‹ Histoire du Collège de FranceChapitre 63 sur 96 · Mémoire, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoire, t. I, p

Grangier, dont on a déjà cité plus haut les deux discours relatifs à la construction de rétablissement, unirent leurs efforts pour tenter d'enrayer le mal. Une requête, rédigée en leur nom par Grangier, fut adressée au cardinal', laquelle groupait méthodiquement les griefs et proposait comme le plus sûr moyen de restituer à Xescolle royale sa première splendeur, de mettre chaque chaire vacante au concours, en invitant les personnages les plus compétents, dans chaque ordre de connaissances, à briguer la place. Il s'agissait, uniquement en somme, de remettre en vigueur les dispositions si sages édictées par les lettres patentes de 1567. Cette noble tentative échoua. Il n'en faut pas moins tenir compte à ces trois hommes de l'honnêteté et de l'indépendance de caractère dont ils firent preuve en cette circonstance.

Pendant que ces luttes intestines troublaient la maison de Ramus, des difficultés d'un autre ordre vinrent s'ajouter à ces querelles et aggraver encore davantage la situation. La vieille inimitié qui existait depuis près d'un siècle entre le collège et l'Université, se manifesta, sur ces entrefaites, avec une nouvelle énergie. Il est probable que la coterie universitaire avait jugé le moment favorable pour recommencer avec succès ses anciennes attaques. Quoi qu'il en soit, à l'occasion de quelque tumulte survenu au collège de Cambrai ', le recteur Jean Tarin ayant émis la prétention d'y pénétrer pour y faire une enquête, le corps des professeurs royaux le reçut fort mal, et, s'il faut en croire le témoignage

1. JoJiannis Grangerii regii professoris elnquentix libeUus supplex ad illust. Card. Rupifocaldum. Paris, MDCXXIV. 11 en existe un exemplaire dans le recueil MM, 2G7 des Archives nationales, provenant des papiers du P. Léonard.

2. Évidemment le collège de Cambrai n'existait plus comme collège particulier, mais on continuait de lui donner son ancien nom, puisque les bâtiments destinés au Collège royal n'étaient pas encore construits.

mrme de Toirensé, alla jusqu'à rinjurier. l'ne instance fut introduite au Parlement. En vain, les professeurs s'elTorcèrent-ils d'obtenir que la cause fût évoquée devant le Conseil du roi. Il y eut requête sur requête'. L'Université demanda que le Collège fût soumis à la juridiction du recteur, comme tous les autres établissements, et que les cours y fussent réglés comme dans ces derniers. En même temps elle réclamait la réforme immédiate des abus et la ?)usc m dispiitr des chaires vacantes. Sur cette première affaire vint s'en greffer bientôt une autre. D'après les termes du testament de Ramus, la chaire de mathématiques fondée par l'illustre savant devait être déclarée vacante tous les trois ans, afin que les personnes qui se jugeraient capables de l'occuper pussent faire valoir leurs titres dans une discussion publique. Or le même titulaire la détenait depuis l'année 1610, un certain docteur du nom de Jacques Martin, d'ailleurs peu connu. Un bachelier en théologie de Toulouse, Pierre de Prades, réclama vivement contre cette irrégularité, demandant que la dispute eût lieu, suivant la clause même de la fondation. Les professeurs royaux prirent une décision conforme à sa requête. Mais le lecteur en exercice défendit vigoureusement sa place. Il fit intervenir le recteur en sa faveur. Ce dernier déclara, conformément aux antiques prétentions de l'Université, que tout professeur royal devait justifier du diplôme de maître es arts, et que de Prades ne l'étant pas devait être débouté de sa requête et condamné à l'amende. Bref, chacun tenant bon, la querelle s'envenima et prit un caractère plus général. Le 8 août 1620, le Parlement prononça un arrêt dont la teneur est d'une importance particulière pour l'histoire du Collège, et qui, en réalité, ren-

1. Ces requêtes furent présentées au Parlement le 18 décembre 1G2.S^ les 5 janvier, 21 février et 8 août 1G2G.

voyait dos à dos les parties en présence. En ce qui touchait la fondation de Ramus, la cour blâmait, avec quelque vivacité, les professeurs royaux de s'être permis de trancher la question de leur propre autorité. Aussi leur décision était- elle cassée, annulée et révoquée « comme attentat ». Néanmoins, comme la solution de la difficulté ne faisait Tobjet d'aucun doute, la chaire de mathématiques, cause du litige, devait, après un concours auquel le premier président, le premier avocat du roi et le prévôt des marchands seraient appelés à assister, être adjugée « au plus capable, à la charge qu'aucun ne pourra être reçu à la disputer pour obtenir, qu'il ne soit adopté en l'Université^ ». Les abus de pouvoir commis par la plupart des membres de la corporation touchant le trafic des chaires étaient sévèrement interdits pour l'avenir. Les nominations ne pouvaient être faites qu'après une lecture ou disputa publique permettant de conférer la place au plus digne. Pour le reste — clause perfide — les professeurs étaient astreints aux règlements, statuts et ordonnances de l'Université. Ils devaient rendre honneur et respect au recteur, et assister aux processions, réunions et actes publics de l'Université, toutes les fois qu'ils y seraient convoqués ^

Ces dernières prescriptions équivalaient à une mainmise de l'Université sur le Collège royal. Ce dernier résista vigoureusement^. A force de requêtes (17 oc-

1. Au sujet de Prades, la cour décidait qu'il pouiTait se présenter au concours, à la condition toutefois qu'il se fît au préalable admettre à la maîtrise es arts. La saisie des gages de Jacques Martin était levée.

2. On accordait aux lecteurs, par compensation, un rang honorable dans les cérémonies, en les autorisant à marcher après le recteur. A diverses reprises l'Université avait essayé d'exiger d'eux le doctorat, mais cette tentative n'eut aucun succès. Une telle exigence était tout à fait contraire à l'esprit de l'institution.

3. Il refusa même de se plier à la formalité des concours. .Jean Bérault fut nommé à la chaire de chirurgie et Ruault à celle d'éloquence

tobre dG26 cl 1" juin 4627) et de démarches, il finit par obtenir la nomination d'une commission. L'affaire traîna longtemps, mais le Collège, soutenu par l'entourage royal, obtint enfin un triomphe définitif. Un arrêt du Conseil du roi, du 18 mars 1G33, de tout point contraire à l'arrêt du Parlement, attribua sans partage la direction du crdlège au grand aumônier, en défendant formellement au recteur et à l'Université de s'immiscer sous aucun prétexte dans les affaires de l'établissement, sauf à donner avis au roi des doctrines contraires à la religion ou à l'Etat qui pourraient y être exposées. A dater de ce moment, le procès entamé depuis 1530 parut tranché. Désormais, au point de vue légal, le Collège forme un corps séparé et affranchi de toute tutelle extérieure *.

Cet arrêt semble avoir donné le signal du relèvement non pas peut-être du niveau de l'enseignement, mais du moins de la moralité professionnelle des lecteurs du roi. Grangier, dont le rôle dans ces longues luttes avait été si honorable, célébra cet heureux événement dans une harangue prononcée en présence du grand aumônier, Alphonse-Louis de Richelieu, dit le cardinal de Lyon.

Louis XIY semble n'avoir jamais considéré avec faveur une fondation dont ni l'esprit ni le butn'étaient faits pour lui plaire. La compagnie des professeurs resta toujours en dehors des largesses dont il gratifia un certain nombre de savants, même étrangers. La brochure si curieuse dont on parlera plus loin ^ fait remarquer avec justesse que Louis XIV n'accorda de profits et d'avantages qu'aux seuls établissements dont l'honneur

latine, en remplacement de Morel, sans qu'aucun concours eût été annoncé à l'avance (1G29).

1. JounDAiN, Histoire de l'Universilc de Paris aux \\w et win" siècles, 186M8 4, in-f», p. 114 et suiv.

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