‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières [microforme]Chapitre 26 sur 217 · DR LS · texte numérisé non relu

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ses et très bruyantes réunions. C’est un endroit excessivement champêtre où l'air embaumé des forêts de sapin, se mêlant à la fraîche brise qui s'élève du St-Maurice, rend Ja promenade particulièrement agréable dans les chaudes journées d'été.

On se dirigea donc de ce côté, en suivant le sentier qui

RE longe le premier coteau, pour mieux jouir du magnifique pa-

| norama qui se déroule à droite. C’est le St-Maurice qu'on

aperçoit à une petite distance, avec ses îles, ses ponts, et les

jolies maisonnettes échelonnées sur sa rive gauche. Plus loin,

c'est l'antique église du Cap de la Magdelaine; puis le fleuve

avec les blanches voiles des nombreux vaisseaux marchands

qui croisent devant les Trois-Rivières; puis, au fond du

tableau, toute la silhouette de la côte sud jusqu'à la pointe de St-Pierre-Les-Becquets.

Ce spectacle varié d'ane nature vraiment pittoresaue. était bien propre à distraire les jeunes élèves et à coribarte chex eux, l’ennui assez naturel au premier jour passé loin du toit paternel. Du reste, la promenade fut égayée par des conversations animées, de gaiïs refrains, des saïllies plus ou moins piquantes. Les élèves Philippe N. et Edmond L., farceurs de renom, furent bientôt entourés de deux groupes de rieurs qui purent s’en donner à cœur-joie.

Arrivés au “Cap”, les élèves purent se reposer, tout à leur aise, à l’ombre des grands pins qui bordent le St-Maurice à cet endroit. Bientôt, les amateurs de la balle, prenant leurs ébats sur le plateau découvert qui borne le ‘ fer à cheval” (à) au sud-est, se livrèrent à leur jeu favori de [a “ galoche” D'autres, descendant sur la grève, essayent leur force et leur habilité, en s’eflorçant d'atteindre, avec de petites pierres les billots entrainés par le courant. Celui-c1 fait la chasse aux grenouilies, celui-là fait la cueillette des petites grenades; chacun enfin se livre à l’amusement de son choix.

L'après-midi fut bien vite passé et ce ne fut pas sans éprouver quelques regrets de quitter si tôt leurs jeux, que les

(a) On nomimait ainsi le plateau voisin du # Cap à la Corneille.”

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jeunes élèves entendirent pour la première fois l’éternelle consigne collégiale, ordonnant le départ : “ Abeamus ” !!

Abeamus: ce mot parti de la bouche du maître fut bientot répété par tous les groupes d'élèves et l’on se mit aussitôt en marche pour le retour. Afin de varier les scènes et le coup d'œil, on revint par le second coteau. Le chemin y court d'abord au milieu des pins, des cyprès et des sapins. Mais, par ci, par là, une clairière laisse voir la ville, ou l’embouchure du St-Maurice, ou les grandes scieries des américains. Bientot, la route est entièrement découverte et laisse à loisir l'œil se complaire dans la beauté et la variété du paysage. Cependant les gais propos, les joyeuses chansons ont repris leur entrain et continuent à charmer nos promeneurs, jusqu’au moment où, arrivés à la pointe du second coteau, ils firent halte pour embrasser d'un seul coup d'œil, touté la scène qui s'y déroule aux regards.

En face, au pied du premier coteau, nous avons la ville dont une partie se cache dans la verdure de ses grands ormes. À gauche, tout le panorama que nous admirions tout à l'heure : à droite, la riche et belle plaine de la banlieue s'étend à plusieurs lieues de distance. Elle est bordée de maisons et de dépendances de toutes sortes, qui l'entourent de manière à en faire un immense ovale. Sur le fleuve, la vue s'étend depuis les quais de la Basse-Ville jusque sur le lac St-Pierre. Au nord, des coteaux garnis de forêts épaisses qui vont se perdre dans les eaux du lac St-Pierre.

Au sud, des hauteurs également couronnées de verdure ; mais au-dessus de la ligne que forment les érables qui couvrent les coteaux, l’on aperçoit un bouquet de pins dont la hauteur semble doubler les arbres voisins ; ce sont justement les grands pins du jardin du Séminaire de Nicolet. Tout à côté, on voit briller le clocher et le toit de la vieille église ; un peu en arrière, on voit le clocher du Néminaire Iui-même. Puis, sur une ligne légèrement inclinée vers le sud, la vue rencontre les clochers de l’église et du couvent de Kt-Grégoire. Près du fleuve, sur la même ligne, c’est le magnifique pont de

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la rivière ‘ Godfroi ” qui, à cette époque, mesurait une dizaine d’arpents de long ; plus bas, ce sont les gares du chemin de fer d’Arthabaska que l'on est à construire.

# Enfin, l’azur d'un beau ciel, le miroir argenté d’une immense nappe d’eau, la variété infinie des mille toits d’une jolie petite ville, les riants villages, les plaines fertiles couvertes de riches moissons, les côteaux verdoyants, les forêts sombres et sévères, les nombreux accidents et les embellissements d’une nature tont à fait pittoresque, tout rentre dans ce tableau que le plus habile peintre ne rendrait que très imparfaitement ; mais qui n’en est que plus propre à saisir et à charmer toute âme capable de sentiments et d'émotions. Ce ne fut pas sans une certaine violence que les élèves s’arrachèrent à l’admiration de cette scène grandiose. À six heures, ils rentraient au

Collège pour les exercices du chapelet et de la lecture spiri-

tuelle. Au souper, l'appétit était fort aiguisé et nos pensionnaires trouvèrent excellents les mets préparés par la mère Beaudoin, laquelle formait alors avec son vieil époux et Delle Angélique Garant, tout le personnel de service du Collège.

Vendredi, le sept septembre, la situation de la veille n'était pas modifiée. M. Panneton n'était pas de retour de Montréal, les classiques n'étaient pas encore arrivés. Cependant les élèves continuaient d’aflluer, et les quelques places laissées libres au premier jour étaient déjà remplies. Il fallait donner un nouveau congé aux élèves qui, pour la plupart, en prirent assez aisément leur parti. Quelques-uns mêmes de ceux qui étaient venus au Collège avec répugnance pour le travail et pour l'étude, commençaient à l’aimer et espéraient déjà pouvoir y faire leurs études sans étudier.

Grâce à l'activité et aux soins de M. Théode L, de Lottinville Eccl,, les distractions ne manquèrent pas aux élèves durant cette nouvelle journée consacrée aux amusements et aux jeux.

Dans l'après-midi, la promenade se fit sur les bords du

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St-Maurice, jusqu'au delà des ponts. (a) M. Edouard Normand qui était alors propriétaire de ces ponts, eut la bienveillance d'accorder le passage gratis à la communauté. Ce Monsieur porta même la courtoisie jusqu’à offrir le lieu de station à la promenade, sous les grands ormes qui bordent le Nt-Maurice, en arrière de sa résidence, à la tête du second pont. C’est là que 14 élèves allèrent passer les après-midi de leurs premiers congés.

Samedi, le 8 septembre, le matériel des classes en fait de tables, bancs, pupîtres des professeurs, était en partie fini et installé. M. Panneton était arrivé, après un,voyage des plus heureux. Il appr.cait avec lui trois forts colis contenant les fournitures scolaires, les classiques et un certain nombre de volumes d'histoire et de littérature pour commencer à former une bibliothèque.

Mgr Cooke apprenant cette bonne nouvelle, chargea son secrétaire, M. Luc Désilets qui, autrefois, avait été bibliothécaire au Néminaire de Nicolet, et qui était parfaitement initié à cette besogne, d'aller aider M. Panneton dans la distribution des classiques, et de donner lui-même aux élèves des ditférentes classes, leurs devoirs et leurs leçons.

Cependant le bruit commençait à circuler en ville que Monsieur l’abbé Joseph Elie Panneton Ptre avait été nommé directeur ; et l'accueil favorable que le public faisait à cette nomination était de nature à la provoquer inévitablement, si déjà elle n'eut été définitivement arrêtée dans les conseils de l'évêque.

(a) Le chemin alors suivait la rivière, depuis la rue des Commissaires jusqu'au pont, mais chaque printemps, l'eau en minant la côte, reculait le chemin de plusieurs pieds. Finalement les autorités de la ville redoutant les accidents par suite de ces éhoulis, fermèrent ce chemin et ouvrirent le prolongement de la rue dite “des Pins” jusqu'à la rue St-Maurice,

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