‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 13 sur 84 · II. ToPOCrRAPHIE DE LA MAISON · texte numérisé non relu

II. ToPOCrRAPHIE DE LA MAISON

Les élèves étant arrivés, il convient de i'aire tout de suite avec eux une visite générale de la maison. Pour y entrer, on a le choix entre trois portes. L'usage en consacrera une pour les serviteurs, c'est celle de gauche ; une autre pour les élèves, celle de droite ; mais la porte principale, la grande porte du milieu sera spécialement réservée à l'usage; des professeurs, des parents des élèves et des visiteurs.

Si nous entrons par cette dernière, nous nous trouvons dans un vestibule d'environ dix pieds carrés, (a)

A. gauche et longeant le mur extérieur est h? pied d'un escalier qui conduit au second étage. A quelques pas de l'escalier, est une porte (]ui donne sur un petit corridor, lequel al)outit à une pièce d'une' quinzaine ch' pieds carrés ; cett«* ehanibre (jui occupe l'angle e.st du l)àtinient et qui a une

(il) Voir plaiiclic .\. I,cs lit;nt's m [u-tits |K)ints iiicli<iti.'nt (l'aniii-nne.s divisions qu'on a siipprijaccs-. ii's li^inrs en ju^titis lianes iiianiiKiit «les divisions

l"ait<!K sons le régime collégial.

Phîiche A

porte exti'n-it'urc s.'ivira ilc cuisino. Tout à côté, entre cette pièce et le vestibule est un petit cabinet parfaitement approprié aux besoins de la cuisine comme décharge ou dépense. Droit en " ùice de la dépense, on ouvre une porte qui donne accès sur la meilleure chambre de la maison. Cette chambre qui a vingt-quatre pieds sur dix-huit, est éclairée par trois grands châssis dont deux ont vue sur le fleuve, l'autre regarde le sud-ouest. On remarque sur la cheminée, des pilastres en relief et autour du plafond court une petite corniche ; ce luxe de décor c^ui contraste avec la simplicité rustique des autres appartements, indic|ue assez que ce devait être autrefois la chambre principale de la maison ou le salon de cérémonie. Les autorités collégiales en feront d'abord leur parloir ou salle de réunion ; mais dès la seconde année, le réfectoire y sera placé et il y restera ensuite jusc^u'au départ de la Communauté. Attenante à cette chambre, la tourelle sud en forme une autre à peu près carrée de douze pieds de côté. Cette chambre communiquant avec le salon, devait autrefois serA'ir de chambre à coucher. Sa proximité de la cuisine la destinait naturellement à Ttisage des servantes.

En revenant sur nos pas, nous ouvrons à gauche une porte donnant sur une bonne chambre de vingt-quatre pieds sttr vingt-et-un. Cependant elle a le défaut de n'être éclairée qtt<' par une seule fenêtre. C'est ici que les directeur*: dti Collège placèrent d'abord le réfectoire, mais dès la seconde année, cette pièce fut réunie à sa voisine pour devenir la salle de récréation. Dans l'embrasure de la porte par laqtielle les élèves entraient au réfectoire la première année, on plaça tme armoire pour les jeux, quand cette chambre devint partie de la salle de récréation.

En sortant par cette porte pour continuer notre visite, nous nous trouvons dans une pièce longue et étroite, ayant une porte extérieure et une fenêtre. Cette espèce d'antichambre servira de salle d'attente et les élèves externes s'y réuniront avant les classes. C'est dans cette pièce que fut d'abord placée la chambrette dtt portier, lacjuelle en 1864 fit place à tme chambre un peu plus grande pour serA'ir de parloir. Vis-à-vis

de la porte d'entrée de cette antichambre est celle d'une grande salle éclairée par deux fenêtres et communiquant par l'angle ouest avec la chambre de la tourelle. Cet appartement fut d'abord à l'usage de M. Lawler, pour son école commerciale, mais dès la seconde année, la première pièce devint partie intégrante de la salle de récréation, la seconde fut employée comme classe. Enfin à droite de l'antichambre, au pied d'un escalier qui monte au second étage, est la porte d'une chambre presque carrée, de vingt-deux pieds sur vingt, éclairée par deux fenêtres au nord-est. Cette chambre avec sa voisine un peu plus petite cjui la tient par le côté sud-ouest sm-viront presque toujours de classes. La première année, les élèves internes y prenaient aussi leur récréation. Dans la se- <-onde de ces deux chambres, il y a deux ouvertures à la hauteur ordin"aire des châssis, mais l'une de ces ouvertures est fermée par une porte pleine en bois qui rend cette chambre littéralement borgne. Au reste, on ne A'oit rien là qui puisse justiii'^- uni' pareille disposition ; il n'y i pas de degrés à rintérii'ur. ni d'escalier à l'extérieur pour ^ ier accès à cette porte. Pendant les vacances de 18G2, on remplaça cette étrange porte par un bon (châssis.

]']n revenant sur nos pas, nous heurtons le pied d'un escalier que nous pourrions prendre pour monter au second étage ; car notre visite au premier est Unit". Passons outre cependant et montons au second par l'escalier du vestibule. Cet escalier, comme du reste, tous ceux de cette antique maison, est très-raide. Nous escaladons quelques degrés et nous arrivons sur une plate-forme de six pieds carrés, entourée de portes sur trois de ses côtés, (a)

A gauche et longeant l'escalier même est un petit c;d)inct destiné à la bibliothèqtie, A côté delà bibliothèque «'st la chambre de l'angle est, qui servira tantôt de chambre ymvée, tantôt de classe. Elle est bien éclairée par deux fenêtres donnant au nord-est. Tout à côté de la porte de cette chambre, est celle de l'escalier qui conduit aux lieux d'ai-

(u) Voir planclic' B. Los lignes en points inuniuent les divisions iniiniti-

ves : ifS lignes on b'vnes - - - maniuent les divisions modernes.

saïK'o, à l'usago des prêtres et des professeurs. l*]ii iïice de la porte de la bibliothèque» et à angle droit avec- la précédente^ est celle d'une bonne chanihre ayant vue sur le fleuve par deux fenêtres. Ce sera i(,'i le logement du directeur et c'est à bon droit ; car c'est, sans contredit, la meilleure chambrer de la maison quant à sa position et au confort qu'elle peutoli'rir après les réparations convenables. Elle a de plus l'avantage d'être attenante à une chambre à coucher, qui occupe l'angle sud et qui est éclairée par une fenêtre au sud-ouest.

En sortant de la chambre du directeur, nous trouvons à gauche la cinquième et dernière \>0Yte mentionnée plus haut comme entourant la plate-forme de l'escalier. Elle ouvre sur une salle assez vaste de forme irrégulière et occupant toute la largeur de l'édifice sur une longueur de vingtquatre pieds environ. Cette chambre est éclairée par deux fenêtres au sud-ouest et deux au nord-est. Ce sera ici la salle d'étude qui gardera ces proportions, la première et la seconde année ; mais il faudra l'agrandir ensuite dc^ plus de vingt pieds, pour répondre aux besoins des nouveaux élèves.

A côté de la salle d'étude est une p)ièce presque carrée, dans laquelle arrive l'escalier cjui vient du premier et d'où part celui qui monte à la mansarde. Cette pièce n'a que juste les dimensions nécessaires pour permettre l'abord aux quatre chambres qui entourent l'escalier, la salle d'étude en face, une grande chambre en arrière et deux autres «plus petites à droite'de l'escalier. La première de ces deux dernières chambres sera plus tard enclavée dans la salle d'étude, mais eu attendant, elle sera réunie à sa voisine pour servir de dortoir ; la seconde ayant son exposition au nord-ouest, du côté de la ville, droit en face de la rue Alexandre est une bonne pièce qui, après avoir servi de dortoir deux ans, sera ensuite successivement classe ou chambre x^rivée. M. .T. N. Héroux s'y préparera eu 1864 un logement assez confortable.

Le dortoir originairement formé par ces deux chambres, eut sa cellule du surveillant dans la tourelle ouest. Cette dernière servait en même temps de chambre à coucher pour le

maitre de salle. Plus tard, on eu fera uue classe ou une chambre privée, selon le besoin et les circonstances.

Enfin cette grande chambre que vous voyez derrière l'escalier,qui a une porte très-basse et dont le planclier est de huit pouces au-dessous du niveau du reste de cet étage, sera successivement et quelque fois simultanément classe et chambre privée, dortoir et salle de musique, etc, etc. Elle est éclairée par trois fenêtres, deux grandes au nord-est, et une petite au nord-ouest.

En sortant de cette pièce, nous avons à gauche, l'escalier unique qui conduit à la mansarde. A l'ouverture des classes, la première année, nous trouvons cette mansarde divisée en deux grandes chambres à peu près d'égale dimension. La ])orte de la première se trouve en face de l'escalier, à environ trois pieds de la rampe; on arrive à la seconde j)ar un petit corridor à gauche de l'escalier (a). Les chambrettes des surveillants y furent placées quelques jours après l'entrée des élèves. Quatre lu(>arnes au nord-est, trois ar sud-ouest et quatre petits châssis dans les pignons donnent hi lumière dans ces deux chambres dont ou ne va faire qu'une seule pour servir toujours de dortoir. Son nom sera le grand dortoir ou le dortoir St-.Toseph.

Pour <'ompléter la visite de la maison, il faudrait faire une descente à la cave. Il est réellement fort intéressant de visiter cette partie du bâtiment ; car, ce n'est pas une cave ordinaire, uniquement destinée à recevoir des légumes ou à garder d(\s provisions de bouche ; c'est une véritable prison.

Personni^ n'ignore que chacun des châteaux du moyen âge avait son cachot. Comme dernier cachet de son antique origine, la vieille résidence des anciens gouverneurs desTrois- Rivières a, elle aussi, sa prison. Et quelle prison? Il faut voir ces murs solides et épais, élevés en pierres brutes, qui séparent chacune des loges dans lesquelles séjournèrent peutêtre autrefois quelques grands criminels. Ce qu'il y a de bien

(îi) Voir pliiMclie C. Les lignes dift'érenciécs on points et banos ont la même sij^nitiiation que- dans les iilanclics précédontos.

C'oi'tain, c'est qu'au tomps du .séjour des soldats anglais, plus d'un délinquant y alla expier, dans le silence et la méditation, ses fredaines ou ses manquements à la discipline. On lit encore, en plusieurs endroits, sur le« parois des murs, avec la date de leur entrée et celle de leur sortie, les noms de quelques-uns do ces malheureux que la rigueur des lois militaires condamnait ainsi à la détention.

Qui sait, si parmi les nouveaux habitants du vieux manoir, il ne s'en trouvera pas quelques-uns qui mériteront d'y aller passer quelques heures de retenue ? Afin de les pénétrer d'une crainte salutaire, je les invite à me suivre dans ces sombres souterrains. Pour cette fois, nous allons nous munir d'une bonne lanterne qui dissipera l'obscurité de ces lieux.

Nou.? descendons à la cave ï)ar une rampe extérieure placée au côté sud de l'édifice. Cette rampe est fermée pa.r une porte en deux volets. Au pied de la rampe s'ouvre également en deux volets, la porte de cette fameuse cave qui a une hauteur de neuf pieds et est partagée dans toute sa longueur par un fort mur en cailloux bruts. Ce mur est croisé par deux murs transversaux qui partagent le côté droit de la cave en trois compartiments. Le premier ayant environ vingt pieds, le second trente, le troisième vingt. Le côté gauche est partagé en cinq cellules, séparées entre elles par de gros murs. Trois de ces cellules seulement recevaient un raj^on de lumière arrivant par de petits soupiraux de six pouces de large sur douze pouces de haut.

Toutes ces cellules sont fermées par d'énormes portes, munies de forts verroux auxquels viennent s'adapter de gros cadenas. Pour arriver aux dernières cellules, il faut ouvrir trois de ces portes ainsi verrouillées et barrées.

Mais voyons donc l'usage c|u'ont pu faire, de cette cave, les autorités collégiales. Eien de plus commode et de mieux adapté aux besoins multiples et variés d'un pensionnat.

Le premier compartiment à l'entrée fut destiné à servir de dépôt général pour les provisions de bouche. La première cellule à gauche fut convertie en cellier, la seconde servit de

glacière. Quant aux autres cellules, les uues furent employées pour les bagages, les autres pour les légumes, etc, etc.

Telle était la maison dans laquelle on allait placer le berceau de l'intéressante communauté du Collège des Trois-Rivières. Telles étaient les casernes quand, en 1860, la nouvelle famille vint s'y installer.

Mais il n'y avait pas à se le dissimuler, cet édifice malgré ses proportions assez grandes et ses divisions assez nombreuses, était loin d'offrir le confort désirable et les dispositions riofoureusement propres à répondre aux besoins d'une communauté d'une centaine d'élèves, telle qu'elle fut composée, dès la première année.

Ce ne fut donc pas sans une certaine répugnance, et sans faire violence à l'amour-propre, que les premiers directeurs et professeurs durent renoncer au séjour si agréable de la cure des Trois-Rivières.et du Séminaire de Nicolet, pour venir se renfermer dans cette A'ieille baraque, comme on l'appelait alors dans les documents ofiiciels du gouvernement. Les élèves euxmêmes durent faire acte d'abnégation et de sacrifice, pour quitter les splendides maisons de Nicolet et des Jésuites à Montréal, etc, etc, pour venir y prendre logement.

Cependant, en dépit de la grossièreté de son architecture, de l'apparence excessivement rustique de ses murs, de ses plafonds, de ses cloisons, etc ; malgré les sacrifices qu'ontdû faire, dans leur goût et leur bien-être, les nouveaux habitants de ce triste séjour, tous en ont gardé un bon souvenir ; tous lui sont restés attachés de cœur.

On me pardonnera donc, je l'espère, le soin si minutieux avec lequel j'ai voulu faire la visite du vieux château des anciens gouverneurs des Trois-Rivières, devenu, par une disposition toute providentielle, le berceau du Collège des Trois- E-ivières. J'ai voulu laisser aux nombreux élèves qui l'ont fréquenté, durant les quatorze années que la communauté y a passé, un souA^enir des moindres détails de son intérieur. J'ai voulu, en quelque sorte, conserver à l'histoire, chacune des

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