V. ENSEIGNEMENT
L'enseignement des jésuites au collège de Quimper n'avait rîea de particulier. Les dusses étaient au grand complet comme ceUes de tous leurs autres établissements, depuis la cinquième jusqu'à la seconde année de pliilosophie inclusivement (J). Les élèves y étaient très nombreux et on en a compté jusqu'à 800. Dès 1623 (11 décembre), dans une pièce relative ii l'annexion de Logamand, le père Ilayneufve dit que ce collège était si utile et si nécessaire, que les écoliers s'y rendaient de 20 et 30 lieues des environs et de trois ou quatre évéchés cîrconyoisins où il n'y avait pas d'établissement pareil ; que même dans toute la Bretagne on ne trouvait que celui de Hennés, éloigné de Quimper de plus de 40 lieues, (Le collège de Vannes n'était pas encore fondé).
Il n'y a donc rien de spécial à dire sur ce sujet. Pour-, tant il est bon de remarquer que, d'après quelques devoirs que nous. avons retrouvés, les études semblent y avoir
(i^ « En général il ne cnnvenaU pas aux |6sullcs de se charger d'un pensionnat, ni d'enrunis commençant aii-dessons de la cin-^ quième : lesquels apprenaient à Ure et à écrire, ainsi que les premiers éléments du latin, chez un maitre qui prenait le nom de gframm/iin'en. Ces petites villes, où les Jésuites Tondaient des collèges avec d'autatit plus de succès que renseignement y était gratuit, possédaient d'ailleurs des couvents, ('es chapitres, un clergé relativement npmbr<»ux et des sièges inférieurs de judicaturç, autour des quels pullulaient les genâ de loi, et ceux qui en prenaient an moins le titre, pour avoir un titre. A leur instar toute la petite bourgeoisie ïjassait par le collège. Le succès des collèges de j^suifcs a tenu en grande partie à ce nouvel esprit bourgeois, et réciproquement iis ont beaucoup contribué à le développer. Kn aidant k fabriquer tant d'avocats et à faire descendre le goût de la littérature dans des rangs si modestes au sein de la société laïque, les jésuites ont beaucoup contribué à l'avènement de la philosophie du XVIIle siècle et à la révolution dont ils auraient tant détesté les principes. » — Cournot, Hevue de rimtructioîi publique du 5 novembre 1863 (article : Ves Universités et des- Collèges sous Vantien régime.)
80 IIISTOIUE DU COLLÈGE
été 1res solides et très fortes. Un devoir de déclinaisons grecques d'un Hervey Musello (avant 1640), élève de cinquième , porte raccentualion très exacte et des abréviations très nombreuses et inconnues aujourd'hui même aux bons élèves des hautes classes. Il en est de même d'une version grecque signée Johannes Lecompte\ vers 1650. On en peut donc bien augurer pour I9 culture du grec ordinairement trop négligé. Un thème latin signé François Goujon, élève de quatrième, sur l'épisode de Persée et d'Andromède, est d'un style assez pur et décèle un bon élève (1). Mais ce que nous avons le plus remarqué , ce sont les distiques suivants signés Guennoleus Gillartj élève de cinquième, adressés au P. Guillaume Thomas, procureur du collège de 1635 à 1646. Les voici :
Reverendissimo, Pâtri, Pâtri,
GUILLBLMO TaOMAS, E SOCIETATE JeSU
Te Sophiae nutrit ratio, pietasque benigna
Degerit, exornat lingtia, camoena béat.
Musa cupit, sed frustra, tuos narrare triumpltos ;
Laudibus in tantis nam labyrinthus agit .*
Tanto igitur laudum in cumulo permitte sileri,
Jnfra te tantum dicere musa potest.
Chaque année, les jésuites à la fin d'août ou au commencement de septembre faisaient une distribution de prix qui
(1) Triste illiid et amarum peragendum fuit senatus edtctum, ipsa que victima iUustris ad saxum aUigala, supremum tantum vilae discri men exspectabat, cum ecce tibi Perseus qui, cum formidaiidum illud Medusae caput beUo parlum in clypcp geslarct, atque, ul est apud Mercurium , alaram beneflcio, quas ad pedes liabebat annexas, inedio aère voUtaret , oculos in eam coi>jocit. A qua cum Infortunii causam didicisset , statim cum monstro propugnare slatuit. Priusquam in arenam descenderet, parentes eam itli despondebant, si forte monstrum iUud interAcere posset. Rex regina que ipsa (illam suam vindicatori UbenUssime coiiocarunt ; sed Phineus, priucipis patri|iiS| cQi anle calamitates desponsata fuerat, nupliarum magniflcenliam turbavit, impelu facto regiam in aulam cum ingenli armatorum copia.
était précédée, comme dans tousleurs collèges, delà représentation de petites pièces latines. Nous n'avons retrouvé aucune de celles qui furent jouées à Quimper. Toutefois nous avons vu cinq livres donnés en prix. L'un nous a été communiqué par M. de Carné, de l'Académie française (i) ; c'est un beau volume in-8*^ de 586 feuillets, doré sur tranche et dont la couverture était reténue par quatre attaches en soie verte. 11 fut donné comme prix ^emexqmmmi religieux récité en grec à René de Carné , élève de rhétorique en 1642. Cette année là encore, le même élève, fils du. gouverneur de Quimper, obtenait comme premier prix de discours grec {Solutae orationis grœcœ) (2) un bel Hérodote in-folio de 708 pages , édition de Paul Estienne Ces deux volumes portent sur le plat les armes de Guy Autret de Missirien (3) qui faisait les frais des prix.
Un troisième volume in-4<', d'une très riche reliure et doré sur tranche avec des traces d'attaches en soie , se trouve à la bibliothèque publique de Quimper. C'est le De eloquentia sacra et humana du P. Caussin, donné en 4652 comme premier prix de discours grec en rhétorique,
Cui solus Perseus una cam quibusdam suornm gonerosissimis aliquandiu restitit. Cum vero se jam muUitudine oppressum videret, Mcdusœ tandem capite, quod sub clypeo servabat, usus est : quod cum Phiaeo et iili qui cum eo erant objecisset , in statuas ac lapides conversi sunt.
Entre autres fautes on peut signaler dans ce morceau , assez bon d'ailleurs, un abus des cum et des qui.
(1) OEuvres de Saint Epiphane. - ^
(2) Ce volume appartient à la bibUothôque du collège.
^3) Ecartelé au premier de Mjssirien, au second de Tréana, au troi- ' sième du Plessis Mzon, au quatrième de Coëtanezre, sur le tout de Missirien plein. L'écu est timbré d*un casque, sommé d'un cimier et entouré du collier de l'ordre de saint Michel. - Cet Autret de Missirien a fait une édition de la Fie des Saints de Bretagne d^Albert Le Grand, Rennes, 1659, in-4o.
à YvonLe Fâcheux qui plus tard fut curé de Penmarch. Ce volume avait été offert par Nicolas du Rubien, dont les armes sont sur le plat (1).
Les deux autres sont à la bibliothèque du collège. L'un est un prix d'exercices lalim donné à Vincent Martin par^ la munificence de messire George Ferrand, chanoine, officiai et grand vicaire de Cornouailles en 1651. C'est un magnifique Suétone (2) in-folio, doré sur tranche, édition Jean Frellon, Les armes du donateur sont sur le plat (3).
Le dernier est encore un second prix de discours grec donné à Yvon Legonidec en 1683 par la munificence,de messire N. de Quergorlay, marquis de Cludon, comte de Guengat ; ses armes sont sur le plat (4). C'est.aussi un bel in-folio d'une riche reliure, édité à Florence en 15S2. Le titre est : Sebastiani Corradi commenlarius in l(bro Cice^ ronisdeclari&oratoribuSy etc. .
•Enfin, à la rentrée des classes, au synode de la saint
Luc, il y avait des séances littéraires auxquelles étaient
invités solennellement les principaux habitants et les
prêtres présents dans la ville. Nous en avons la preuve
irrécusable dans celte affiche (5).
Accedite Litterati
Et quot quot
Humanitatis scientes
Firi Curiosoliim
Musas amatis
(i) L'émail et les couleurs ne sonl pas indiquées, les pièces sont Irois tôles de maures torlUlées. Ces armes ne sont pas dans VArmorial ds J/retagne,
{1} Le choix du livre est étrange.
(3) Un fer de lance en abîme, cantonné de trois croissants, deux et tiu. — Les couleurs et les émaux ne sonl pas marqués.
(4) Vairé de gueules et d'or avec une alliance. .^
(5) Elle nous a été conservée parce qu'elle servait de couverture à une procédure.
nE QITIMPF.R* 83
Ad saeros Athenei vestri lares
Âfateries argumenti vestra est et summa gloria
Quippe corisopitensis rhetor vobis
Addictissimus defendet
Litteras humaniores
Perfectissimum 4n hac communitate civili
Jlominem exhibert
CuM Deo
Si aderit^ et vos àuditione benevoli faveatis, auspicato.
In aulacollegiij horapost meridiem prima,^ postridie Lttcalionim
IIDCXXXVI (i).
Au haut de cette pancarte se trouve le chiffre des jésuites, dans une gloire, avec cet exergue : Exaltcmus nomen cjus in idipsum.
Ces fêtes étaient d^habiles réclames pour le collège et devaient être suivies avidement dans une petite ville où les distractions sont rares. Le principal objet de la réunion était le discours d*ouverture dont Tusage fut conservé après leur départ (2J.
(1) Le nom de rimprimeur est^absent« mais on trouve aux registres dePélat civil, dans un acte du 16 janvier 1684, GuiUoutm Le Blanc qui prend le titre d'imprimeur et libraire du collège. Enflu, on lit dans la Biographie du P. Mardouin^ jésuite né à Quimper enléiG^ que ses parents y avaient un commerce de librairie.
(2) Parmi les usages des écoliers au temps des jésuites et plus tard on peut citer les suivants : Les jours de congé, le cloitre et le préau des^ cordeliers leur était ouvert, et ils y venaient installer leurs Jeux (A. de Blois). — lis avaient aussi coutume, suivant Cambry, d'aller jeter des pierres et de la boue à un des bo.urreaux de J. C. dans un Ecce Homo du Pinity ; on leur avait dit qu*un des bourreaux était Judas, et ils croyaient que, s'ils parvenaient à le frapper) ils auraient une bonne place.