Du Boui.AY, t. VI, p
2. Latomus écrit à Érasme, en 1534, que sa nomination excite un grand mécontentement dans la Faculté des arts, furieuse de ne plus conserver le monopole de renseignement du latin. 11 ajoute cjue ce qui contribue encore à le faire regarder de mauvais œil, c'est sa qualité d'étranger. (Du BouLAY, t. VI, p. 245.)
3. Voy. CiiAiii.ES ScHMiDT, la Vie et les travaux de Jean Sturi», 1 vol. in-S", 1855, p. 10. On verra plus loin que Sturm fonda à Paris, à la suite de son mariage avec Jeanne Ponderia, une sorte de pension savante des mieux achalandées. Le médecin Louis Carinus de Luccrne, Tami d'Érasme et de .Alélanchthon, y descendit en 1533.
la capitale en expliquant dans des leçons publiques différents livres de Cicéron, tels que les Partitions oratoires et le Discoîirs pour Rosciits. Dans l'interprétation des passages difficiles, il s'aidait des conseils de Budé. « Il fit en outre, dit M. Schmidt, des leçons sur la dialectique, c'est-à-dire sur la logique, dont la réforme lui paraissait aussi urgente que celle du langage latin. Disciple de Rodolphe Agricola, il fut le premier à enseigner à Paris les principes de ce savant restaurateur de la philosophie ; il quitta la pénible ornière de la scolastique pour exposer à ses auditeurs une logique moins embrouillée et moins vaine que celle du moyen âge, monliant comment l'élégance du discours peut s'allier à la clarté de la pensée, et comment la logique doit servir à orner et à développer l'esprit, au lieu de le préparer à des disputes stériles. » Ramus, qui assista à ces leçons, fut émerveillé de trouver dans le jeune savant strasbourgeois un logicien aussi éloquent et un interprète aussi méthodique des auteurs de l'antiquité. C'est en l'entendant qu'il sentit sa vocation philosophique s'éveiller, l'influence exercée par Sluini sur la direction de ses idées ayant été, nous assure-t-il, tout à fait décisive. L'usage des leçons d'ouverture, à en juger par l'exemple de Latomus, parait avoir été en honneur dès le début. De même, on admit en principe la possibilité pour les professeurs de se faire suppléer ou d'obtenir des corgés, lorsqu'ils avaient à entreprendre quelque long voyage à l'étranger'. Pour ce qui est du régime intérieur des études, il n'y a pas à y insister. C'était la liberté et l'indépendance absolues pour les maîtres aussi bien que pour les élèves.
Les cours étaient fréquents et nombreux pour cha-
1. Ce fut le cas pour Danès et pour Latomus. Ce dernier partit pour l'Italie en 1539 et se fit remplacer par Pierre Galland.
cun des professeurs '. Plusieurs se plaignirent même (lu travail excessif auquel cette lourde tâche les astreignait. La haute direction de la corporation fut confiée à l'aumônier du roi, Jacques Colin, lequel était en môme temps son lecteur particulier. Ce dernier conserva cette prérogative jusqu'au moment de sa disgrâce et de son remplacement par Pierre Duchâtel, dont le zèle pour l'institution ne fut ni moins actif ni moins sincère. Mais il est bon de remarquer que les deux personnes qui exercèrent durant les premières années la plus active influence au point de vue du choix des titulaires furent Marguerite de Navarre et Guillaume Budé-.
Dès 1530, la Sorbonne censura le nouvel enseignement, le déclarant scandaleux, téméraire et hérétique et le jugeant entaché de luthéranisme ^
Determinatlo facultutis théologie Parisiensis factaultima Aprilis anno Domini millesiino quingcntesimo triresinio, super duobus ])ropositioniljiis. Prima proposUio : La Sainctc Escripture ne se Ijoult bonnement entendre sans la langue grecque, liébraicque et aultres semblables. Censura : hec propositio temcraria est et scandalosa. Secunda propositio : Il ne se peult faire que ung prédicateur explicque selon la vérité l'espistre ou l'évangile sans lesdictes
1. On voit par la lettre de Siderander à Bedrot, ritée par Schmidt, op. cit., p. 201, que certains professeurs parisiens lisaienl jusqu'à quatre et cinq heures par jour, sauf les jours fériés et veilles de fêtes, lesquels étaient, il est vrai, assez nombreux. Une pareille tâche n'en exigeait pas moins une dépense énorme de force physique, de la part des maîtres.
2. Nous avons traité plus en détail, dans l'Appendice B, à la fin du vohnne, toutes les questions qui concernent la direction du collège des lecteurs et plus tard du Collège royal. On y trouvera la liste de tous les personnages qui ont exercé une juridiction supérieure sur l'étaljjissement.
:i. Bibliothèque nationale, man. lat. 3381'', fol. 110. Conclusion du 30 avril 1530, citée par d'Argentré dans sa Colleclio Judiciorum, t. II, p. 78. Dans l'espoir de retrouver quelque autre œuvre dirigée contre l'enseignement des professeurs en général, ou leurs livres, en particulier, nous avons examiné toutes les conclusions de la Sorbonne pour la période postérieure. L'impression qui reste de cette étude, c'est qu'il n'y a pas de plus triste monument de la sottise humaine.
langues. Censura : hec propositio falsa est impia et populi christiani ab auditione verbi Dei perniciose aversiva. Uti'aque harura assertionum authores de lutheranismo vehementer reddit suspectes.
Pendant ce temps, les humanistes célébraient l'institution en termes hyperboliques, s'imaginant que le roi avait réalisé ses anciennes promesses. Peu à peu, leur enthousiasme diminua quand ils virent ce qu'il en était. De toutes manières, cependant, un grand pas venait d'être fait. Rabelais l'a bien compris, quand il a exposé le programme exact de l'enseignement des professeurs royaux, qu'il désigne clairement, sans le nommer, dans l'admirable lettre de Gargantua à Pantagruel^ « Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : grecque sans laquelle c'est honte qu'une personne se die sçavant ; hebraïcque, chaldaïcque, latine.... Tout le monde est plein de gens sçavants, de précepteurs très doctes, de librairies très amples, et m'est advis que, ny au temps de Platon, ny de Giceron, ny de Papinian, n'estoit telle commodité d'estude qu'on y voit maintenant. P]t ne se fauldra plus doresnavant trouver en place ny en compagnie, qui ne sera bien expoly en l'officine de Minerve.... Parquoy, mon filz, je t'admoneste qu'employé ta jeunesse à bien profiter en estudes et en vertus. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistemon.... J'entends et veulx que tu apprennes les langues parfaictement. Premièrement la grecque, comme le veut Quintilian ; secondement, la latine ; et puis rhebraïcque pour les sainctes lettres, et la chaldaïcque et arabicque pareillement.... » Il est certain que deux ans auparavant, Rabelais n'aurait pu écrire cette mémorable page. Gette seule remarque suffit à faire comprendre l'immense portée du changement qui venait de s'accomplir.