‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 27 sur 96 · I. Budœi cpislola? grœcœ, éd. Pichon. Paris, 1674, p · texte numérisé non relu

I. Budœi cpislola? grœcœ, éd. Pichon. Paris, 1674, p

lie toutes ces choses, je me mis à parcourir sans la moindre difficulté tout ce qui était écrit, l'expliquant avec perspicacité et non sans quelque ostentation. Le roi enchanté témoigna de son admiration, ajoutant qu'il s'étonnait de ne me voir manifester aucune hésitation au cours d'une lecture et d'une explication aussi difficiles. Tous les courtisans émerveillés n'en revenaient pas qu'il pût y avoir dans notre génération un homme aussi expérimenté à la fois dans la science du grec et dans celle du latin.

« Cet étalage de science était bienfait pour faire illusion à des hommes totalement ignorants de ces choses et pour les arrêter bouche bée. Mon aplomb était d'autant plus grand qu'il n'y avait là personne d'assez érudit pour me contredire. Pendant tout ce temps j'avais la conscience ferme et robuste d'une expérience peu commune en toutes ces matières ; et en cela mon impression ne me trompait pas. Je puis donc avouer que je me suis efforcé avec intention de déployer amplement et heureusement toute mon habileté, et d'en faire montre, comme le pourrait faire un singe au milieu d'une réunion d'ânes. Tout en accordant à notre amitié ce que réclament les convenances et la civilité, tu ne pourras t'empêcher, j'en suis sûr, mon cher Lascaris, de rire du singulier artifice employé par moi. Le roi se mit ensuite à me parler longuement de toi. J'ai répondu tout ce qui m'a paru opportun et utile, » etc.

Ce piquant récit nous présente un tableau fidèle, pris sur le vif, des rapports personnels entretenus par François I" avec les savants de son temps. On admire une fois de plus, en le lisant, l'infatigable persévérance de Budé qui se tint ainsi noblement sur la brèche, pendant quatorze années, jusqu'au jour où il triompha définitivement de tous les obstacles. L'inconstance et la mollesse du roi le chagrinèrent cependantplus d'une fois.

Le dt^couragcmenllui inspirait alors des réllexions mélancoliques, telles que celles qu'il écrivait un peu plus tard àLascaris, de Troyes où il avait suivi la cour (1) septembre 1321'). « Nous étions, depuis longtemps déjà, remplis d'un légitime orgueil, en voyant Festime et la considération générale dont jouissait Férudition; nous en avions conçu de vastes espérances, comme si Fenseignement des plus nobles sciences allait enfin trouver un sort favorable ctleshonneurs qu'il mérite. A force d'entendre parler de tout cela, les jeunes gens s'étaient sentis enflammés d'un merveilleux enthousiasme pour l'étude. Mais les troubles manifestes de cette époque ont rendu vaine notre longue attente à laquelle s'intéressait la grande famille des lettrés de tous les pays, contribuant aussi à endormir momentanément le zèle singulier du roi François pour toutes les belles choses. Je ne dirai pas que ce zèle soit complètement éteint, je pense même qu'il ne sera pas dificile de le ranimer, mais enfin il n'agit plus. Je fais ce qui est en moi pour rallumer ce feu qui ne laisse plus guère paraître que de la fumée, mais je n'ai pas le talent de tourner, comme je voudrais, l'esprit des courtisans qui se raillent parfois de mes projets et qui cherchent à jeter sur ma personne un discrédit que je ne mérite point, mais auquel je ne suis pas insensible. » Il sollicite de Lascaris, en terminant, un écrit qui l'instruise, l'encourage, l'affermisse et qui lui donne quelques ouvertures, afin de lui permettre de ne pas demeurer court sur les difficultés qu'il rencontre et de vaincre les obstacles qui se présentent. Simple et touchante bonhomie de ce grand savant que sa généreuse insistance expose aux plaisanteries des courtisans, qui le regardent comme une sorte de monomane, obsédé par une idée fixe.

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