‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 24 sur 84 · X. Mort de Mr Edmond Marcotté, Eccl · texte numérisé non relu

X. Mort de Mr Edmond Marcotté, Eccl

Toute société comme tout individu peut constater journellement qu'à la joie la plus pure se mêle bien souvent le chagrin le plus amer, et qu'après un événement heureux succède bientôt un malheur. La journée du 24 avril 1862 devait t)fFrir à la communauté tri flu vienne un de ces étranges et trop fréquents contrastes. Après être commencée sous les plus heureux auspices et s'être passée joyeuse et agréable à la sucrerie>, elle finit par une nouvelle de mort. Le soir, en rentrant à la maison-, les élèves avaient la d<3uleur d'apprendre la mort de

M. Edm. Marcotte, ecclésiastique, second régent, arrivée ce jour-là même à Ste-Anne de la Pérade.

Depuis assez longtemps déjà, M. Marcotte était miné par la cruelle et implacable pulmonie. Ce fut avec beaucoup de regrets, qu'à la fin du mois de janvier, il s'était vu forcé de quitter le Collège, car il pressentait alors qu'il n'y rentrerait plus. Retiré chez ses parents, il reçut tous les soins que requérait son état, mais la maladie n'en continua pas moins rapidement ses ravages, et il y avait à peine trois mois qu'il avait quitté le Collège quand la mort arriva. Elle le trouva bien préparé et parfaitement résigné. Il s'éteignit doucement, après avoir reçu toutes les consolations et tous les secours que la religion offre aux mourants. Sa sépulture eut lifn à Ste- Aune le 26 avril. Sauf son frère, notre premier régent, aucun de ses confrères ne put assister à ses funérailles ; car ou était à cette saison de l'année où un voyage à Ste-Auue ne pouvait se faire qu'avec d'extrêmes difficultés, (a)

XI — Mai et Juin, Divers.

Les mois de mai et de juin ne furent remarquables que par une sécheresse excessive qui fut très-nuisible à la germination des grains et au développement de la végétation. Au sein de la communauté, durant ces deux mois, il régna aussi comme une véritable disette d'événements. Cependant au dehors, il se produisit des faits assez saillants pour intéresser (juelc[ue peu la jeunesse studieuse. Dans les premiers jours de juin, alors que la sécheresse devenait de plus en plus excessive, Québec vit brûler une grande partie de ses faubourgs S t- Jean et St-Sauveur. (b)

D'un autre côté, sur l'horizon politique, ou était loin de trouver la sérénité du ciel. Au contraire, il régnait bien des tempêtes ; l'une d'elles avait emporté le ministère .1. A.

(il) Le i lieniin do fer du nord n'cxistaU pas alors !

(b) Le 7 juin, 95 maisons dn faubourf; St-Jean devtMiaifut la proie des flammes ; le 1] juin, le t'en consumait loo maisons (Ui faubourg St-Sauveur.

^IcDonald-Cartier et avait élevé sur les hauteurs du iwuvoir Saiiiield McDonald-Sicotte.

Plus près de nous et avec moins de bruit, Mgr Cooke faisait la visite d'une partie de son diocèse, accompagné de M. le Grrand Vicaire Lallèche. Ce dernier continuait sa campagne en faveur de l'évèclié, et l'écho de ses succès, porté par la renommée, revenait aux Trois-Rivières, réjouir les amis de révêcjue et les encourager à de nouveaux sacrifices.

Le 24 juin, jour de la fête nationale, les citoyens des Trois-Rivières, mirent tout en œuvre pour faire une brillante démonstration. Les élèves assistèrent à la messe solennelle ainsi qu'à la procession. Dans la soirée, ils eurent au Collège une séance académique extraordinaire à laquelle assistèrent M. le Grrand-Yicaire C. 0. Caron, les ]Drêtres de l'éveché et les frères des Ecoles Chrétiennes. Les principaux orateurs qui prirent la parole à cette occasion furent MM. E,heault, Marcotte et Richard, officiers honoraires de la société. Après eux, plusieurs élèves, Edm. Hart, Eph. Dufresne, Frs. Turcotte et M. McLeod prirent aussi la parole, et dans les intermèdes, F. Turcotte, Alf. Larue et cjuelques autres chantèrent des chansons patriotiques accompagnées sur le piano par notre professeur de musique, M. L. O. Grariépy.

Par le programme si varié et si rempli de cette grande séance, on peut juger de l'état florissant de l'académie et du zèle de ses membres pour la faire marcher dans la voie du progrès.

Après la fête de S. Jean-Baptiste, l'attention des élèves fut partagée entre les redoutables épreuves de l'examen du second semestre, les préparatifs de la séance de la distribution des prix et l'attente de la visite prochaine du G-ouverneur- ' Grénéral. Le résultat de l'examen fut caractérisé comme suit : Rhétorique très-bien, Belles-Lettres bien, Troisième très-bien. Méthode bien. Syntaxe bien. Eléments très-bien, en sorte c{ue le résultat définitif et final fut très-satisfaisant.

XII— Visite de Lord Monciv-

Le cinq juillet, le Collège des Trois-Rivières eu l'insig'iie houiKHir de recevoir la visite très-distinguée de Son Excellence Lord Monck, gouverneur-général, du Canada. Comme cette visite était prévue depuis quelques jours, on avait préparé en conséquence notre petite salle de récréation. Jusque là, nous n'avions accès à cette salle que par la porte étroite et basse qui se trouvait sous l'escalier. Pour recevoir le représentant de Notre Très Grracieuse Souveraine, on crut convenable de percer la grande porte qui correspondait à la porte extérieure principale.

Au fond de la salle, l'on avait élevé une estrade garnie de tapis. Sur le rideau formant le fond du trône. Ton avait écrit en lettres d'or. "Vivat. "

Son Excellence, accompagnée de l'Hon. J. E. Turcotte et de quelques officiers de sa suite, fut donc reçue dans notre humble salle de récréation, aux acclamations de tous les élèves. Dès qu'Elle eût prit place sur l'estrade qui lui avait été préparée, deux adresses lui furent présentées, l'une en anglai.s par M. Lucien Turcotte, l'autre en français par M. Edm. Hart Voici cette dernière :

" A Son Excellence le Très- Honorable

^ Charles Stanly Vicomte Monk,

" Gouverneur-Général du Canada, Etc., etc., elc:.

■' Qu'il plaise a Votre Excellence,

" Nous, les jeunes élève» de cette institution, nous éproxi- " vous un bien vif plaisir en ce moment où il nous est donné' " de rendre nos respectueux hommages et nos sincères félici- " tations au Digne Représentant de Sa Majesté dans cette " province. Oh ! qui pourra dire combien nous sommes émus " et touchés de l'insigne honneur que Son Excellence nous- " fait en daignant visiter notre humble maison.

" Depuis longtemps, nous connaissions tout»? la bionvoil- " lante attention que le Gouvernement de Ha. Majesté porte à "' nos institutions littéraires. Déjà nous avions goûté les heu- •' reux effets de sa puissante protection ; mais, en ce jour, nous ^' voyons une nouvelle marque du touchant intérêt qu'il nous " a toujours témoigné et nous saurons mettre à profit le V>ril- '* lant encouragement que nous recevons par cette visite à " jamais mémorable.

"Oui, jeunes confrères, n'est-il pas vrai que la science " grandit dans votre appréciation, lorsque vous voyez ceux qui " s'y livrent être l'objet d'une considération aussi marquée. " Daigne donc ^Son Excellence recevoir nos très humbles " remerciements. Daigne-t-elle aussi recevoir les profonds " hommages que nous lui rendons et les agréer comme faits " à Notre Très Gracieuse Souveraine, dont nous nous félicitons " d'être les tout dévoués sujets. Yeuille-t-elle aussi croire " que ce jour qui est marqué par son passage parmi nous, " vivra toujours dans notre souvenir.

" Ce jour redira sans cesse les vœux que nous formons " pour son bonheur et sa prospérité. Ce sera un écho fidèle " qui, partant de cette maison, répétera chaque année au cinq '' juillet : " Honneur, hommage et gloire à l'Illustre Vicomte '' Monck, comme aussi gloire, hommage et honneur à toutes '* les personnes qui lui sont particulièrement chères. "

Dans sa réponse, Lord Monck, après avoir pris note des noms des deux élèves qui venaient de parler au nom de leurs confrères, observa avec beaucoup de délicatesse et d'à-propos, qu'il constatait avec plaisir l'harmonie et l'émulation qui régnaient entre les élèves canadiens et les élèves anglais. " Je " le constate, dit-il, par le fait qu'un canadien vient de me " parler en anglais, tandis qu'un anglais m'a parlé en français. " Je vous en félicite de tout mon cœur, et je vous engage à " rivaliser toujours ainsi de zèle et d'application pour toutes " les matières qui font l'objet de vos études. " Son Excellence ajouta encore quelques paroles de remerciement, et dit qu'elle était très heureuse d'entendre l'expression de la loyauté

de la jeunesse canadienne envers notre Auguste Souveraine- Après la réponse de Son Excellence, le chœur des élèves exécuta avec beaucoup de succès l'hymne national anglais, " Grod save our Gracions Queen. " L'harmonie de ce morceau a quelcjue chose de sublime. Lorscjue toutes les parties eu sont bien rendues, on le goûte toujours bien, quelque soit le nombre de fois cju'on l'ait entendu. Lord Monck en manifesta sa satisfaction et il ne put cacher son étonnement de ce que quelques jeunes élèves, sans aucun accompagnementpussent chanter avec autant de précision et d'harmonie.

Somme toute, l'impression produite par cette petite démonstration, tant sur l'esprit des illustres visiteurs que sur celui des élèves, fut très-favorable,

XIII — Distribution de8 prix.

Le 10 juillet, à 8 heures A. M., dans la gTaude salle de l'école des Frères, eut lieu la séance solennelle de la distribution des prix. MgT Cooke présida, entouré d'un bon nombre de prêtres et des membres de la corporation du Collège. Les parents des élèves et les amis de l'éducation encombraient la vaste salle.

Après le discours d'ouverture qui résumait les impressions diverses éprouvées, en cette occasion, par la gent écolière, M. P. E. Dupont, élève de Troisième fit un petit discours sur l'histoire, après quoi, lui et ses confrères furent interrogés publiquement sur cette matière,- et ils surent répondre fort pertiiiemment aux diflerentes c]uestions qui leur furent posét^s.

Ensuite les élèves de Belles-Lettres donnèrent au public un échantillon de leur capacité, en faisant une espèce de plaidoyer où chacun des orateurs avait à défendro-, celui-ci la poésie, celui-là Téloquence, un troisième l'architecture, un autre la musique. L'auditoire parut s'intéresser beaucoup à cette partie du programme de la séance.

Enfin eut lieu f ntre les rhétoriciens, le concours pour le prix d'élocution. MM. Frs. Turcotte, Eph. Dafresne et Eus.

Lariviere prirent successivement la parole, et s'efforcèrent d'interpréter avec toute la perfection dont ils étaient capables, des morceaux extraits des orateurs les plus célèbres. Ce fut M. Lariviere qui remporta la palme de la victoire.

La distribution des prix, toujours si impatiemment attendue par l'ardente jeunesse, se fit selon l'antique manière qui consistait à nommer successivement toutes les matières de la classe et à proclamer après chacune d'elles, les candidats heureux. Les prix d'excellence furent remportés, selon l'ordre des classes par MM. Fr. Turcotte et Ep. Dufresne, Mag. McLeod et Nap. Cormier, Chs. Dumoulin et Elp. Godin, David Lachance vt Joseph Bureau, Herm. Baril et F. X. G-authier, F. X. Cloutier et Gr. Page.

Le nombre des heureux élèves qui furent appelés pour Recevoir des prix fut de trente-cinq. Si l'on ajoute encore à ce nombre, ceux qui eurent des mentions honorables, l'on constate que la majorité des étudiants dut entrer en vacance pleinement satisfaite des succès de l'année.

La partie musicale de la séance fut remplie par notre professeur de musique M. L. O. Grariépy aidé de quelques-uns de ses élèves, notamment de Franck Turcotte.

Le chœur des élèves exécuta aussi quelques petits morceaux de chant montagnard, et pouï finir, il chanta le magnifique " Chœur de>> Croùéa " par F. Clément, avec accompagnement de piano. Ce morceau très caractéristique comme expression des sentiments du soldat de la Croix, fut parfaitement rendu, " La prière des captifs, " en particulier, provoqua des applaudissements enthousiastes.

M. le Directeur, après avoir adressé quelques paroles de Remerciements à l'auditoire, annonça l'ouverture des vacances et fixa la rentrée des classes au 4 septembre suivant.

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