Rendu à la liberté dans le courant d'août
demandait s'il devait de sa propre autorité choisir un remplaçant, si le Comité préférait le désigner lui-même ou si les leçons devaient être interrompues. La pétition fut renvoyée au Comité d'instruction publique le 24 floréal an II. La question du payement des traitements de ces professeurs donna lieu également à de longues instances. Finalement, après bien des pourparlers, il fut tenu compte aux professeurs incarcérés de l'arriéré de leurs appointements, depuis le commencement de leur détention jusqu'à leur mise en liberté. Il y a lieu d'observer que Ruffm, le professeur de persan, fut suppléé par Langlès du mois de janvier 1793 au au môme mois de 179o. Il est probable que cette suppléance ne fut pas volontaire, mais il ne semble pas que ce personnage ait été sérieusement inquiété.
L'ouverture des cours de l'an III eut lieu le l^' frimaire (21 novembre 1794) avec une certaine solennité. Les exercices commencèrent par une assemblée publique, à laquelle fut invitée une délégation du Comité d'instruction publique de la Convention par une lettre de Jérôme Lalande, dont voici la teneur :
Citoyens représentans,
Le Collège de France est l'établissement le plus célèbre et le plus important de l'univers pour l'instruction publique. A ce titre, nous osons mettre sous la protection de la Convention nationale nos exercices de cette année, en la suppliant de déléguer un com[m]issaire à notre rentrée publique du l^"" frimaire à cinq heures. Elle renferme des savans qui vous attesteront que ces rentrées sont intéressantes. Delille y lira de beaux vers, et l'attache de la Convention, en donnant du relief à nos exercices, les rendra plus utiles à la République. C'est le motif de notre demande, il est pur, il est digne de vous, il est dans le système que vous avés manifesté de soutenir ou de restaurer toutes les branches de l'instruction. Vous verres par le programme que nous prenons la liberté de vous adresser combien elles sont variées dans notre Collège de France : littérature française, la-
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tine, grecque, orientale, arabe et persane, asti-onomie, géométrie, physique, chimie, anuloniie, botanique, histoire naturelle, droit de la nature et des gens, philosophie morale et historique, tout y est enseigné par des professeurs anciens et choisis dont la réunion est Lien digne de vos regards. Salut, respect et fraternité. — Lalande, inspecteur et syndic du Collège de France, le 27 brumaire l'an 3'= de la Ri'publiquei.
L'affiche de l'an III nous a été conservée l Peut-être la lira-t-on avec intérêt, en raison des circonstances au milieu desquelles elle fut placardée sur les murs de la capitale. Il y a là, si je puis dire, une manifestation de la vitalité du haut enseignement, précieuse à enregistrer pour celte période unique dans l'histoire^ Elle mérite à ce titre d'être sauvée de l'oubli.
Le Collège de France, pour le premier semestre de la troisième année de la République française, une et indivisible, recommencera ses exercices, le Primedi premier frimaire (22 novembre 1794, ancien style), par une assemblée publique à cinq heures. Jérôme Lalande, inspecteur, veillera sur l'observation des règles du Collège de France.
Astrunomie. — Jérôme Lalande, ou, en son absence, Michel Lefrançais-Lalande, expliquera V Astronomie dans toutes ses parties, les Primedi, Tridi, Quintidi et Septidi à trois heures et demie.
Mathématiques. — Antoine-Remi Mauduit expliquera les Prin-
1 . En marge : « Renvoyé au Comité d'instruction publique, qui enverra un commissaire, s'il y a lieu. Ce 29 brumaire l'an III de la République. TiiiRiON. » — Le lendemain le Comité délibéra et rédigea à ce sujet un ordre du jour motivé sur les prindpi's d'éi/a/i/é qui )ie souffrent aucune exception. 11 est donc probable que la délégation demandée ne fut pas envoyée. Les années suivantes le Collège lut plus heureux et le gouvernement envoya des représentants à la cérémonie de l'ouverture des cours.
2. Remarquons, à propos de cette affiche, que, pour la première fois, l'ordre traditionnel des chaires fut interverti. Les mathématiques et autres sciences figurent en tête, au lieu de Thébreu et de la littérature qui jusque-là ouvraient la liste. On observera que la chaire d'hébreu étant vacante est absente de l'affiche. Nous voyons par l'affiche de l'an VI 11 que le professeur récemment nommé pour l'hébreu, Gabriel Audran, expliquait cette année-là « les Proverbes de Salomon, l'Ecclésiaste et autres livres de la poésie hébraïque ».