‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 41 sur 96 · oir Pièce Justificalive XXIH · texte numérisé non relu

oir Pièce Justificalive XXIH

construire et ediffier en nostre logis et place de Nesle à Paris et aultres places qui sont à lentour, que nous avons fait marcquer, un beau et grant colleige, qui sera appelé le collège des Trois Langues^ accompaigné d'une belle et somptueuse église, avec aultres ediffices et bastimens, dont les pourtraicts et desseings ont esté faictzet projetiez. »Puisleroiindique dans le plus grand détail avec quelles ressources et quels crédits spéciaux sera exécutée cette belle œuvre. Tout le détail matériel de Fentreprise est préparé avec la plus grande minutie. Point n'est besoin d'ajouter que ces crédits passèrent ailleurs et que pas une pierre de la construction si pompeusement annoncée ne fut posée. Néanmoins on s'entretint beaucoup de cette promesse dans l'entourage royal. Grâce aux panégyriques du roi *, prononcés

1. Voici les témoignages de ces deux auteurs : « .Mais le feu Roy n'a pas seulement honoré les lettres magnifiquement en son royaume et dehors; mais les a édifiées et plantées en son peuple, par sa largesse et libéralité, tant latines, grecques que hébraïques. lia entretenu et rémunéré excellemment hommes esleuz pour leur doctrine lesquels lisent à présent, translatent en tous arts et toutes langues. Et s'il ne fust moi't sitost, il eust fait, comme il avoit désigné, un collège de toutes disciplines et langues, fondé de cent mille livres de rente pour 600 boursiers, povres escolliers. » Serm. fun. de François I^'\ à la suite de la Vita Cas/ellani, in-8, p. 220.)

« H ne faut pas passer en silence, s'écrie d'autre part Galland, que ce roy, voulant suyvre la façon d'un bon poi'te qui faict la fm de sa comédie beaulcoup plus agréable que tout le discours précédent, avoit destiné une place fort spacieuse viz-à-viz son chasteau du Louvre, de Taultre costé de la rivière de Seine, où son plaisir estoit édifier un collège le plus singulier de tous aultres, au dire mesme de tous ceulx qui en avoient ouï tenir propos, et vouloit que ce feust comme une foyre franche où n'y auroit que trafique des lettres.. . En premier lieu, il y avoit pour l'édifice deux cens mil escus d'or soleil et trente mil pour la rente annuelle, dont debvoient estre nourrys et entretenuz le principal, les régens, les prestres et plus de six cens enfans élevez en l'exercice des lettres. » (Oroison sur le trespas du roy François, traduction de Jean .Martin, Vascozan, \h'ri, p. 9 et 10.)

François de Belleforest [Jes Grandes Annales et Histoire générale de la France. Paris, 15'9, p. 1537, à l'année 1547). « Ce grand Roy avoit entrepris, si la mort nel'eust si tost assailly, de dresser un collège où toutes les sciences elles langues eussent esté gratuitement enseignées, et auquel il eust donné 500U0 escus de revenu annuel, pour la nourri-

loG HISTOIRE DU COLLEGE DE FRANCE.

en 1547, par DucluUol et par Gallaiid, nous possédons au sujet de l'établissement projeté quelques renseignements précis qu'il est intéressant de rapporter ici.

La fondation élevée sur les bords de la Seine, en face le Louvre, devait être dotée d'un revenu de 1 00 000 livres '. Pourvue de maîtres choisis avec soin pour toutes les branches du savoir humain, elle était destinée à renfermer six cents élèves d'élite, tous entretenus aux frais du roi. Ce collège aurait ainsi constitué la plus vaste Tniversité du monde. On y eût trouvé des interprètes pour toutes les langues connues. Les cours devaient durer quatorze ans et chacun des étudiants devait suivre successivement tous les ordres d'enseignement, afin d'ac- (juérir, dans la mesure du possible, cette universalité de connaissances à laquelle aspirèrent les hommes de cette noble génération. L'établissement eût été ouvert aussi bien à la culture scientifique qu'à la culture littéraire. Des prêtres ou chapelains, attachés spécialement à la fondation, devaient vaquer aux cérémonies du culte et donner en même temps l'enseignement religieux. On voit par là que le caractère strictement laïque de l'institution des lecteurs royaux ne se retrouvait pas dans le collège projeté. C'était une création plus grandiose peut-être, mais moins nouvelle, moins originale, et rappelant davantage le collège des Jeunes Grecs, dont il avait été tant question vers 1520. Il faut remarquer aussi qu'un établissement de ce genre eût été, à d'autres égards, plus redoutable pour la Sorbonne et pour la Faculté de théologie, puisqu'il eût fait à ces der-

ture de six cens cscoliers et entretien des professeurs lisans ordinairement en ce collège, choisis d'entre les plus doctes hommes qu'un oust sceu trouser en chrestienté. »

1. Belleforcst donne un chiflre un peu différent, celui de ôO 000 écus, comme on vient de le voir. D'autres auteurs l'ont suivi dans cette (■■valuation, mais il importe peu de préciser si cette dernière est exacte, puisque le projet n'aboutit point.

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nières une concurrence directe en ce qui concernait renseignement purement théologique. Quel dommage que \qs poiirtraicts et desseings exccute's en vue de cette fondation gigantesque, plans dont l'existence ne saurait être contestée, en vertu de l'attestation formelle de l'acte de 1539, n'aient pas été conserves à la postérité! Nul doute que l'imagination magnifique des grands architectes de la Renaissance ne s'y soit donné libre carrière. C'est qu'un pareil édifice était bien fait pour solliciter le génie novateur de ces artistes à qui le monde est redevable de tant d'exquises merveilles. Un vaste temple consacré aux sciences et aux lettres, symbolisant les aspirations multiples de ces hommes vers la vérité sous toutes ses formes, manifestant, par des proportions harmonieuses en même temps que par une fantaisie aimable et souriante, le goût incomparable et les hardiesses de pensée qui font de cette époque l'une des périodes décisives de l'histoire de l'humanité : quel rêve éblouissant, digne de suggérer à quelqu'un de ces immortels constructeurs l'édifice idéal que tous ont entrevu et que tant de châteaux et de palais admirables, semés sur tous les points de la France, n'ont pu pleinement réaliser. Qui sait? peut-être s'en fallut-il de peu que certaines des conceptions architecturales imaginées dans la description de l'abbaye de Thélème, « cent fois plus magnifique que n'est Bonivet, ne Chambourg, ne Chantilly », avec ses « belles grandes librairies en grec, latin, hébrieu, français, tuscan et espaignol », ne fussent utilisées pour le projet royal. La nouvelle religion aurait eu ainsi son abbaye propre, sur les bords de la Seine, en face du palais de nos rois, dans la plus séduisante des perspectives de la capitale, à l'endroit même oîi — rapprochement instructif — l'Institut de France devait s'installer, moins de trois siècles plus tard. Comme toujours, la nouvelle des généreuses intentions

du roi se répanJil au loin. Une fois encore, les savants se félicitèrent entre eux de cette heureuse perspective. C'est ainsi que Tévôque de Montpellier, Guillaume Pellicier, écrivait le 1" septembre io40 à Antoine lîincon ' : « Monsieur, ne voulant rien obmettre à vous faire sçavoir de ce que suis très bien asseuré qu'avés à plaisir, pour faire chose agréable au roy, lequel, comme pourrés avoir sceu, est après pour fonder un collège à Paris, qui sera aussy excellent, mais qu'il soit parachevé et fourni de ce qu'il y est requis, que fut à l'aventure jamais autre : car il sera occasion de faire venir à l'Université toutes les bonnes lettres qui commencent autant à fleurir en France qu'en nul autre lieu et pays, et pour ce qu'on ne le pourroit mieux donner que d'une bonne librairie, faict chercher livres de tous costés, mesmement grecs, et à cest efîect avoit envoyé ici expressément M'' Fondulus, pour en recouvrer.... »

Galland affirme que la responsabilité de ce triste et dernier avortement doit surtout être imputée à certains ministres du roi et, en particulier, au chancelier Guillaume Poyet, dont la mauvaise volonté aurait été, suivant lui, évidente dans toute cette affaire. D'après les renseignements que, selon toute vraisemblance, Duchâtel lui avait communiqués, il attribue, en termes fort agressifs, ce nouvel insuccès des intentions royales aux retards et aux hésitations calculées de ce personnage, qui savait, à propos, se retrancher derrière les difficultés amenées par les guerres, pour tenir on échec les desseins les mieux arrêtés dans l'esprit du roi^. Le même auteur fait encore observer, à ce sujet, que ce fut à la

1. Publ. par Deusle, Cab. des manuscrits, t. I, p. 156, d'après les MéUnif/es de Clairauibault, 230, f° 41, v°.

2. Il est juste de remarquer que l'accusation portée contre le ministre déchu est peut-être excessive. Sadolet, dans plusieurs de ses lettres,

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protection avouée de Duchàtel et à celle du cardinal de Lorraine que les lecteurs royaux durent d'échapper aux attaques dont ils furent l'objet au moment des troubles universitaires du Pré-aux-Clercs, La bienveillance particulière du premier était, du reste, toute naturelle, puisqu'ayant succédé à Jacques Colin dans la double charge de grand aumônier et de lecteur particulier du roi, il exerçait sur la corporation des lecteurs la haute surveillance dévolue à ce personnage jusque vers Fannée 1538 \

Vers cette même date, plusieurs changements notables se produisirent dans la composition du personnel des lecteurs. En lo38, l'orientaliste Guillaume Postel fut adjoint à leur compagnie et chargé simultanément de l'enseignement « des lettres grecques, hébraïques et arabiques ». Cette dénomination un peu vague donnée à la nouvelle chaire montre bien qu'il ne faut pas attribuer un caractère de spécialisation rigoureuse à chacun des enseignements créés. Postel, ainsi qu'on le verra plus loin, ne sut pas garder sa place. Comme aucun autre savant ne se trouvait en état de poursuivre la tâche multiple qu'il avait assumée, le roi le remplaça par un helléniste qui se contenta du seul domaine de la langue grecque. Cet helléniste fut, selon nous, Jean Chéradame de Seez, et non Denis Coroné (autrement appelé Charron), comme on l'a dit jusqu'à présent. Il est certain, en effet, que le premier de ces

fait le plus grand éloge de la sympathie active dont ce personnage faisait preuve à l'égard des lettres . D'autre part, Postel, qui fut protégé de Poyet, prétend, dans son traité De Magistratibus Atheniensium, que le chancelier manifesta, en diverses circonstances, une bienveillance particulière aux professeurs royaux. Lambin et Monantheuil ont répété les accusations de Duchàtel et de Galland.

1. Les causes de la disgrâce de Colin, malgré les assertions de Galland, dans la Vita Petvi Castellani, p. 40, sont restées assez obscures. C'était un homme intelligent, ayant le goût des belles choses. Il avait écrit une traduction du Cortetjiano de Balthazar Castiglione, qui ne parut qu'en 1548, un an après sa mort.

deux personnages enseignait, en qualité de professeur royal, vers 1543, et qu'il avait déjà cessé d'appartenir à la corporation au commencement de Tannée 15i6. Or. si l'on n'admet point qu'il ait remplacé Postel, il devient impossible de déterminer à quel autre professeur il aurait succédé. Suivant notre hypothèse, Coroné n'aurait été admis au nombre des lecteurs qu'après le départ de Chéradame, arrivé entre 1343 et 1546'. Guidacerius, mort en iS'tO, fut remplacé par l'hébraïsant Alain Restauld de Caligny, lequel conservera la chaire jusque vers 1565. Le roi se décida aussi à renforcer l'enseignement des mathématiques en chargeant Pascal Duhamel de les professer à côté de Fine, le vaillant ouvrier de la première heure. En 1542, il fonda l'enseignement de la médecine, qu'il confia au Florentin Vidus Vidius, savant de réel mérite qui jouit en son temps d'une immense réputation. Ce dernier resta en exercice jusqu'en 1548. Un de ses compatriotes, le Milanais François de Yicomercato, devint également, la même année, l'objet des faveurs royales. Il fut pourvu de la chaire de philosophie grecque et latine, créée à son intention, et dont il demeura titulaire jusqu'en 1567. Achevons cette énumération en faisant remarquer que Pierre Galland succéda à Latomus en 1545. Telles sont les différentes modifications qui se produisirent jusqu'à la fm du règne de François l".

Ce fut encore dans les dernières années de son règne que le roi octroya des bénéfices à plusieurs de ses lecteurs, afin d'accroitre leur prestige et leurs ressources. Mais il se refusa toujours, malgré les instances faites auprès de lui dans ce but, à conférer ces avantages à la compagnie tout entière. Il persista à en faire une faveur individuelle qui cessait, de fait, à la mort du bénéficiaire

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