LA CHAIRE DE RAMUS
mier la porte aux particuliers pour les semondre et inviter à créer des professeurs publics. » Gaillard a signalé cette générosité en termes éloquents, dans son Histoire de François I" : « On se souviendra, dit-il, du simple citoyen qui, ajoutant aux libéralités de ses souverains, fit plus encore en leur indiquant les moyens de s'assurer du mérite et de ne jamais prostituer leurs bienfaits. Ainsi, le seul savant méconnu par François I" est le seul qui ait été digne de l'imiter et de perfectionner son ouvrage. »
Durant quatre ans, l'argent de la fondation de Ramus, au mépris de tout droit, reçut une autre destination. Le corps municipal de Paris avait présenté, le 17 mars 1373, une requête au Parlement, où il remontrait hypocritement que la nouvelle chaire « estoit chose superflue, vu la multitude des lecteurs en mathématiques stipendiez par le roy et les collèges, et qu'il seroit plus expédient d'employer ladite rente aux gages d'une personne capable, qui seroit élue par les dessus dits et par le procureur général du roy, pour continuer ['Histoire de France de Paul J^mile ». L'avocat Jacques Gahory, à qui elle fut attribuée, s'empressa en effet d'écrire une Histoire des règnes de Charles VJII et de Louis XIL Durant tout ce temps, un élève de Ramus, dont on reparlera par la suite, Henri de Monantheuil, enseigna gratuitement les mathématiques et remplit pieusement le vœu de son maître. Après bien des démarches, les exécuteurs testamentaires du lecteur défunt obtinrent, le 9 avril 1576, un arrêt ordonnant de respecter la volonté dernière de Ramus. Charpentier était riiort en 1374 et personne ne songea plus à s'y opposer. Frédéric Reisner, le premier titulaire, s'étant montré insuffisant à tous égards, un concours solennellement
1. Cité par Waddixgtox, d'après Félibien, Hist. de Paris, t. III. Preuves, p. 835.
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annoncé eut lieu le lo juillet 1376. Plusieurs concurrents se présentèrent, parmi lesquels Jean Stadius, Maurice Jîressieu et le vieux Postel. C'est le second (jui fut choisi, mais, peu de temps après, le premier entra à son tour dans la compagnie, comme titulaire d'une chaire ordinaire de mathématiques. Comme Monantheuil y avait été admis quelques mois auparavant en la même qualité, il arriva ainsi que le désir de Kamus se trouva réalisé au delà des espérances qu'il avait pu concevoir : trois de ses élèves enseignant en même temps la science dont il avait si puissamment contribué à répandre le goût et l'étude '. Bressieu occupa la chaire avec distinction jusqu'en 1608 avec quelques interruptions, comme on le verra plus tard. Après lui Jacques Martin (1609-I62.j), Gilles Personne de Roberval (1634-1675), puis Laurent Pothenot la possédèrent successivement. De 1732 à 1765, la chaire resta inoccupée, faute de revenus probablement. Le géomètre Mauduit en fut le dernier titulaire, la Révolution ayant supprimé l'antique fondation.
Après la mort de Ramus, la chaire que le roi Henri II avait créée pour lui fut dédoublée. Jean Passerat, l'un des esprits les plus aimables de la fin du xvi" siècle, fut nommé professeur d'éloquence latine, et Siméon de Malmedy fut choisi comme professeur de philosophie
1. En réalité, Jean Stadius avait remplacé Charpentier mort depuis deux ans. II occupait ainsi la chaire créée pour du Hamel. Monantheuil était titulaire de celle créée au début pour Oronce Fine. En etfet, ce dernier, mort en 1555, avait eu pour successeur immédiat Jean Magnien ou Magnen de Toul, qui ne resta que très peu de temps en charge et fut remplacé par Augier d'Harambour, puis par Jean Pena. Celui-ci, le disciple préféré de Ramus et le plus brillant des mathématiciens formés par le maître, ne professa que de 1557 à 1558. Il eut pour successeur Pierre Forcadcl, nommé en 1560, que Monantheuil remplaça en 157G, après avoir donné depuis 1573 des cours libres, approuvés, sinon rémunérés par le gouvernement royal. 11 semble que Jean Pena ait été nommé à la suite d'un e.vamen public. Mais cette épreuve n'avait été instituée qu'à titre exceptionnel, en raiso/i de la grande jeunesse du candidat.
LES PROFESSEURS ROYAUX SOUS CflARLES IX. 22o
grecque et latine. La dignité de doyen qu'avait occupée Ramus échut à Jean Cinqarbres, qui eut lui-même Génebrard pour successeur. Dix-huit mois plus tard, des lettres patentes du 1" février 1574 vinrent régler d'une façon explicite les questions relatives à la haute administration de l'établissement '. La juridiction exercée par le grand aumônier en cette matière fut affirmée et précisée. Jacques Amyot, qui remplissait cette charge auprès du roi, depuis 1560, se trouva ainsi confirmé dans ses prérogatives à l'égard du collège; il put dès lors travailler avec plus d'autorité et d'indépendance à assurer le fonctionnement régulier de l'institution, en surveillant le travail des professeurs et en maintenant parmi eux la concorde qui leur avait fait défaut si longtemps. Il régla avec soin les programmes des cours et interdit formellement le cumul des chaires'. Peu de temps après, le 30 mai 1574, Charles IX s'éteignit. Il est juste de reconnaître que ce prince, sur la mémoire duquel pèse une responsabilité si lourde, se montra toujours plein de bienveillance à l'égard de son Collège royal. On lui doit la création, réalisée en 1568, d'une seconde chaire de médecine, en faveur de Simon Baudichon.
Les luttes intestines qui troublèrent le Collège pendant la seconde moitié du règne de Charles IX ne furent pas sans attrister tous les bons esprits. Ceux-ci se rendaient compte de leurs conséquences fâcheuses pour