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2. On peut remarquer, à ce propos, que l'enseignement des matières qui comportaient plusieurs chaires se trouva réglé désormais de la manière suivante : l'une des deux chaires d'hébreu était réservée à l'étude de la grammaire et à celle des auteurs faciles, l'autre à l'étude des ouvrages moins aisés à interpréter, tels que les Prophètes, les Psaumes, le Cantique des cantiques. Il en était de même pour le grec. Pour ce qui concernait les mathématiques, l'une des chaires était consacrée à l'arithmétique, à l'algèbre et à la musique ; l'autre à l'optique, à l'astronomie, etc.

l'avenir et la prospérité de rétablissement auquel ils portaient un intérêt si marqué. Le grave Pasquier y assista avec mélancolie. Après les avoir racontées tout au long, il ajoutait, sur la fin de sa vie, ces éloquentes réflexions, au moment même où l'on songeait à édifier le bâtiment attendu depuis 1530' : « Et depuis, comme nous sommes en un royaume de conséquence, ce qui s'estoit passé par connivence en la personne de Charpentier pour ses mérites, ouvrit la porte à d'autres ; de telle façon que nous avons veu un professeur du roy s'estre demis de sa place en faveur du mariage de sa fille, et un enfant fort jeune avoir esté pourveu de la chaire de feu son père, pour honorer sa mémoire, comme si ce fust une chose patrimoniale et héréditaire. Non que je les estime avoir esté et estre gens capables et suffîsans aux professions qu'ils ont exercées et exercent ; mais la façon ne m'en peut plaire, craignant qu'avec le temps, ces places n'aillent au mespris. Je voy le docte cardinal du Perron mettre toute son estude au bastiment du collège dont je vous ay cydessus parlé. Dieu veuille que par cy après ce ne soit un corps sans ame, et un magnifique collège de pierres, au lieu de celuy qui fut premièrement basty en hommes, par le roi Françoys. »

Sous le règne de Henri III, les destinées de l'établissement furent moins orageuses. Au milieu de la vie si agitée qu'il mena, ce prince n'eut guère le temps, s emble-t-il, de s'occuper attentivement du sort de ses lecteurs. Il réalisa cependant une double fondation qui témoigne de sa bonne volonté et de ses dispositions éclairées, en créant une chaire de chirurgie et une autre de langue arabe. La première fut confiée à Jean Lefèvre ou Faber, et la seconde, instituée en 1387, au

1. Etienne Pasquier, Œuvres, édit. d'Amsterdam, 1723, t. I, p. 923 et suiv.

médecin Arnoiil de Flsle, originaire du duché de Clèves, orientaliste de réel mérite. Une autre mesure non moins généreuse fut également adoptée sous son règne. Les traitements des professeurs furent, sur les instances pressantes de Gui du Faur, président au Parlement, et de plusieurs professeurs, augmentés de ISO livres par an, ce qui les fit monter à 200 écus, c'est-à-dire à 600 livres. On décide également que les lecteurs royaux jouiraient des revenus de leurs prébendes sans être astreints à la résidence '. L'un des professeurs de l'époque, Maurice Bressieu, qui occupait la chaire de mathématiques créée par Ramus, profita de ces marques de bienveillance pour tenter d'exciter l'émulation du roi. Le texte de la harangue qu'il prononça en 1576 est un indice de plus de ce fait que le monde lettré, près de trente ans après la mort de François I", s'obstinait encore à espérer l'accomplissement par ses successeurs des promesses tant de fois renouvelées par le Père des lettres. « Henri II, François II et Charles IX, disait au roi l'auteur de ce discours, ont eu le désir manifeste de continuer l'entreprise commencée par leur ancêtre, mais les troubles qui ont agité leur règne les ont empêchés d'y réussir. L'œuvre est restée interrompue; c'est à vous de Fachever. Faites ce qu'ils n'ont pas été en situation.de faire; acquérez par là l'honneur le plus grand dont vous puissiez vous décorer ; hâtez-vous de consommer une œuvre que la postérité la plus reculée mettra au rang des plus glorieuses actions de votre règne ^ »

Mais les luttes ardentes causées par la Ligue vinrent pour de longues années anéantir tous ces beaux projets. L'institution des lecteurs royaux fut, sinon compro-

1. Arrêts du Parlement du 1!) février 1579 et du 18 juin 1580.

2. Mauricii Bressii, Oralio de Mathematicarum professione a P. Ramo instituta, 1576, p. 23-24.

mise dumnl cctlc é{)oquo malheureuse, du moins fort peu favorisée et même battue en brèche, encore qu elle possédât dans son sein le fougueux Génébrard, le futur archevêque d'Aix, ligueur passionné s'il en fut. Les professeurs eurent à subir une interruption prolongée dans le payement de leurs gages. Ils ne purent mettre lin à cette situation fâcheuse que lorsque la pacification générale fut achevée. Le serment solennel de fidélité à llenri IV, devenu depuis le 22 mars 1594 maître de Paris, fut prononcé par la corporation, le 22 avril suivant* . Cette adhésion devait être sincère. Il était naturel que l'institution espérât se voir plus favorablement traitée par le roi que par un gouvernement irrégulier. Il ne faut pas oublier, du reste, que l'un des adversaires les plus résolus de la Ligue, l'illustre Jean Passerat, l'un des auteurs de la Satire Menippée, figurait au nombre des professeurs ^

Durant les deux ou trois jours qui précédèrent la cérémonie du serment, le roi de France eut à s'occuper, à diverses reprises, de ses lecteurs, les nominations faites pendant la Ligue donnant lieu à de grandes difficultés. M'^ Pierre Vignal, choisi, en 1592, comme titulaire de la chaire d'hébreu, fut maintenu dans ce poste par arrêt du Conseil du roi \ Les choses furent loin de s'arranger aussi facilement pour ce qui concernait la chaire de grec. Georges Critton y avait été nommé par le duc de Mayenne, en remplacement de Jacques Helias, mais Henri IV considéra cette nomination comme nulle et, par arrêt du 21 avril, choisit deux lecteurs pour le

1. Mémoires de la Ugue, t. VI, p. 88-05. Au moment de l'entrée du roi dans Paris, cinq lecteurs seulement étaient présents dans cette ville. ,, .

2. Ce fut lui qui, cette année-là, prononça le discours d ouverture, lors de la rentrée des lecteurs. Devenu malade peu après, il dut cesser ses cours vers 1597.

3. N. Valois, Inventaire des arrêts du coiiseiL d'E:at, t. I, n" 6G0.

LES PROFESSEURS ROYAUX SOUS HENRI iV, 229

grec : François Parent, principal du collège de Navarre S et Claude Colin, principal du collège de Caen. Ce dernier ne semble pas avoir professé, car il n'est plus question de lui par la suite ". Pour couper court à ces rivalités, le roi réduisit, aux termes de lettres patentes du lo septembre 1594, le nombre de ses lecteurs, en l'abaissant de dix-sept à quatorze. Renaud de Beaune, qui avait succédé à Amyot dans la charge de grand aumônier, fut chargé, en vertu des mêmes lettres, de diriger et de « syndiquer » les professeurs royaux. Le droit de surveillance et de contrôle exercé par ce personnage en matière d'assiduité devait désormais avoir une sanction, puisqu'il était décidé que les salaires des titulaires ne pourraient être payés que sur le vu d'un certificat délivré par lui^

Ces sages dispositions n'empêchèrent pas la corporation d'être troublée par des difficultés intestines sans cesse renaissantes. D'interminables contestations se produisirent entre Critton et Parent. Le 16 mai 1394, un nouvel arrêt du Conseil était intervenu en faveur de ce dernier \ Critton ne se tint pas pour battu. Une nouvelle instance fut introduite par lui en Parlement, qui aboutit au rejet définitif de ses prétentions par arrêt du 10 septembre lo97'. Le professeur évincé se

1. N. Valois, Inventaire des arrêts du conseil d'État, t. I, n» 675.

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