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CHAPITRE II

FRANÇOIS I ■■ ET LA RENAISSANCE DES LETTRES EN FRANCE. LES PROJETS DE FONDATION d'uN COLLÈGE DE LANGUES.

Projets de François !«■■ annoncés dès le début do son règne. — Les institutions modèles qu'il veut imiter : le collège des Jeunes Grecs de Léon X, le collège des Trois-Langues de Louvain, l'Université d'Alcala. — Première tentative d'enseignement de l'hébreu : Giustiniani. — Négociations avec Érasme, depuis 1517, pour l'organisation d'un grand établissement littéraire à Paris. — Rôles de Budé, Poncher, Petit et Cop. — Correspondance échangée avec l'auteur des Colloques. — Refus de ce dernier. — Motifs de sa résolution. — 11 propose Glaréan. — Nouvelles tentatives en 1518. — Glaréan à Paris. — Situation de l'Université de Paris à cette époque. — Décadence profonde et néant de son enseignement. — Vide des disputes en Sorbonne.

— Vain espoir d'une réforme intérieure. — Lascaris mandé à Paris en 1518. — Fondation d'un collège de Jeunes Grecs à Milan.

— Déclaration faite en 1521 devant la Chambre des Comptes au sujet d'un établissement consacré à l'étude du grec à Paris.

— Budé et François I". — Disparition du collège de Milan. — Erreurs des historiens au sujet des négociations avec Érasme en 1524. — Causes de la suspension des projets entre 1524 et 1529. — L'enseignement des langvxes anciennes hors de France de 1515 à 1530. — Strasbourg, Zurich et Bâle : institutions réalisées dans ces villes. — Physionomie d'un cours de Thomas Platter. — Comparaison entre l'activité studieuse d'une ville suisse et celle d'une grande Université italienne vers 1530. — Les professeurs ambulants : Mathias Adrianus. — L'hébreu à Avignon et à Lyon. — La Renaissance dans cette dernière ville. — Cours

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de grec à Dijon et à Paris. — Conclusion : trois périodes distinctes dans la |H'riode préparatoire qui pi-écèdc l'institution des lecteurs royaux.

Dès le début de son règne, François I" songea à la fondation d'un grand établissement, qui fût exclusivement réservé à l'étude des lettres, dont il admirait plus que personne les merveilleux progrès. H voulait que le rôle joué par la France dans ce glorieux mouvement ne fût pas inférieur à celui des autres nations. L'idée de constituer un collège de ce genre n'était pas personnelle au roi : le cardinal Bessarion l'ayant déjà conçue et réalisée, au siècle précédent, en ouvrant à Venise une sorte d'école où étaient instruits les jeunes gens qu'il faisait venir de Grèce, par Fintermédiaire de Michel Apostolios. Plus tard, le pape Léon X avait fondé à Rome, en loL'i, un établissement analogue qu'il installa sur le Quirinal dans le palais du cardinal Sion, après l'avoir richement doté. Le Cretois Marcus Musurus avait été chargé, au préalable, en loi 3, d'aller recruter en Grèce des élèves intelligents et de famille honorable. Ces jeunes gens, choisis avec le plus grand soin, étaient destinés à rester en Italie et à y professer leur langue maternelle. Le célèbre Jean Lascaris fut mis par le pape à la tète de ce séminaire pratique d'hellénistes. 11 l'organisa avec un grand zèle, et en détermina le règlement intérieur dans un sens vraiment large, ne faisant pas de cet établ issement une école fermée, mais l'ouvrant au contraire libéralement aux jeunes gens de toutes les nationalités, désireux d'approfondir l'étude du grec et d'acquérir une prononciation correcte'. C'est ainsi que Chrisloplie Longucil et Glaréan, pour ne citer que ces exemples, vinrent à Rome dans le but de suivre les cours de ce collège. Bien que cette fondation n'ait peut-être

1. Vast, De vita et operibus Jani Lascarh, Paris, Hachette, 1878, p. 8-3. Lascaris parle de ce règlement dans une de ses lettres à Budé.

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pas donné tous les résultats que Ton avait le droit d'en attendre (la plupart des Jeunes Grecs s'empressant, leurs études faites, de retourner dans leur patrie), la renommée néanmoins s'en étendit au loin. L'Europe savante s'occupa beaucoup de ce collège, comme elle s'occupa, à peu près vers le môme temps, du collège des Ïrois-Langues, fondé à Louvain en lolT par le chanoine Busleiden^

Les humanistes se plurent à citer ces deux établissements nouveaux comme des fondations modèles qu'il était souhaitable de voir imiter. Il faut reconnaître que l'enthousiaste manifesté par le monde lettré à l'endroit de ces dernières semble hors de proportion avec leur véritable importance. Mais les savants, toujours dans l'attente d'un magnifique établissement consacré à la haute culture des lettres et à l'étude approfondie des langues s'imaginaient volontiers que l'idéal rêvé par eux depuis si longtemps venait d'être enfin réalisé. Il en arriva de môme lors de l'institution des premiers lecteurs royaux, faite à Paris en 1330. Nombre d'humanistes saluèrent cette nouvelle avec la joie la plus vive, comme si cet événement mettait le comble à tous leurs vœux. Ils crurent d'abord de bonne foi qu'il s'agissait, non point d'un petit groupe de chaires, modestement rétribuées, mais d'un système vaste et complet d'enseignement, en un mot du grand collège, digne monument de la Renaissance, dont on annonçait la création comme imminente, depuis tant d'années-,

1. Dès lr.18, Adrien Berlandus y occupait la chaire de latin, Rudgerus Rescius celle de grec, Matthaeus Adrianus celle d'iiébreu. Voy. Félix Nève, Mém. hisf. et lill. sur le coUèr/e des Trots-Langues à l'Université de Louvain, Bruxelles, 18âG, in-4°. Cet ouvrage, composé avec beaucoup de soin et d'exactitude, raconte avec détail toutes les circonstances de la fondation réalisée par Busieiden. Les lettres d'Érasme qui concernent plus particulièrement le collège de Louvain, se trouvent dans l'édition de Leyde des Œuvres complètes, t. II, 2^ partie, p. 1037, 1GÔ4 et 1CÔ5.

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