux universis gentibus et perhibebis testiuionium veiitati et confluent ad te m.igistri et discipuli tui de longe et universi haurient de te scientias universas. »
4. Voy. la nouvelle édition de ce traité donnée par M. Ch.-V. Langlois (Paris, Picard, 1891), p. 47-07. Pierre Dubois expose dans ce traité, le plus considérable de tous ses ouvrages, à l'aide de r[uels moyens et de quelles mesures générales la Terre Sainte pourra être reconquise. Cet examen de la « Question d'Orient » d'alors sert de prétexte à une
Tan 130G, exprime, en un langage fort élevé, des idées à peu près semblables. Les considérations qu'il expose touchant la place considérable que la langue grecque et les langues orientales devaient être appelées à occuper, selon lui, dans l'enseignement, sont, à tous égards, trop remarquables pour qu'il ne soit pas à propos d'y insister, évidemment le but qu'il assigne aux créations proposées par lui est avant tout un but religieux : le culte désintéressé de la science n'apparaît nulle part dans ce plan, mais il faut bien reconnaître, si l'on tient compte des idées du temps, qu'il n'était pas possible de concevoir un plan plus large et plus grandiose que celui qui fut formulé par le célèbre avocat normand. Après avoir insisté sur l'utilité générale de la connaissance des langues orientales, il prouve la nécessité qu'il y a pour la chrétienté d'entretenir en Asie des interprètes sérieusement instruits dans l'étude des langues et des écritures, tant des Arabes que des autres peuples de cette partie du monde. On ne saurait, en effet, songer à détruire toutes les nations ; il faut donc les gouverner. Or comment pourraient-elles être gouvernées par des hommes qui ne comprendront pas plus leurs langues qu'ils ne comprennent le gazouillement des oiseaux? Les interprètes étrangers ne peuvent suffire; car il est dangereux de se fier à ces hommes, qui ne se font aucun
esquisse de politique générale des plus curieuses qui est peut-être ce que le moyen âge nous a laissé de plus important en ce genre. M. Ernest Renan, dans l'admirable article qu'il a consacré à Pierre Dubois, au tome XXVI de l'Histoire littéraire de la France, p 471 et suiv., a do:iné un résumé complet du De recuperatione que nous avons mis à profit pour les passages résumés ici.
1. Il est intéressant de l'emarquer queDiibois avait déjà énoncé ces idées dans sa Supplication du pueble de France au roy, ouvrage de polémique écrit vers 130'», dans lequel il fait un crime au pape Bonilace de n'être point polyglotte : « Onques par soy ne par autre ne regarda ne n'ensegna la centiesme partie de la gent du monde. 11 estoit greigncur besoing que il seust Arabie, Caldei, Grieus, Ebrieus, et touz autres languages, desquels il y a moult de crestiens qui ne croient pas comme l'Église de Rome pour ce que eux n'ont esté de ce ensegnié. »
L ENSEIGNEMENT DES LANGUES AU MOYEN AGE. Il
scrupule de trahir ceux qu'ils regardent comme des barbares. L'unique moyen de ramener les peuples catholiques de l'Orient qui n'obéissent pas à l'Eglise romaine et de convertir les autres, serait d'entretenir des rapports avec eux par l'intermédiaire d'un certain nombre de personnages de la cour romaine, bien instruits dans les idiomes de ces peuples et susceptibles de discuter leurs arguments. Par là serait, en quelque sorte, renouvelé le don des langues. L'ignorance des pontifes romains et de leur entourage est, à cet égard, singulièrement préjudiciable.
Le pape Clément Y devra donc ordonner que dans les prieurés des Templiers et des Hospitaliers il soit établi deux ou un plus grand nombre d'écoles de garçons et presque autant d'écoles de filles. Les enfants seront choisis à l'âge de quatre ou cinq ans, six ans au plus, par un sage philosophe habile à deviner les dispositions naturelles. Les enfants que l'on prendra ainsi pour les instruire ne seront jamais rendus à leurs parents, à moins que ceux ci ne restituent les dépenses faites pour leur instruction. On instruira d'abord tous les enfants dans la langue latine; puis les uns apprendront la langue grecque, d'autres la langue arabe, d'autres enfin les différents idiomes. Ceux des élèves ainsi formés qui pourront affronter les dangers de la navigation iront en Orient, pour travailler à la conversion des schismatiques et des infidèles. Une autre partie des jeunes gens sera envoyée à la cour romaine, d'où ils correspondront avec les Grecs, comme s'ils appartenaient à leur nation \ Aux autres enfin sera réservée une éducation scientifique plus complète encore que la
1. Dece'.te manitlTe, ajoute Dubois, quand le pape enveri'a un légat en Grèce ou dans toute autre contrée d'Orient, il fera suivre son représentant de plusieurs de ces lettrés qui triompheront par leur science des plus savants docteurs. Grâce à. ces polyglottes, l'Orient célébrera l'Église romaine, comme la reine de Saba loua la sagesse de Salomon.
première, donnée dans une sorte de collège universel.
Celte école supérieure, placée au sommet de la hiérarchie des écoles régionales, serait ouverte à tous les enseignements. On s'occuperait de rechercher aclivomont des savants grecs, arabes, chaldéens, voire des maîtres en d'autres langues encore, lesquels instruiraient dans leurs langues littérales les plus habiles d'entre les élèves, et dans les idiomes vulgaires ceux qui auraient moins de facilité. Ces derniers pourraient servir de diogmans aux illettrés, « car je pense, dit Fauteur avec justesse, que de même que chez nous, Latins, nous voyons chaque idiome littéral contenir divers patois vulgaires, il en est de même en 0 lient ».
Les étudiants admis dans le vaste établissement seraient ceux qui, outre leur connaissance des langues orientales, auraient approfondi davantage l'étude de la grammaire et celle du grec et du latin. Les uns s'appliqueraient au droit, les autres à l'astronomie, aux sciences mathématiques et naturelles, à la théologie, aux Saintes Lettres, à la médecine ou à la chirurgie. Chacun de ces domaines devait rester distinct, de peur que les savants ne vinssent à se disputer entre eux. Philosophi fiatiariliter simt iîividiosi, a dit un grand philosophe. Ces écoles donneront aux chrétiens l'empire du monde. De plus, elles amèneront, au point de vue économique, des avantages considérables et immédiats, en facilitant le trafic commercial. La paix et la concorde uni^erselles résulteront détentes ces mesures. Les chrétiens deviendront plus vertueux, plus savants et plus riches. La diffusion générale de la science et de la philosophie fera renaître l'âge d'or. L'auteur arrête ici son beau rêve pour reprendre en détail chacune des parties du plan d'enseignement dont il vient d'esquisser l'ensemble. C'est tout un programme encyclopédique que
LENSEIGNEMENT DES LANGUES Ali MOYEN AGE. 13
développe iciPierreDubois, celui-là même que les grands esprits de la Renaissance accueilleront deux siècles plus tard avec un si chaud enthousiasme, en même temps que le Collège de France aura pour mission de le réaliser. A l'époque où le légiste de Coutances le formula, personne ne le comprit. L'Université dut sourire de cette admiration naïve pour l'infinie variété du savoir humain. Les doctrines si sages exposées dans le De récupératione sur les réformes profondes à accomplir dans l'enseignement, obtinrent tout au plus dans le monde lettré d'alors un succès de curiosité '.
Il est à remarquer, toutefois, qu'il se produisit, vers cette époque, un mouvement très marqué en faveur d'une nouvelle impulsion à donner à l'étude des langues orientales. Un texte du plus haut intérêt, récemment découvert, donne à cet égard des renseignements précis ^ C'est une supplique adressée au pape par l'Université de Paris, en vue de la fondation d'un collège de langues, où l'arabe, le grec et le tartare auraient été spécialement enseignés. L'établissement devait se composer de six maîtres et de vingt étudiants. La requête, conçue en termes élevés, fait valoir au pape les deux motifs qui pouvaient le mieux provoquer ses sympathies à l'égard de l'entreprise. Elle lui exposait qu'une école de ce genre servirait à former, d'une part, des missionnaires destinés à aller porter chez les schisma-
1. Dubois revient ensuite, avec une siagulière hardiesse de pensée, sur l'instruction à donner aux femmes et sur le rôle djvolu à ces dernières dans la conquête de la Terre Sainte et de l'Orient. Rien de plus curieux que les détails donnés dans son traité sur les études supérieures qu'il convenait de prescrire aux jeunes filles élevées par l'œuvre de la croisade. Elles devaient apprendre le latin, la grammaire, la logique, un idiome outre le latin, puis les sciences naturelles, la médecine, la chirurgie. Il proposait de faciliter les mariages de ces jeunes filles avec les seigneurs et les clercs orientaux.
2. Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 18^ année, 6<= livraison, p. 1G4. Supplique de l'Université au pape pour la fondation d'un collège oriental à Paris, publiée par M. H. Omont.
tiques et les infidèles la parole de vdrité, et, de l'autre, des interprètes capables de traduire les textes arabes et grecs, nécessaires pour les études et les controverses théologiques. Il paraît que le roi de France s'était montré tout disposé à accorder un local pour y installer le futur collège oriental. Il ne restait donc qu'à trouver les revenus suffisants pour assurer l'existence de la fondation. La docte corporation demandait au pape de subvenir en partie aux dépenses, en consacrant à cette œuvre les revenus de quelques abbayes de France. Cette pièce n'est pas datée, mais il y a de fortes raisons de supposer qu'elle fut une conséquence directe de l'appel adressé par Raimond Lullc à l'Université, vers l'an 1300 '.
La requête ne dut pas aboutir, puisqu'au moment du concile de Vienne, en 1311, la question posée par l'auteur de VA7's magna était toujours pendante. Ce dernier quitta Paris, au mois d'octobre 1311, afin de se rendre à Vienne et de renouveler en personne devant les Pères du concile l'exposé du projet qui lui tenait tant au cœur'. Nous ne savons au juste quel rùle il remplit
1. La pièce se trouve dans le ins. latin 14 766 de la Bibliothèque nationale (f» 118), au milieu d'une série de lettres et d'actes divers copiés, vers le milieu du xiv^ siècle, à l'abbaye de Saint- Victor. Ces lettres sont de la fin du xni« siècle ou du commencement du xiv siècle. Nous n'hésitons pas cependant à dater approximativement la supplique, eu la présentant comme un résultat de la campagne entreprise par Lulle. Les lettres de ce dernier n'auraient pas eu de sens, si elles avaient été envoyées postérieurement à cette démarche de l'Université. L'énumération des langues est exactement la même dans les lettres de Lulle et dans la requête en question. 11 y a donc entre elles un rapport évident. En tout cas, la requête est assurément antérieure à la décision du concile, dont il aurait été fait forcément mention, dans le cas contraire.
2. Hisf. m ter. de la France, t. XXIX, p. 4"). D'après le récit autobiographique cité par VHist. lillër., Lulle allait au concile afin d'y obtenir trois choses pour la restauration de la foi orthodoxe. L'un de ces vœux tendait à ce qu'on établît un lieu suffisant où des hommes pieux et intelligents étudieraient les diverses langues, pour prêcher la doctrine évangélique à toute créature, etc.
L'EiNSElGNEMENT DES LANGUES AL" MOYEN AGE. 15
dans cette assemblée. Toujours est-il que vers le mois d'août Î312 fut promulgué le célèbre statut du concile, prescrivant Tinstitution de professeurs spéciaux pour rhébreu, le grec, l'arabe et le chaldéen dans les plus importantes des Universités de la chrétienté, à Paris, à Bologne, à Rome, à Oxford et à Salamanque. On voit qu'à l'exception de l'Allemagne, chacune des grandes nations de TEiirope était invitée à organiser un centre d'études pour les langues orientales. En somme, les appels successifs de Bacon, de Lulle et de Pierre Dubois n'étaient pas restés tout à fait inutiles. Le roi de France recevait le mandat de pourvoir au nouvel enseignement dans l'Université de Paris; le clergé tant régulier que séculier d'Italie, d'Angleterre et d'Espagne était chargé du même soin dans les autres Universités ^ Il devait y avoir deux professeurs pour chaque langue. En stipulant expressément que les maîtres devaient faire profession de la religion catholique, le concile entendait évidemment exclure les Juifs ouïes autres Orientaux, que la nécessité de trouver rapidement un certain nombre de professeurs de langues aurait pu faire admettre momentanément dans les Universités. Le statut était également explicite sur les ressources à attribuer à cet enseignement. Les évèques, les monastères, les chapitres, les collèges et les curés étaient tenus d'y contribuer, dans la mesure de leurs
1. Clementix., De magistr., V, I, 1, dans le Corpus jiiris canonici et àans le Chartularium Univ. Paris., t. 11, 11° 095, p. 15i. Voir aussi le n» Gll, p. 83, du même recueil. Dans certains manuscrits des statuts du concile, le grec ne figure pas au nombre des langues dont l'enseignement est prescrit, mais cette omission n"a aucune importance. D'autres manuscrits font mention du grec et les documents qui se rapportent aux tentatives faites en vue de renseignement des langues, à cette même période, citent tous le grec, en même temps cjue l'hébreu, Larabe et le chaldéen. 11 convient de remarquer encore que le concile enjoignait aux professeurs, non seulement d'instruire les étudiants, mais aussi de se préoccuper de former de futurs maîtres « earumque linguarum) peritiam studiosa in illos instructione transfundant ».
moyens, malgré toutes les exemptions qui poun-aient être obtenues par ailleurs.
Cotte solennelle décision, motivée par l'unique désir de convertir les infidèles, stimula momentanément les bonnes volontés. Il y eut certainement des efforts faits en France pour organiser l'enseignement prescrit par le concile'. On sait, en effet, qu'un certain Jean Salvati, juif converti originaire de Yilleneuve-le-Roi, village du diocèse de Heauvais, enseignait, vers 1319, l'hébreu et le chaldéen aux écoliers de la capitale ^ Le pape Jean XXII écrivit, à cette date, à l'évêque de Paris, fiuillaume d'Auvergne, pour lui recommander de réunir les ressources nécessaires à l'entretien du nouveau professeur. Toutes les corporations ecclésiastiques, visées par le statut du concile de Vienne, étaient requises de contribuer aux dépenses exigées par l'enseignement qui venait d'être créé"". Il paraît que ce même pape se préoccupait sérieusemsnt d'assurer l'exécution des prescriptions du concile,
1. Détail significatif, ce sera prâcisémeiit sur ce décret du concile de Vienne que François pr s'appuiera plus tard, dans la charte accordée en 15't3 aux: lecteurs royaux, pour justifier la création de ces derniers, si violemment attaqués, dès le d'but, par la Sorbonne et par fUniversite.
2. Chartul. Univ. Paris., t. II, p. 228. « Cum, sicut ex relatione accepimus fide digna, dilectus filius Johannes Salvati de Nova Villa Régis, riericus Belvacensis diocesis, qui... in linguis tam ebrea quam chaldea sufficienter instructus existât et desideret libres earumdem liuguarum in latinum transferre ac alios Christi fidèles in eisdem linguis Parisius erudire, ut instructi per eum in linguis ipsis possint Altissimo reddere gratum fructum », etc. On possède encore une quittance de douze deniers, somme à laquelle avaient étj taxis les chiuoines d'une église de Dijon, pour subvenir, de concert avec le clergé du diocèse de Langres, à l'entretien de ce professeur. Voy. Jourdain, Eccurs-ions historiques et philosophiques à travers le moyen ayj^Paris. Didot, 1888), p. 22 i : Un collège oriental à Paris au xiu» sii'cle, et Chartul. Univ. Paris., t. II, p. 228 et v;n.
3. Chartul. Univ. Paris., t. II, p. 2)3. Notons que lénumJration des langues est la même que dms le texte du concile de Vienne et que le grec s'y trouve compris : « ds scolis iu ebrayce, grece, arabice et chaldee linguarum generibus in Parisiensi et certis aliis studiis erigendis ».
puisqu'il existe de lui une autre bulle, adressée d'Avignon le 2o juillet 1326 à Hugues de Besançon, successeur de Guillaume sur le siège de Paris, pour lui rappeler la nécessité de fonder des écoles pour le grec, l'hébreu, l'arabe et le chaldéen. En outre, le pontife ordonne au prélat de faire une information très exacte au sujet des personnes chargées de cet enseignement dans rUniversité de Paris, de s'enquérir du nombre de ces maîtres, de déterminer si leurs cours sont suivis, s'ils touchent leur traitement, par qui et dans quelle mesure il est pourvu aux dépenses qu'ils occasionnent. L'évèque de Paris recevait l'injonction de faire promptement au pape un rapport détaillé de tout ce qu'il serait possible de savoir sur cette question.
Un peu auparavant, Jean XXII avait envoyé des instructions analogues. à son légat en France, par lesquelles il lui ordonnait de veiller minutieusement à ce que des doctrines étrangères ou funestes pour la religion ne fussent pas introduites dans les écoles, à la faveur d'explications grammaticales. Ce personnage devait de son côté se livrer à une enquête sévère à ce sujet. Le pape, on le voit, pressentait, dès le début, le péril que le contact des sciences orientales pouvait faire courir à l'orthodoxie chrétienne. Avant même d'être implantées dans l'Université, les nouvelles études causaient déjà quelques alarmes au clergé. On comprend que, dans ces conditions, elles ne pouvaient guère se développer librement'.
Durant ce temps, l'ancien collège oriental de Constantinople, créé au xni^ siècle, était tombé peu à peu
1. Dl' Buclay, Htst. Univ. Paris., t. IV, page 209 : « Eodeni anno [1325] idem Pontifex Johannes cavit buUa ad cardinalein legatiuu npud regem Galliarum data, quie inter ejus epistolas numéro est 49, ne occasione lectionis peregriuarum linguarum... peregrina dogmata inducerentur, mandavitque ut in magistros parisienses grœcam, arabicam, chaldaïcam et iiebraïcam linguas profitentes diiigentius inquireret. »
dans une décadence profonde. En l.'i62, les bâtiments de rétablissement, situés « in vico Sine capite, prope plateam Mauberti », furent donnés en location ; le collège ne comptait aloi-s qu'un écolier, et en 1374 il n'en avait plus un seul '.
On peut donc dire qu'à ce moment-là l'enseignement des langues orientales avait été complètement abandonné par rUniversité de Paris. Un penseur original et indépendant de l'époque semble s'être ému de cette situation. On sait combien Philippe de Mézières se préoccupa, dans la seconde })ai-tie de sa carrière, durant sa retraite au couvent des Célestins, de toutes les questions relatives à la conquête de la Terre Sainte et à rOrient en général. 11 imagina toute une organisation grandiose, basée sur l'institution d'une chevalerie de la passion du Chvhi [militia passionis Jesii Christi). i]ei ordre devait seconder les efforts des chevaliers de Rhodes et faire revivre les grandes traditions des Templiers et des anciens ordres militaires. Le plan du traité qu'il projetait d'écrire dans le but d'exposer ses idées au monde chrétien, nous a été conservé par une heureuse fortune". Cet essai, rédigé vers l'an 1384, suffit à nous faire connaître les principaux moyens <jue l'ancien chancelier de Chypre proposait de mettre en œuvre pour rendre à l'Europe son action d'autrefois dans les pays orientaux. Or nous- voyons que la fondation d'écoles dans lesquelles on ne parlerait que latin,
1. JouRriAiN, //jr/e.r vhavluriim Univer. Paris. ,n'>^ GS-i et 151 ;DuBoLr.AV. t. IV, p. :]G4. L"ancieii collège oriental devint le col'ège de la Petite- M.'U'che .
2. Ce plan a été publié, e.i 1881, par M. Auguste Molinier dans les Archives de l'Orient latin, I, 345. C'est celui de la seconde rédaction du traité de \nMilitiapassionis : la première ayant été écrite en LSGS. Il y en eut également une troisième, faite en 1:{!J5, neuf ans avant la mort de Philippe de Mézières qui mourut âgé d'environ 1Î2 ans. Voir la notice de l'abbé Lebeuf parue en 1751 dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XVIl, p. 491-511.
et Où la jeunesse pourrait apprendre à la fois l'arabe le tartare, le grec et l'arménien, figure précisément au nombre des créations que Fauteur préconisait comme les plus nécessaires. L'un des trente livres de son ouvrage, le vingtième, devait être tout entier consacré à cette question. Le sommaire indique qu'il faudra or ganiser, en outre, ce que Philippe de Mézières appelle les écoles des huit langues, où l'on devra enseigner aux écoliers huit langues orientales différentes. Les futurs clercs auront ensuite pour mission d'ensei-ner les grammaires de toutes ces langues aux futurs chevaliers de la milice, auxquels on ne demandera que de es savoir parler couramment. Ce plan, aussi bien que les projets élaborés par les écrivains novateurs dont il a été question plus haut, n'avait guère de chance d aboutir : il est cependant intéressant de le signaler ne fut-ce que pour montrer la persistance, à la fin du xiv-^ siècle, des opinions successivement défendues par Bacon, Lulle et Dubois, en matière d'enseignement oriental. 11 n'en est pas moins certain que les études tant recommandées par le conseiller de Charles v' étaient à ce moment-là délaissées par tout le monde' Comment retrouvons-nous, quarante ans plus tard la trace d'un maître en hébreu et en chaldéen, professant ces langues dans la capitale ? C'est ce qu'il est assez difficile d'expliquer. Il faut bien avouer que par suite de l'absence de documents précis, l'enchaînement des divers faits qu'il est possible de grouper sur cette matière nous échappe en partie. Toujours est-il que deux textes formels, datés des années 1420 et 1421 attestent l'existence, à cette époque, d'un maître en hébreu et en chaldéen au nombre des professeurs de Université de Paris'. Chose digne de remarque, la
docte corporation considérait cette chaire unique comme tout à fait insuffisante. Elle lit entendre, à diverses reprises, au sujet de Toubli dans lequel était tombée cette branche des connaissances humaines, des regrets et des doléances qu il est permis de croire sincères et dont le document de 1420 nous fournit un bien curieux témoignage'. Le traite de Troyes venait d'être signé depuis quelques mois. Sur la fm de Tannée 1420, Henri Y, après s'être montré aux Parisiens, s'était mis en route pour retourner en Angleterre. Lors de son passage à Rouen, il reçut une députation de l'Université de Paris, qui l'avait déjà sollicité précédemment sans succès. Les députés étaient porteurs d'instructions qui indiquaient tous les points sur lesquels ils devaient appeler l'attention bienveillante du puissant roi d'Angleterre, devenu, par le malheur des temps, régent du royaume de France. Ces instructions ont un grand intérêt pour l'histoire politique et littéraire du xv' siècle. N'est-il pas remarquable de voir figurer, parmi les points qu'elles touchent, l'enseignement de la langue hébraïque? L'Université se plaint que cet enseignement, qui devrait, d'après les anciennes ordonnances, compter à Paris plusieurs chaires, soit tellement dégénéré, qu'il n'est plus donné que par un seul professeur. Encore ce pauvre docteur, nommé Paul de Bonnefoy, peut-il à peine subvenir à son entretien, avec les gages dérisoires qui lui sont alloués. Les professeurs de Paris rappellent qu'ils avaient déjà demandé un règlement d'ordre général sur cette importante matière. Le roi anglais s'était contenté de promettre une allocation de cent francs, dont la moitié seulement avait été payée. Ils se bornent à solliciter le reste, en réclamant des mesures sérieuses, qui assurent pour l'avenir une orga-