‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 24 sur 96 · Ouv. cit., p. cxxxi et suiv · texte numérisé non relu

Ouv. cit., p. cxxxi et suiv

valu. La fondation d'un collège de Jeunes Grecs ayant été décidée, Lascaris fut chargé de procéder à Torganisation matérielle et de prendre toutes les mesures nécessaires pour recruter les élèves et les maîtres. Seulement, dans le but sans doute de ménager pour les jeunes gens ramenés de Grèce une sorte de transition entre la vie orientale et la vie française, le collège devait d'abord être installé en Italie. La capitale du Milanais, alors encore possession française, fut naturellement choisie. Peut-être le roi voyait-il, dans cette installation provisoire au milieu d'un pays dont la possession lui tenait tant au cœur, un moyen politique d'accroître par une fondation généreuse le prestige du nom français et du sien propre. Milan deviendrait ainsi durant quelque temps un centre littéraire actif : les jeunes savants y viendraient se perfectionner, comme ils allaient jusqu'à présent à Rome. Dans cette noble Italie, mère des arts et des lettres, la France occuperait enfin sa place à elle. Elle exercerait son influence propre dans le domaine de la haute culture, comme elle l'exerçait déjà dans celui de la politique. Elle jouerait, si l'on peut dire, sa note dans le grand concert dont cette terre glorieuse avait le privilège depuis plus d'un siècle. Enfin, dernière raison qui fut sans doute de quelque poids sur la décision prise, on voulait vraisemblablement, avant de transférer ce collège à Paris, tenter une sorte d'épreuve, constater les résultats premiers de l'institution, et vérifier son fonctionnement, avant de l'établir sur un plus grand pied.

Quoi qu'il en soit, un crédit considérable, le plus important à coup sûr qu'il ait jamais attribué — du moins sur le papier — à la cause des lettres, fut alloué par le roi en vue des frais de premier établissement de l'école de Milan. Cette somme s'élevait à 10 000 livres. De plus, 2 000 livres étaient octroyées pour l'entretien

annuel des douze jeunes Grecs et des deux maîtres, l'un de grec et l'autre de latin, qui devaient faire des cours tant aux élèves qu'à toutes les autres personnes venues du dehors. Cette école n'était donc pas un séminaire fermé, mais une école publique, largement ouverte à tous. C'était bien là la conception qui, on doit le reconnaître, apparaît constamment dans tous les projets mis en avant, quelle que soit leur nature et quelle que soit leur origine.

Lascaris reçut les 2000 livres, montant du budget da la première année, et partit aussitôt pour Venise, où il devait choisir des hommes sûrs, chargés d'aller en Grèce recruter les élèves. Il serait intéressant de savoir à qui fut confiée cette mission, mais aucun documeat ne nous permet de le conjecturer. Durant ce temps, Lascaris resta à Yenise, en attendant l'arrivée de ses jeunes pensionnaires. Il était un peu citoyen de cette ville, l'entrepôt par excellence de la Grèce et de l'Orient, où il avait séjourné des années entières et où, par la douceur et par la générosité de son caractère, il s'était attaché de nombreux amis. Il s'occupa de divers travaux à la bibliothèque de Saint-Marc, négociant pour le roi de France d'avantageux achats de manuscrits, tels que ceux d'Arrien et de Diodore de Sicile. Budé témoigne même, dans ses lettres, qu'il envoya à diverses reprises en cadeau à François I" les livres les plus rares et les plus précieux \ En allant à Venise, Lascaris s'était arrêté quelque temps à Milan, où il avait déjà habité à différentes époques, pour y prendre des dispositions préparatoires. Il y laissa une somme

1. Pour tout ce qui concerne l'activité de Lascaris, en tant que collectionneur de manuscrits ou en tant qu'acheteur de livres au compte du roi de Fi-ance, on peut consulter les excellents travaux de AI. Legrand, Bibliographie liellénique, t. I, p. cxxxi et suiv., et de .M. de NoLHAc, Mélanges de l'École de Rome, t. VI, p. 351 : Inventaii'e des manuscrits grecs de Jean Lascaris.

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de 200 écus à des personnes amies, avec ordre de louer une maison dans la ville et de l'aménager convenablement, « jusqu'à ce qu'il eût le moyen de recouvrer les 10 000 livres assignées pour 1521 et 1S22 ». La maison fut aussitôt louée et fournie, selon ses instructions, de tous les meubles nécessaires, de telle sorte que les 200 écus furent entièrement dépensés.

Cependant on mandait de Grèce à Venise que les jeunes gens et les maîtres étaient enfin trouvés. Lascaris donna l'ordre de les embarquer aussitôt. La petite colonie grecque ne tarda pas à arriver. Lascaris, fier de ce premier succès et plein de confiance en son œuvre, put dire alors ce qu'il écrivait un peu plus tard, « que l'entreprise de Milan avait réussi au delà de toute espérance et contrairement à l'opinion générale^ ». Et de fait, la venue de ces jeunes gens constituait en somme le premier pas sérieux accompli dans le sens des intentions royales.

Les humanistes de Paris avaient accompagné Lascaris de tous leurs vœux. Ils s'entretenaient souvent de lui et de son voyage, dans leurs lettres. C'est ainsi que Budé écrivait à Germain de Brie, à la date du 19 juin 1521 ^ : (( Janus Lascaris, votre ancien ami, est maintenant à Venise, où il attend un certain nombre déjeunes gens qu'il a fait réunir en Grèce, par des émissaires envoyés à cet effet. Il ne reviendra sûrement pas avant de savoir comment ses mandataires se sont acquittés de ce choix, fait en vue de l'établissement et de l'organisation du Gymnase\ Bien plus, je soupçonne qu'il persévérera dans ses projets avec sa douceur et sa candeur ordinaires, même si les élèves n'arrivent pas à temps. D'ailleurs vous connaissez l'homme, vous savez combien

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