ÎLES VACANCES
M. Panneton, en partant dès le premier jour des vacances avec l'intention de prendre une année de repos, laissait M Richard seul prêtre au Collège des Trois-Rivières. Que l'on juge de la gravité et du nombre des occupations qui, par le fait, retombaient sur les épaules d’un seul homme. [1 lui fallait à la fois agir comme supérieur, comme directeur, comme préfet des études, come procureur, comme économe, que sais-je ! Il avait à surveiller les travaux d’une ferme, des comptes à collecter, des réparations à faire faire aux vieilles casernes. [l lui fallait pourvoir au nettoyage de la maison tt à l’entretien des meubles. Il devait préparer incessamment le rapport annuel à faire au gouvernement. Enfin il avait à s'occuper de l’organisation du personnel pour la prochaine année, à commencer par un directeur pour finir par quatre où cinq professeurs.
En effet MM. F. Verville et P.$. Dagneault avaient fait leur temps de service, et ils devaient aller au grand Séminaire pour se préparer plus prochainement aux Saints-Ordres. M. Gédéon Brunel avait aussi d’excellentes raisons pour aller au grand Séminaire, et M. Aug. Duval retournait dans le diocèse de Québec auquel il appartenait,
Cependant les nouvelles regues de. M. Godin, depuis trois
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mois aux Etats-Unis à la recherche de professeurs d'anglais, n'étaient pas du tout favorables. Après s'être adressé successivement à plusieurs évêques, il en était arrivé à la conclusion qu'il lui serait impossible de trouver des professeurs ecclésiastiques, et 1l était entré en négociation avec deux jeunes laiques, MM. Linnendoll et Clune ; mais il attendait l’assentiment de ses supérieurs avant de conclure les engagements. Dans l'intervalle, il résolut de tenter un dernier effort auprès de l'archevêque de New-York, Mgr McCloskey. Il fut plus heureux dans cette dernière démarche. Deux ecclésiastiques, MM. O'Brien et Wells, consentirent à venir enseigner l’anœlais, pour avoir la chance d'étudier le francais tout en faisant ieur théologie. Ils exigeaient les mêmes honoraires que les autres ecclésiastiques.
De son côté, M. Richard, en apprenant l’inutilité des premières démarches de M. Godin, s'était adressé pour les mêmes fins et sans plus de succès aux évêques de Toronto, de Kingston et d'Ottawa, Mais la question principale qu'il s'agissait pour lui de résoudre, c'était de trouver un confrère qui voulut partager avec lui le fardeau de l'administration du Collège.
Voici done comment il rend compte à M. Panneton de ses démarches et de leur insuccès.
“ J'ai demandé M. Lottinville : sa réponse, basée sur les conseils de quelques curés ses amis, a été négative Je ‘me suis adressé à M. Gruilmette, j'ai même fait des instances ‘et j'ai appris de sa propre bouche qu'il était et voulait demeu- “rer l'ennemi de notre Collège. J'ai demandé M. Marcotte, mais ‘en vain et M. Rheault aussi.”
“* Mgr Cooke a demandé M. A. Mayrand, M.T. Gouin, M. Legris et bien d’autres encore... L'autre jour, j'allai ‘chez Mgr Laflèche pour l’avertir que j'avais l'intention de ‘ m'adresser à M. Smith, Mgr m'a dérouté en me disant qu'il ‘avait promis à M. Boucher de lui laisser encore son vicaire ‘cet automne.” ........
Le supérieur du Collège, comme on le voit, avait une charge difficile à remplir ; mais il faut avouer que les diver-
ses occupations qu'il pouvait offrir à un confrère, n'avaieni rien de bien enviable, et n'étaient pas de nature à provoque: la moindre ambition. Ces dificultés de trouver un nouveau directeur rappelaient assez celles que Mer Cooke avait rencontrées lors de l’ouverture du Collège ; mais celles-ci paruissaient plus graves encore, parce qu'elles provenaient cette fois, non pas de l’antipathie que ces prêtres avaient pour le Collège, car la plupart lui étaient dévoués, mais de l'incerti. tude et des dangers de l'avenir. M. Richard devinait aisément le vrai motif des refus qu'il éprouvait partout, et il n’était pas le dernier à admettre son extrème gravité. Ni donc il ne s'est pas découragé au milieu d'épreuves aussi grandes, et de tant de ontrariétés, il le doit uniquement à SN. Joseph, le glorieux natron du Collège qui montra alors plus que jamais son action providentielle et sa bienveillante protection sur notre maison Ci, lorsqu'il considère aujourd’hui froidement cette situation si critique dans laquelle il s'est trouvé et la responsabilité effrayante qui pesait sur ses épaules, M. Richard ne peut comprendre comment il a pu tenir sur la brôéche, sans éprouver jamais de défaillances, sans soupçonner même la grandeur des périls qu'il affrontait. Nul doute qu'il sentait alors, sans s’en rendre bien compte, cette action de la Providence qui lui apparait si évidente aujourd'hui. Toujours est-il que, pendant que d'un côté tous ses plans relatifs à l’organisation de la tête de la communauté étaient impitoyablement déjoués, ceux au contraire qui regardaient l'ajustement des membres ne souffraient pas de difficultés. Aïnsi les vides créés par les professeurs démissionnaires allaient être aisément remplis. Cependant les projets de nomination préparés par. M. Richard. confirmés par M. Panneton et approuvés par Mgr Cooke, appelaient au service du Collège, outre un nouvel ecclésiastique donné par les finissants de la dernière année, M. Ephrem Nobert, deux autres élèves MM. F. X. Cloutier et G. Pager auxquels il restait encore une année d’études à faire. Comme ces deux élèves étaient les seuls finissants pour la prochaine année, et comme leur vocation ecclésiastique paraissait assez certaine, M. Richard obtint facilement de Mgr la permission
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d'employer ces deux élèves comme professeurs. Le plus difficile était d'obtenir l’assenthnent de ces derniers ; car c'était le sacrifice d’une année de liberté qu'on leur demandait, et l'offrande volontaire d’une année de durs labeurs que leur Alma Mater réclamait d'eux. Pleins de générosité et de dévouement, ils donnèrent leur consentement avec plaisir, et avec un empressement qui fut fort agréable à leur directeur et le dédommagea un peu des refus qu'il éprouvait ailleurs.
Au milieu des graves préoccupations qui absorbaient l'attention et le temps du nouveau supérieur pro lempore, celui- «1 n'oubliait pas de tenir la corporation au courant de toutes les affaires qui pouvaient l'intéresser. Dans ce büt, il la réunissait Le 17 juillet pour lui communiquer une lettre de M. le docteur À. Dubord, offrant sa résignation, et 1l engageait les membres qui avaient jeté les yeux sur lui pour remplir le vide causé par cette démission de M. Dubord, à prier plutot le curé des Trois-Rivières, Monsieur l'abbé CF. Baillargoon, d'entrer dans la corporation. ‘ Ce serait,” leur disait, “le * moyen d'intéresser ce prêtre plein de zèle et d'activité à la “cause du Collèoe. Quant à moi, le titre que vous voulez me ‘donner ne pourra rien ajouter aux obligations qui me lent ‘déjà envers l'institution, tandis qu'au contraire, vous avez ‘absolument besoin, dans les circonstances actuelles, du con- ‘cours du curé des Trois-Rivières. ?
L'événement justilia les prévisions et la confiance que Mr Richard reposait en Mr Baillargeon, mais celui-ci ne voulut pas accepter la charge de membre de la corporation du Collège des Trois-Rivières avant d'y avoir mürement réfléchi, et avant d’avoir pris l'avis de ses amis et de ses supérieurs.
Dans cette même assemblée du 17 juillet, on vota une motion d'urgence touchant l'affaire de ratification du titre d'achat de la ferme Barnard, et Mr Ab. L. Desaulniers fut chargé de fure les premières démarches à cette fin. Enfin Mr Richard fut nommé procureur du Collège, en remplacement de Mr Panneton.
Dans une autre assemblée, tenue le 28 juillet, les comptes
du Collège sont soumis aux membres de la corporation «! approuvés, le rapport au gouvernement est adopté, et, pour ouvrir les portes du Collège à un plus grand nombre d'élèves,
| #4: . » + / , Q : A |: ls il est décidé que les enfants de la ville ne pourront qu'être HW mil " . . Ë ut externes ou tout au moins ne seront admis comme internes RUE qu'à la condition de coucher chez leurs parents. Uh Enfin dans une troisième assemblée tenue le 31 août, Mr
Baillargeon donna sa réponse définitive, en acceptant la charge qu'on lui offrait, et il déclara qu'il voulait se mettre immédiatement à l’œuvre, en entreprenant la lourde tâche de demander et de recueillir des souscriptions pour payer la ferme ‘ Barnard. ”
II —MaraADie DE M. RICHARD.
Les vacances allaient bientôt finir. et pour trouver un prêtre qui voulut partager la direction du Collège, toutes les
s démarches de Mgr Cooke, doublées et quadruplées de celles de M. Richard. étaient restées sans résultat. Celui-ci se voyait done condamné à entreprendre seul tous les travaux
d'administration de la prochaine année scolaire. Ces contre-
temps et ces séucis divers ajoutés aux nomireux travaux des
vacances (qui lui faisaient dire en écrivant à un ami qu'il
avait à peine pu trouver le loisir d'aller faire une courte visite
à son vieux père), finirent par affecter la santé pourtant si
robuste de M. Richard. Trois jours avant l'entrée des élèves
il tomba sérieusement malade.
C'était une nouvelle et bien rude épreuve que la Provith vidence ménageait au Collège des Trois-Rivières, et il ne fallut rien moins que la vigueur qu'il puisait déjà dans le dévouement et le zèle de ses professeurs, presque tous enfants de la maison, pour lui permettre de traverser heureusement cette nouvelle crise.
| : Avant que le médecin put constater la nature et la gra- 1] Eu . D . 0 Q Q
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