J- E. PANNETON, PTRE
1er Supérieur du CoUège des Trois-Rivières
Monseignenr insistant lui dit: — " J'attends uno réponse prochaine de M. N* ; allez au moins faire l'entrée des élèves <'t présider à l'organisation des classes."
Il en coûtait beaucoup à M. Panneton d'accepter une position aussi délicate et aussi difRcile. Il craignait, non sans raisons, que la charge ne lui restât sur les épaules. Il fut fortement tenté de répondre par un refus net et absolu aux instances de Mgr Cooke, et de se soustraire, par ce moyen facile, à une responsabilité qu'il redoutait. Mais, sur les con* seils de M. Toupin, (a) alors curé d'office à la cathédrale des Trois-Ivirières, M. Panneton qui reposait une grande confiance en la sagesse de ce confrère, ne crut pas devoir s'opposer obstinément aux vues de son évéque, et, par son refus d'aller pour c[uelc[ue temps présider à la direction du Collège, ajouter de nouveaux embarras à ceux que Sa Grandeur avait rencontrés jusque là. Il voulut cependant hasarder encore quelques observations, s'excuser sur son inexpérience et sur son incapacité " — Allez," lui. dit Monseigneur, "Je vous aiderai de
ma protection et de mes conseils, et tout ira bien. "
Le Directeur était nommé et c'était l'homme de la Providence. Prêtre pieux et ami de l'étude, prudent et zélé, ferme et doux, bienveillant et poli, M. Panneton réunissait en sa personne toutes les qualités que doit posséder un directeur de Séminaire, et j)articulièrement celui c[ui est appelé à diriger les commencements d'une maison.
Ayant à traiter des affaires avec les supérieurs ecclésiastique» et les autorités civiles, les parents des élèves, les professeurs et les régents, les élèves et les serviteurs, il lui faut se faire tout à tous et être doué d'un tact infiniment délicat pour
(a) M. Toupin, que sa position de curé d'office mettait paifaitement en état de juger des besoins de la population trifluvienne, fut le premier ù seconder son évoque dans cette délicate cjuestion du Collège des Trois-Rivières. Quoique sincèrement attaché au Séminaire de Nicolet, il trouvait déloyale et injuste l'opposition qu'on faisait au nouveau collège. Son noble ctBur avait été vivement touché des tracasseries et des misères que Mgr Cooke avait subies à propos de cette atfaire ; et quand il vit, par dessus tout, les difficultés que Ha Grandeur rencontrait pour trouver un directeur, il n'hésita }ia,^ à conseiller fortement à M. Panneton de se rendre aux désirs de Monseigneur. Le Bon Dieu, disait^il à son confrère, agréera votre sacrifice et récompensera votre obéi.s- «ance, en vous faisant bientôt goûter ses consolations dans votre nou^•elle charge.
pouvoir passer à travers les mille et mille difficultés d'une administration aussi importante dans son objet, que variée dans ses détails.
M. Panneton sut répondre si parfaitement à la confiance de son évêque, qu'au bout de quelques jours, Mgr Cooke le confirmait dans ses fonctions et le nommait définitivement " Directeur du Collège des Trois-Rivières." Il lui rendait, eu outre, un témoignage flatteur, en disant, que les choses ayant été si heureusement mises en marche, dès le commencement, ne manqueraient pas d'être aussi habilement conduites dans l'avenir
C'est ce que constateront, cinq ans plus tard, tous les membres de la Corporation, anciens et nouveaux. Dans un document officiel, ils proclameront solennellement " qu'ils •' sont redevables à M. Panneton des succès du Collège des " Ïrois-Rivières ; cjue c'est à son habile direction qu'ils doivent " l'avantage et l'honneur de pouvoir le classer parmi les pre- " mières maisons d'éducation du paj'^s ; que dans l'œuvre de ■' la fondation de linstitution, c'est justice de joindre le nom " de Messire .T. E. Panneton à ceux de Mgr. Cooke et de M. '' .T. E. Turcotte, (livre des délibérations pages 12-13)
Si l'on désire un témoignage encore plus désintéressé, et plus général du mérite et de l'habilité de M. Panneton, on le trouvera dans le concert unanime de louanges que lui décerneront tous ceux qui auront des rapports intimes avec lui. Et ces louanges auront leur prim-ipe dans les sentiments profonds de respect, d'estime et d'afiection dont l'entourèrent toujours et professeurs et élèves ; comme aussi dans les souvenirs de paternelle bonté et de sympathique intérêt qu'il laissera dans le cœur de tous ceux qui auront l'avantage de passer sous son administration. Ce concert universel de louanges est la preuve la plus manifeste de l'action providentielle dans le choix qui fut fait de lui comme premier directeur. Aussi, on ne tarda pas à remarquer que, comme r Honorable M. Turcotte, il portait lui aussi le nom du patron et du protecteur de l'Institution, le nom du bon S. Joseph.
La nomination de M. Panneton à la charge de directeur fut particulièrement agréable à tous les ecclésiastiques appelés à professer dans le nouveau Collège. Les rapports de confraternité et d'intimité qui avaient existé autrefois entre eux et lui, devaient naturellement se renouer et se resserrer davantage, maintenant qu'ils étaient appelés à travailler tous à la même œuvre. La confiance et l'aflectiou mutuelle que s'étaient montrées autrefois le maître de salle et ses subordonnés, devaient bientôt faire du directeur et des professeurs du nouveau Collège un seul cœur et une seule âme. (a)
Ceux donc qui ont été surpris de la vigueur qu'a prise, dès ses commencements la nouvelle institution ; qui ont été peut-être encore plus étonnés de l'intérêt et de l'affection que lui portèrent, dès les premiers jours, ceux qui étaient venus y travailler avec des sentiments hostiles ; qui se sont scandalisés du bonheur même que les professeurs parurent aussitôt y goûter dans une vie pleine d'abnégation et de sacrifices, trouveront ici une explication à cet étrange phénomène. Sans doute, le doigt de la Providence était là. Elle seule, avait pu, en un jour, changer ainsi les cœurs et les volontés ; mais comme Elle avait bien disposé toutes choses pour arriver doucement à ce but ! siiaviler etfortiter.
C'était Elle qui avait voulu que le Directeur fût personnellement connu de tous ses aides et coo^^érateurs et qu'il retrouvât dans chacun d'eux, non seulement un inférieur obéissant et soumis, mais encore un frère tendre et dévoué. C'était encore Elle qui avait voulu que les six premiers ecclésiastiques, appelés à travailler dans le nouveau Collège des Trois-Rivières, fussent six confrères et amis. En efi'et, ils appartenaient à deux classes qui se suivaient, et ils avaient fait leur philosophie intellectuelle ensemble.
(a) L'extrait suivant d'une lettre adressée à Messieurs L. S. Rheault et Ls.
Richard en fait foi : Séminaire de Nicolet 21 Nov. 1860 Je ne dois pas finir sans
vous dire un mot de Mr. votre Directeur, homme plaisant, homme aimable s"il en fut jamais. Ce matin, j'ai été honoré de sa visite, il m'a présenté vos saints que j'ai acceptés avec le plus grand plaisir, et il ma parlé de ses chers amis qu'il estime d'une manière toute particulière et quïl honore de toute sa confiance. Je suis heureux pour vous en considérant que vous avez une aussi large part dans sou affection
La Providence, disons-nous, voulut réaliser pour eux cette parole du prophète : " Qu'il est bon, qu'il est agréable pour des frères d'habiter ensemble " ! Quam bonum et quam jucimduw hnhiio.re fratres in vjiiim !
II — Organisation GtÉnérale.
Aussitôt cjue M. Panneton fut nommé directeur, il s'occupa de l'organisation des classes. A cette fin, il réunit les cinc] ecclésiastiques présents au Collège, leur donna ses instructions, assigna à chacun son poste et leur fit connaître le détail de leurs fonctions et attributions respectives.
M. Théode L. de Lottinville fut nommé maître de salle. M. Louis Sévérin Rheault, professeur de Versification. M. Alfred Smith, professeur de Méthode.
M. Louis Richard, professeur de Syntaxe. M. J. Bte Marcotte, professeur des Eléments-
A cette même réunion du " Conseil, " on s'occupa aussi de la question de faire venir un nouvel ecclésiastique pour l'enseignement des Belles-Lettres ; car il s'était présenté troi.s /'lèves pour cette classe et M. Panneton qui, d'abord avait pensé à s'en charger lui-même, comprit bientôt qu'il aurait assez à faire que d'exercer une surveillance générale et attentive sur toutes les classes, et de remplir sa charge de directeur. Sur l'avis du " Conseil, " M. Louis Pothier, ecclésiastique de troisième année fut prévenu, par ordre de Mgr Cooke, de venir immédiatement, avec armes et bagages, au Collège des Trois-lvivières pour y professer les Belles-Lettres. La nomination de M. Pothier complétait le personnel des professeurs ecclésiastiques, tel qu'il fut constitué la première année.
Cependant à cette liste des professeurs, il faut encore joindre le nom de M. G. W. Lawler, laïque protestant et professeur d'une académie indépendante, qui fut chargé de la lecture anglaise au cours latin. Enfin M. Elisée Panneton,
avoLnit, om-aiiiste do la cathédrale, fut char'i'c do reiiseiiiMioment de la musique (piano).
Indépendamment des dispositions relatives aux classes, il restait maints autres détails de surveillance qui furent réglés comme suit : M. Lottin ville, j^remier rég'ent, eut pour assistants MM. Pothier, llheault, Smith, et liichard qui eurent à exercer alternativement, chacun pendant une semaine, les fonctions de second régent, etc.
Les études du matin et du soir, pour chaque jour de la semaine, furent partagées entre le premier régent et les trois professeurs de Versification, de Méthode et de Syntaxe ; eu sorte que M. E-heault eut les études du lundi et du jeudi, M. Smith celles du mardi et du vendredi, M. Richard celles du mercredi et du samedi. M. Pothier ent une heure d'étude à faire, tous les jours, avant la classe de l'après-midi. M. Marcotte ayant une classe très nombreuse, n'eut qu'une heure d'étude à faire le dimanche, de plus, il fut exempt de la salle.
MM. Smith et Marcotte furent chargés de la surveillance du dortoir de la mansarde de laquelle ou fit bientôt un seul logement, en enlevant la cloison qui la divisait, et eu supprimant le petit corridor qui conduisait de l'escalier à la seconde chambre, (voir planche C). M. Richard eut la surveillance du dortoir, voisin de la salle d'étude, et M. Pothier finit lui aussi par avoir une dizaine d'élèves pour compagnons dans la chambre vis-à-vis de l'étude, à l'angle nord-est de la maison. MM. Lottiuville et Rheault n'eurent pas de dortoir et prirent leur chambre à coucher, ainsi que M. Richard, dans la tourelle ouest, second étage.
Le dix septembre, lundi de la première grande semaine, M. Pothier s'installait dans la classe de Belles-Lettres, chambre du second étage ci-dessus désignée, avec trois élèves.
M. Rheault, avec onze élèves en Troisième, occupa pendant quelques jours, la chambre voisine de la précédente et donnant sur la cour de récréation.
M. Smith, professeur de Méthode avec quatorze élèves, eut la chambre au-dessus de la cuisine.
M. Eicliard, professeur de Syntaxe avec treize élèves, eut la chambre mitoyenne du premier étage, donnant sur la cour de récréation,
M. J.-B. Marcotte, ayant cinquante-quatre élèves en Eléments, occupa pendant quelques jours, la chambre de l'angle nord au pied de l'escalier, 1er étag'e.
Cette disposition des classes fut modifiée au bout de quelques jours ; car les membres de la Corporation voyant déjà les élèves à l'étroit dans les vieilles Casernes, firent faire des réparations dans le petit bâtiment avoisinant (vulgô château bleu), pour la mettre à la disposition des classes.
Quand ces travaux furent terminés, on y installa les élémentaires qui se trouA'aient trop à l'étroit dans la chambre de l'angle nord. La classe de Troisième vint remplacer celle des éléments dans cette dernière chambre, et l'on réunit la pièce qu'avait occupée la Troisième, à la chambre voisine, pour en faire un seul et même dortoir.
M. Lawler avait, pour son école, l'usage de la chambre placée entre le réfertoire et la classe de syntaxe. Il occupait aussi la chambre de l'angle ouest. Cinq élèves pensionnaires suivirent son école durant cette première année.
Ainsi, au commencement de la première semaine, tous les détails de direction, de surveillance et d'enseignement étaient complétés. Dès lors, les affaires collégiales prenaient leur marche régulière, et désormais les exercices d'une journée se répéteront à peu près les mêmes tous les jours de l'année, et l'histoire n'a plus qu'à noter les petits incidents qui viennent, de temps à autre, briser la monotonie de la vie de communauté et apporter quelc^ue variété aux exercices quotidiens.