Waddingto.n, op. cit., p. 170, cite ce curieux texte
3. Il dit « lire Aristote et Proclus ou les Éléments d"Euclide et de Sacro Bosco », ce qui revient au même.
réclamer un salaire de ses auditeurs, contrairement au principe môme de la fondation de l'institution. De là. grande indignation de Ramus, qui adresse au Conseil privé une remontrance restée sans résultat (janvier 1567). Charpentier, grâce à de puissantes influences, fut maintenu dans sa chaire. Ce fut pour Ramus un échec cruel. Enhardis par leur victoire, Charpentier et ses partisans firent pleuvoir sur le vieux maître un déluge de libelles et de pamphlets contenant les calomnies les plus grossières. Celui-ci dut poursuivre en justice ses diffamateurs. Charpentier, condamné à la prison, dut se rétracter. ]\Fais sa liaine ne désarma pas. Plusieurs tentatives criminelles, dont il était probablement l'inspirateur, furent dirigées contre la vie de Ramus. Ce dernier comprit que Texil seul pouvait le soustraire aux dangers qui Tenvironnaient. Avant de quitter Paris, il voulut donner une preuve éclatante de sa sollicitude à l'égard de l'étude des mathématiques, en fondant par son testament, en date du 1" août 1568, une chaire destinée à l'enseignement de cette science. Le traitement du titulaire devait être assuré au moyen des rentes sur l'Hôtel de Yille possédées par le généreux fondateur. 11 adressa, en même temps, une touchante lettre d'adieux au recteur de l'Université. On sait l'accueil si flatteur qu'il reçut en Suisse et en Allemagne durantles deux années qu'ily passa(1568-1570). Pendant son absence, ses ennemis, mettant à profit un arrêt du Parlement qui enjoignait à l'Université de pourvoir au remplacement de ses principaux, régents, etc., mesme les leciew^s royaux, qui n'auraient pas fait profession publique de la religion catholique, apostolique et romaine', avaient pris soin de le faire remplacer
1 . Le 8 juillet 1568, huit professeurs royaux prêtèrent le serment de catholicité, savoir : Charpentier, Duret, DuChesne, Cinqarbres. Lambin, l'ellerin, Forcadel et Goulu. La cérémonie eut lieu à Saint-Mathurin, en
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dans ses deux chaires. En vain Ramus adressa-t-il au cardinal de Lorraine les requêtes les plus pressantes. La liberté de la parole ne lui fut point rendue, malgré les dispositions formelles que Fédit de pacification contenait à cet égard. Il parait que Catherine de Médicis, sur les représentations de quelques graves personnages, se montra touchée de cette inique exclusion. Une transaction fut décidée, en vertu de laquelle Ramus garda les titres et les traitements de principal du collège de Prestes et de lecteur royal : les émoluments de cette dernière charge furent même doublés, mais le droit d'enseigner lui fut formellement refusé*. C'était une sorte de retraite forcée, aussi honorable que le permettait le malheur des temps. On sait qu'elle dura peu et quelle issue tragique l'infâme Charpentier et ses affidés donnèrent à cette longue querelle, en immolant Ramus à leurs ressentiments, le 26 août 1572, lendemain de la Saint-Barthélémy, On peut dire que ce grand homme est mort martyr de la cause du Collège de France.
Nous avons dit que Ramus avait donné par son testament 500 livres de rente pour le traitement d'un professeur de mathématiques « qui, dans l'espace de trois ans, enseignera au Collège royal '^ l'arithmétique, la musique, la géométrie, l'optique, la mécanique, la géographie et l'astronomie , non selon l'opinion des hommes, mais selon la raison et la vérité ». Frédéric
présence des recteurs, doyens et procureurs des nations. Voy. la brochure de Grangier aux Archives nationales, MM 267, et Du Boulay, t. VI, p. 663. L'arrêt du Parlement, en date du 21 août 1568, prescrivait aux lecteurs, comme aux autres maîtres, d'obéir aux lois et statuts de l'Université, et d'assister le recteur dans les actes religieux et les processions générales.
1. Il est bon de constater que ces traitements lui furent réellement payés.
2. C'est une des premières fois qu'apparaît cette expression, un peu prématurée, comme nous l'avons dit.
Reisner, son élève, était choisi comme premier titulaire et chargé, en môme temps, de terminer les travaux commencés par le maître, spécialement ceux d'optique et d'astronomie.
Le doyen du Collège royal devra annoncer, trois mois à l'avance, un concours où seront appelés, avec le professeur en fonctions, tous les autres mathématiciens, à quelque nationalité qu'ils appartiennent. Pendant ce temps, les candidats pourront faire des leçons et donner ainsi des preuves de leur savoir. Nul ne sera admis à concourir s'il ne possède à la fois les lettres grecques et latines et tous les arts libéraux, outre les mathématiques. Trois mois après la publication du concours, les candidats subiront un examen public, auquel seront priés d'assister le premier président du Parlement, le premi^îr avocat général, le prévôt des marchands, les professeurs royaux et tous ceux qui en manifesteront le désir. Pendant sept jours consécutifs, ils parleront une heure sur les principaux points de chacune des sciences mathématiques ; un huitième jour sera employé à répondre aux objections, à résoudre les problèmes et à démontrer les théorèmes proposés par tout venant. Tous les trois ans, un semblable concours aura lieu, de telle sorte pourtant qu'à égalité de mérite, le professeur sortant de charge soit préféré aux autres candidats*. Ramus réalisait ici sa plus chère idée en instituant ce concours régulier qu'il savait bien devoir rester à l'état de lettre morte pour les autres chaires. « Brave, grande et magnifique ordonnance, s'écrie Pasquier en parlant du testament, et qui mérite d'estre gravée en lettres d'or au plus haut du temple d'honneur.... On ne saurait assez trompeter la mémoire de Ramus qui, par une hardiesse royale, ouvrit le pre-
1. Le testament de Ramus se trouve dans Goujet, Mémou-e, t. I, p. 231. — Waddinoton, op. cit., p. 326.