‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 26 sur 96 · Lettre à Christophe Longueil de janvier · texte numérisé non relu

Lettre à Christophe Longueil de janvier

ciel, qu'en ordonnant une grande procession eten déclarant solennellement le 22 janvier J521, par l'intermédiaire de Guillaume Petit, devant la Chambre des Comptes assemblée, « son intention de faire ériger un collège à rhôtel de Nesle, pour faire lire la langue grecque et en icelui faire construire et édifier une église ou chapelle et icelle fonder de quatre chanoines et de ({uatre chapelains pour la desservir... le tout à l'honneur et révérence de Dieu' ». Les bénéfices de plusieurs chapelles d'anciennes résidences royales, devenues inutiles, devaient servir à fournir les crédits nécessaires pour l'entretien de cette fondation. Procès-verbal fut dressé des déclarations de Guillaume Petit; c'est cette pièce officielle qui nous a été conservée.

Si Ton examine avec attention ce texte, où les expressions sont mûrement pesées, on remarquera que la fondation annoncée par le représentant du roi devait être uniquement consacrée à l'étude du grec. Il n'est pas question d'une autre langue. Encore moins le projet s'occupe-t-il d'un enseignement plus vaste, offrant ce caractère assez vague d'universalité qui frappe dans les projets de 1317 et dans ceux qui reparaîtront à diverses autres époques du règne. Il s'agit évidemment d'un collège dans la pleine acception du mot, organisé comme celui du Quirinal à Rome, avec des étudiants réguliers et attitrés, entretenus aux frais du roi, pourvu d'une chapelle avec des chanoines el des chapelains pour la desservir. Cette dernière particularité mérite

1. Voy. FÉupaEX, Histoire de la ville de Paris, t. III, p. 577. Voici coûiiiient raccident est raconté dans la ijièce : « Il estoit advenu à la personne diidit seigneur un grand et merveilleux inconvénient, qui estoit lui, que ledit seigneur estant en la ville de Romorantin, en laquelle il est encore de présent, il lui estoit tombé une grosse bûche sur la teste, laquelle l'avoit fort blessé et rompu une des artères de la teste, dont il estoit sorti grande abondance de sang, tellement qu'il lui avoit convenu faire incision en la teste en quatre lieux, toutes fois par le rapport des chirurgiens et médecins, il estoit hors de tout danger, mesme de la fiebvre, et que à ceste cause », etc.

d'être remarquée. C'est donc une fondation mi-pieuse et mi-savante, analogue à celle de tel grand collège de la montagne Sainte-Geneviève, seulement conçue dans un esprit différent et répondant aux aspirations de la Renaissance, puisque la langue des hérésies, honnie sur la docte montagne, y trouverait droit de cité. Ce séminaire d'érudits ne présenterait sûrement pas le caractère strictement laïque qui devait former l'un des caractères essentiels de rétablissement dont on avait jadis proposé la direction à Érasme. On a vu plus haut qu'il y avait manifestement dans cette histoire des origines du Collège de France deux plans distincts d'organisation. Il n'est pas difficile de préciser maintenant auquel des deux se rattache le texte cité plus haut. Il est de toute évidence qu'il s'agit d'une école de jeuues Grecs. Ainsi cette déclaration royale, dont la signification était restée jusqu'à présent assez obscure, se trouve dans un rapport direct avec le projet qui l'emporta momentanément vers l'année 1320. Budé, qui séjournait à Romorantin au moment de l'accident, avait été, selon toute vraisemblance, l'instigateur de la résolution communiquée à la Chambre des Comptes. La décision une fois prise, il ne se lassa pas de revenir à la charge et d'user de tous les moyens en son pouvoir pour entretenir les bonnes dispositions de François I^''. Il tient ses correspondants au courant de ses efforts et raconte dans plusieurs de ses lettres les ingénieuses combinaisons imaginées par lui pour ramener l'attention royale sur la question qui le préoccupait si vivement. Le document le plus explicite qui nous soit parvenu de lui à ce sujet est sans contredit l'épître grecque qu'il écrivit de Dijon à Lascaris alors encore à Venise, le 12 juin 1521. Cette lettre, qui renferme des détails charmants et surtout le récit plein de saveur et de vie de l'entrevue du grand helléniste avec le roi, mérite

d'être on partie traduite ici' : « J'ai attendu, je ne sais combien de jours, que le roi fût disposé à vaquer aux doctes entretiens. Une lieureusc fortune nous seconda enlin, ces jours passés, en nous accordant, vers le moment du dîner royal, une occasion tout à fait favorable. Nous jugeâmes bon d'entreprendre sans tarder ce que nous avions décidé de tenter auprès du monarque. Au moment oi^i ce dernier sortait de table pour entrer dans le salon intérieur, quelques personnes et moi, nous nous y introduisons aussitôt avec lui. Certes le roi, en cequi leconcerne, ne metaucunobstacleà cette liberté; néanmoins je n'aime pas à abuser de cette tolérance, en usant de toutes les occasions qui se présentent. Je pense, en effet, qu'il n'est nullement convenable à ceux qui s'occupent d'études littéraires d'aller perdre ainsi leur temps avec des ignorants. Le roi m'ayant encouragé à parler aussi longuement et aussi librement que je le voudrais, je me mis en devoir, tout en tirant ta lettre de ma poche, de toucher les sujets de conversation qui paraissaient les plus propres à me conduire au but que je m'étais assigné. L'entretien s'engage justement dans le sens que je souhaitais le plus.... Le roi, tantôt interpellant les assistants, tantôt leur répondant, se tourne à un certain moment vers moi et me demande : « Quelle est donc, Budé, cette lettre que vous tenez à « la main?» Et moi de lui répondre aussitôt : « C'est de « Lascaris, qui est maintenant à Venise, où il s'occupe « de choisir les jeunes étudiants, ainsi qu'il en a été « chargé. » Le roi m'ordonna aussitôt de lire la lettre. Voyant que je me taisais, il me la demanda et, après l'avoir considérée attentivement, se convainquit qu'il lui était impossible de la déchiffrer : il me la rendit alors et me la fit lire. En raison de ma grande habitude

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