CHAPITRE QUATORZIÈME
Appréciation générale de la seconde année.
Pour une institution qui commence, lorsc^u'arrire le terme d'une année scolaire, il est toujours fort intéressant pour elle de jeter un coup d'œil en arrière pour voir le chemin parcouru. Les difficultés surmontées Itii servent alors d'instruction et d'encouragement pour lutter contre celles qui restent toujours à vaincre.
A l'intérieur, l'année s'était écoulée dans un grand calme. Sous le double rapport moral et intellectuel, la communauté avait bien, à la vérité, connu ces quelques légères défaillances inhérentes à la faiblesse humaine ; mais en général son esprit s'était toujours montré bon, son application avait été soutenue, ses succès avaient été très heureux. Le directeur et les professeurs avaient donc trouvé beaucoup de consolation et de bonheur dans le soin de ce petit troupeau. Du reste, une charité vraiment fraternelle avait continué à se développer entre tous les membres du Collège. La sympathie, l'aflection. le dévouement des maîtres pour leurs élèves, trouvèrent en retour, chez ces derniers, un profond respect, une grande confiance et un amour vraiment filial.
Au dehors, grâce aux succès déjà obtenus, à l'attitude toujours ferme de Mgr. Cooke, à la délicatesse des procédés de M. Panneton qui ne connaissait que des amis personnels parmi tous les membres du clergé, ce petit collège qui cherchait à prendre sa place sous le soleil, qui montrait tant de vie, qui
<ionnaît déjà de si belles espérances, avait fini par s^attireï quelques sympathies, les unes par une conviction sincère de Topportunité de son existence, les autres par la compassion que provoquait la guerre injuste qu'on lui faisait. Car il lui restait encore beaucoup d'ennemis qui, devant l'évidence des faits, durent changer de tactic^ue. On n'osait plus faire au Collège des Trois- Rivières une guerre trop ouverte, parce que sa réputation qui commençait à s'établir favorablement en aurait grandi plus vite, et une opposition systématique aurait peut-être eu pour effet de lui attirer de nouvelles adhésions et de plus chaudes sympathies. Il fallait maintenant le combattre avec plus de ménagements et surtout avec plus de calcul. Il fallait essayer de le tuer par le discrédit et le ridicule, et arrêter, par tous les moyens possibles, le courant d'élèves qui s'y dirigeait. " Cette vieille masure, disait-on, a
'■ plus l'air d'une prison que d'un collège Cette poignée
" de professeurs, rebut du personnel du Séminaire de Nicolet '' peut-elle inspirer quelque confiance ? Ce petit collège n'a '•' ni chapelle, ni bibliothèque, etc., etc., il manque de tout, il " n'est pas sûr qu'il rouvre ses portes une nouvelle année. " Enfin l'on finissait par jeter dans le public la nouvelle de sa mort prochaine et assurée.
Tout cela devait avoir pour effet de créer des préventions, d'inspirer des défiances, et en définitive, de détourner quelques élèves de commencer leurs études dans une maison qu'on disait n'être pas sûre de son lendemain. Malgré cela, le nombre total des élèves qui frécjuentèrent le Collège, cette seconde année, fut de 112 dont 84 nouveaux (a) et 78 anciens.
Le nombre des élèves, la première année, ayant été de cent, il s'en trouvait donc déjà 22 qui avaient discontinué leurs études et pris leur parti.
Ces 112 élèves étaient répartis dans les difterentes classes comme suit : en Rhétorique 4, en Belles-Lettres 8, en Troisième 12, en Méthode 13, en Syntaxe 34, en Eléments 36, au Cours commercial de M. Lawler, 5.
(a) Pour les noms do ces nouveaux, voir à la fin, élèves entrés en 1861.
II y avait 26 pensionnaires, 19 externes et 67 quart-pensionnaires. Soixante et un élèves avaient leurs parents en ville, les autres, sauf quatre ou cinq, venaient des différentes paroisses du diocèse.
Le rapport du secrétaire-trésorier au Surintendant de l'Instruction Publique accuse un revenu annuel de .$4,268.00, tandis c^ue la dépense est de $4,200 00 et la dette passive de .$350.00 ; ce qui laisse encore un déficit d'environ $800.00.
Ces chiffres donnés sans doute de bonne foi n'étaient pas absolument exacts, notamment le chiffre de la dette passive lequel, à cette époque, devait être nécessairement beaucoup plus grand. Autrement, les difficultés financières dont on verra bientôt la corporation embarrassée, deviendraient tout à fait inexplicables.
Dans ses remarques au Surintendant de l'Instruction Publique, M. Petrus Hubert après avoir dit que le niveau des études, au Collège des Trois-Rivières, n'est pas inférieur à celui du Séminaire de Nicolet, demande que notre Collège soit subventionné au moins autant que celui de Nicolet, puisqu'il est en plus grand besoin
Dans ces premières années, le Collège des Trois-lvivières ne recevait du gouvernement que $300.00 à $400.00, tandis que le Séminaire de Nicolet en recevait de $1800 à $2000.
Avec le rapport du secrétaire-trésorier se clôt l'histoire de l'année.