‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 40 sur 96 · Epistolœ cluronim virorum. Venise, 1558, in-8, f · texte numérisé non relu

Epistolœ cluronim virorum. Venise, 1558, in-8, f

2. Benedetto Tagliacarne, dit Theocrejiu^, né vers 1480 dans le pays (h; Gtnes, vint en France, où il fut comblé de bienfaits par François I*' qui lui confia l'éducation de ses enfants. 11 devint par la suite évêque de Grasse et mourut en 153G.

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traire, continue Danès, à rappeler que quand tout paraissait désespéré, je suis allé vers vous, que vous m'avez consolé et délivré de soucis.... Voilà déjà trois années que je vous ai demandé, avec toute l'insistance possible, de me donner les moyens de satisfaire ce désir incroyable de visiter l'Italie dont j'étais littéralement enflammé. Je pensais, non sans raison, que si vous accédiez à ma demande, il me deviendrait possible d'entreprendre ce voyage avec le consentement du roi luimême, qui n'a pasl'habitude de différer d'avisavec vous. Je crois que si vous vous êtes ainsi montré hostile dès le début à mes intentions, c'est parce que vous avez pensé que ce voyage pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour le Gymnase royal à peine naissant. Après avoir lu cette lettre, décidez-vous donc à changer d'avis, comprenez mon but et devenez un ferme appui pour ma demande. » Danès renouvelle ses instances sous toute sorte de formes, montrant quelle désillusion ce refus a été pour lui, exagérant même la grandeur de son chagrin. Rien de plus significatif cependant que cet ardent désir d'aller visiter l'Italie et « de respirer dans l'air où a vécu Cicéron, l'auteur et le père de l'éloquence..., de parcourir cette terre où se rencontrent tant de savants hommes, tant de livres de toute espèce, des livres grecs surtout, et des restes fameux de l'antiquité, en si grande quantité qu'on ne peut poser nulle part le pied sans fouler quelque vestige datant de cette époque ». De plus, Georges de Selve, son ami, est à Venise, grâce du reste à l'intervention de Colin luimême ; tous deux brûlent mutuellement du désir de se revoir. Enfin Danès a véritablement besoin de prendre quelque repos, l'enseignement lui laisse si peu de loisirs qu'il ne parvient pas à trouver le temps de travailler. Tous ceux qui s'intéressent aux progrès de la science prennent sa cause en main. On lui reproche sa paresse

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et son inertie. 11 se doit à liii-mrme de prouver qu'il n'a pas consacré inutilement de si longues années à Fétiide des lettres. En somme, cette curieuse lettre, un peu décousue, il faut l'avouer, montre Danès possédé d'une idée fixe et quelque peu désemparé. Elle fut écrite dans le courant de l'année 1534'. Le résultat fut bien celui qu'il espérait : la permission demandée lui fut accordée. Il fut remplacé par Jean Strazel et ne reprit jamais ses cours par la suite. Tout en trouvant un peu excessive l'opposition manifestée jus([ue-là par Colin, il est juste de reconnaître qu'elle partait d'un sentiment fort honorable et que sa sollicitude pour les intérêts de l'institution récente apparaît évidente dans cette affaire. Il vaut mieux supposer que la jalousie n'entra pour rien dans son attitude.

Cependant les années se succédaient. De temps à autre le roi éprouvait des remords. Dans ses ordonnances de payement, la plupart si platoniques, il se croyait tenu de rappeler, par respect pour sa parole, que celte institution des lecteurs n'était que provisoire et « en attendant plus ample fondation du futur collège que le roi a délibéré fonder en l'Université de Paris ». Cette réserve, qui revient jusqu'à trois fois dans les comptes, est caractéristique^.

Il est certain que ces déclarations étaient absolument sincères de la part du roi, mais toujours les obstacles

1. La date d'avril 1534 étant citée dans la lettre à propos du séjour de Georges de Selve à V'enise, on peut dire qu'elle ne fut sûrement pas écrite avant ro mois.

2. Voy. l'ii'ri's ji/s/l/iralives\l,lX, XV. «... En attendant que le roi ait pourveu <i la rundatinn du collège d'icellc profession que le roi espère fonder en l'Université de Paris», etc. (15.37). Quand, en 1539, François P'' accorde le privilège de l'imprimerie royale, il fait allusion dans cet acte ;'i l'institution des lecteurs et ne fait en aucune manière mention d'un collège quelconque fondé par lui : « C'est pourquoi nous avons, il n'y a pris longtemps, libéralement assigné des traitements à des savants distingués, pour enseigner à la jeunesse les langues et les sciences et les fd.uier à la pratique non moins précieuse des bonnes mœurs. »

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déjà signalés venaient arrêter une volonté dont la fermeté et la décision n'étaient pas les qualités maîtresses. Le fond de sa nature était certes excellent : il rêvait de faire grand et de fonder des choses durables. Nous n'en voulons d'autre preuve qu'une lettre de lui, restée jusqu'à présent inédite \ document d'une rare éloquence dans sa simplicité, et qui nous montre mieux que de longs discours les aspirations généreuses du Prre des lettres. C'est une lettre datée du 18 septembre 1538 et adressée par le roi au duc de Ferrare, au sujet d'une mission conférée à Jérôme Fondule. Rien ne donne plus clairement l'explication des circonstances qui ont influé, d'une façon si fâcheuse, sur la réalisation des projets de François I", notamment le besoin d'une paix sérieuse et durable.

A mon cousin le duc de Ferrare.

Mon cousin : Pujs qu'il a pieu à Dieu que bonne, seure et loyale tresve ait esté faictc, conclue, et arrestée pour dix ans entre l'Empereur, mon bon frère, et moy, noz royaumes, pays, terres et seigneuries et suhgectz, de laquelle dépend une bonne, certaine et prochaine paix. J'ay advisê, pour employer une partie du temps en honneste et vertueuse récréation, et aussi pour le bien, proffict et doctrine qui en peult parvenir à moy et à mesdictz subgectz, assembler et recouvrer une bonne et grande quantité de livres, tant grecs que latins, des meilleurs et plus singuliers aucteurs qui se pourront trouver, pour mectre et colloquer en une belle et sumptueuse librairie que je fais faire en] mon royaume, et pareillement quelques singulières antiquailles, s'il s'en peult trouver, et pour cest effect, j'ay donné charge à M« Hiérosme Fondule, mon aulmonier et secrétaire de ma chambre, aller présentement en Italie pour faire recherche des dictz livi-es et antiquailles et iceulx me recouvrer et achapter, comme personnaige duquel jay entière fiance et que je say avoir bonne et certaine conguoissance desdiclz livres, pour le

1. Nous l'avons retrouvée dans les archives de la maison d'Esté, conservées à Modène, liasse des lettres de François P'', dons le fonds de la correspondance des princes étrangers. Elle fournit findication d'une mission de Jérôme Fondule, qui n'avait pas encore été signalée.

savoir et iiilvllijxiiicc iju'il a esdiclos Icllrcs grecques et latines; vous priant, mon cousin, très alîectucuscment, que vostre bon jtlaisir soit luy donner et faire donner par tous les lieux et endroiz de votre obéissance à l'exécution de ceste présente charge, tout l'aide, port et faveur dont il aura besoing et dont il vous fera de par inoy requestc et vous me ferez plaisir très grant et très agréable, en ce faisant et priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ait ensasaincte garde.EscripI à Sainct (Icrniain en Laie, le xvui'' jour de septembre M V XXXVllI.

Franco Ys. Bochelel.

Il faut en rapprocher aussi un important document, du 19 décembre d.').'}9, gravemeni intitulé : « Commission pour faire le payement du bâtiment que le roi voulait faire en Thùtel de rsesle à Paris ». La teneur en est admirable. Le roi y parle des bonnes lettres restaurées, de l'enseignement des langues célébré et décoré à la louange immortelle de son règne *. « Comme nous avons sur toutes aultres choses singulièrement désiré les bonnes lettres, qui par un long temps ont été discontinuées ou peu honorées en nostre royaulme, estre de nostre temps restaurées et ramenées en lumière pour l'instruction et ediffication des bons esprits et professeurs en toutes sciences. A quoy nous avons mis toute la diligence à nous possible, et en ce faisant introduict plusieurs bons notables personnaiges de grant sçavoir et expérience es trois langues principalles, lesquelles sont aujourd'hui par nostre royaulme plus que en nul autre cellebrées et décorées, à la grande repputation d'icelluy et louenge immortelle de nous, qui voulions mieulx que jamais continuer ce tant louable œuvre et donner toutes les commodités nécessaires aux Lecteurs et Professeurs esdites lettres pour vacquer à leurs lectures, estudes et professions. A ceste cause nous avons délibéré et resollu de leur

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