‹ Histoire du collège de QuimperChapitre 14 sur 21 · I^'. RECONSTITUTION DU COLLÈGE · texte numérisé non relu

I^'. RECONSTITUTION DU COLLÈGE

En exécution de Tarrêt du parlement de Rennes, du 21 juillet 1762, les jésuites devaient quitter Quimper le 2 août suivant. Mais comme la ville tenait beaucoup à son collège, et comme il importait que les études ne souffrissent en rien de la tempête qui emportait les anciens professeurs, ou pourvut immédiatement à leur remplacement, pour que la rentrée de 1762-63 se fit sans encombre.

Par arrêt du parlement du 17 juillet qui donnait suite à un arrêt préliminaire du 23 juin, avant même celui qui frappait les jésuites, messire Denis Bérardier, prêtre, docteur de Sorbonne, .fut nommé principal du collège. Il avait 27 ans. 11 était né à Rozmaria, près Quimper le 26 mars 1735 et avait fait ses études au collège qu'il était appelé à diriger et dont il devait être une des gloires. On lui adjoignit comme sous - principaux M. Alain Pezron, prêtre, bachelier en théologie, et M. Jean-François Briand, prêtre.

Toutefois une grave question fut soulevée par la communauté à propos de ces nominations et de celles des professeurs et régents. 'C'était un empiétement sur ses

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droits; De là une requête présentée au parlement le 6 août 1762 et une autre le 10 juillet 1764 contre les conclusions du Procureur général. La cour donna gain de cause à la communauté qui fut maintenue comme fonda^ trice du collège dans tous les droits où elle pouvait prétendre en cette qualité, d'après TEdit du mois de février 1763, entre autres, de nommer les principaux, professeurs et régents. (Arrêt du 20 juillet 1764) (1).

La question de propriété décidée, restait celle de la haute administration. Elle avait été confiée provisoirement à un bureau composé du sénéchal , d'un conseiller au présidial, du substitut du procureur général du roi, d'un député de l'Eglise, d'un gentilhomme ayant maison en ville, du maire et çle deux échevins, d'un avocat au parlement, d'un membre de chacun des autres corps ayant entrée aux assemblées générales de la communauté, et du principal. La durée de leurs fonctions était de quatre ans, et leurs séances avaient lieu tous les quinze jours.

Il était réglé que la destitution des principaux, sousprincîpaux, professeurs et régents ne pourrait être prononcée qu'après une convocation générale du bureau. En cas de vacances d'emploi, le remplacement était au concours. Les principaux, professeurs et régents devaient

(1) En effel l'arrôt du 23 juin 1762 ordonnait que les juges pré- 8idaux et royaux des villes de Rennes, Vannes cïl Quimper, rUuiversilé de Nantes, les facultés des Droits de Kennes et les commujiautés des dites villes s'assembleraient incessamment pour faire, chacun en son droit, choix des sujets les plus dignes d'occuper les places de principaux etc., dans les collèges de ces trois villes; que les listes seraient arrêtées dans ces assemblées et envoyées au procureur général du Boi avant le 15 juillet pour que la Cour fît les nominations, saur dans la suite à être pourvu à ces emplois par la voie du concours ou autrement, ainsi qu'il sera vu appartenir, sans préjudice des droits des ordinaires, dos fondateurs et des communau*tés dans Icsdils coUcges.

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prêter le serment aecoutumé d*étre soumis aux lois du royaume, de teuir les libertés de Téglise Gallicane, et notamment les quatre articles contenus dans la déclaration de 1682. — Les sous-principaux, professeurs et régents étaient tenus de porter honneur et respect au principal ; il leur était fait défense de rien innover concernant l'éducation et rinstruction de la jeunesse sans sa participation ; ils devaient être exacts à Theure des classes, et ne s'y présenter qu'en robe et en bonnet de maîtres-ès-arts.

Sur ces bases générales, le bureau d'administration établit un règlement provisoire. La réunion eut lieu le 10 octobre 1762 (1). Il y fut décidé que le sieur François You de Martinière, prêtre, ancien jésuite et procureur du collège, serait continué dans les fonctions de receveur. Il les continua encore huit ou neuf ans. Parmi les articles du règlement de discipline intérieure on remarque ceux qui suivent :

Art. IV. L'entrée de toutes les classes, sans distinction, sera le matin à 8 h. Ii4 ; on en sortira à 10 h. Ii4 et tout le collège assistera ensuite à la messe. L'après-midi l'entrée des classes sera à 3 h. 1 |i et on sortira à 4 h. 1 12.

Art. V. Il y aura congé le mercredi soir et le samedi soir.

(1) Elle était présidée par Mre Jean Hervé de Silguy , chevalier, grand bailli' de la noblesse de Tévéché, et, par lettres de comptabilité, maréchal et premier magistrat de Cornouailles au présidial. Les membres présents étaient Afre Louis Alexandre Marin, abbé commendataire de Lantenac, trésorier et chanoine de la cathédrale, député de TËgHse ; Mre François Guillaume du Haffond, chevalier, seigneur du dit lieu, lieutenant de MM. les maréchaux de France, député de la noblesse; M. Jean Charles Le Dali de Keréon, conseiller doyen, député do M. René Ramon, substitut de M. le Procureur général ; M. Simon-Marie Périer et M. Jean-^Pierre Le Ballenois, échevins députés de la communauté de ville; M, Yves Marie Royou de Kerliezec, dé* puté de Tordre des avocats ; M. Simon Corentin Horellou, député de la communauté des procureurs, et M. D. Bérardier, principal.

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An. Ylll. On suivra la méihode observée en FUniversîté de Paris ; on recommande au principal de veiller avec exactitude à ce que les étudiants fréquentent tous les mois le sacrement de pénitence,* et à ce que chaque professeur . dans sa classe ait soin, un jour par semaine, d'instruire les écoliers des principes et des devoirs de la Religion, aimi que des principes et des devoirs des bons citoyens et des su^ jets fidèles et soumis au roi et au gouvernement. . .

Tout était désormais prévu : la rentrée eut lieu le lendemain de la St. Luc, le 19 octobre 176?. Les membres du Bureau s'assemblèrent dans la chambre du conseil du Présidial. Les magistrats étaient en robes, le député de Téglise en manteau long, le député de la noblesse en habit ordinaire, les échevins de la maison de ville en manteau de cérémonie, les députés des avbcats et des procureurs aussi en robes. Escortés par les huissiers du Présidial et les hoquetons de ville , ils se rendirent au collège où ils furent reçus par le Principal, les professeurs et les régents en grand costume* La messe fut célébrée par le principal, et ensuite, quand le cortège entra dans la cour, il fut accueilli par les acclamations des écoliers et du peuple. De. là on passa dans la salle des actes oti les professeurs pi^élèrent sermeRt. M. de Silguy leur adressa un discours sur l'Importance des fonctions qui leur étaient confiées, pt il invita les écoliers à profiter avec attention des leçons de leurs maîtres. M. Daulny, professeur de rhétorique, prononça une harangue latine de utilitate litterarum et ensuite on procéda à l'installation de chaque professeur.

L'année suivante, d'après un Edit du roi donné à Versailles au mois de février 1763, portant règlement pour lés collèges qui ne dépendaient pas de l'université, le

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bureau fut reconstitué sur des bases moins larges. Il fut composé de Tévéque, président ; du premier officier de la justice ^'oyale ou seigneuriale (suivant les lieux) ; du fonctionnaire chargé du ministère public; de deux officiers municipaux ; de deux notables et du principal (1).

Aussitôt entré en fonctions, le nouveau bureau fit lever les scellés apposés à la bibliothèque, et le principal fut autorisé à prêter des livres aux professeurs et aux régents, sur récépissé. On établit que l'instruction ne serait plus gratuite comme par le passé, mais que chaque élève paierait en entrant et par an là livres qui seraient affectées avec les autres revenus au traitement des fonctionnaires (2).

On maintint Tusage de la distribution des prix dont le bureau fit ordinairement les frais et pour lesquels il dépensait de 80 à 100 livres. En 1763, monseigneur de Cuilié s'en chargea, mais pour celte année seulement. Il en fut" de même pour la représentation des tragédies où MM. du bureau avaient, ce qui était juste, des places réservées. Enfin, pour contrôler la force des études, on établit à Ja fin de chaque année scolaire des exercices publics, dont les programmes étaient imprimés et distribués à Tavance dans le public (3).

Dès 1763 on proposa rétablissement d'iA pensionnat

(1) On nomma monseigneur Auguste F. A. de Farcy de Cuill^ évéqne de Comouailles ; M. Jean Hervé de Silgiiy, sénéchal ;. M. René Kamon, substitut du procureur général du roi au présidini i M. Michel-Marie'Laënnec, maire; M Malliieu-iNTichel îNTerle, sieur de Penguilly, lieutenant de maire; Me G. -F. Gillarl, seigrnenr de Larclianlel, notable; M. Hervé Gabriel de Sil^uy, ancien sénéchal; et messire Denis Bérardier, principal .

(2) Le ier août 1768 cette rétribution fut fixée à 3 livres pour les élèves de Qnimper et à 6 livres pour les élèves du dehors.

(3^ Quelques personnes ont bien voulu nous communiquer six do ces programmes des années 1768, 1777^ 1778, 1780 et 1785, pour les classes de cinquième, troisième, seconde et rhétorique. Ce sont

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qui fut ouvert à la rentrée de I76S, Il tomba après le départ du principal. En 1788, le 5 mai, Tabbé Saouzannet professeur de rhétorique et l'abbé Sérandour, régent de cinquième voulurent en vain le rétablir, la communauté ne s'y prêta pas.

Mais l'existence légale du collège n'était pas encore reconnue. Le 23 juin 1764 le bureau avait présenté au parlement un projet de Lettres patentes. 11 y proposait un traitement honorable* pour tous les fonctionnaires dont il n'avait qu'à se louer, et auxquels il avait donné hautement et en plusieurs* rencontres des témoignages de vive satîs^ faction (I). 11 avait demandé 1 ,800 livres pour le principal

des documopts très curieux et qui peuvent servir pour établir une comparaison avec nos classes d'aujourd'hui, En cinquième, les élèves devaient expliquer Phèdre et l'Appendix de Diis et fferoîbui poeticis (1778). En troisième, Virgile, Enéide^ Ovide, Métamorphoses; Cicéron, Pro Marcello ,• Quinle-Curce et le Selectae e profanis scriptoribus historiae, deuxième partie, la prenrière avait été vue en quatrième (i 780). En seconde, ils expliquaient par cœur le premier et le second livre des odes d'Horace, la troisième Catilinaire de Cicéron et le sixième livre de TEnéide (1768). En rhétorique ou traduisait Cicéron pro Milone et la deuxième philippique, l'Art poétique d'Horace, TEnéide et des extraits de Tite Live (1785). Dans tous ces programmes il n'est pas du tout question de l'étude du grec, autrefois si florissante au collège; l'histoire et la géographie n'y occupent qu'une très faible place, et les mathématiques sont reportées en philosophie. Parmi les discours lus à l'exercice public de 1785 par les élèves de rhétorique on remarque Jes titres suivants : Za nécessité du travail (M. Le Louédec) ; La vraie grandeur consiste dans la crainte de Dieu (M. Jouan) ; L'immortalité du nom (M. Le Falher); L'homme aban-~ donné de Dieu est malheureux (M. Le Garrec) ; La nécessité d'une bonne éducation (M. Simon) ; Le désintéressement annonce une grande âme (M. Michel-Pierre-Gabriel Brizeux) ; La vertu est la source de la vra(e gloire (M. de Keratry) ; Laus severae disciplinae (M. Kervoalen), — La cinquième comptait, en 1768, 54 élèves; en 1777, 57 ; en 1778, 72 ; la troisième en 1780, 59 ; la seconde, en 1768, 49 ; la rhétorique, en 1785, 23.

(1) Délibération du vendredi 17 janvier 1766. Le bureau est très satisfait de la manière dont MM. du collège élèvent la je messe. C'est un témoignage qu'il leur rendra partout par Justice, et ils peuvent être assurés de son estime singulière et de sa bienveillance dans toutes les circonstances. — {f^oir les registres du bureau du collège^ feuillets 29, 30, 31, 32, etc.) Le traitement dem'ftndé par le

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avec un supplément de 800 livres pour domestiques et menues dépenses, h charge de faire dire la messe tous les jours de classe; 1,100 livres pour chacun des sous-principaux, les deux professeurs de logique, le professeur de physique et le professeur de rhétorique ; 900 livres pour le régent de seconde; 800 livres pour les régents de troisième, quatrième et cinquième.

Les lettres patentes ne furent accordées que le 25 juin 1767 et enregistrées le 1 1 juillet suivait (1). Mais les traitements qui y étaient fixés étaient loin* du chiffre indiqué par le bureau. Le principal avait 1,000 livrée; le sous-principal 800 livres ; les professeurs de philosophie et de rhétorique 900 livres; lé régent de seconde 700 livres; les régents de troisième, quatrième et cinquième 600 livres et le régent de sixième 500 livres (2) .

Le bureau adressa des plaintes amères au parlement ; cette mesure, disait-il, allait faire perdre au collège et en éloigner pour toujours des sujets distingués par leur mérite, leur érudition et leurs grades ; ils avaient d'ailleurs montré un talent spécial pour l'éducation de la jeunesse qui en avait déjà retiré de grands fruits. Et puis on avait accordé aux professeurs du collège de Vannes des traitements supérieurs à ceux du collège de Quimper, ce qui était humiliant pour ces derniers,

11 ne s'en tint pas à de vaines paroles ; il indemnisa les professeurs, etc., déjà perte qu'ils avaient subie. Chaque année il renouvela ce sacrifice qui montait à 1,300 livres.

bureau élail d'ailleurs celui qu'avait réglé, pour les collèges de Quimper et do Vannes, un arrôi du parlement de Bretagne en date du 23 Juin 1762 dont je dois la communication à M. Jégou, vicaire général.

(1) Fotr, pièces justificatives, no m,

t2) Celte chaire ne fut pas établie avant la révolution.

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Mais cette subvention avait un caractère prdeaire, et le coup était porté au collège. Beaucoup des professeurs et régents le quittèrent pour des cures qui leur furent données par Tévéque (1).

Le principal lui-même, Tabbé Bérardier, avait eu à soutenir une lutte assez vive contre le clergé qui le regardait avec raison comme attaché aux doctrines parlemen* taires. Monseigneur de Saint-Luc qui d'abord lui avait été favorable l'abandonna bientôt. « On raconte que regrettant les jésuites, il avait formé avec ceux de son parti une congrégation à l'église SainC-Nicolus, remplacée aujourd'hui par la maison de M. Le Normand d'Etiolés. L'abbé Bérardier avait aussi sa congrégation dont le lieu de réunion

(1) L'un d'eux (ce ne peut être que Tabbé Daulny ou Vabbé Jacob), qui signe un curé de campagne, ancien professeur de rhétorique du collège de Quimper (voir ci-après la liste du personnel § 2). adressa à S. A. a. le comte d'Artois (depuis Charles X), à son passage à Quimper, le 20 mai 1777, une pièce de vers qui est peu connue et dont voici quelques fragments curieux :

O vous que la gloire environne, £t qui, sur les degrés du trône Klevé par les droits du sang, Brillez moins de Téclat du rang Que de celui de la^ personne ; Vous qui, dans les cœurs tour à tour, Exilez la reconnaissance.

Le respect et la conflance, Kt tous les transports de l'amour;

SoufTrez qu'un chantre de viUage Vous orrre aujourd'hui son hommage.

Sans nom, sans gloire, sans envie.

Je méditais paisiblement Sur les écueils de cette vie :

Content de pouvoir quelquefois .

Lire dans mon taudis rustique, Non la Gazette britannique Qui ment quatre ou cinq fois par mois Sur les affaires d'Amérique^ Mais l'intéressante chronique

était réglise du collège (1). Un dimanche, pendant Toffice divin, on colla sur la porte de cette église des* placards injurieux, généralement attribués au parti de Vévêque (2).» Quoiqu'il en soit, l'abbé Bérarçlier prît Quimper en dégoût, et, parTentremisedu Prince Louis-de Rohan, son ancien condisciple, il fut appelé le 19 mars 1778 au principalat du collège Louis le Grand à Paris. Il termina l'année classique à Quimper et dans l'assemblée du 20 septem-

Des gestes du comte d\\rtois, Et pedire à mes villageois, Dans mon Jargon ^aiio-cellique, Nos beaux édits, nos bonnes lois, £1 tous les biens que doit la France A rajnour, à la bienfaisance Du plus sage de tous les rois.

Mais soudain des cris d'allégresse Viennent m'annoncer un Bourbon.

Est-il un français, ô ce nom, Qui. ne palpile de tendresse ?

Je suis venu, j'ai vu de près Le Germccnicus des Français.

Grand prince, voilà moii hommage ; Il était ^crit dans mon cœur.

El si le désir de vous plaire Pouvait suppléer au talent, J'aurais parlé comme Foliaire.

(1) Il y avait depuis longtemps une congrégation au collège. Elle avait été établie par les Jésuites dans les bâtiments de la retraite, sous le nom de N.-D, de lAssomption En 1700 les dignitaires en étaient : Préfet , Laurent Fontaine , maître sellier, place Saintr- Corenliu -^premier assistant : Cosme Le Bol, Rue-Neuve ; — deuxième assistant, maître René Guiomar, paroisse Saint-Sauveur; secrétaire^ maître Jean Faganl, rue Kéréon 50 '^—conseiller, maître Henri Le Noa. — Elle existait encore à la révolution. — Le 4 août 1792, le principal, messire Jean Guillaume, écrivit aux administrateurs du directoire du district de Quimper pour réclamer un encensoir, un soleil, un petit calice et un ciboire d'argent pour le service de la congrégation.

(2) Notice sur l'abbé Bérardier par M, Darnault son neveu. Elle est remplie de détails 1res curieux, nous y renvoyons. Nous y ajouterons toutefois un détail qui ne s'y trouve pas, c'est qu'en 1768 l'abbé Bérardier constitua une renie de 72 livres pour être employée en bouillon et en vin pour les malades de l'Hôpital général et de l'Hôtel-Dieu do Sainte-Catherine de Quimper (Archives départe-^ mentales du FinistèreJ ,

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bre 1778 il pria MM. du Bureau de recevoir sa démission. Cette décision les surprit et les affligea. Pleins de reconnaissance pour les services multipliés qu'il avait rendus au collège, notamment pour ses revenus, ils ne Tacceptèrent pas, lui disant « qu ils soutenaient Tespérance de le conserver ». Ils nommèrent même pour le remplacer provisoirement M. Le Coz, sous-principal. Décidé à partir, l'abbé Bérardier proposa de céder au collège au prix de 4600 livres les instruments qu'il avait achetés à ses frais pour mouler le cabinet de Physique et dont il avait procuré la jouissance gratuite aux écoliers pendant plusieurs années. On accepta sa proposition , on voulait lui être agréable. Mais il était trop tard ; il partit. Vainement le 9 avril 1780 le bureau pria-t-il Mgr l'Evéque de lui écrire 'pour l'engager à donner la préférence à sa patrie en venant reprendre sa place de principal, « et en fixant l'époque à laquelle le bureau aurait la satisfaction de le recevoir». L'abbé Bérardier résista à toutes ces sollicitations et prêta serment le SO mai 1780 comme administrateur de Louis le Grand, dont il devint grand-maître en 1787.

Il fallut bien se décider à lui donner un successeur : ce fut l'abbé Claude Le Coz.

La situation précaire qui avait été faite au principal et aux professeurs devait avoir ses conséquences dans les études des élèves. A l'assemblée du 16 juin 1780, le Procureur du roi constate qu'il s'est élevé des préjugés contre le collège et dans la ville et ailleurs. On semble, dit-il, vouloir accréditer l'opinion que les premières années de cet établissement valaient bien mieux que les présentes. Et bien qu'il ne veuille pas y croire, il en trouve les causes : 1* dans le malheur des temps : 2* dans l'avancement progfes-

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sîf des professeurs suivant Tordre d'ancienneté : 3^ dans le défaut de livres pour les jeunes régents qui souvent sortent de théologie pour prendre une place dans le collège, et sont loin d'avoir les connaissances variées et nécessaires à leurs fonctions. Pour remédier à ces principes de ruine , il proposait : 1° de ne plus s'astreindre à Tordre d'ancienneté dans la nomination aux places de Professeurs» ce qui était un usage contraire à Témulation ; 2" de leur procurer des livres, comme cela se pratiquait dans certains collèges ; 3* de les inviter à donner des mémoires, chacun relativement à la classe qu'il occupait, sur le moyen de mieux lier et de perfectionner les études. — : A Tappni de ces projets il citait té collège de Rennes qui depuis longtemps s'occupait d'une réforme pareille, sur la demande du .principal et des professeurs eux-mêmes.

Les mémoires démandés furent remis par le principal le jeudi 14 décembre 1780, et on dut délibérer à ce iujet dans la quinsaine: Le collège en marcha-t-il mieux ? Nous aimons à le croire.

La révolution de 1789 arriva. Les professeurs se trouvèrent dès lors, par la force des choses, obligés de prendre part aux affaires publiques ; le calme nécessaire aux études n'était plus possible. Dès le commencement le principal et les professeurs avec lui adoptèrent les idées nouvelles. Sans doute ils étaient loin de s'attendre à se trouver entraînés si loin : ils furent bientôt débordés.

A peine le conseil général de Quimper fut-il nommé, qu'ils se rendirent en corps au lieu de ses réunions (le 4 août 1790). Reçus avec tout le cérémonial d'usage, ils prièrent ces Messieurs de vouloir bien venir le lendemain distribuer* des prix et des cocardes tricolores aux élèves.

Le discours prononce à cette occasion par le principal fut inséré au procès-verbal de la séance. Le voici.

« Messieurs,

« Dès que rassemblée électorale vous eut, par ses suffrages, proclamés les administrateurs de ce département^ les applaudissements publics confirmèrent son choix, et de justes actions de grâces en furent rendues à l'Etre su-^ préme.

« Cette joie. Messieurs, redouble dans ces jours d'où vont spécialement dater vos travaux : comme un malade, aux approches d'un médecin dont on lui a justement vanté la science et Thabileté, entr'ouvre son cœur aux doux rayons de l'espérance, ainsi. Messieurs, notre patrie, à la seule pensée que vous marchez à son secours, se sent déjà soulagée des maux nombreux qui l'afQigent depuis des siècles. Et en effet, que de plaies vos bienfaisantes mains ne vont elles pas sonder? Que de maux elles vont radicalement guérir ? Combien d'abus seront par vous incessamment réprimés ! Que de craintes et d'inquiétudes seront entièrement dissipées, que de sources nouvelles de prospé^rité publique vont être ouvertes dans toute l'étendue du Finistère !

c< Il est vrai, Messieurs, la nouvelle constitution décrétée par des sages, sanctionnée par un Roi à qui l'antiquité eût élevé des autels, avait déjà réveillé, ranimé la confiance de nos compatriotes. Mais ce sublime ouvrage , permettez-nous le mot, cette sublime mécanique, pour produire les grands effets que nous sommes tous fondés à en espérer, attendait des bras habiles et patriotiques. Vous les lui présentez. Messieurs, ces bras si nécessaires, et dans peu la machine politique et constitutionnelle dirigée par vos talents, par votre sagesse et votre patriotisme fera

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' circuler parmi nous cet espril de vie et de lumière, ces mouvements rapides et combinés qui assurent la santé, la force et la félicité générale de la société.

« C'est dans cette douce idée, Messieurs, que nous nous plaisons à élever les jeunes gens confiés à nos soins. Nés pour ainsi dire avec la constitution, ils vont croître et se fortifier avec elle et pour elle. C'est pour eux que ce précieux arbre planté par la main de leurs pères doit produire les fruits les plus abondants. Mais nous ne cessons de leur répéter que pour être dignes de les goûter, ces doux fruits, ils doivent joindre à une âme saine un esprit élevé ; à des talents réels, des vertus solides ; au noble amour do la liberté, le goût constant de la. subordination^ Leur conduite, leurs eflforts, quelques succès dont le public dans ces derniers jours a été témoin, nous permettent de croire qu'ils suivent nos conseils. Mais ce dont nous ne pouvons douter, c'est qu'ils sont, comme leur maîtres, pénétrés du plus grand respect pour les administrateurs de notre patrie, c'est qu'ils forment comme nous. Messieurs, les vœux les plus sincères pour votre conservation, et que c'est de vos mains qu'ils désirent recevoir les couronnes ordinaires destinées à récompenser à la fin de chaque année scolastique leurs progrès dans les sciences et dans les vertus. » ,

Ces paroles produisirent une vive impression sur toute l'assemblée, et messieurs du (îollége furent invités à prendre part à la délibération du conseil. Qi>elque mois après, le principal fut «nommé procureur syndic dU district, et, le 7 février 1791, il prêta avec ses professeurs le serment imposé par le décret de l'assemblée nationale du 27 novembre 1790. Un seul refusa, quelques instances que l'on

fit près de lui, ce fut l'abbé Le Gac, professeur de cinquième, et sa conduite fut d'une énergie remarquable (1). Les administrateurs, pour reconnaître le civisme des professeurs, les autorisèrent à remplacer eux-mêmes, et pour celte fois, leur collègue. On élut Louis-Claude Feuilla, sous-diacr«, alors maître de conférences de philosophie.

Quelque temps après, M. Claude Le Coz fut élu évéque métropolitain de Bennes {%) ; il fut remplacé par l'abbé Jean Guillaume. Ce fut le dernier principal.

Son administration fut empreinte du même caractère que celle de son prédécesseur ; non seulement les professeurs, mais les élèves eux-mêmes prirent part aux fêtes nationales. A la commémoration de la prise de la Bastille, et à la fédération de 1791 (14 juillet), une députation des élèves du collège sollicita et obtint la permission d'entrer dans le centre, et demanda à prêter serment. Le directoire y consentit. Le sieur Blot, accompagné de ses condisciples, monta à l'autel et prononça un petit discours qui fut inscrit au procès-verbal : « Nous sommes Français, dit-il ; nous << avons toujours aimé notre patrie. Mille fois nos cœurs « ont fait la promesse solennelle de lui être fidèles et de « travailler à devenir un jour utiles à nos concitoyens. « Nous n'avions pu jusqu'ici manifester nos sentiments ; « mais dans ce jour heureux pour la France, à cette

(1) Foir, pièces justificatives, no 19 II fut plus tard déporté, pour -refus de serment. Il est auteur de plusieurs ouvrages pieux et entre ismtres du Triomphe de la pureté qui a été traduit tîn allemand. Il est né à Plonévez-Porzay et y a été enterré. ^

(2) Voir la Biographie bretonne, tome II, article Le Coa, et le dictionnaire (TOgée, nouvelle édition, article Bennes, notes. Voir aussi V Histoire de la Bévolution ùans les départements de Vancienne Bretagne par M. A. du Chatellier, tome lU, pages 244-247. La vie de Tabbé Le Coz est remplie d'actes bien honorables.

« époque de sa liberté, animés par l'exemple de nos conci- « toyens, nous nous unissons à eux ; nous venons proie mettre sur raulél de la patrie de vivre pour son bonheur « ou de mourir pour sa défense. » (1).

Des applaudissements unanimes couvrirent sa voix, et Tannée suivante une autre députation alla eqcore prêter le serment, après un discours prononcé par ÏI. Lamarre^ , élève de rhétorique (2). Pourtant leur ardeur pour l'élude ne semble pas s*étre ralentie par suite de ces dérangements dans le régime sévère et solitaire du collège, et on trouve ces élèves citoyens se plaignant au conseil général, le 17 octobre 1792, de la tpaltiplicité des congés et du peu de durée des classes.

Quant aux professeurs, leur traitement fut fixé uniformément à 1,200 livres, celui du sous-principal à 1,500 livres et celui du principal à 1 ,800 livres, par un arrêté du conseil général du 23 novembre 1792. Ceux qui furent installés depuis 1792 prêtèrent tous serment à la constitution, en chaire, dans la cathédrale de Saint-Gorentin.

Ils promettaient, d*après la formule, d'être fidèles à la république, de maintenir la liberté et Tégalité et de mourir en la défendant.

Quand la loi du 5 février 1793 établit le certificat dp civisme, tous, le principal en tête, l'obtinrent à la majorité absolue des suffrages (15 avril 1793), et il leur fut plusieurs fois renouvelé à l'unanimité. Ils avaient dû être bien habiles dans l'exercice de leurs délicates fonctions

(1) Procès-verbal de la Fédération célébrée à Quimper, chef-lieu du département du JFinistère^ le H juillet 1791, page 11.

(2) Procès-verbal de la Fédération du district de Quimper du 14 iuillet^i791^ l'an quatrième de la liberté, pa^e 4.

pour ne pas tomber sous le coup de la terrible loi des Èuspects. Loin d'être exposés à aucun danger, ils furent même l'objet des faveurs des gens qui étaient au pouvoir ; la cherté des denrées de première nécessité avait rendu leurs traitements insuffisants; 3,6 ou & livres par jour ne leur suffisaient pas, puisque la livre de pain de pur seigle s'élevait à plusdu double ; sur l'avis favorable du district, on porta les appointements des professeurs à 3,100 livres, celui du sous-principal à 2,500 et celui du principal à 3,000 livres (I). Tous les anciens professeurs étaient en outre conservés jusqu'à l'établissement des écoles centrales votées par un arrêté du comité de l'instruction publique du 18 ventôse an III (8 mars 1795). Toutefois on ne voulut pas en nommer de nouveaux pour . remplacer ceux qui manquaient en 2® et en 4% vu le petit nombre d^élêves qui fréquentaient les classes ; quelques unes même étaient tout à fait désertes. Les professeurs durent donc diriger les classes où il se trouvait des élèves, et non pas seulement celles pour les quelles ils avalent été spécialement nommés (25 vendémiaire an IV, 17 octobre 1795). Cette désertion^des ctasses n'a rien qui doive nous étonner, ce n'était pas alors un temps favorable pour les études suivies ; les esprits étaient portés ailleurs, et si le collège av;jit survécu à la loi du 24 mars 1794, c'est qu'il n'appartenait ps(s à l'université. Mais si on le conservait, on n'y attachait pas une bien grande importance. Les professeurs qui n'avaient obtenu qu'une fictive augmentation de traitement, par suite du -discrédit des assignats, étaient daus un état de gêne assez ^rand ; ils demandèrent

(1) 13 messidor an III ^Ur juillet 1795).

le 4 brumaire an IV, (26 octobre 1795) qu'on leur accordât par jour la valeur delà livre et demie de pain donnée par l'arrêté du IR fructidor précédent aux fonctionnaires publics. Leur pétition resta sans effet, parce que, disent les considérants, on n'avait accordé cette indemnité qu'aux employés dont les fonctions étaient de nature à ne souffrir aucune interruption. Pour les retenir à leur poste, il fallait bien leur donner de quoi subsister. Mais rEduvdtion publique étant nulk en' ce 'moment, la chose publique ne serait pas compromise par la désertion rfes professeurs qu'ils appelaiertt des Instituteurs. Cependant leur situation était bien précaire : ils ne touchaient même pqs leur traitement ; Iff jour de la cessation de leurs fonctions, le l^"^ vendémiaire an V (22 septembre 1796) il était dû à la plupait d'entre e,ux un an et à quelques uns»quinze mois d'appointements. Ils furent rembciirsés par ordre du ministre de l'Intérieur (16 brumaire an V, 6 novembre 1796) (1). ' Le collège cessa d'exister le 1" vendémioire an V, el le 1" brumaire suivant Técole centrale fut ouverte (22 octobre 1796). Le principal Jean Guillaume était mort quelques mois auparavant, le 6 hermidor an IV (24 juillet 1796) (2). Deux fonctionnaires du collège furent admis au nombre des professeurs de l'école centrale, ce furent M. LeMonze et le sieur Motreff ou Mautreff. On aurait, dit-oa, proposé un emploi au sieur Poyet, ex-sous-principal; il refusiipour cause de santé.

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