‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 2 sur 96 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

nouvelle, ont été des temps de décadence scientifique'. » Mais il est un autre caractère de cette histoire, qui ne pouvait être aperçu avant que l'on eût entrepris de l'étudier dans son ensemble, c'est son admirable unité. A aucune époque, même aux temps qui paraissaient jusqu'à présent les plus obscurs de son existence, le Collège ne s'est montré oublieux de ses devoirs ni infidèle à sa mission. Chaque fois que des abus par trop manifestes mirent en péril son fonctionnement régulier ou tendirent à diminuer son prestige, il s'est toujours rencontré dans son sein des hommes honnêtes et éclairés qui luttèrent avec énergie pour le maintien des principes et des prérogatives qui avaient assuré son indépendance et sa grandeur. C'est là une particularité que notre ouvrage mettra en lumière, à plus d'une reprise. On comprendra dès lors qu'un même esprit ait pu inspirer ce livre d'un bout à l'autre : son unité n'est pas factice, elle ressort des faits eux-mêmes et des traditions gardées, pendant trois siècles, avec un soin jaloux, par l'antique corporation.

Il y a de longues années que d'éminents érudits, séduits par l'ampleur et par le singulier relief de ce sujet, ont fait valoir en termes élo(|uents la nécessité qu'il y avait de le traiter d'une façon détaillée. Déjà en 18iG, le savant biographe de Guillaume Budé, M. Rebitté, insistait sur cette lacune de notre histoire nationale. « Il est fâcheux, disait-il, que les historiens, tous les historiens sans exception, aient pris et donné l'affaire du Collège de France comme une chose où il n'y avait plus rien à ajouter dès qu'on avait dit que François I" a fondé le Collège de France... et cependant, quand on y regarde de près, toute cette affaire des professeurs royaux est bien obscure. Personne ne s'est occupé de l'éclaircir. » L'historien de Ramus, M. Waddington, s'est préoccupé à son tour, mais à un point de vue différent, d'attirer l'attention du monde savant sur la haute portée de cette histoire : « Ce fut assurément une grande pensée que celle de créer, en dehors des vues étroites et des traditions surannées du corps enseignant, un établissement libre, destiné à recueillir et à propager

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