QUELLE EST LA DATE DE FONDATION
— DU
J'ai dit que l'acte d'incorporation alléguait de faux motifs. Voyons plutôt : “ Attendu qu'il existe dans la cité des Trois- Rivières un collège où l’on enseigne toutes les branches d'une éducation classique complete ”’
On parlait ainsi au commenceinent de l’année 1860.
La session du Parlement pendant laquelle a été passé l’acte d’incorporation du collège s'est ouverte le 18 février 1860. Mais pour justifier une telle allégation, il fallait qu'il existât aux Trois-Rivières, avant 1860, une institution donnant un enseignement classique complet. Cependant il est de notoriété publique qu’un collège classique, constitué comme tel, sur des bases permanentes, avec son programme bien déterminé d’études et son personnel dirigeant et enseignant, n’a commencé à exister qu'au mois de septembre 1860.
Quel était done ce collège qu'on dit exister au mois de février 1860 ? C'était, prétend-on, l'école de latin de Monsieur l'abbé J. O. Bayard, missionnaire de l’Orégon.
Or, cette école n'avait aucun des caractères qui peuvent vonstituer un collège proprement dit, si petits qu’on suppose
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ses commencements. D'abord elle était indépendante du contrôle et de la direction de l’évêque, et ne relevait que de la libre volonté de son" ofesseur. C'était déjà là un défaut que
plus d’un catholiqu. .érieux aurait regardé comme essentiel. :
Ensuite cette école n'offrait aucune garantie de stabilité. Ouverte de la veille, elle pouvait être fermée le lendemain. Non professeur, se trouvant sous la dépendance d’un évêque étranger, n’était qu’en passant aux Trois-Rivières, et pouvait être rappelé dans quelques semaines ou dans quelques mois. comme il arriva en effet.
Enfin M. Bayard se contentait d'enseigner la grammaire française, la grammaire anglaise et la grammaire latine, avec les quelques accessoires quirentrent dans les deux premières classes du cours classique ordinaire. Or, il y a loin de là à un enseignement classique complet, tel qu’affirmé si formellement dans le préambule de l’‘“ acte de constitution. ”
Mais au moins, l’école de Mr Bayard, par son mode d’existence, par ses conditions d'admission, par sa discipline, etc. méritait rigoureusement d’être appelée “ Le Collège des Trois- Rivières.” Car on a prétendu que la corporation de facto s'est organisée dès le mois de septembre 1859 et que c’est elle qui a ouvert l’école du Champ de Mars, et qui l’a placée sous la direction de Monsieur l’abbé J. O. Bayard, en déterminant elle-même les conditions pour y être admis; ce qui aurait donné à cette école le mode d'existence voulu pour être appelée strictement “ Le Collèce des Trois-Rivières.’ Cependant les faits sont là pour démontrer le contraire.
Quelques chefs de famille s'entendent avec un prêtre qui est sans emploi, étranger au diocèse et tout à fait indépendant de la juridiction de l’évêque ; ils conviennent avec lui du prix à payer pour l’enseignement du latin à leurs enfants; ce prix est énorme et n’a rien de commun avec le prix ordinaire des plus grands collèges classiques ; Mr Bayard exige quarante piastres de chacun de ses élèves qui ne sont qu’externes, et il pourrait demander davantage puisqu'il est indépendant de tout contrôle ; ces chefs de famille agissent individuellement,
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chacun pour son propre compte, et l’on voudrait voir dans quelques uns d'entre eux, cette corporation existant de fait dès le mois de septembre 1859, et fondant dès lors le Collège ‘des Trois-Rivières !
En effet, le premier rapport du secrétaire-trésorier de lu corporation au Surintendant de l’Instruction Publique a été fait en juillet 1860, un mois à peine après l’organisation définitive de la corporation, et ce rapport donne, le 19 septembre 1859, pour la date de fondation du collège, et pour fondateurs, les noms des huit citoyens qui, les premiers, formérent la corporation.
Pour le coup, le vieil axiome, ‘ Prits esl esse quam agere, ” s'est trouvé en défaut, puisque la corporation agissait avant d'exister; car la vérité est que la corporation de fait ne s’est organisée que dans les dernières semaines de l’année 1859, et plus probablement au commencement de 1860. Encore cette association n'a-t-elle d’abord agi qu’en vue d'obtenir sa constitution, puis, pour préparer les choses nécessaires à l’ouverture des classes pour l’année scolaire suivante.
Mais il fallait bien soutenir la position prise dans le préambule de l'acte de constitution ; il fallait bien retrouver, au mois de juillet 1860, le collège qu'on avait dit exister, aux Trois-Rivières, au mois de février précédent. Obligation en conséquence de donner à une école privée, élémentaire, indépendante de toute autorité religieuse et civile, un caractère et une importance qu’elle n'avait pas. Maintenant, si l’on examine attentivement les motifs qu'ont pu avoir les braves citoyens qui ont agi de la sorte, on arrive à constater qu’ils cherchaient en cela, avec la meilleure bonne foi du monde, à servir les intérêts d’une institution qu’ils désiraient ardemment voir s'élever aux Trois-Rivières. ‘Ils s'étaient persuadés que le moyen le plus efficace d'obtenir sûrement et promptement la constitution légale du collège, était de s'appuyer sur le fait de son existence, actuelle, et sûr l’encouragement qu'il recevait déjà des citoyens des Trois-Rivières.
En affirmant de nouveau ce fait dans le premier rapport
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cn CDs au Surintendant de l’Instruction Publique, ils plaçaient le Collège des Trois-Rivières dans la condition des institutions qui recevaient un octroi du gouvernement et ils lui assuraient l'aide des deniers publics dès la première année.
Mais, quels qu'aient été les motifs qui ont porté les membres de la corporation à user de ces moyens, il appartient à l'histoire impartiale de rétablir les faits dans leur pleine et entière vérité.
Ainsi, au mois de février 1860, l’école de Mr Bayard était moins le Collège des Trois-Rivières que ne l'était, dans le même temps, l'institution des Frères des Ecoles Chrétiennes. Elle ne l'était pas plus que ne l'avait été antérieurement l'ecole de Mr G. Talbot, ou l’école de tel médecin, notaire ou autre qui avait donné des leçons de latin à ses enfants. Elle l'était moins que l'académie indépendante tenue par Mr Lawler, puisque cette dernière fut annexée au collège pour la partie commerciale et industrielle du cours ; et cependant on ne s’est jamais avisé de faire remonter l’origine du Collège à l'école de Mr Lawler, laquelle du reste, comme celle de Mr Bayard, n’était controlée que par la libre volonté de son professeur. Toutes ces différentes écoles fournirent plus tard des sujets au nouveau collège, mais aucune n’a pu lui passer une tradition, aucune ne donnait un enseignement classique complet, aueune ne pouvait être ‘ Le Collège des Trois-Rivières.”
Mais enfin quelle était donc, au mois de février 1860, la condition d'existence du Collège des Trois-Rivières ? [l devait exister de quelque manière, puisqu'on en demandait l'ixcorporation. Or, il n'existait pas comme corps d'enseignement classique, ni comme corps politique. Il existait cependant, mais plutôt en puissance qu'en acte. La parole féconde de l’évèque qui avait promis de pourvoir lui-même uu personnel des directeurs et des professeurs, embrassait son existence jusqu dans ses derniers développements. Il existait encore en puissance dans cette corporation de facto, dans cette organisation conventionnelle que formèrent, à la fin de l’année 1859, quelques citoyens dans le but de se faire éncorporer.
Ainsi, à proprement parler, c’est l'acte du 19 mai 1860
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qui a donné au Collège des Trois-Rivières son existence cor porelle et physique, laquelle n’est devenue parfaite que le 4 juin suivant, jour de la première réunion des membres de la corporation du dit Collège. En effet, ce ne fut qu’à cette première réunion qu'on distingua la tête des membres et que chacun de ceux-ci fut mis à sa place; en d’autres termes, ce ne fut que le 4 juin que la corporation choisit son président et son secrétaire-trésorier et qu’ainsi définitivement constituée, elle put commencer à agir. Désormais donc, nous allons la voir à l’œuvre.
Son président, Mr Turcotte s'adresse au Gouvernement à l'effet d'obtenir les ‘ Casernes et le Platon” pour l’usage de la nouvelle communauté. Il s'adresse à Mgr Cooke, par une lettre en date du 25 juillet 1860, pour avoir un directeur et des professeurs. Le secrétaire-trésorier, M. Petrus Hubert, ouvre ses livres de comptes et commence ses entrées avec le même mois de juillet 1860.
Mais cette corporation n’a encore, pour ainsi dire, qu’une vie toute matérielle qui ne lui permet pas d'appliquer son action à autre chose qu’à la préparation du matériel nécessaire pour l'ouverture prochaine des classes.
À l’évêque seul il appartient de donner à ce corps une âme et un cœur, en y adjoignant les éléments nécessaires à la direction morale et intellectuelle, en pourvoyant à la formation des intelligences par de bons professeurs et à la formation des volontés et des cœurs par de saints et zélés directeurs. Or cette action de l’évêque, promise depuis plusieurs mois, formellement annoncée le 6 août 1860, dans une lettre de Mer Cooke à M. Turcotte, n'apparait au jour que le cinq septembre 1860.
C’est donc à dater de ce jour seulement que le Collège des Trois-Rivières a commencé à vivre de sa vie principale et essentielle, de la vie de l’âme, de la vie de l'intelligence et du cœur. Done ceux-là ont eu raison qui, sans avoir discuté tous ces faits, sans avoir consulté aucun document authentique, par le seul instinct de la vérité, ont fixé le cinq septembre
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mil huit cent soixante pour la date de “ Fondation du Collège des Trois-Rivières. ”’
Pour achever d'édifier mes lecteurs sur cette question de la date de fondation du Collège des Trois-Rivières, il ne me reste plus qu'à invoquer le témoignage de M. Petrus Hubert lui-même. Je suis d'autant plus heureux de citer ce témoignage, que M. Hubert a peut-être été, (sans s’en douter cependant, la citation suivante en fait foi,) le principal auteur des erreurs qui se sont introduites touchant la fondation du Collève, Voici done ce que je lis dans la copie autographe de son apport au Surintendant de l’'Instruction Publique, en date du 15 juillet 1862: ‘ Nous espérons que le Département, con- “ sidérant le succès de ces deux premières années de notre Insti- “ tution Collégiale et les sacrifices faits pour la mettre sur un + pied respectable ””........,..
Au mois de juillet 1862, le Collège n’a que deux ans d'existence. Donc sa date de fondation est le cinq septembre 1860, et non le 19 septembre 1859; car, alors M. Hubert lui aurait donné trois ans d'existence.
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