‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 23 sur 84 · L-iL SEOOl^ZDS ^n^IsTEE · texte numérisé non relu

L-iL SEOOl^ZDS ^n^IsTEE

I — Les vacances.

On peut considérer comme une des améliorations les plus importantes qui aient jamais été faites au vieux collège, dans le but de laccommoder aux besoins des élèves, celle qui fut exécutée dans le cours de ces premières vacances. L'expérience d'une année avait tellement fait sentir la nécessité d'avoir une salle assez spacieuse pour y réunir tous les élèves, tant pour les exercices de communauté que pour les récréations, qu'on dût pnmdre des mesures efficaces pour eu avoir une, à la réouverture des classes.

La chambre occupée par la classe de M. Lawler et sa voisine qui avait servi de réfectoire, n'étaient séparées que par un simple colombage ; on les réunit donc en une seule et même pièce pour en faire la salle de récréation et on plaça le réfectoire dans la chambre situéi^ entre la cuisine et le boudoir des servantes. Cette disposition donnait une salle de 4ô pieds de long sur 22 de large. Ce n'était pas encore suffisant pour donner le confort aune communauté qui allait se développant d'années en années ; mais cette salle, une fois garnie de bancs et de tables, offrirait aux élèves, un lieu plus tommode pour leurs amusements et leurs exercices. Eu même temps, M. le Directeur aurait la facilité d'v réunir à sa volonté toute la

oomiuunanté pour lui donner ses instructions, hoh conseils, ses ndmonitions et ses réprimandes.

Quant à M. Lavvler, son école étant indépendante du contrôle de la direction du Collège, il était mieux de la transporter eu dehors du bâtimeut principal, et le Château bleu devenait naturellement le local qui lui convenait.

II — Organisation généiiale.

La, rentrée des élèves avait été fixée au mercredi, quatre septembre. Celle des eccltsiasiiques, professeurs et régents, eut lieu la veille et le personnel se retrouva à peu près le même que celui de l'année précédente. Un seul ecclésiastique, M. Théode L. de Lottiuville, fut fait prêtre et appelé à l'évêché (^omme secrétaire. Le vide causé par son départ fut rempli par M. Thomas Quinn, ecclésiastique de seconde année. En outre, M. Panneton voulant donner à M. J. Bte Marcotte plusieurs petites charges surérogatoires avec celle de premier rég^ent, crut devoir lui adjoindre comme aide et assistant à la salle son frère Edmond ; en sorte que le personnel se trouva organisé comme suit :

Monsieur l'abbé J. E. Panneton Ptre, directeur, et professeur de Théologie et de Rhétorique et préfet des études.

■' Ls Pothier Eccl. professeur de Belles-Lettres et surveillant au petit dortoir du second étage, attenant à la salle d'étude.

L. S. Rheault Eccl. professeur de Versification et premier surveillant au dortoir de la mansarde.

" Alf Smith Eccl. professeur de Méthode et surveillant dans une chambre-dortoir au second étage.

" Ls Richard Eccl. professeur de Syntaxe et surveillant au petit -dortoir du second étage.

^ lin -^

Môusienr l'abbé Ths Quinu Eccl. professeur d'Eléments et surveillant en second au dortoir de la mansarde.

" " J.-Bte Marcotte Eccl. premier régent, biblio-

thécaire et assistant professeur en Ehétorique. " " Edmond Marcotte Eccl. second régent.

M. L. 0. Grariépy, organiste et maître de musicjue fut chargé de l'enseignement du piano.

M. Gr. W. Lawler, professeur de lecture anglaise au cours latin.

M. Panneton résolut de faire la classe à sa chambre ou à la salle d'étude ; M. Pothier eut pour classe la chambre audessus de la cuisine ; M. Rheault la chambre de la tourelle ouest au premier étage ; M.Smith, la chambre du milieu au prt-mier, donnant su.r la cour de récréation ; M. Eichard, la chambre de l'angle-nord voisine de la précédente ; M. Quinn fut obligé de faire la classe a la salle de récréation.

Les études du matin et du soir furent partagées entre le premier régent et les maîtres de classe, en sorte que les études du lundi échurent à M. Pothier, celle du mardi à M. Eheault, celles du mercredi ou du jeudi, selon la disposition du congé, à M. Smith, celles du vendredi à M. Eichard, celles du samedi à M. Quinn. Les études de dix heures et quart A. M. et de une heure P. M. ainsi que celles des congés et des' dimanches furent partagées entre les deux régents.

Tous les détails de cette organisation furent arrêtés avant l'arrivée des élèves, eu sorte qu'au quatre septembre, ceux-ci purent être reçus, avec cette facilité et cet ordre parfait que l'on voit dans les anciennes maisons. M. Petrus Hubert étant le trésorier de la corporation, vint, pour la circonstance, installer son bureau au Collège. Or, quand un élève avait satisftiit aux conditions de son admission, il était renvoyé au Directeur qui enregistrait son nom, son âge, le nom de son père ou de son tuteur, le lieu de sa résidence, la catégorie d'élèves dans laquelle il entrait, savoir s'il était pensionnaire, externe ou

iiuart-pi^'iisioiiiuure ; en lin ])our ceux do cette dernière catégorie, quelle devait être leur maison de pension en ville. Alors le Directeur indiquait à l'élève, le dortoir dans lequel il devait l>lacer son lit et son menu bagage, et le maître-surveillant était là pour présider et régulariser l'installation.

Les entrées se firent avec tant de diligence, qu'au soir du quatre septembre, il y avait plus de soixante élèves internes présents. Ce début était d'un heureux présage pour la nouvelle année et cette afiluence des élèves c^ui s'empressaient de s'assurer leur place dans la nouvelle institution, était un témoiixuatir*^ nouveau et éclatant de la nécessité de son existence et de l'opportunité de sa fondation.

Au bout de quelques jours, les trois dortoirs furent entièrement remplis et il d'ivint nécessaire, pour répondre aux nouvelles demandes d'entrée, de louer des appartements en ville, pour y donner le coucher aux nouveaux venus. Pour <-et eftVt, la corporation prit des arrangements avec M. Désiré Boucher qui occupait la maison de pierre, au coin des rues Notre-Dame et des Casernes, près du Collège. Une dizaine d'élèves y furent hébergés, pandant une partie de l'année ; jusqu'à ce qu'il se fût fait des vides dans les dortoirs par le départ des malades et des inconstants c|ui ne manquent jamais de quitter le collège, après cjuelques mois d'essai.

Le lendemain de l'entrée, on fit la distribution des livres classiques, en sorte que les travaux de la nouvelle année commencèrent incessamment, et purent être pous.sés avec vigueur, dès les premiers jours.

III — ^^OMINATION DE M. LE GrRAND VlCAlRE LaFLÈCHE, A

LA Procure de l'Evêché.

Monseigneur Cooke voyait avec un légitime orgueil l'essor c|ue prenait sou collège et les espérances c[u"il donnait pour l'avenir. Mais d'un autre coté, l'état. des finances épiscopales allait toujours empirant et menaçait de devenir bientôt désespéré. Tous les revenus de l'évêché étaient devenus in-

sufïisantg pour rencoutrer les intérêts de la dette. Il fallait apporter un prompt remède à cet état de chose, et confier l'administration des affaires à des mains habiles et sûres.

Monseigneur jeta les yeux sur M. le Grand Vicaire Laflèche, alors supérieur du Séminaire de Nicolet. Il résolut de l'amener près de lui, afin d" utiliser sou talent d'administration et faire servir, en même temps, son éloquence vigoureuse et persuasive pour soulever en faveur de leur évêque tous les catholiques du diocès.?. Les faits ne tardèrent pas à justifier entièrement la confiance que Mgr Cooke reposait en ce digne prêtre.

Cependant M. le Grand Vicaire Laflèche était opposé au CoUèire des Trois-Rivières, et si, d'un côté, il devait travailler si courageusement et si habilement à relever les aiiaires de la corporation épiscopale, de l'autre, il allait pendant plusieurs années, tenir à l'égard de notre institution, une attitude si réservée et si peu favorable que cela devait retarder de beaucoup les progrès et les développements du Collège.

Mais tout cela était dans l'ordre de la Providence. Car le Collège devant bientôt passer lui-même par une crise financière, si le Procureur de l'^vêché eut été reconnu pour nous être favorable, les diocésains eussent pu croire peut-être qu'une partie de leurs aumônes passait au soutien dune institution à laquelle ils étaient encore généralement opposés. Une appréhension de cette nature, pour peu qu'elle fût autorisée par les apparences, eût nui beaucoup à l'évôché et eût tari deux sources importantes de revenus, représentées par les contributions du clergé et les aumônes des diocésains dont un certain nombre se trouvaient à avoir des intérêts opposés à ceux de notre Collège. Mais tout le monde connaissant les sentiments de M. le Grand Vicaire touchant notre institution, av'iit par là-même l'assurance qu'aucune obole oitVrte à l'évêché ne serait détournée de sa fin ; et ce que Mgr Cooke luimême n'aurait pu obtenir du diocèse, à cause de ses sympathies pour le Collège des Trois-Ivivières, M. le Grand Vicaire Lallêche l'obtint avec la plus grande facilité.

Te Fut à roccasion du voyage que Mgr Cooke fit à Nicolel pour les ordinations de septembre (21-22), que fut définitivement arrêtée la nomination de M. Lalièclie comme procureur de 1 evêché.

Le Collecta des Trois-Rivières eut ses représentants parmi les nombreux ordinands de cette année 1861. M. Théode L. de Lottinville fut ordonné prêtre, Messieurs L. Pothier et L. S. Rheault reçurent les ordres du sous-diaconat et du diaconat. M. Lottinville étant le, premier ecclésiastique du Collège des Trois-lvivières, promu au sacerdoce, les élèves jugèrent ce fait assez important pour demander à M. le Directeur d'en célébrer la mémoire par un grand congé ; ce qui leur fut libéralement accordé.

Le 16 octobre, commençait la retraite annuelle, prêchée ■cette année encore, par le bon Père Connilleau S. J. Les exercices se donnant à la chapelle St-Tliomas durent nécessairement être interrompus par la fête du 18 octobre, la St-Luc, jour anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cooke. Cette fête réunit autour de leur Pasteur et de leur Père, bon nombre de prêtres du diocèse qui vinrent assister à la messe •solennelle d'actions de grâces, chantée par Monseigneur lui' même et suivie, selon la coutume, du chant du Te Deitm.

A l'issue de la retraite, mardi matin, le 22 octobre, Mgr donna la confirmation à tous ceux de nos élèves qui ne l'avaient pas encore reçue.

Le 23 octobre, arrivait sur nos plages un nouveau gouverneur qui venait présider aux destinées du peuple Cana* dieu : c'était Son Excellence, le Très honorable Charles Stanley Vicomte Monck.

Aucun événement saillant ne vint briser la monotonie des exercices quotidiens durant tout le mois de novembre. Cependant le 22, les amis des lettres enregistraient avec peine la mort du Père Lacordaire.

Le six décembre, jour de la fête de S. Nicolas, patron des petits enfants, Mgr Cooke voulut que ce fut jour de fête et de

congé pour les deux communautés des Frères et du Collège. D'abord, il voulut que tous les enfants qui fréquentaient ces deux institutions, assistassent à sa messe dite à la cathédrale avec une certaine solennité, et il leur lit donner une instruction des plus éloquentes et des mieux appropriées par M. le Grrand Yic. Lallèche. Il va sans dire que le congé qui suivit la messe, ne fut pas la partie la moins bien goûtée de cette petite fête.

1\ — Fête de Mo>'SEiGXErE.

Le dix-huit décembre, avec un empressement qui prévenait de deux jours la fête de S. Thomas, la communauté trilluvienne allait solliciter une audience solennelle de Mgr Cooke et était admise à lui présenter ses hommages. Trois adresses de circonstance lui furent présentées ; une en français par Magloire McLeod, une en anglais par Lucien Turcotte, une en latin par Franck Turcotte. Cette dernière seule a pu être conservée et gardée dans les archives.

Le chœur des élèves, organisé par M. Panneton lui-même, chanta ensuite, avec un entrain et un ensemble admirable, un petit morceau de circonstance, Vivat pater litni venerandiis. Dans cette ])etite pièce musicale, un élève des éléments. Xavier Blondin, se distingua particulièrement dans un solo difficile qu'il sut rendre parfaitement.

Après avoir répondu avec beaucoup d'à-propos et une aii'ectvieuse bienveillance aux différentes adresses des élèves. Monseigneur, voulut s'amuser à les taqui ner un peu et tout d'abord, il leur dit qu'il était absolument décidé de n'accorder un congé qu'à la condition formelle qu'on lui eu ferait la demande en latin Grand embarras pour de jeunes écoliers auxquels l'improvisation, même en français, était une tâche presqu'impossible ! Cpendant lorsqu'il s'agit d'avoir un congé, c'est uue affaire capitale ! Ils sont alors fort ingénieux pour trouver les moyens de se le procurer et ils deviennent capables des plus héroïques efforts ! Cette fois, pris à l' improviste et conduits sur un terrain qui leur était peu familier.

\\s hésitèrent iin instant v\ se regardaient tout interdits.........

Mais l'enjeu était de nature à stimuler les volontés. Un jeune élève de 1) 'Ues-Letfres crut bientôt avoir trouvé le mot mystérieux et tout-puissant. L. Turcotte s'avanc/aut donc brave* ment vers Monseigneur, lui dit : " Pater, da nohk magaam

fecreationem'' et tous les yeux d'interroger la ligure de Sa

Grandeur, pour y découvrir l'impression produite par la requête. Un .sourire plein de douceur et d'amabilité, laissant assez A'oir que la demande était agréée au moins pour le fond. ^siuon pour la forme, fut aussitôt instinctivement salué par un tonnerre d\i[)plaudissements. L'i grande récréai 'on fut accordée ; mais pour un jour seulement, conformément au règlement.

Le jour où les élèves du Collège des Trois- lîivières chômaient, avec le cortège des réjouissances ordinaires, la fête de Mgr Cooke, ce jour-là même, le cri sinistre de " guerre ! guerre ! ! retentissait soudain le long des rives, depuis si longtemps paisibles du St-Laurent. Depuis plusieurs mois déjà, nos voisins, les Américains étaient en guerre civile et un incident de cette guerre faillit amener une rupture entre les Etats du Nord et l'Angleterre.

Durant tout la seconde moitié du mois de décembre, le Canada se vit continuellement menacé d'une invasion américaine. Or, au malaise général causé par l'appréhension d'une guerre imminente, se joignait pour les autorités collégiales, la crainte de se voir dépouillées de la possession des casernes et du Platon. Car, si la guerre éclatait, il n'y avait pas de doute que le G-ouvernement reprendrait ses propriétés pour les besoins de la situation, et le Collège redeviendrait tout simplement des casernes ou un magasin militaire.

Nos collégiens suivirent donc avec un vif intérêt la série des événements c[ui se déroulèrent durant cette c[uinzaine, et quelques-uns d'entre eux n'auraient peut-être pas été fâchés de prendre une vacance illimitée, et d'échanger le costume de l'écolier contre la capote du soldat. Mais les supérieurs n'en jugeaient pas de même et ce fut pour eux un immense soula*

g-emeut quand ils apprirent, le 30 décembre, que le casns helli avait été levé.

Y — Examen du premier semestre.

Tout en prenant intérêt aux évéuements du dehors, la communauté trifluvienne filait paisiblement son chemin, à travers les difficiles sentiers de la science.

M. Panneton ayant, cette année, un surcroit d'occupations, à cause de la classe de Rhétorique dont il s'était lui-même chargé, résolut de ne faire subir que deux examens dans les diverses classes du cours. En conséquence, les épreuves du premier examen commencèrent seulement à la mi-janvier. Le résultat obtenu fut caractérisé comme suit : Rhétorique, trèsbien ; Belles-Lettres, très-bien ; Troisième, très-bien ; Méthode, très-bien ; Syntaxe, bien ; Eléments, assez bien. Ce qui donnait un résultat général des plus satisfaisants.

Au commencement du second semestre, M. Edmond Marcotte ayant été forcé par la maladie de quitter la salle et de se retirer dans sa famille, M. Panneton crut devoir adopter une disposition analogue à celle de la précédente année pour la surveillance à l'étude et à la récréation. Cet arrang'ement obligeait ad tunutm, chacun des maîtres de classe à passer une semaine à la salie comme second surveillant.

Vil — Affaires de l'Evêché.

Cependant Mgr Cooke, de concert avec son nouveau procureur, travaillait à donner une solution favorable à la question si dilficile de ses finances. A cette fin, eut lieu le 27 janvier 1862, dans l'église paroissiale des Trois-Riviéres, une assemblée générale de tous les citoyens dans laquelle il fut décidé que toute la desserte serait faite à la cathédrale, afin de diminuer les frais d'administration et d'affecter tous les revenus paroissiaux au paiement de la dette épiscopale. Malgré l'opposition de quelques mauvaises tètes, et les répugnances d'un bon nombre de personnes pieuses qui étaient

sincèrement attachées à leur vieille église et qui s"alllig-i,'aient de voir fermer un sanctuaire si justement vénéré ; grâce à la parole persuasive de M. le grand vicaire Laflèche et à l'éloquence si populaire de M. .T. E. Turcotte, la demande si légitime de l'évêque fut accordée et l'arrangement fut conclu avec les fabriciens pour une période de dix ans.

L'église paroissiale, une fois fermée à l'usage des citoyens, devint dès lors plus particulièr.unent la chapelle du Collège. La communauté eut la permission d'y faire ses exercices religieux particuliers, tels que retraites, sermons, basses-messes du dimanche, saints du S. Sacrement, etc. Bientôt les t.riliuviens, entièrement satisfaits de" la manière nouvelle dont se faisait la desserte paroissiale, finirent par comprendre cju'ils gardaient, en quelcj^ue sorte, la jouissance de leur vieille église par l'usage qu'en avaient leurs enfants du Collège, et ils n'eurent plus cj[u'à se féliciter d'avoir, par un seul acte de générosité, rendu service tout à la fois à l'évèché et au Collège.

Le premier succès de M. le grand vicaire Laflèche auprès des citoyens des Trois-E-ivières, était de nature à l'encourager et à lui faire bien augurer des efforts qu'il lui fallait maintenant tenter auprès du clergé et de tous les diocésains. Il entreprit donc sans retard sa croisade en faveur de l'évè-îhé, et le diocèse des Trois-Rivières, partout remué par cette éloquence facile et entraînante, suivit l'exemple de la ville épiscopale et voulut contribuer, pour sa part, à aider la Corporation à sortir de l'impasse où la tenaient ses finances. Cette entente générale du clergé et de tous les diocésains à faire converger vers l'évêque l'obole de la charité, non-seulement rétablit bientôt l'équilibre entre les revenus et les dépenses, mais elle ne tarda pas à fournir un surplus de recettes c[ui fut affecté à l'amortissement de la dette et qui permit d'entrevoir la solution prochaine et assurée de toutes ces difficultés financières.

Nous venons de dire c[ue le marché conclu entre la paroisse et l'évèché fut dû en partie à l'éloquence de M. Turcotte. En effet ce dernier, alors député de la ville au Parlement Canadien, maire de la cité et président de la corporation du

Collèg-e, jouissait auprès de ses coiicitoyeus d'une très-graude influence et nul doute qu'en cette circonstance difficile, il n'ait servi très-utilement son évêque, en secondant ses vues et en mettant au service de Sa Gfrandeur le prestige de sa position, l'énergie de son caractère, la générosité de son cœur et surtout la force de sa parole. Du reste, c'était pour lui, non-seulement l'acte d'un «bon citoyen, mais aussi et surtout c'était l'acte d'un sage diplomate. M. Turcotte était trop clairvoyant pour ne pas voir, qu'advenant la débâcle de la Corporation épiscopale, ce serait en même temps le coup de mort du nouveau Collège. Au contraire, en sauvant l'évêché. il V avait mille raisons de compter sur l'avenir et la prospérité du Collège.

Le 1er mars, les élèves de la paroisse de Ste-G-eneviève de Batiscan enregistraient avec douleur la nouvelle de la mort de leur curé Messire F. X. Côté. Le clergé diocésain perdait en ce digne prêtre un modèle de charité et de zèle apostolique. Cette mort affectait plus particulièrement Mgr Cooke ; car c'était un de ses rares sujets qui avait accepté, d'assez bonne grâce, le fait de la fondation du Collège des Trois-Rivières, et qui l'avait le plus encouragé en y dirigeant bon nombre d'élèves.

Du 8 au 16 mars, la Commtmauté suivit les exercices du soir de la neuvaine de :St-l^'rançois-Xavier. Les sermons furent donnés, à tour de rôle, par les prêtres de la ville.

Ylir — La fête du Directeur.

Le 19 mars ramenait, avec la fête du Collège, celle de notre très-estimé Directeur. Cette fois, les élève» ne voulurent pas être pris^ au dépourvu et ils avaient préparé, à grands frais, le programme assez complet d'une jolie soirée dramatique et musicale. Mais voilà que \v 10 au soir, survint un malencontreux contretemps qui faillit faire manquer entièrement la fête.

M. Pothier qui avait conduit les préparatifs de la fête, n'avait pas eru qu'il fût nécessaire de prendre l'assentiment

do Mgr Cooko pour arrêter les détails du programme, et surtout il ignorait que Sa Grandeur était absolument opposée à la représentation d'une pièce dramatique. Mais au moment même où il allait inviter les Messieurs de l'évôché à venir assister à la séance, il apprend que Mgr Cooke défend toute représentation et ne veut pas permettre à ses prêtres d'assister à la soirée. Cette nouvelle tout à fait inattendue, fut comme un coup de foudre pour tous les élèves qui, depuis plus d'un mois, avaient sacrifié toutes leurs récréations pour l'organisation de cette fête, et on ne peut se faire une idée du désappointement et du chagrin que tous éprouvaient d'apprendre que cette démonstration ne rencontrait pas l'approbation de Monseigneur.

M. Panneton apprenant cet incident et pouvant mieux que personne apprécier les conséquences du coup qui frappait eu même temps, et les professeurs et les élèves, voulut intervenir auprès de Sa Grrandeur afin d'obtenir pour ses enfonts l'autorisation d'exécuter le programme de leur fête, et pour les prêtres de l'évéché la permission d'y assister. Grrâce au crédit dont il jouissait auprès de Monseigneur, grâce aussi à l'intervention fort opportune de M. Toupin, le curé d'office, l'une et l'autre requête furent accordées ; mais les prêtres de l'évéché, en présence de l'attitude prise par l'évêque crurent devoir s'abstenir d'aller à la soirée, sauf deux. Les élèves attendaient avec une anxiété toujours croissante, le résultat des instances nouvelles qu'on faisait auprès de Sa Grandeur. Grande fut leur joie, quand on vint leur annoncer que la soirée allait avoir lieu conformément au programme.

La séance fut ouverte par un morceau de piano et immédiatement après, eut lieu la lecture de l'adresse où étaient résumés les sentiments de respectueux hommage, de filiale affection et de tendre dévouement de tous les heureux subordonnés de M. le Directeur. M. Panneton répondit à cette adresse en quelc[ues mots ; mais, avec une délicatesse admirable, il sut associer aux honneurs dont il était l'objet, tous les supérieurs des élèves et, en particulier, leurs professeurs et rés^euts.

Cependaut, la partie principale de la fête était la représentation de la magnifique tragédie de " Thomas Monts". Cette pièce, difficile à rendre, fut jouée avec un naturel, un entrain et nn succès admirable. Les rôles de Mon/s par Mag. McLeod, de Cromivell par Edmond Hart, de Henri VIH par Frank Turcotte, de Norfolk, par EphremDufresne, de William, fils de Morus par L. Turcotte, furent en particulier très-bien rendus. Il y eut musique et chant aux divers eutr'actes et somme toute, la soirée fut très intéressante.

M. Panneton en manifesta hautement sa grande satisfaction et il accorda, pour le lendemain, le grand congé d'obligation.

Le 20 mars, avait lieu à Québec l'ouverture des Chambres, Cet événement qui, d'ordinaire, n'intéresse que faiblement les jeunes collégiens, fut cette fois, plus particulièrement remarqué par les élèves du Collège des Trois-Kivières, parce qu'il amenait à la présidence de la Chambre, M. Jos. Ed. Turcotte, membre des Trois-Rivières et président d(^ la corporation du Collège. M. Turcotte fut élu orateur par un vote de 6(> contre 53. Cette nouvelle qui était de nature à réjouir tous les citoyens des Trois-Rivières, fut particulièrement agréable à l'institution qui reconnaissait M. Turcotte comme un de ses fondateurs.

Le 23 mars, jour de la solennité de S. Joseph, lorganistt^ de la cathédrale commença à tirer parti des excellentes voix de ténor et de soprano qu'il y avait parmi les élèves, lesquelles voix s'étaient fait avantageusement connaître à la fête de M. rannetou. Désormais, dans toutes les grandes solennités de l'Eglise, la communauté fournira son contingent de chantres et de solistes.

La fête de Pâques qui, cette année, tombait le 20 avril, fut vraiment grandiose et par la splendeur des cérémonies pontificales, et par la beauté et la majesté du chant.

IX — Une .tournée a l.^ sucrerie.

Le congé qui suivit la fête de Pâques, premier grand congé de la saison, apportait aux élèves une de ces jouissau-

ces douces cl puro« qu'on n*ou])lic jamais. V]n ellct, ils allaient passer la journée à la s/fcrcrie.

Comme je me trouve ici en présence d'une scène toute <a)iadienne, je me permettrai quelques détails qui pourront intéresser mes lecteurs.

Deux braves citoyens, M. Joseph Panneton, père de M. le Directeur du Collège et M. Honorât Lacerte, (deux noms chers aux élèves de ce temps-là), qui avaient leur sucrerie attenante l'une à l'autre, au rang de Ste-Marguerite, s'étaient enten* dus avec- M. le Directeur pour y recevoir, en deux groupes, toute la communauté.

Le 24 avril, après une forte gelée qui avait rendu solide la couche de neige qui couvrait encore les champs, le soleil se levait radieux, annonçant une journée splendide. A six heures, toute la communauté était prête pour le voyage et, quelques minutes plus tard, elle défilait par les rues encore silencieuses de la ville et se hâtait, alerte et vive, d'arriver à la cabane. Mais il fallait faire une marche de quatre milles, avant d'arriver au poste ! N'importe ! cette distance fut bientôt parcourue et il était à peine sept heures et demie, quand les élèves saluèrent par un immense cri de joie leurs aima ■ blos hôtes ! Vite ! il faut déjeuner. L'appétit est vivement

aiguisé par la longue marche que l'on vient de faire Alors.

parmi la gent écolière, tel se fait cuisinier, tel autre bûcheron, celui-ci attise le feu de la cambuse, celui-là distribue le morceau de pain et la tranche de lard qui doivent constituer le menu du déjeuner. Puis chacun de s'armer d'une longue broche et d'avoir sa place au coin du feu pour y faire rôtir sa grillade. Pendant ce temps-là, nos sucriers préparent la trempette bientôt tous ont goûté au délicieux nectar, et comme toujours. ils en ont été bien vite rassasiés.

Cependant les agréments de la journée seraient tout à fait incomplets, si les amis du petun, n'avaient pas ce jour-là leurs coudées franches! .. Du reste, pour reproduire plus exactement les scènes antiques dont ces grands arbres furent sans doute témoins, il faut fumer le calumet de la paix, tout eu

catisant de la guerre, (a) Doue, pendant que nos fumeurs nonchalamment assis sur le tronc noueux de quelque vieil érable, savourent avec un ineffable plaisir les séduisants enivrements de la pipe, de jeunes orateurs, montés sur de grosses souches en guise de tribune, pérorent avec feu sur les inconvénients et les dangers de l'usage du tabac, sur les agréments de la fête du jour, sur la bonté et la politesse de nos hôtes, sur les beautés champêtres de la campagne, etc, etc.

D'autres s'essayent à des adresses de félicitations et de' remerciements ; celui-ci préfère la harangue politique ou militaire ; celui-là goûte mieux les chicanes du barreau et voudrait, à tout prix, faire immédiatement le procès de ce criminel qui, dans sa soif de l'eau sucrée, a dérobé son cassât à l'érable voisin.

L'heure du dîner étant arrivée, force est d'ajourner le procès commencé, car chacun se sent apte à faire honneur aux crêpes, saupoudrées de sucre ou légèrement arrosées de syrop que les cuisiniers viennent de préparer. Je dis " saupoudrées de sucre ou arrosées de syrop. " aujourd'hui en effet, tout l'art culinaire, doit consister à faire entrer le sucre, sous diverses combinaisons, non seulement à chacjue repas, mais dans chacun des mets qui doivent composer le menu du repas Pour dessert, on servira des œufs cuits dans le syrop et finalement l'on aura la tire. La th'e î mais c'est là, la plus délicieuse forme qu'on puisse donner à l'eau d'érable ! Manger la tire, c'est la partie principale et essentielle de toute visite à la sucrerie !.... Ne me parlez pas de la tire faite à la maison, bien que je la trouve excellente, elle n'a pas le fumet et la saveur caractéristique de celle que l'on prépare au feu de la cabane ! La tire ne connaît pas d'ennemis ! On la trouve si bonne que chacun voudrait s'en faire une petite provision. Mais la chose n'est pas facile, car, lorsque sur un braasin de sucre, quelque considérable qu'on ait pu le faire, l'on a pris de quoi rassasier toute une cinquantaine de bouches, on comprend qu'il n'en doit pas rester grand'chose. Cependant, en réunissant dans

(a) La gueire de sécession des Etats-Unis devenait al<ns de pins en pins sérieuse-

vnnq ùi\ six cornets d'écorce de bouleau toutes les petites boulettes qui ont échappé à la dent des gourmets, chaque groupe d'élèves pourra encore emporter un souvenir de la cabane, et faire, pendant quelques jours, mémoire des réjouissances de ia fête, en g-oùtant encore quelques légères herf/mes de tire.

Au milieu de tant d'amusements divers, les heures coulent vite. Le soleil commence à s'incliner Vers l'horizon. Il faut songer au retour. Mais après la longue marche du matin et une journée d'exercices continuels, comment revenir à la maison par des chemins affreux où la neige fondue, mêlée à la boue, ne laisse au pied qu'un fond mouvant ? Yoilà donc que déjà se montre le revers de la médaille! .... Non, non, on a prévu ces inconvénients et les parents des enfants de la ville ont voulu y remédier. Une multitude de voitures arrivent juste au moment du départ pour nous ramener en ville.

Après avoir salué nos hôtes et les avoir remerciés de leur bienveillant accueil, après avoir fait résonneries bois de joyeux hourras à leur louange, après avoir souhaité toutes sortes de prospérités aux bons vieux érables et leur avoir dit : " Af/ revoir ; " on se met en route au chant de 1' " Ave maris stella."

A six heures, une longue file de voitures toutes plus ou moins appropriées aux chemins de la saison, rentraient en ville et allaient déposer au Platon la joyeuse troupe des promeneurs, et la fête du sucre était close.

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