VIIT LES INCIDENTS D'UNE CAMPAGNE
Le 20 juin, à l’occasion de la fête de NS. Louis, les élèves lrent une gentille démonstration en l'honneur de leur nouveau directeur. Le lendemain, les musiciens, les élèves de Philosophie et les acteurs obtinrent la permission d'aller passer leur congé au lac Nt-Paul. La promenade sur l'eau offre toujours un attrait particulier et il semble aussi qu'elle
repose beaucoup mieux des fatigues de l'étude. Ces trois groupes d'élèves s'embarquèrent donc sur trois grandes chaloupes et ce fut une vraie course au clocher. Le vent était favorable et la flotille aborda, de bonne heure, sur la rive droite du lac, dans un endroit très découvert, mais dans le voisinage d’un petit bocage où l’on descendit faire la marmite.
Que l’on juge de la terreur répandue dans nos campagnes par la nouvelle de l'invasion fénienne, par le fait que les quelques personnes qui virent arriver successivement ces trois chaloupes, chargés de prétendus soldats, portant des instruments de toutes sortes, brillant au soleil, crurent aussitot à un parti de féniens qui venaient ravager la campagne ! De là, dans jes fermes voisines, une panique d'autant plus grande, que la plupart des hommes étant loin des habitations. occupés aux travaux des champs, n'avaient nul soupçon des folles terreurs qu'éprouvaient leurs femmes et leurs enfants. et des dangers imminents qui les menaçaient ! Ce qui acheva de mettre le comble à l’épouvante, ce fut quand ces soldats à peine débarqués se réunirent en un:cerele, et se mirent à tirer de leurs instruments des sons comme on n’en avait jamais entendu jusque-là ! Que dire des impressions qu’éprouvèrent ces victimes de la peur, quand elles virent que quelques-uns des plus robustes de cette troupe quittaient leurs camarades et se dirigaient droit à la maison la plus voisine ! Sans doute ils venaient avec les intentions les plus barbares et ils allaient mettre tout à feu et à sang !11........
Nos jeunes gens vont donc frapper à le première porte qu'ils rencontrent, mais personne ne répond et ils constatent que la porte est solidement barrée. À la maison voisine, c'est la même histoire qui se répète. La mystification allait se renouveler à la troisième habitation, quand une vieille demoiselle, plus hardie que ses compagnes, résolut de se poster en sentinelle pour s'assurer des intentions de ces étranges visiteurs. Après tout, se disait-elle, s'ils étaient si malintentionnés, ils auraient bien pu enfoncer ces portes qu'ils ont trouvées barricadées. Tout en faisant ces réflexions, elle re-
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connut le costume des écoliers et parmi eux, Moïse R. fils du propriétaire de la prairie voisine, qu'elle connaissait parfai-
temeut. Dès lors, eile n'eut plus d'objections d'ouvrir et de recevoir avec force politesse les délégués de notre pique-nique. qui lui firent savoir qu'ils désiraient acheter des œufs, du lait, de la crème, etc. pour aller dîner au bord du lac. Elle sempressa de leur procurer ce qu'ils demandaient ; mais, dans sa joie naïve de n'avoir pas eu à traiter avec des ennemis comme elle s'y attendait, elle leur fit part de la peur qu'elle venait d'éprouver et leur dit que c'était 1à la raison pour laquelle 1ls avaient trouvé toutes les maisons fermées!!! Cette aventure, comme on le pense bien, amusa beaucoup nos élèves !!
Pour dédommager ces bonnes gens des terreurs qu'ils leur avaient causées le matin, nos musiciens allèrent, dans l'après-midi, leur faire une sérénade. Ils se rendirent jusque chez M. On. Richard où les attendait M. le directeur.
Après s'être bien amusés et avoir fait résonner, à plusieurs reprises, par l'harmonie de leurs instruments et par le concert de leurs voix les échos du lac St-Paul, nos musiciens ainsi
que leurs compagnons, s'en revinrent en ville enchantés de
leur voyage, et surtout fort heureux de n'avoir pas eu à verser le sang innocent et d'avoir passé pour des ennemis généreux et magnanimes.
La fête de Nt-Jean-Baptiste, en tant que fête patriotique, fut solennisée avec grande pompe par la ville des Trois-Riviëres, le lundi, 25 juin, et la communauté, par sa compagnie de soldat, par son corps de musique et par son chœur de chantres. ne contribua pas peu à donner un grand éclat à la fête. Dans la soirée, il y eut séance académique extraordinaire, présidée par MM. Ph. Brassard, Nap. Caron et Em. Guilbert. Les orateurs qui prirent la parole furent MM. Brassard, Caron, Aiphonse Camirand et George Pager; puis, pour finir, M. le curé Baillargeon, qui avait assisté à cette séance ainsi que tous les autres prêtres de la ville et qui fut prié d'adresser quelques mots aux académiciens avant de se retirer. La fanfare