‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 15 sur 96 · Certains auteurs disent quatre ans · texte numérisé non relu

Certains auteurs disent quatre ans

;$. Dans les hymnes et poésies publiées à la suite de l'édition d'Ausone, Venise, 147'2, in-f°.

4. II. Omont, Georr/es llermotvjme de Spar/c, maître de f/rec à Paris et copiste de manuscrits (li7fi),dans les Mémoires de la Société' de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XII, p. C5. Voy. Hody, ]>e Grsecis iliustribns..., Londres, I74Î, in-8°, p. 233-237; RuBriTÉ, Guillaume Budé, Paris, 1840, in-S°, p. 143-145 et 231-25â.

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fait insiitTisantes. Il eut cependant la gloire d'avoir pour élèves deux des plus illustres érudits delà Renaissance, Jean Reuchlin et GuillauQie Budé. Le premier garda de ses leçons un souvenir favorable, ainsi qu'en témoignent plusieurs passages de sa correspondance. Mais le second n'a point caché les sentiments peu sympathiques que le commerce de ce personnage lui avait inspirés. L'appréciation que nous trouvons dans une lettre adressée par lui à l'évoque de Londres, Cuthbert Tunstall, son ami, nous présente, en effet, le vieux maître de grec sous un jour aussi fâcheux que possible : « Pour mon malheur, écrit Budé, j'ai rencontré, il y a vingtsix ans, un certain (Irec, déjà âgé; ou plutôt c'est lui qui vint s'emparer de moi pour faire de son écolier une vache à lait ; et en effet il sut tirer de moi un argent considérable. Pourtant ce n'était pas un homme lettré; j'avoue qu'il m'apprit à bien lire sa langue, à la bien prononcer, mais, en tout le reste, il était au-dessous de sa tâche. Je ne saurais dire de supplice qu'il ne me fit souffrir, en m'enseignant chaque jour le contraire de ce ([u'il m'avait appris la veille. Je ne faisais des progrès qu'autant que j'oubliais ses leçons. Et pourtant j'entendais dire qu'il n'y avait pas en France d'autre Grec que lui. Aucommencement, je l'avais pris pour un très savant homme. D'ailleurs il savait m'éblouir, en déployant son Homère sous mes yeux, et en me nommant un ù un les auteurs les plus célèbres. Mais peu à peu l'éclat ([Lie les nouvelles études jetaient en Italie, arriva par quelques lueurs jusque chez nous. M'étant alors pourvu délivres, je recommençai à étudier seul, faisant chaque jour double besogne. Résolu à tout reprendre sur nouveaux frais, je renvoyai mon Grec, qui ne voulait pas me lâcher. N'ayant plus de leçons à me donner, il me poursuivait pour me faire acheter des livres, ou payer des copies; avec lui, je ne savais pas mar-

chander\... » Ce tableau piquant ne nous rappelle-t-il pas les plaintes analogues formulées, un peu plus d'un siècle auparavant, par Pétrarque et Boccace, persécutés par ce sordide Léonce Pilate, qu'ils supportèrent, pour l'amour d'Homère, avec une patience si admirable. Le jugement d'Érasme à l'égard d'IIermonyme n'est guère plus élogieux que celui de Budé ^ Nous croyons néanmoins volontiers que le malheureux Grec a été injustement traité par les deux grands humanistes. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'il a été l'ami de Lefèvre d'Etaples, lequel lui fut redevable d'utiles enseignements % et que nombre de personnages en vue du temps, tels que Charles de Bourbon, l'archevêque de Sens Tristan de Salazar, l'évêque de Paris, les chanoines Germain Brice et Paul Emile, se trouvèrent en relation avec lui. Il y a donc lieu de croire que cet érudit, autant par ses leçons que par les copies de manuscrits qu'il effectua en si grand nombre dans la capitale, a rendu à la cause du grec des services appréciables, et qu'il ne faut pas prendre à la lettre les propos amers de Budé.

A peu près à la même époque, c'est-à-dire vers 1476, un autre Grec, qui avait successivement professé à Bologne, en 1464, puis à Rome et à Florence, vint s'installer dans notre capitale. Il se nommait Andronic Callistos'% mais nous manquons à peu près complètement de détails sur les circonstances qui ont marqué son séjour à Paris. Il dut y mourir, peu de temps après son

1. Dans les Oinnia opéra G. Budœi. Bile, l.")57, in-f°, t. I, p. 3G2.

2. « Lutetiœ tantum unus, Georgius Hermonymus, gntce balbutiebat. sed talis, ut neque potuisset docere si voliiisset, neque voluisset, si potuissct. )i Cafalof/i/s lucahrnUonum Erasmi, en tête de l'édition des Œuvres d'Érasme, Leyde, l'O;], in-f», t. I.

3. Voy. Gbaf, Jacobus Faher Stapuleii^is, dans la Zt:itschr/fl fiir die historis'j/ie Théologie, année 18.J2, p. 7.

4. Il ne faut pas le confondre avec un autre Grec contemporain, Tranquillus Andronicus.

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arrivée. En tout cas, le fait même de sa venue n'est pas douteux. 11 a joui, de son temps, d'une très grande réputation, mais le peu d'œuvres qui subsistent de lui ne permettent pas de juger si cette renommée fut justifiée. Les efforts éclairés accomplis, vers le même temps, par quelques membres de l'Université, tels que Guillaume Fichet, Robert Gaguin, Guillaume Tardif et le maître de Reuchlin, Jean von Stein, ne contribuèrent pas moins activement au progrès des lettres.

Les expéditions successives accomplies en Italie par Charles VIII et Louis XII exercèrent, au point de vue de la dill'usion des idées de la Renaissance dans notre pays, une action des plus favorables. Elles contribuèrent à attirer l'attention des groupes éclairés sur les études, alors si en honneur de l'autre côté des Alpes. La première de ces entreprises nous valut la possession du docte Jean Lascaris. Amené en France par Charles YIII, en 1493, il reçut de ce roi une pension de 400 livres tournois. Ce savant remarquable, dont nous aurons plus loin l'occasion de parler plus en détail ' , contribua puissamment à répandre en France le goût et la connaissance méthodique de la langue grecque. Il ne semble pas avoir donné de cours publics dans l'enceinte de l'Université, préférant se composer un auditoire d'élite, dans lequel tout ce que Paris comptait d'esprits ouverts et distingués tint à honneur d'entrer. C'est ainsi qu'il dirigea les études du grand Budé, qui lui garda de ses bons offices le plus reconnaissant souvenir. Louis XII lui continua la faveur dont le précédent roi l'avait honoré, en lui confiant d'importantes missions diplomatiques. Lascaris ne

1. Voy. plus loin le chapitre ii. On verra que son rùle dans la préparation du futur Collège do France a été, sous François l'"''^ beaucoup plus actif.

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rendit pas de moindres services, en s'occupant d'organiser la bibliothèque de Blois et d'acquérir pour le compte du roi de France de précieux manuscrits. Absorbé par ces divers travaux, il n'eut pas le loisir d'enseigner bien longtemps. 11 faut donc le considérer comme un initiateur, ou, si l'on veut, comme un directeur d'études, plutôt que comme un maître ayant professé régulièrement. Son rôle dans notre pays fut analogue à celui de la plupart des maîtres italiens de la Renaissance, dont les fonctions et les habitudes se rapprochent si peu de celles du professeur telles que nous les concevons aujourd'hui.

Il y a un indice bien curieux, (jui n'a point été encore signalé, du développement pris, dès ce moment, par les études grecques dans la capitale : c'est l'existence, dans les registres de procès-verbaux des Nations de l'Université, de mentions, de sentences morales et d'extraits d'auteurs classiques, qui apparaissent vers la lin du xv*^ siècle, notamment dans les registres de la Nation d'Allemagne'. Ces citations, généralement écrites avec le plus grand soin et la plus scrupuleuse correction, sont relativement nombreuses : elles commencent à apparaître dès l'année 1498. Beaucoup d'entre elles sont pleines de charme et d'à-propos. Elles témoignent, mieux que toute attestation explicite, de l'enthousiasme qui accompagne ces premiers efforts et de la joie naïve avec laquelle les étudiants saluent les résultats obtenus au prix de tâtonnements si pénibles.

C'est seulement sous le règne de Louis XTI que fut institué en France le véritable enseignement du grec. Le maître qui l'a iijiauguré d'une manière suivie et

I. Ces uiPiitioiis se trouvent dans les registres de proc(''S-verbaux dos réunions des Nations conservés à la bibliothèque de l'Université. Voy. Abel Lefranc, Notes sur la Naiion d'Allemar/ne à l'Unioeisilé de P'iris au ^\« sù'rle, dans le Bulletin de In Société d'hist. et de yéog. de Libye, 1890, p. 22.

régulière est un Italien, Girolamo Aleandro, helléniste et hébraïsant, qui vint s'établir à Paris au printemps de Tannée io08, muni de lettres de recommandation d'Erasme '. Ce personnage, ami et collaborateur d'Aide Manuce à Venise, est devenu plus tard célèbre comme nonce en Allemagne et en France. 11 mourut archevêque de Brindisi, bibliothécaire de l'Église romaine et cardinal. On sait le rôle considérable qu'il joua durant la première période de l'histoire de la Réforme allemande. Il vint, encore assez jeune, terminer ses études littéraires dans la capitale, où il suivit les leçons de Lefèvre d'Etaples et de quelques autres savants distingués de l'époque. Il n'avait été nullement appelé par Louis XII, comme on l'a si souvent répété, étant venu se fixer en France de son propre mouvement. Son but était de donner des leçons de grec, tout en s'appliquant à étendre ses connaissances dans les branches d'études pour lesquelles l'Université de Paris offrait des ressources particulières : les mathématiques et la philosophie péripatéticienne, par exemple. L'étude de la langue grecque commençant dès lors à attirer tous les esprits distingués, il était à l'avance assuré de réussir. C'est le moment où François ïissard, l'auteur de la première grammaire hébraïque parue en France, essaie timidement de développer le goût des langues anciennes parmi ses compatriotes, au moyen de cours publics qu'il eut le tort d'interrompre trop tôt ^ Aleandro fut fort courtoisement accueilli et commença aussitôt à donner des leçons privées de grec à quelques personnages de

î. Le texte si curieux publié par M. de Xolhac dans son travail : le Grec à Paris sous Louis XII. Récit d'un témoin [Revue des Études grecques, t. I, p. 61) a jeté une lumière nouvelle sur le séjour d'Aleandro a Paris et sur l'état des études grecques dans cette ville au moment où il y arriva, en 1508.

'2. Tissard avait publié en août 1507 le Liber Gîiomagyricus, le premier livre grec imprimé en France.

marque. Mais, faute de livres, il ne put inaugurer tout de suite son enseignement public. Peu de temps après son arrivée, il écrivit à Aide Manuce une lettre des plus vivantes, dans laquelle il lui confie ses projets, ses inquiétudes et ses espérances. Ce document nous fournit, d'autre part, de précieux renseignements sur les dispositions du public en face des études nouvelles qu'il représente, en même temps que sur les essais d'imprimerie grecque qui se font autour du jeune helléniste et auxquels il va bientôt donner lui-même une vive impulsion. 11 y a donc lieu d'en citer ici des extraits caractéristi(jues ' :

A l'excellent sei^niour Aide Manuce, l{oniain, honoré maître. A Venise, à Saint-Paternien. — Salut et le reste.

Par le présent courrier qui vient d'Angleterre et me presse, je vous écrirai ce qui me paraîtra le plus urgent; une autre fois jn vous entretiendrai d'auti-cs sujets. Mes bagages ne sont pas encore arrivés, ce qui fait que je ne vous transmets rien de ce que vous me demandez. Mon sortie veut ainsi. Je n'ai encore rien commencé [en fait d'enseignement public], parce que je n'ai pas reçu mes livres. On m'a bien prêté beaucoup de livres grecs ou latins ; mais Me"" Budé me conseille de m'abstenir pour le moment, parce que, dit-il, j'aurais bien une foule d'i'coliers dc'pcnaillés et pouilleux^, mais de gain fort peu. 11 me dit aussi qu'il s'occupe d'arranger mes affaires, et en attendant il groupe diverses personnes honorables [qui voudraient prendre des leçons de grec]. J'espère donc que tout marchera bien pour le profit. Quant au nom (car on se fait un nom par ce moyen), déjcà beaucoup de dignes gens connaissent le mien, et plusieurs ont de hautes situations. Au reste, quand même je n'aurais pas de profit, j'ai trouvé une autre occupation qui me fait espérer de n'avoir pas à me repentir d'être venu en France : nuit et jour, j'étudie les arts avec enthousiasme, et j'en apprends assez pour espérer que, lorsque nous en serons ù l'Académie^, nous ferons encore quelque chose de bon en

1. Nous la citons d'après la traduction donnée par M. de Nolhac.

2. L'expression employée par Aleandro est peut-être un peu risquée, mais elle est en revanche absolument exacte.

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