‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 14 sur 96 · Labbé et CossAitr, Concilia, t. XIl, p. 5i · texte numérisé non relu

Labbé et CossAitr, Concilia, t. XIl, p. 5i

un professeur appartenant à un ordre religieux enseignait encore Thébreu dans 1" Université. Lorsqu'il dut réclamer à la Faculté des xVrts le paiement des honoraires qui lui avaient été promis, sa demande fut favorablement accueillie. Chaque Nation se cotisa pour le payement; celle de France y contribua pour la somme de huit écus*. Les autres nations se montrèrent sans doute moins généreuses, car la somme payée, le 8 mai 1435, par le bedeau de la Faculté « au maître lisant en hébreu » ne s'élevait qu'à quarante-huit sous parisis^ C'est le dernier témoignage de l'existence des études orientales en France avant l'époque de la Renaissance^

On pouvait croire dès lors la cause des lettres plus que jamais compromise dans notre pays. Mais cette décadence profonde de la culture intellectuelle, que l'on voit se manifester dans la première moitié du xv" siècle, ne devait pas durer bien longtemps. Aux tristes temps do la guerre et de l'invasion anglaises allait succéder une ère plus sereine et plus féconde. Le magnifique renouvellement de l'esprit humain, dont l'Italie était la glorieuse initiatrice, ne pouvait manquer de gagner un jour ou l'autre la nation qui, aux xn" et xni" siècles, avait tant fait pour la cause générale de la civilisation. Certes l'aurore des temps nouveaux fut longue à apparaître sur notre terre. Il n'y eut, durant plus d'un demi-siècle, qu'une lueur incertaine et vacillante. Il n'est pas sans intérêt cependant de montrer comment elle naquit et comment elle grandit peu à peu.

1. Du BoLLw, t. V, p. 590. CuEviEis, Hist. de l'Uiiiv., t. IV. p. 223. Hi.st. lit 1er. (le la France, Discours sur l'état des lettres au xiv^ siècle, par Victor Le Clerc, éd. iii-8°, p. 424.

2. Biljl. Nat., lus. lat. h'Vo'i G, f° 24. Cité par Jourdain, loc. cit.

;<. h'Hifit. liltér. [loc. cit.) dit f{ue vingt ans après on redemande encore des chaires de langues orientales, sans indiquer sur quel téujoignage repose cette assertion.

Contraste singulier, au moment môme oii l'enseignement de riiébreu disparaissait ainsi de l'Université, arrivait à Paris un Italien nommé Gregorio Tiphernas, originaire de Citta di Castello*. D'abord élève d'Emmanuel Chrysoloras, il voyagea ensuite quelque temps en Grèce et enseigna successivement la langue de ce pays à Naples, à Milan et à Rome, oîi le pape Nicolas Y le traita avec distinction. Il vint en France vers 14o3 et sollicita du recteur de l'Université de Paris l'autorisation de donner des cours de grec. Sa demande fut accueillie : il fut décidé qu'il ferait deux leçons par jour, une consacrée à la rhétorique et l'autre à la langue grecque. Combien dura cet enseignement % quels résultats produisit-il? C'est ce ({ue rien ne permet de conjecturer. On sait seulement que Tiphernas se plaignit plus tard, dans ses poésies, de n'avoir reçu pour sa peine qu'un salaire fort insuffisant ',

En 1476 arriva à Paris Georges Ilermonyme de Sparte \ Le premier, parmi tant de Grecs fugitifs qui, depuis cinquante ans, s'étaient répandus par toute l'Italie, il songea à se fixer en France. L'enseignement qu'il y professa de sa langue maternelle, quoique peu brillant, ne fut cependant pas infructueux. Sa connaissance des auteurs anciens était réelle , ainsi que l'attestent les nombreuses copies de manuscrits dues à sa plume; il n'était point non plus ignorant de la grammaire, mais ses aptitudes pédagogiques étaient, semble-t-il, tout à

1 . L'ancien nom de Citta di Castello ûtait Tiiihernuin, d'où le nom pris pai- Gi-egorio. Il était né vers 1415.

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