IV. — Menu des repas
^ A six heures et demie, on va prendre le souper pour lequel il est accordé une demi-heure. Il n'y a pas, sur la table des pensionnaires, cette variété de mets que l'on voit dans les repas d'apparat et qui font la joie des gourmands.
Un ou deux lui'l.s apprêtés avec soin et propreté et servis eu quantité sullisante, constituent le plus ordinairement le menu des r(>pas.
Cependant, pour être juste, il faut dire qu'au diner, il y a de plus, un potag-e tous les jours et un dessert trois fois par semaine. Au souper, même dans une institution née d'hier, on r 'trouve le fameux hachis traditionnel, met classique par excellence, dans la préparation duquel, toute cuisinière de collège doit exceller sous peine de ne pouvoir conserver sa place.
Ici nait tout naturellement l'à-propos de répondre à une quL\stion qui m'a été faite bien des fois, qui a été maintes fois résolue ; mais qu'on réitère encore tous les jours : Pourquoi, dans nos collèges en général, la pension n'estelle pas plus riche ? le menu des repas plus varié? D'abord, il faut remarquer que la pansion est eu rapport avec les prix demandés ; mais les prix sont modiqu3S, parcequ'il est acquis à l'expérience et prouvé par maintes autorités que les travaux de l'intelligence s'allient parfaitement bien avec une vie frugal'e et un régime sévère ; tandis qu'au contraire, toutes les délicatesses accordées à la nature, le sont toujours au détriment des facultés intellectuelles.
Nos pensionnaires sachant cela, mangent de bon appétit ce qui leur est servi, sans s'inquiéter de ce qu'on aurait pu leur servir de mieux. Quelquefois cependant, de jeunes enfants, se rappelant les petites gourmandises qu'ils se permettaient autrefois à la maison paternelle, et les petits caprices auxquels se prêtaienr trop facilement leurs bonnes mères, sont tentés de m^irmurer et de se plaindre. Tantôt la soupe sera trop grassi\ le bouilli trop maigre, le thé pas assez sucré, etc. Mais kl raison finissant par triompher du caprice et de la répugnance, ils trouvent c[u'apres tout il faut mieux fortifier leur estomac avec des mets substantiels et sains, que de flatter leur palais avec des bonbons et des sucreries. Pour finir le repas, on lit un nombre de l'imitation de Jésus-Christ.
A sept heures, les élèves sont en ré.'réation. Ils sont
généralement tons actifs et joyeux. Mais on en remarque quelques-uns qui attirent invariablement autour d'eux toute la troupe des rieurs. C'^ sont Edmond L. Philippe N. et surtout Daniel L. Ce dernier est surnommé Co/«/s, à cause de sa laideur, mais il est plein d'esprit et de talents. M. Rlieault trouA^e un plaisir charmant à l'agacer, à cause des reparties fines et des bons mots souvent très-heureux c[ui coulent, comme de source, de ce cerveau en apparence si mal conformé. Mais il arrive quelquefois cjue ces farceurs, après s'être oubliés durant l'étude ou la prière, sont en retenue durant la récréation ; alors il n'y a presque plus de bruit. Tous les élèves c[ui ont coutume de s'amuser si joyeusement avec eux, passent leur récréation, mornes et silencieux, partageant ainsi la peine de leurs amis. Edmond et Daniel qui ont bon cœur, voyant cela, se promettent bien d'être sages à l'avenir, mais leurs promesses et leurs résolutions se ressentent, malgré tout, de la légèreté de leur caractère, et il leur arrive encore assez souvent de ces accidents qui provoc[uent des punitions ou des retenues plus ou moins longues.