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Il avait bien songé à fonder son Néminaire diocésain ; mais ses désirs venaient toujours et irrésistiblement se heurter contre l'impossibilité matérielle. L'insaisissable écu renvoyait sans cesse la question à des jours plus heureux, et l'état de plus en plus critique de ses finances ne lui permettait même point d'espérer de voir ces jours plus fortunés.
Quand donc l'évêque vit que cette question matérielle était réglée, et qu'une corporation laïque allait se charger de pourvoir aux besoins du nouveau collège, il sentit son cœur soulagé. Il bénit la Divine Providence qui allait enfin remettre sous la tutelle et la garde de l'Eglise, les cœurs et les intelligences de ses chers enfants des Trois-Rivières.
Or, je le demande maintenant, quel adversaire si acharné de la nouvelle institution, quel ennemi si déclaré de l’évêque, se mettant alors à sa place, eût agi autrement que lui. Pourquoi donc blämer dans un Supérieur ce que la raison et la conscience nous auraient commandé de faire nous-mêmes dans une telle occurrence. Car, il ne faut pas l'oublier, Mgr Cooke, en refusant son concours à l’œuvre du Collège des Trois-Rivières, se voyait menacé d’une institution laïque. On en peut juger par l'extrait suivant d’une lettre que lui adressait, Île 25 juillet 1860, le président de la corporation du collège :
“J'ai donc, Monseigneur, à m'adresser à vous pour avoir * des prêtres et des ecclésiastiques pour composer le corps inté- * rieur et enseignant du collège ; espérant que nous ne serons “ pas déçus dans la confiance que nous reposons en l'appui “ moral de votre respectable clergé et de son digne chef, et à * vous exprimer le regret que la corporation éprouverait de se * voir obligée de recourir à des professeurs laïques ; ce qu’elle “ est déterminée de faire si elle n'obtient pas une réponse favo- ‘* rable de Votre Grandeur .…......….
(Signé) “J. E. TURCOTTE, “ Président de la CO. C. T. R.”
Disons le donc haut et ferme : non seulement la conduite de Mgr Cooke a été raisonnable et conscientieuse ; mais elle fut de plus sage et modérée, et, par dessus tout, souveraine-
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ment courageuse. Voyant que son clergé était hostile au nouveau collège, il ne voulut pas le froisser ni l'irriter inutilement en lui manifestant tout de suite sa décision par un doeument officiel. Il usa de la plus stricte réserve et de la plus grande prudence, pour ne rien dire et ne rien faire qui put blesser ses contradicteurs ou éveiller leurs susceptibilités. Durant les dix années que j'ai travaillé sous sa tutelle et en quelque sorte sous ses regards, j'ai eu maintes fois l’occosion de lui parler de son collège et des luttes que celui-ci avait à soutenir. Bien des fois il m’a donné des paroles d’encouragement et de douce espérance; jamais je ne l'ai entendu se plaindre de ceux qui désapprouvaient ou combattaient son œuvre.
C'est ainsi que par beancoun de douceur, de modération. de patience, il put, petit à patit, amener à son sentiment ceux de ses prêtres qu'aucun préjugé n'aveuglait.
Mais à l'époque dont il s'agit ici, et sur cette question du Collège desTrois-Rivières l’évêque se vit dans un isolement complet. À l'exception de quelques prêtres de sa maison qui, après
lui avoir fait leurs respectueuses représentations, et lui avoir exprimé leur juste sujet de crainte sur le succès d’une telle entreprise, acceptèrent d'assez bonne grâce cet acte d'autorité, à l'exception, dis-je, de ces quelques prêtres, nulautre ne voulut l’'approuver, l’aider ou concourir avec lui dans cette œuvre si importante, et qu'il avait tant à cœur de mener à bonne fin. Personne n'’osait même Jui donner une parole sympathique, un mot d'encouragement. En vérité, il fallut à Mgr Cooke une force d'âme, une énergie et un courage extraordinaire, pour tenter ainsi une entreprise excessivement difficile en soi, et rendue moralement impossible par l'opposition si ardente, si persévérante et si générale qu'on lui faisait. Cette opposition, en entrainant dans le courant commun, même des prêtres qu'aucune affection ou qu'aucun intérêt n’attachait au Séminaire de Nicolet, enlevait à l’évêque le seul appui moral sur lequel il pouvait espérer de compter.
Toutefois, la défiance que lui témoignait son clergé.
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l'éloignement qu'il montrait pour sa personne, l'opposition qu'il. apportait à ses projets, tout cela révélait à l'évêque un wrave désordre qui justifiait pleinement l'attitude qu'il venait de prendre. Tout cela démontrait la nécessité du Néminaire diocésain, et ajoutait aux raisons qu'il avait d'en hâter la fondation. Avec son intelligence perspicace et son tact sûr, Mer Cooke comprit que sou séminaire apporterait remède à cé mal. Alors, il pourrait surveiller lui-même la formation de ses ecclésiastiques à la vie sacerdotale ; il pourrait les suivre pas à pas, les mieux connaître et en être mieux connu. Alors, il pourrait faire passer dans leur cœur, autant que dans leur conscience, cet esprit de famille, cette filiale affection qui fait reconnaître dans l'évêque, un père et un ami plutôt qu’un maître et un dominateur
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