‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 54 sur 96 · RAMUS ET CHARPENTIER · texte numérisé non relu

RAMUS ET CHARPENTIER

celuy qui doit estre examiné. Donné à Moulins, le 8 mars 1366. Registre en Parlement, le 2 avril 1.^66 •. »

Cette ordonnance n'ayant point suffi à amener la soumission de Charpentier, Ramus introduisit, dans le courant de mars 1566, une requête en Parlement. La cause fut plaidée avec une grande animation de part et d'autre. Pasquier nous a laissé un saisissant tableau de cette mémorable joute oratoire. Mathématicien plus que médiocre, dépourvu de toute connaissance de langues anciennes, nature haineuse et vulgaire, Charpentier n'en possédait pas moins cette faconde intarissable, cette subtilité d'argumentation incomparable, disons mieux, ce prodigieux aplomb, que donnait l'enseignement universitaire. Il ne faut pas oublier, en effet, que cette éducation donnait aux cerveaux le& plus bornés une habileté unique dans le maniement des mots et des formules. On sait, d'autre part, combien, après tant de luttes du même genre, Ramus était rompu à l'art de la parole. La teneur de l'arrêt rendu par le Parlement est on ne peut plus divertissante'^. Il était décidé par la haute cour que Charpentier serait tenu de lire uniquement en mathématiques et que, dans un délai de trois mois, il interpréterait le livre de la Sphère de Proclus et d'autres auteurs analogues. Néanmoins il était tacitement dispensé de l'examen, cette épreuve se trouvant seulement maintenue pour tout autre candidat, à l'avenir. A l'aide du même stratagème, employé plus tard par Figaro, Charpentier, changeant une conjonction en disjonctive, se réserva indûment le droit de lire en mathématiques ou en philosophie \

Il expliqua donc Aristote et poussa l'audace jusqu'à

1. Archives nationales, X'» 862G, f» 95 v». — Du Bollay, t. VI, p. 652. — GoLjET, -l/éwoù-e, I,p. 153. — Waddixgtox, op. cit., p. 170, etc.

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