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maire, de logique et de rhétorique devaient être réserve'es aux collèges. Ramus traçait ainsi, deux siècles et demi à l'avance, la ligne de de'marcation, adopte'e dans notre pays depuis la Révolution, entre Tinstruction secondaire et Finstruclion supérieure. Il faisait ressortir en termes vigoureux la nécessité de cette réforme. « Le bruit et la renommée de ceste Université de Paris court par toute l'Europe où le latin est entendu, de façon qu'on n'estime point celuy-là avoir esté bien institué aux lettres, qui n'a estudié à Paris. Ceste Université n'est point l'Université d'une ville seulement, mais de tout le monde universel. Quelle est la discipline de ceste Université, telle est la discipline du reste du monde. » C'étaient, en somme, les lecteurs royaux qui, devenus plus nombreux et régulièrement payés, devaient remplacer cette multitude ignorante. Ce qui frappe, dans ce curieux travail, c'est un rare bon sens, en même temps que la parfaite entente des besoins nouveaux auxquels l'instruction a le devoir de répondre dans la civilisation moderne. Nous ne saurions trop en recommander la lecture, aujourd'hui que ces questions sont plus que jamais à l'ordre du jour '.
Cependant les sympathies que Ramus, comme beaucoup de savants et d'esprits modérés de l'époque, manifestait à l'égard de la Réforme et qui étaient devenues tout à fait apparentes, à dater du colloque de Poissy, contribuèrent à lui susciter de nouvelles inimitiés et à donner à ses anciens adversaires des moyens d'action plus efficaces. Les Facultés de médecine et de théologie se montrèrent particulièrement acharnées. Il dut quitter Paris durant une année et ne
I. Les AvertissemoUs de Ramus sont facilement accessibles, depuis qu'ils ont été réimprimés dans les A)-chives curieuses de l'histoire de France de Cimber et Danjon, t. V de la 1'" série.
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put y rentrer sans Janger que lorsque la paix d'Amboise, conclue le 19 mars 1")63, vint interrompre pour quelque temps les guerres civiles. Il put reprendre sa place à la fois au collège de Presles et parmi les lecteurs royaux. Apres avoir donne à ses auditeurs un aperçu général de la grammaire, de la rhétorique et de la logique, il se remit avec plus d'ardeur que jamais à Tétude des mathématiques. Tandis que son élève Forcadel, devenu lecteur royal en mathématiques depuis 1560, enseignait en français l'arithmétique et la géométrie, il expliquait les mathématiciens grecs, dont il recherchait, à grands frais, les précieux manuscrits. C'est un moment brillant dans Thistoire du Collège de France : Ramus, Turnèbe et Lambin, auxquels on peut ajouter Dorât, oubliant leurs anciennes querelles et unis maintenant par une franche amitié, attiraient les regards de l'Europe savante, pendant que leurs collègues, moins illustres, travaillaient avec non moins de conscience et d'activité à l'avancement général des études. Grâce à la vigilance de Ramus, aucun sujet indigne ne s'était encore glissé dans leur compagnie. Les intrigues à jamais regrettables dont Jacques Charpentier fut le triste héros n'allaient pas tarder à modifier cet état de choses. Cette affaire est assez connue : elle a été exposée avec beaucoup de clarté par l'historien de Ramus ' ; nous nous contenterons donc de la résumer à grands traits.
Au mois d'octobre 1565, Paschal du Ilaniel, professeur royal en mathématiques et doyen des lecteui's, mourut, et sa succession fut attribuée par faveur à un mathématicien sans valeur, nommé Dampestre Cosel.
1. Op. cil., p. 168 et siiiv. Remarquons ici que M. Sôdillot prétend [op. cit., dans le Bulletino, etc., 11, p. 3!)5) que de loôO à 15'i3 les traitements des professeurs royaux ne furent jias iiayos et que ces derniers interrompirent leurs cours pendant plusieurs années. Rien ne démontre l'exactitude de cette assertion.
Originaire do la Sicile, il était également incapable de s'exprimer en langue latine et en langue française. Son enseignement ne pouvait être que ridicule. Ramus dénonça, non sans quelque sévérité, son ignorance notoire, et après d'activés démarches, le força à résigner ses fonctions. Il obtint, à cette occasion, du roi Charles IX des lettres patentes réglant le mode de recrutement des professeurs. Ces lettres, datées du 24 janvier 1366, statuaient que Dampestre et tous les professeurs qui se présenteraient à l'avenir seraient examinés publiquement par la compagnie des lecteurs royaux, et qu'ils ne seraient point admis à professer sans avoir subi cet examen et sans avoir ainsi donné la mesure de leur talent. Ce fut sur la proposition du cardinal de Lorraine, devenu aussi hostile à Ramus qu'il lui avait été sympathique autrefois, que l'ennemi le plus acharné de son ancien protégé, Jacques Charpentier, fut pourvu de la chaire de mathématiques (février 1567). Ce dernier refusa de se soumettre à l'épreuve de l'examen récemment instituée. Ramus, en sa qualité de doyen de sa compagnie, fort de l'approbation et de l'appui de la plupart de ses collègues, s'opposa à cette prétention avec la plus grande énergie. Sur ses instances, le roi promulgua de nouvelles lettres patentes, le 8 mars 1566.
Ces dernières mettaient à la nomination des lecteurs des conditions qui ont quelque chose de très fier, de grandiose même, mais que le malheur des temps a laissées à l'état de lettre morte. Yoici le texte de cette ordonnance, qui renferme évidemment quelques-uns des termes delà requête présentée par Ramus. « Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Le feu roy nostre très honoré seigneur et ayeul, aima tant en son vivant et les lettres et les lettrez, qu'il voulut qu'en l'Université
de Paris y ciist des professeurs à ses gages en toutes langues et sciences. Ce qui succéda si heureusement, que les plus doctes personnages de l'Europe ont esté appelez à ladicte profession, et fait un si grand bruit, qu'il en est sorty un nombre infiny de gens doctes, qui par tout le monde ont tcsmoigné la grandeur de nostre dit ayeul. Ce qui a été continué par feu nostre très honoré seigneur et père. Et nous avions un mesme désir et volonté, et vacquant une place de professeur aux malhématiques, nous aurions donné ladicte place à un qu'on nous avait dit estre suffisant et capable. Mais nostre bien aimé maistre Pierre de La Ramée, doyen de nos professeurs, voyant que contre nostre désir, celuy que nous avions pourvu de ladicte place cstoit inconnu et son érudition cachée, et que, voulant faire quelques leçons, il se seroit montré ridicule, en auroit présenté requeste à la cour de Parlement, faisant entendre la surprise dommageable à toute la Republique, afin que celui qui se disoit pourvu fust examiné, ce qui par ladicte cour auroit esté ordonné, que nous aurions trouvé bon et raisonnable ; à cause de quoy, afin qu'à l'advenir Testât de nos professeurs ne soit baillé qu'aux plus doctes et capables, nous avons ordonné qu'advenant la vacation d'aucune place de nos professeurs en quelque langue et science que ce soit, on le fera à sçavoir par toutes les Universités fameuses et autres lieux, et que ceux qui se voudront présenter et soumettre à la dispute et lecture de la profession vacante, ainsi qu'il leur sera proposé par le doyen et les autres professeurs, y seront receus, pour après estre choisy par nous le plus suffisant et capable de ceux qui auront leu et disputé, dont nous serons adverti par le doyen et autres professeurs, et par nous pourveu ainsy qu'il appartiendra, et sans préjudice de l'arresl de nostre dicte cour pour le regard de