‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 51 sur 96 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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mière leçon de Ramus, plusieurs lois publiée, est une de ses œuvres les plus achevées : il la fit précéder de cette dédicace originale, adressée au cardinal de Lorraine, qui mérite d'être rapportée : « Je vous présente la préface de mon cours : elle a été prononcée au milieu d'une si grande afiluence de monde, que plusieurs personnes à demi asphyxiées ont dû être emportées hors de la salle, et que l'orateur lui-même, pris d'un accès de toux dans cette grande chaleur, a failli en être suffoqué. Vous lirez donc plus d'un détail que n'ont pu entendre deux mille auditeurs, venus pour assister à votre éloge. »

Un concours considérable d'auditeurs se pressa dès le début autour du maître, dont les témoignages les plus divers nous affirment l'éclatant succès. Les cours des premières années portèrent sur les discours de Cicéron, dont ils présentèrent le commentaire le plus détaillé. Ramus eut soin de ne pas s'enfermer dans l'explication littérale des textes. Personne, à cet égard, n'a eu un sentiment plus net et plus élevé de ce que doit être l'enseignement du Collège de France, flexible et varié, nullement contenu par des programmes arbitraires ni par une étroite spécialisation de chaque ordre d'études. « Lorsqu'il expliquaitun auteur, nous apprend son biographe, il avait toujours devant les yeux quelque science à laquelle il rapportait ses leçons. C'est ainsi que les discours de Cicéron et le traité De fato lui servaient de texte pour réformer l'enseignement de la rhétorique et de la dialectique. Les Géorgiques lui étaient une occasion de s'occuper de la physique, et le Songe de Scipion de traiter de l'astronomie. » Une querelle ridicule, celle de la prononciation des giiisçuis et des qitanquam, survenue dès la première année de son professorat, entre les lecteurs royaux et la Sorbonne, permit à Ramus de dénoncer une fois de plus la sottise

et l'esprit de routine de ses adversaires'. La dispute relative à Quintilien, qui s'éleva entre Galland et lui, en loo2, et à laquelle Rabelais a fait allusion-, fut plus sérieuse, et, à certains égards, plus regrettable, puisqu'elle mettait aux prises deux professeurs royaux. Cependant Raraus s'efforçait de donner une impulsion féconde aux branches les plus diverses de l'enseignement, qu'il embrassait toutes dans son active et inquiète sollicitude : rhétorique, grammaire, philosophie, morale, politique, logique, mathématiques. Le collège de Presles et sa chaire de lecteur lui fournissaient un terrain commode pour ses expériences pédagogiques. C'est plutôt contre l'établissement dont il était le principal depuis quelques années \ que les attaques étaient dirigées. Le caractère et l'indépendance du professeur royal étaient généralement respectés. La leçon d'ouverture de 1532 fut cependant l'objet de manifestations tumultueuses. Mais à part quelques troubles momentanés, on peutdire que Ramus parcourut en paix, de lool à 1559, le vaste cycle d'études qu'il s'était donné pour tâche de parcourir dans ses cours. Plusieurs contemporains, et Ramus lui-même, donnent le chiffre de deux mille personnes comme ayant été le nombre ordinaire des auditeurs du maître, pendant toute cette période, mais, même en tenant compte de la prodigieuse vogue de ses cours, il y a lieu de croire que cette assertion ne va pas sans quelque exagération. Son biographe

1. On sait que cette dispute puérile suscitée par la Sorbonne roulait sur cette question : doit-on prononcer kiskis, kantus, kalis ou prononcer Vu comme nous le faisons aujourd'hui. Cette dernière solution était celle des lecteurs. Le Parlement, sollicité par la Sorbonne de sévir contre les dissidents, déclara la prononciation libre ; chacun pouvant adopter le mode qui lui plaisait.

2. Dans le nouveau prologue du IV^ livre de Pantagruel. Galland fit preuve d'une singulière violence dans toute cette affaire. Les invectives dont il accabla Ramus donnent bien l'idée de l'âpreté des discussions littéraires et des querelles personnelles au xvr siècle.

3. Ramus était devenu principal du collège de Presles en 1545.

nous affirme que chacune de ses leçons fut un triomphe, et que, depuis Abélard, jamais succès plus éclatant ne s'était manifesté sur la docte montagne. Une chose est certaine, c"est que si le fougueux auteur des Ajiimadversiones Aristotrlicae a été le professeur le plus furieusement attaqué du xvi-^ siècle, il en a été aussi le p.us

acclamé.

Il y a lieu de rapporter ici une marque de bienveillance accordée par Henri II à ses lecteurs au commencement de Tannée 1359 : nous voulons parler de l'exemption des décimes en faveur « des professeurs en langue grecque, latine et hébraùiue en l'Université de Paris » Pierre Galland, Pascal Duhamel, François Yicomercato, Pierre Ramée {sic), Jean Cmqarbres Angelo Vergecio, le calligraphe, sont nommément désignés dans l'acte \

Ce fut en 1539 que Ramus, fatigué des commentaires littéraires et désireux de trouver une matière plus neuve et plus variée, abandonne pour un temps le terrain de la logique, de l'éloquence et de la poésie, et aborde dans sa chaire royale l'enseignement des mathématiques, que, depuis quelques années, il étudiait déjà en son particulier, avec une ardeur incroyable Il eut la joie de former plusieurs disciples du plus grand mérite et obtint peut-être, dans ce domaine, des résultats encore plus honorables que ceux qu'il avait précédemment acquis dans les autres branches de connaissances. Il put ainsi se vanter dès 1562 d'avoir parcouru en douze ans le cycle presque entier des arts hberaux. La faveur de Henri II lui était restée fidèle jusqu au bout et il ne semble pas que, sous les deux règnes suivants, son crédit ait diminué à la cour. La haine de ses adversaires s'en trouva, pour un temps, réduite au

1. Archives nationales, K 92, n» 19. L'exemption est datée du 15 janvier 1558 (anc. style).

silence. L'Université elle-même saisit toutes les occasions de reconnaître le prestige de son nom, en le chargeant d'accomplir près des souverains les missions les plus délicates, notamment dans FatTaire du Pré-aux- Clercs en loo7.

La vieille querelle qui existait entre les étudiants et les religieux de Saint-Germain-des-Prés, au sujet de la jouissance du célèbre enclos, venait, en effet, de se réveiller avec une violence extraordinaire. Le sang avait coulé : le gouvernement royal prit les mesures les plus rigoureuses contre TUniversité. Un étudiant fut pendu et brûlé et d'autres exécutions capitales furent imminentes. La fermeture de plusieurs collèges fut prononcée. Un arrêt du Parlement, rendu le 22 mai looT, suspendit même momentanément les leçons des professeurs royaux V Le lendemain, le roi promulgua un édit aux termes duquel il confisquait le Pré-aux-Clercs, ordonnait à tous les étudiants étrangers de sortir du royaume dans les quinze jours et chassait de l'Université tous les élèves externes, ce qui revenait à rendre l'internat obligatoire. L'Université tout entière se trouva plongée dans la consternation. Elle décida d'envoyer au roi une députation officielle, pour le supplier d'atténuer la sévérité de ces dispositions. Cette députation se composa de quatre théologiens, de deux médecins et de deux lecteurs royaux, Turnèbe et Ramus. Elle alla trouver Henri II au château de Fère-en-Tardenois et, grâce à l'intervention des cardinaux de Lorraine et de Chàtillon et du connétable de Montmorency, obtint une audience du roi. Ce dernier entendit avec satisfaction les discours tenus aux étudiants par Ramus et Turnèbe dans le but d'apaiser les esprits. Ramené à des sentiments moins rigoureux, à la suite

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