‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 39 sur 96 · Le texte porte par erreur P. Arnesius · texte numérisé non relu

Le texte porte par erreur P. Arnesius

3. Il est possible que l'imprimeur de l'affiche, n'ayant pas de caractères grecs, ait laissé le titre en blanc, ou bien que le greffier du parlement, chai'gé de transcrire le texte du placard, ne sachant pas lire le grec, ait négligé de donner dans sa copie le titre de l'ouvrage expliqué. Quoi qu'il en soit, les registres du parlement présentent un blanc.

4. Antoine Augereau, libraire, dont le rôle dans les commencements de la Réforme française est assez important. Il fut l'éditeur du Miroir de rame pécheresse (édition de 1533).

5. Gilles Gourmont, le premier qui imprima à Paris le grec et l'hébreu.

6. V. les textes cités par Do Bollay, Ilist. Univ. Paris, VI, p. 239 et suiv.

lie HISTOIRE Di: collège de frange.

que le parlement ordonne aux interprètes grecs et hébraïques de suspendre leurs explications des textes sacrés et autres, jusqu'à ce qu'ils aient subi lexamen de la Faculté et obtenu de cette dernière l'autorisation d'enseigner publiquement. L'examen de la cause fut fixé à l'après-midi du lendemain 10 janvier 1534. A l'heure dite, les parties se trouvèrent en présence et les plaidoiries commencèrent. Rien de plus curieux que les harangues prononcées de part et d'autre. Béda, tout crasseux et ignorant qu'il est, s'en tire fort bien, à son point de vue s'entend. ?s'allez pas croire qu'il abomine l'étude du grec ou celle de l'hébreu; non, il proteste à l'avance contre cette imputation. Il craint seulement que les lecteurs royaux et généralement les gens qui s'occupent de ces interprétations, tous peu théologiens, ne s'écartent témérairement du texte de la A^ulgate. A quoi bon toutes ces études? Yoilà onze cents ans que l'Église se sert du môme texte, pourquoi prétendre le changer? Et puis, songez donc, une fois que les philologues ont dit : « Le grec et l'hébreu portent ainsi ; voilà ce qu'on lit dans le grec des Septante », les gens crédules s'inclinent devant l'affirmation. C'est là un grand danger, d'autant plus que les éditions dont on se sert dans les leçons viennent toutes d'Allemagne, pays infecté de l'hérésie, et qu'elles sont l'œuvre de juifs ou de luthériens, gens très capables d'altérer les textes. Bref, il demande que l'on contraigne les lecteurs à se conformer d'une façon absolue à la seule Vulgate. C'est le grand procès qui commence, celui qui dure depuis quatre siècles*.

I. Les protestants s'émurent, en particulier, de cette attaque, qui les visait au moins autant que les lecteurs royaux. Voy. une lettre du IG novembre 1534 citée par IIerminjard, II, "2"27. « De cecy nous avons maintenant manifeste exemple en noz maistres de Paris, lesquelz ont deiïendu que nul ne soit si hardy de alléguer en leurs actes le grec ou hebrieu, sur grosse peine par eulx ordonnée : en cela se monstrans apertement ennemys de toutes bonnes lettres », etc.

Les lecteurs avaient chargé du soin de leur défense l'avocat Gabriel de Marillac, homme spirituel et chaud des méthodes nouvelles. Sa harangue, comme toutes celles de ce temps, est hérissée de subtilités, de textes et de citations la plupart grotesques et ridicules. On voit, en la lisant, que Rabelais n'a rien fait dire d'excessif à Bridoye ou à Ilunievesne. C'était de règle; mais, d'autre part, quelle ironie malicieuse et fine perce sous ces formules bizarres! Il suffira de citer un seul de ses arguments, dilemme perfide sous lequel il accable les sorbonistes. De deux choses l'une : ou les théologiens savent le grec et l'hébreu, ou ils ignorent ces langues. S'ils les savent, qu'ils assistent aux cours, comme tout le monde, et si quelque hérésie de traduction échappe au professeur, qu'ils en informent et fassent juger le coupable. Mais s'ils ignorent ces deux langues, de quoi se plaignent-ils? A quel contrôle peuvent-ils prétendre? 11 n'était pas possible de s'en tirer avec plus d'à-propos. La scolastique est battue avec ses propres armes. Le reste de l'argumentation est très serré au point de vue juridique. Le roi est mis adroitement en cause, et le procureur général François de Montholon, qui prend ensuite la parole, est visiblement embarrassé. Il se montre cependant plutôt favorable à la Sorbonne : Ne sutor ultra crepidam^ dit-il aux lecteurs, en leur faisant entendre que de simples philologues n'ont pas le droit de se mêler des choses sacrées. 11 faut prendre, ajoute-t-il, le sens médullaire des Saints Livres : grand mot qu'on peut retourner contre lui ; c'est la devise de la Renaissance, celle du monde moderne. Rabelais l'a dite aussi vers le même temps, Il conclut en demandant que l'on supplie le roi de déclarer ses intentions à l'égard de ses lecteurs, Y a-t-il eu un peu tard un arrêt, une enquête ? Les registres du parlement sont muets à cet égard. Il est probable

cependant que le roi lit suspendre les poursuites^ On voit par des lettres d'humanistes et de réformés, dans le clan desquels TafTaire avait causé une vive émotion, que rissue du procès fut considérée comme une défaite pour la Sorbonne. En tout cas, ce qu'il est curieux de constater, c'est (lue la plupart des lecteurs royaux, deja véhémentement soupçonnés d'hérésie, ne cherchèrent même plus à dissimuler. Le doux Valable, le reforme de la première heure, Toussaint, Danès, le futur éveque de Lavaur, assistent ostensiblement, avec toutes sortes de gensenvucauxprechesquisedonnaientprèsduLoiuTe;

ce qui fait dire au pauvre Le Picard, Témule de Beda : c< C'en est fait de nous. Ma chaire est déserte. 11 ne me reste plus que quelques vieilles femmes. Tous es hommes vont au Louvre \ » Les trois prédicateurs les plus fanatiques, Béda, Le Clerc, Le Picard, sont arrêtes sous l'inculpation du crime de lèse-majeste.

On peut croire un moment au triomphe des idées de la Renaissance. Le roi semble gagné. Les théologiens sont exilés et poursuivis. Mais voilà que de nouveaux placards sur la messe viennent bouleverser et compromettre tout : François I", par un de ces revirements subits qui désorientent, prend parti pour les persecu-

, Lettre de Myconius à BulUnger, du 8 avril 1534, dans H^-^J^^^^^^^^

Sedicoram, ut discipuli Chnsti, conciones -'i;-'i^«^^-^t,\s S nuper Picardus sophista pro coucione : <- Actum '^^'^ d^ i om^

Biiiliiii

Roussel et reuiprisonnement de Beda.

leurs. C'en est fait maintenant; Tannée si heureusement commencée s'achève tristement. La victoire reste à la Sorbonne, victoire lamentable dont les bûchers sont les feux de joie. Quelques mois plus tard, n'en doutons pas, les lecteurs auraient été condamnés, et, qui sait ? peut-être privés de leur charge. Le procès était arrivé juste à temps.

Il est bon de remarquer que peu de temps après le procès, en 1533, dans l'enceinte même de T Université, Jean Cop, le fils du médecin royal Guillaume Cop, dont l'influence bienfaisante a déjà été rappelée dans cette histoire, fit entendre un éloquent panégyrique de l'œuvre accomplie par le roi en faveur de la renaissance des lettres et en particulier des résultats obtenus, grâce à la fondation de 1330, dans le domaine de l'enseignement des langues anciennes \ L'Université dut subir sans murmurer cette manifestation si désagréable pour elle : malicieuse revanche imaginée sans doute par les humanistes parisiens.

Nous avons déjà eu l'occasion de signaler la nomination faite un peu auparavant de Latomus à la chaire de latin : il se produisit vers le môme temps, dans le pre-

1. De reslitutis a Christianissimo Francorum Rege Francisco tille- 7-is, Joannis Copi Parisiensis Jurisconsulti Oratio ad judices Acadeniiae Parisiensis Emendalores, in amplissimo juvispevitorum confessu habita ctan de proposito fructuum jure esset responsurus. « Voluit enim sapieiitissimus Princeps suam reuipublicam per Atticos professores oninium disciplinarum gloria illustrari : non ignorans eas ipsas ab illis inventas non accepisse : nostramque linguam graecae imitatricem sine ejus cognitione mancani atque debilem fore, nec sese arbitratus est suae Reipublicae satisfecisse Princeps sanctissimus, nisi sanctissiiuae linguae, id estllebreae, Professores institueret. Sanctissimam hanc linguain optinio jure dicimus. qua Piophetae, qua Apostoli, quaipse quoque Deus et salutis nostrae assertor Jésus Ghristus semper estlocutus : quid quod Philosophia atque omnes Mathematicae artes ab hoc eodem sunt Principe illustrissimo restitutae.' Ilisque summo studio et singiilari virtute féliciter peractis, non tamen optimus Princeps cessatorem agit : quin potius dlfficillimam, eaïuque praestantissimam totius rei litterariae parteni, nunc instaurare constituit. » Cité par Du BouLAY, t. VI, p. -262.

ioO HISTOIRE DU COLLÈGE DE FRANCE.

niior f(3nctionnement de rinslilulion, une autre modification qu'il importe de rapporter ici. Il s'agit du départ de Danès pour l'Italie dans le courant de Tannée Jo34 et de son remplacement par le Flamand Strazel. Cette suppléance, la première qui fut accordée^ donna lieu à de longues négociations entre Danès et le lecteur du roi, Jacques Colin. Dès 1531, le professeur de grec avait cherché à se décharger du fardeau qui lui avait été confié l'année précédente, mais ses instances n'avaient obtenu aucun succès. Enfin, il réussit à gagner sa cause et à se faire octroyer le congé nécessaire pour parcourir la terre italienne. La lettre qu'il écrivit à Colin à ce sujet mérite d'être citée'.

Danès commence par rappeler que quelques mois auparavant Theocrenus^ s'était déjà occupé de cette afïaire. Ce personnage avait en effet écrit à Budé, au nom du roi, pour lui denuinder de choisir une personne capable de remplacer Danès et de professer, en son absence, au plus grand avantage des étudiants. Le prince avait donc accordé sans la moindre difficulté la faveur demandée, approuvant même cette résolution de la façon la plus encourageante. Il n'avait fait qu'une seule restriction c'est que son lecteur considérerait cette combinaison comme une mission et non comme un congé, et que Budé, sur l'avis duquel il permettait ce départ, veillerait à s'enquérir si. le personnage choisi comme suppléant était de taille à occuper ce poste. Tout allait donc pour le mieux, et voilà maintenant que Colin est le seul à faire encore des difficultés. Après avoir jadis promis son consentement, il s'est ravisé et a cessé d'approuver le projet. « J'aimerais tant, au con-

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