L'ENSEIGNEMENT DU COLLEGE ROYAL
augmentation, jointe aux 15 930 livres du buget ordinaire, permettait d'élever le traitement des professeurs à 1000 livres\ En 1770, le nombre des chaires du Collège était déjà de dix-neuf, savoir : deux pour l'hébreu et le syriaque, deux pour le grec, deux pour les mathématiques, une pour la physique générale, une pour la philosophie grecque et latine, deux pour l'éloquence latine, quatre pour la médecine, la chirurgie, la pharmacie, la botanique, deux pour l'arabe, deux pour le droit canon, une pour l'histoire, qui existait depuis 1769 et qui devint en 1778 la chaire d'histoire et de morale^. Les lettres de 1772 n'augmentèrent donc pas ce nombre, mais elles modifièrent d'une manière heureuse la distribution des chaires, en précisant que l'une de celles de mathématiques serait atîectée à l'astronomie, que la chaire de chirurgie deviendrait celle d'anatomie, la chaire de pharmacie celle de chimie. Un peu plus tard, d'autres changements furent réalisés ; le turc et le persan, l'éloquence française, la mécanique, l'histoire naturelle, la physique expérimentale, le droit naturel et le droit des gens obtinrent à leur tour droit de cité, à l'aide de diverses combinaisons. Nous indiquons ici en note^ en niL'me temps que le détail des
1. Le reste des 30 03!) livres, c'est-à-dire la partie non absorbée par les traitements, devait être consacré à l'entretien du Collège, aux frais des cours et des laboratoires, au préciput réservé à l'inspecteur. Les coadjiiteursei les siirvivanciers furent supprimés.
2. V Almanach royal de 1769 ne mentionne pas encore la chaire d'histoire. Cette dernière remplaça la seconde chaire d'hébreu.
3. Composition du Collège en 1789 : 1 inspecteur et 19 professeurs : 1 d'hébreu et de syriaque, 1 d'arabe, 1 de turc et de persan, 2 de grec, 1 d'éloquence latine, I de poésie latine, 1 de géométrie, 1 d'astronomie, 1 de physique expérimentale, 2 de physique, 1 de médecine pratique, 1 d'anatomie, 1 de chimie, 1 d'histoire naturelle, 1 de droit canon, 1 de droit de la nature et des gens, 1 d'histoire et de morale, plus S professeurs vétérans. La chaire de syriaque fut remplacée par celle de mécanique qui deviut ensuite une chaire de physique expérimentale. La chaire de littérature française, créée pour l'abbé Aubert en 1773, remplaça celle de philosophie grecque et latine. L'une des deux chaires de grec fut réservée à l'exphcation des anciens philosophes. On rem-
transformations successives qui eurent lieu, la répartition des différents enseignements, telle qu'elle existait à la fin de l'ancien régime. De sérieux avantages moraux étaient, d'autre part, accordés aux professeurs : leur situation vis-à-vis de l'Université se trouvait en particulier fort améliorée.
En môme temps, grâce au concours du comte de Saint-Florentin, devenu duc de la Vrillière en 1770, chargé de la haute direction du Collège royaP, et au crédit de 120 000 livres, l'abbé Garnier put faire continuer, en 1774, la construction des bâtiments, suspendue depuis plus d'un siècle. L'architecte Chalgrin fut chargé de la reprise des travaux, et en peu d'années l'édifice fut achevé^. En voici la description détaillée empruntée à un écrivain du temps : « L'édifice a été refait sur les plans de M. Chalgrin. Son style est dorique. Une porte surmontée d'un fronton triangulaire et accompagnée d'une grille de chaque côté en forme l'entrée. Les deux tympans de ce fronton, qu'a sculptés M. Duret, représentent les armes de France et la Science couronnée par le Génie des arts. Eutre les arcades de l'ancienne aile est le buste de Louis XIII qui en posa la première pierre en 1610; entre les arcades de la nouvelle est placé le buste de Louis XY, tous deux de M. Duret. Au fond d'une cour oblongue se présente un vestibule décoré de pilastres doriques, qui conduit à la salle des actes. Des colonnes ioniques portent une corniche architravée; celles du fond forment un encadrement où sera placée la figure pédestre du roi, dont
plaça l'une des deux chaires d'arabe par celle de turc et de persan, et l'une de celles de droit canon par le droit de la nature et des gens. L'enseignement de l'histoire naturelle lut inauguré par Daubenton.
1. Il avait succédé dans cette charge au comte d'Argenson, disgracié en 17.^7.
2. La nouvelle construction comprit six salles de cours, une salle de fêtes, un amphithéâtre d'anatomie, un observatoire.
LE COLLÈGE ROYAL A LA FIN DE L'aNCIEN RÉGIME. 267
M. Lecomte est chargé. Les autres colonnes des côtés seront ornées des bustes de nos rois, depuis François P"" jusqu'à Louis XY. L'exécution en est confiée à MM. Lemoyne, Gois, Houdon, Clodion et Duret. Une tribune aux harangues seroit un des côtés de cette salle qu'éclaire une lanterne décorée de pilastres composites ; elle est soutenue par une voussure ornée de caissons. Dans le plafond de cette salle qui a trentesix pieds sur onze, M. Taravel a peint une allégorie ingénieuse à la gloire des princes protecteurs des sciences des belles-lettres et des arts. Une femme majestueuse et couronnée montre d'une main la médaille de François I" suspendue à une pyramide, et tient de l'autre des couronnes de lauriers et de roses, emblèmes de la gloire et des agréments de la littérature. A cette pyramide sont aussi attachées les médailles des rois protecteurs des sciences. Sa tête, tournée derrière elle, exprime que la postérité est le but de ses travaux. On voit encore dans le plafond l'Eloquence qui terrasse l'Ignorance, l'Erreur, les Préjugés, l'Envie et la Raillerie, placés dans un lointain obscur. Yers la porte d'entrée, une figure désigne la bonne Renommée, la branche d'olivier et le cœur d'or sur la poitrine; elle tient le médaillon du roi que les Génies de la France et des arts se disposent à attacher à la pyramide de l'Immortalité. Les angles de la voussure offrent des vertus groupées qui caractérisent les grands hommes, savoir : la Justice et la Clémence, la Force et la Raison, la Tempérance et l'Égalité, la Prudence et la Vigilance *. »
En dépit de ces témoignages de bienveillance donnés par le gouvernement royal, le vieil établissement ne retrouva pas son ancien prestige.
1. Voyage pittoresque de Paris, par D*** (6^ édition, 1778), cité d'après le Cabinet historique, t. V, p. 257.
La rentrée des cours avait toujours lieu le premier lundi après la Saint-Martin. Ce jour-là, la séance d'ouverture, rehaussée par des discours et des lectures publiques, attirait vers la place de Cambrai un public nombreux et choisi. Quelques-unes de ces séances, plus particulièrement brillantes, attirèrent l'attention de la presse. Quoique étroitement incorporé à l'Université, le Collège s'efforça de garder, dans les questions d'ordre religieux, la réserve et l'indépendance qui furent de tout temps sa ligne de conduite. En 1779, l'assemblée des lecteurs refusa ainsi de porter les cordons du dais, lors de la possession de la Fête-Dieu. Elle fit répondre au curé de Saint-Etienne-du-Mont qu'une telle manifestation n'était pas autorisée par l'usage. Plus tard, un projet de création de chapelains destinés au Collège royal ayant été mis en avant, la corporation s'opposa énergiquement à cette institution, en alléguant qu'elle n'avait ni chapelle pour la justifier, ni revenus pour l'entretenir. Elle restait fidèle à l'esprit qui avait inspiré sa fondation. En résumé, le Collège continua paisiblement mais obscurément ses destinées, jusqu'à l'époque de la Révolution. Du reste, la composition du corps enseignant ne varia guère durant les vingt dernières années de l'ancien régime. En 1789, l'abbé Garnier exerçait encore les fonctions d'inspecteur. L'abbé Delille occupait toujours la chaire de poésie, Lourdet celle d'hébreu, Mauduit celle de mathématiques, Cousin celle de physique. Charles-François Dupuis venait d'ôtrc nommé titulaire pour l'éloquence latine. Remarquons enfin qu'il y avait parmi les professeurs, outre plusieurs autres hommes d'un talent estimable, deux savants de premier ordre, Lalande et Daubenton.