APPRÉCIATION GÉNÉRALE
b^S ÉVÉNEMENTS DE LA PREMIÈRE ANNÉE, AU POINT DE VUE INTELLECTUEL, MORAL ET MATÉRIEL
Parmi cette nombreuse jeunesse qui, dès la première année, afflua au nouveau Collège, on ne tarda pas à remarquer des talents supérieurs et des intellig-ences d'élite sur lesquels on pouvait légitimement fonder les plus belles espérances.
Magloire McLeod, devenu plus tard, fondateur et rédacteur du " Journal des Trois-Rivières ", révélait dès lors son talent pour parler et pour écrire. Lucien Turcotte qui est mort professeur de droit romain à l'Université- Laval, montrait déjà de ces élans et de ces originalités heureuses qui firent plus tard son succès. Chs. Dumoulin, Em. Dupont, Elp. Crodin, Em. (ruilbert, élèves sérieux et appliqués, étaient moins avancés que McLeod et Turcotte ; mais ils ne leur cédaient en rien sous le rapport de l'intelligence et des dispositions pour la parole et la composition. A ces noms déjà bien connus du public et surtout des anciens élèves, nous pourrions en ajouter une foule d'autres qui, à l'heure venue, surent se faire dans la société des positions fort honorables. Frs. Turcotte, Eph. Dufresne, Ed. Badeaux, Em. Crervais, Zot. Rousseau, Edm. Panneton, Uld. Tessier, Alf Larue, Ls. Garceau, .1. Bureau, Ph, Guillet, René Dupont, Ad. Lord, Félix (rendron, 01. Neaull, Ep. Dusseault, Eph. Nobert, M. Rheault.
J. Hardy, Oust. Turcotte, Narc. Martel, Nar. (lélinas, F. X-. (lauthier, et beaucoup d'autres encore étaient des élèves bien doués et capables d'élever leurs classes respectives k un niveau très-fort.
Mais si, d'un côté, le Directeur avait trouvé dans le petit champ confié à ses soins, des endroits excessivement fertiles et qui promettaient de produire les plus beaux fruits ; de l'autre, il ne fut pas lent à constater que quelques rares parties étaient plus propres aux mauvaises plantes qu'aux bonnes, et qu'en dépit de son travail et de ses soins, les ronces et les épines y croissaient avec une étonnante fécondité. En d'autres termes, si d'une part, les succès et la bonne conduite de la plupart des élèves faisaient la joie et l'orgueil du Directeur et des professeurs ; d'autre part, l'esprit d'insubordination et de paresse commençait à exercer de funestes ravag-es chez quelques-uns d'entre eux. Il ne faut pas s'en étonner. La plus grande partie de cette jeunesse n'ayant encore fréquenté aucuD collège, n'avait pas encore appris à se plier sous le joug' de l'obéissance et de la discipline. En outre, plusieurs de ceux c|ui vinrent des autres maisons étaient des élèves plus ou moins compromis, qui avaient cru trouver dans la nouvelle institution une règle plus accommodante à leurs caprices et à leur amour d.^ la liberté. Les avertissements paternels, les vertes réprimandes, les punitions plus ou moins fortes durent être successivement employés pour contenir les mutins dans le devoir. On dut même, pour sauver tout le corps et lui épargner de trop grandes souffrances, faire de douloureuses amputations et retrancher c[uelques membres gan^ greués et incurables. C'est ainsi que, dans le cours de cette première année, M. le Directeur eut le chagrin de renvoyer du Collège quatre de ces pauvres enfants. Ce qui lui suscita bien des tempêtes surtout de la part des parents et des amis de ces élèves, cjui firent jouer tous les ressorts et mirent tout en œuvre pour forcer le Directeur à revenir sur ses décisions. Cependant bientôt ces vents et ces tempêtes ne soufflèrent plus cju'au dehors, et désormais, malgré leur fureur, ils ne pouvaient affecter la paix, le calme et le bonheur qui régnaient
an dedans. C'était tout ce qu'avait désiré M. le Directeur et il n'eut qu'à se féliciter du succès obtenu par son courage et sa fermeté.
Les encouragements extraordinaires que le Collège reçut dès ses commencements, les succès brillants qu'obtinrent les élèves, les légitimes espérances qu'on pouvait fonder sur l'avenir, tout concourait pour montrer aux autorités collégiales combien leur œuvre était nécessaire et opportune, et combien elles devaient mettre de soin et de zèle à la développer et à l'agrandir. Aussi, dès le printemjîs de cette première année les membres de la corporation s'occupèrent sérieusement de la question de bâtir. A cette fin, M. E. M. Hart avait fait présent d'une quantité considérable de briques qui fur^'ut transportées sur le Platon vers la fin de l'hiver.
De son coté, M. Turcotte travaillait à négocier l'achat du Platon. Le gouvernement qui ne voulait pas froisser un de ses plus dévoués amis, s'etlorçait d'entretenir chez M. Turcotte de trompeuses espérances, en lui faisant entendre les plus belles paroles. Mais comme les autorités gouvernementales subissaient, avec une extrême facilité, l'iiilluence des ennemis de notre institution, elles ne se montraient pas très empressé.'s de remplir leurs promesses, et surtout ne manquaient pas de prétextes pour en ajourner sans cesse l'exécution.
Sous dételles circonstances, il n'était pas prudent de faire des dépenses de construction sur une propriété qu'où était rien moins que sîir de pouvoir acquérir, et les travaux de bâtisse furent indéfiniment ajournés. La brique que l'on avait commencé à amasser, fut <'édée à la Commission des écoles pour l'agrandissement de la maison des Frères des E. C.
Quant au Collège, il subissait la continuation di's épreuves et des difiicultcs qui l'avaient assailli dès le premier jour, et qui, vaincues ou surmontées sous une forme, renaissaient aussitôt sous une autre, plus grandes et plus redoutables que jamais. Pour recevoir les élèves, une autrv- année, ou se contenta de faire aux vieilles casernes, les travatix de réparation et d'entretien riii-oureusement nécessaires. Dans la cour
de rtM-rèatiou, M. l'etnis Ihibort fit élever un kiosque rustique dans lequel, il fit placer quelques bancs, afin de permettre aux élèves de s'y reposer à l'ombre, quand arriveront les i>-randes chaleurs de Tété.
Le rapport du Secrétaire-Trésorier ou Surintendant d<' l'Instruction Tublique fut expédié vers la fin de juillet. Il constate oliiciellement que le nombre des élèves qui ont fréquenté l'institution cette première année, s'élève à cent un (a). Sur ce nombre cinquante-quatre étaient des enfants de la ville et de la banlieue, les autres venaient, pour la plupart des paroisses du Nord avoisinantes des Trois-Kivières.
Le nombre des élèves pensionnaires était de vingt-sept ; des quart-pensionnaires, soixante, des externes, quatorze.
Les revenus de l'année sont portés au montant de $3700.00, tandis que les dépenses s'élèvent à la somme de $4200.00, ce c|ui laisse un déficit et une dette passive de $500.00. Ce sont les réparations aux casernes pour l'ouverture des classes, et l'achat du fond de la bibliothècjue, qui ont créé ce déficit qu'on espère combler facilement aussitôt qu'on en aura fini avec les dépenses extraordinaires. L'expérience d'une année n'avait pas pu faire constater que, pour une maison naissante, les extras sont de tous les ans et ce, pour un montant toujours assez considérable.
Du reste, le rapport constatait avec satisfaction c[ue l'examen public de la fin de l'année avait fait juger très favorablement de la force des études, et que le Collège avait conquis ses droits à un encouragement libéral de la part du Bureau de l'Instruction Publique.
(a) Pour le nom des élèves, voir lappeiidice à la fin du volume-.