‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 18 sur 96 · Du BoLLAY, Hist. Univ. Paris., t. VI, p · texte numérisé non relu

Du BoLLAY, Hist. Univ. Paris., t. VI, p

3. Du Boula v, Hist. Univ. Pari.i., t. V, p. 88-2. Aleandro, avant d'èlre recteur, avait été principal du collège des Lombards. Ce qui le força, paraît-il, à qidtter renseignement, ce fut une extinction de voix survenue à la suite des efforts qu'il dut faire pour se faire entendre d'un

que sa connaissance de l'hébreu lui permit probablement d'initier quelques personnes à Tétude de cette langue. Yatable figura au nombre de ses e:lèves. Parmi les étrangers qui vinrent l'entendre on peut citer le prince Yolfang de Bavière, frère de l'électeur palatin, et Jacques Simler, son précepteur. Quant à la pension de cinq cents écus qui aurait été, dès 1509, accordée par Louis XII à Aleandro, il y a lieu de croire, si tant est qu'elle fut jamais octroyée, que le cbiffre en a été fort exagéré.

On ne saurait entrer ici dans le détail des diverses tentatives accomplies, avant le xvi" siècle, pour introduire dans les autres pays l'enseignement du grec et des langues orientales. Nul n'ignore la part prépondérante prise par l'Italie au développement de la connaissance des langues anciennes. C'est au glorieux pays qui a vu le premier l'épanouissement de la Renaissance et qui a véritablement fondé la culture moderne, que revient l'honneur d'avoir organisé, dès le commencement du XV' siècle, l'enseignement nouveau qui ne parviendra à s'implanter en France qu'avec l'institution des lecteurs royaux en 1330. L'initiative de ce progrès décisif appartient donc en propre à l'Italie, qui a précédé de plus d'un siècle toutes les autres nations dans cette voie. Les commencements de l'étude du grec sont dus à deux hommes de génie, Pétrarque^ et Boccace, qui comprirent avec une merveilleuse divination quelle place occuperait la connaissance du monde grec dans la culture de l'avenir. Il est peu d'efforts plus touchants que ceux tentés par ces deux hommes pour se

auditoire par trop nombreux. La vérité, c'est qu'il quitta Paris pour échapper à la peste. On ne sait rien sur un certain Michel Pavius qui, d'après Erasme, aurait enseigné le grec à Paris vers 1.505.

1. L'ouvrage si neuf que M. de Nolhac vient de publier sur Pétrarque etVHummiiame (Paris, Bouillon, 1892, p. 311 et suiv.) donne les renseignements les plus précis sur les études du poète en matière de langue et de littérature grecques, sur son premier maître, le moine calabrais Barlaam, et sur la première traduction d'Homère, faite par Léonce Pilate.

rendre maîtres de cette langue, alors fermée à tout le monde, et dont ils entrevoyaient, avec un sens si pénétrant, les incomparables beautés. Le malheur voulut qu'ils n'eussent pour les instruire que cet encombrant Léonce Pilate, le type par excellence de ces Grecs aventuriers, vaniteux et ignorants, qui erraient alors à travers la péninsule, ne vivant que d'expédients ou des produits d'une science problématique. Il faut voir néanmoins avec quel enthousiasme Boccace célèbre la conquête de y Iliade, acquise au prix de tant de patience et de rudes efforts : « C'est moi, s'écrie-t-il, qui le premier ai rappelé en Toscane les livres d'Homère, exilés depuis tant de siècles. C'est moi, premier entre les Latins, qui ai entendu lire YllUidr par Léonce Pilate. C'est moi encore qui ai obtenu ([u'ils fussent lus en public. Je n'ai pas tout clairement compris, soit ! Mais j'ai compris ce que j'ai pu, et si cet homme admirable ' était resté plus longtemps parmi nous, nul doute que je n'eusse tout compris. »

Trente ans plus tard, vers 1396, arrive en Italie le premier des professeurs de grec dignes de ce nom, Manuel Chrysoloras, à qui succède Georges de Trapézonde, à partir de 1430. Il suffira de citer ensuite les noms de Gemisthe Plethon, de Bessarion, de Théodore Gaza, venu un peu avant la prise de Constantinople, de JeanArgyropoulos, de Démétrius Chalcondyle et de ses fils Théophile et Basile, d'Andronicos Callistos, de Marc ^lusurus et surtout des Lascaris, pour évoquer le souvenir du mouvement enthousiaste qui entraîna l'Italie vers les études grecques pendant toute la durée du xv^ siècle. L'enseignement du grec fut surtout en

1 11 est arrivé rarement à Boccace de désigner d'une façon aussi flatteuse son maître de grec. Pétrarque et lui le taxent ailleurs de « vieille béte » et de « portier du labyrinthe de Crète », ce qui est peutêtre plus sincère.

le

l'enseignement des langues et la renaissance. 35

faveur à Florence. Rome et Padoiie possédèrent e'galement des chaires régulières consacrées à cette langue. Nombre dautres villes, telles que Vérone, Ferrare, Pérouse, Pavie, Bologne, eurent, à certaines époques, des professeurs publics convenablement rétribués. Venise, avec Aide Manuce, fut aussi un centre d'hellénisme dont le rôle a été quelque temps prépondérant. Mais, chose curieuse à constater, cette activité ne persista guère au delà de l'année 1520. La fin du pontificat de Léon X (1521) marque, à ce point de vue, une limite assez précise. Ce fait s'explique par diverses raisons : la première, c'est que la colonie des réfugiés grecs ne s'était pas renouvelée. Ces derniers, parleurs exigences excessives et leurs allures fanfaronnes, avaient fini par lasser la patience des Italiens, qui les virent peu à peu de mauvais œil et cherchèrent à leur enlever les situations avantageuses qui les avaient attirés jusque-là. De plus, la direction du mouvement intellectuel avait été changée et quand la première génération des grands humanistes du xv^ siècle eut définitivement disparu, il ne se retrouva, dans celle qui lui succéda, ni la même ardeur ni la même conviction à l'égard des choses grecques. Heureusement, lorsque l'Italie abandonna ainsi l'étude qu'elle avait la première remise en honneur, les pays du Nord étaient suffisamment préparés pour recueillir son héritage et poursuivre avec une nouvelle énergie l'œuvre commencée depuis un siècle.

L'hébreu avait également profité, dans une certaine mesure, de la faveur dont le grec avait été longtemps l'objet. Déjà Dante avait manifesté à l'égard de l'étude de cette langue une évidente sympathie. Au xv-^ siècle, les savants ne se contentèrent pas de reconnaître l'utilité de cette science, ils tentèrent d'en acquérir une connaissance raisonnée. Les eff'orts de Pogge, du Florentin Gianozzo Mannetti, du camaldule Arnbrogio Traversai,

de Paolo de Ganale et surtout de Tillustre Pic de la Mirandole produisirent, à cet égard, des résultats fort appréciables. Les grandes bibliothèques, grâce aux libéralités éclairées de Sixte lY et des ducs d'Urbin, réunirent des fonds importants de manuscrits hébreux qui attirèrent Fattention des érudits, si bien que, le nombre des personnes désireuses de posséder cette langue devenant de plus en plus considérable, des chaires furent fondées à Rome, à Bologne et à Pavie pour l'explication publi- (|ue de la grammaire hébraïque et des livres saints. Vérone posséda aussi des hébraïsants distingués. Deux imprimeries établies à Mantoue et à Reggio en Calabre multiplièrent les publications hébraïques dès la fin du xv'' siècle. Remarquons que le professeur appelé par Léon X pour enseigner cette branche d'études dans son collège de Sapience était ce mômeduidacerius qui figurera en 1530 parmi les premiers lecteurs choisis par le roi François P^ L'arabe ne fut pas non plus négligé, grâce à la nécessité qu'il y eut pour l'enseignement de la médecine de traduire les ouvrages d'iVvicenne. Ilieronimo Ramusio, mort en 1486, Andréa Mongaio da Belluna, figurent parmi les plus remarquables de ces traducteurs. Des motifs d'ordre politique contribuèrent également à favoriser la connaissance de cette langue, notamment chez les Vénitiens. Il en arriva pour l'hébreu et pour l'arabe comme pour le grec. L'Allemagne, la France et la Hollande développèrent puissamment, au xvi° siècle, le mouvement que l'Italie avait créé au xv'. Entre 1510 et 1530, le centre de ces études se déplace et passe aux nations du Nord, qui le garderont \

l. Pour toute Fliistoire de renseignement de la langue grecque et des langues orientales en Italie, on peut consulter Voigt, Die Wiederbelehiing des classischen Alterthums, 2« éd. 1880-1881 ; Burckhardt, Die CiiUitv der Renaissance in Italien, 4° édit., t. I, 3° partie, chap. m et exe. xxi et XXII ; Malagola, Codro Urceo, Bologne, 1878, p. 1-137; Pierius Vale- RiANUS, De Infelicitate litterarum, édit. Mencken, passiin; GiŒGOKOva's,

En Allemagne et en Hollande, l'action de Rodolphe Agricola et de quelques autres élèves des Frères de la Vie commune \ parmi lesquels figure ïïegius au premier rang, a été considérable, dès la seconde moitié du xv" siècle. Agricola avait appris l'hébreu à Heidelberg avec un juif; il renseigna, dans les dernières années de sa vie, à quelques jeunes gens d'avenir et fit une traduction des Psaumes d'après le texte original. Un peu auparavant, en 1477, le Dominicain Pierre Schwarz publiait une introduction grammaticale à Fétude de l'hébreu. Dès 1 484, l'Italien Guillaume Mithridale enseignait à Cologne cette même langue, en même temps que le grec, l'arabe et le chaldéen. En 1491, Jean César, élève de Ilegius, et, un peu plus tard, le chapelain Adam Potken donnèrent dans la même ville des leçons fort suivies de grec. A Ueidelberg, le mouvement en faveur de l'étude des langues fut d'abord provoqué et dirigé par Jean de Dalberg. A Xanten, Colmar et Maycnce, il se donnait des cours d'hébreu suivis avec assiduité. Il en était de même à Tubingue, où Conrad Summenhart et Paul Scriptoris professèrent la langue de la Bible, à Fribourg, oi^i Grégoire Reiscli fut le maître de Jean Eck et où la grammaire grecque était enseignée dès 1461. A Vienne, il y avait des explications d'auteurs grecs dès Tannée 14.57. Mais le véritable initiateur, à ce point de vue, a été en Allemagne le grand Reuchlin. Son influence personnelle a été à tous égards décisive. L'histoire du rôle admirable joué par lui dans la diffusion

Geschichte der Sfadt fio?», Vil, 555, et VIII, 292 ; Gcbernatis (A. de). Matériaux pour servir à l'histoire des études orientales en Italie. Paris, ]87ii, in-S" i tivs soiiimaii-e) ; Steinsch.neider, Dihliogr. Handbuch. Leipzig, 1859, et les diflerents mémoires de cet auteur sur les études orientales.

1. On sait que cette association, instituée en 1381 par Gérard Groote, eut ses principaux centres d'action à Deventer, lieu de sa fondation, à Zw'olle, à Bois-le-Duc. Les célèbres écoles de Schlestadt, de .Munster durent également tout leur éclat à des disciples des Frères, à Louis de Dringenberg surtout.

des langues grecque et hébraïque, à la veille de la Réforme, n'a pas besoin d'être racontée ici. C'est au prix d'efforts prodigieux, qu'il remporta sur le terrain scientifique la victoire définitive. Les langues suspectes lui doivent d'avoir attiré l'attention de toute l'Europe. Il faut signaler enfin la part prise dans ce même mouvement par le cercle des humanistes d'Erfurt dont Mulian fut l'inspirateur. Voicila répartition, singulièrement instructive, des chaires d'une Université idéale, telle que ce dernier la formulait, vers les premières années du xvi" siècle, dans une lettre à Urban: un sophiste, deux mathématiciens, trois théologiens, quatre juristes, cinq médecins, six maîtres d'éloquence, sept professeurs d'hébreu, huit de grec, neuf grammairiens et dix philosophes senst's. Ces maîtres devaient suffire amplement, selon lui, pour représenter et régir toutes les sciences. Ces chiffres sont éloquents et montrent, mieux que tout commentaire, les énormes progrès déjà réalisés par la cause des langues anciennes'.

1. Cf. sur toutes ces questions : Geigeh, Bas SfiidiiDn cler hehraischen Sprache in Deiitscldand vom Ende des l.j. bis zitr Mille des 16. Jahvlninderts, Breslau, 1870; Du mèiue, Johann Reiichlin, sein Leben imd seine Wevke, Leipzig, 1871 ; Zarncke, Die deulschen Univevsitulen im Millelaller, Erster Beitiag, Leipzig, 1857; Kampschui-te, Df'e r/i/rers/'/âf Erfiirl in ihrem Vevhultnisse zit dem Humanismi/s und der Reforwation, Trêves, 1858, t. 1, p. 85, et passim ; Janssen, l'AUemayne à la fin du moyen àye (trad. française d'E. Paris), p. 77 et suiv.

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