III. — LES PREMIERS MOIS
La rentrée des élèves eut lieu le 9 septembre, et cette fois, ce fut M. Panneton qui agit comme trésorier, au lieu et place de M. J. N. Bureau qui ne s'inquiéta pas davantage de la nouvelle charge qu'il avait acceptée et promis de remplir gratuitement. Cependant, il garda pendant deux ans le titre de secrétaire-trésorier, avec la responsabilité de l'administration financière, sans toutefois en prendre d'autres soucis c[ue celui d'intervenir dans les rares occasions où la corporation avait à agir légalement.
Le lendemain de l'entrée, les élèves faisaient connaissance avec leurs nouveaux professeurs, et étaient pourvus de livres et de fournitures scolaires, en sorte que les travaux furent aussitôt mis en marche. Les classes de Rhétoricjue et de Philosophie furent cependant quekjue peu retardées, à cause de l'absence de leurs professeurs qui durent aller à Nicolet pour faire leur retraite préparatoire aux Saints Ordres. Ce fut le 19 et le 20 septembre C[ue les ordinations eurent lieu. M. Pothier fut ordonné prêtre et M. Richard reçut successivement le sousdiaconat et le diaconat. M. Alfred Smith reçut également, ces jours-là, le sous-diaconat et le diaconat, et huit jours plus tard, dans l'église de sa paroisse, à la Baie du Febvre, il rece- A'ait la prêtrise. M. Smith fut nommé vicaire à la Rivière-du- Loup.
M. Pothier vint dire sa seconde messe à la communauté trifluvienne dont il restait l'un des professeurs. Cette cir constance parut aux élèves digne d'être commémorée par un grand congé. M. le directeur en jugeait de même, mais il voulut qu'on attendit après l'ordination de M. Smith, afin de «élébrer jîar une seule et joyeuse fête ces heureux événements.
Dans la seconde semnine (|iu suivit l'arrivée des élèves, M le directeur leur lit donner la retraite annuelle par le Rev. P. Braun, de la compagnie de Jésus. La clôture des exercices eut lieu le 27, jour même de l'ordination de M. Smith. Le lendemain donc, les élèves étaient préparés, onini modo, à prendre un joyeux congé, et c'est ce qu'ils firent, grâce à la bienveillance de M. le directeur qui le leur accorda très volontiers.
A quelques jours de là. les élèves de M. Smith avaient le plaisir de recevoir la visite de leur ancien et très estimé professeur. Avant d'aller prendre possession de son nouveau poste, il avait voulu revoir ses bons élèves et jouir de quelques heures de délassement au milieu de ses confrères et amis du vieux manoir et du jeune collège.
Le douze octobre fut un jour de deuil pour les élèves trifluviens et en particulier pour les bons vivanU. Ils apprenaient, ce jour-là, la triste nouvelle de la mort d'un confrère qui, huit jours auparavant, partageait encore leurs jeux et leurs exercices. Daniel Loranger avait succombé, victime des fièvres typhoïdes. Daniel ! oh ! que de souvenirs évoquera ce nom familier à tous les élèves de son temps ! Veuillent tous ses amis auxquels il sera donné de lire cette page, accorder à leur confrère un souvenir dans leurs prières, en retour des heures joyeuses qu'il leur a fait passer autrefois. Daniel fut un des premiers arrivés, lors de la fondation du Collège ; mais comme son intelligence n'avait pas encore reçu d'autre culture que celle qui se donne dans les écoles élémentaires, il était un des derniers de la classe des éléments. Cependant, de mois en mois, d'années en années, il s'était élevé graduellement des derniers rangs de sa classe aux premiers ; et quand la mort vint interrompre soudainement ses études, il disputait fort avantageusement la première place à ses confrères de la Versification.
Nature rustique, mais couvrant une intelligence d'élite, écorce rude mais cachant un cœur d'or. Il était d'une gaieté et d'une originalité telle, qu'il monopolisait bien souvent les agréments des récréations. Nul doute que s'il eût vécu, il eut
pu arriver aux premières positions de la société. Il est mort dans sa famille au Cap de la Madelaiue, entouré des meilleurs soins et muni des consolations de l'Eglise. A cause du danger qu'il y avait de rapporter l'épidémie dans la communauté, M. le directeur ne voulut permettre qu'à un nombre limité de ses confrères, porteurs et chantres, d'aller lui rendre les derniers devoirs, en assistant à ses funérailles qui eurent lieu le 14 octobre, au Cap de la Madelaine.
Les réflexions sérieuses provoquées par la mort de Daniel Loranger ne furent pas sans quelque profit pour ses jeunes confrères.
En effet, rien n'était plus propre à leur rappeler le néant de la vie et de la santé, aussi bien que l'impitoyable audace de la mort cjui ne craint pas de s'attaquer aux jeunes gens dont la vigueur et les forces semblent plus capables de la braver impunément. Donc le contre-coup de cette mort si imprévue, fut d'inspirer à tous une crainte salutaire des jugements de Dieu et de les engager à remplir avec plus d'exactitude tous leurs devoirs, enfin de favoriser l'application et les succès, en éloignant des esprits bien des frivolités et des causes de distractions et d'insorbordination. C'est ainsi que passèrent la dernière quinzaine d'octobre, le mois de novembre et une bonne partie du mois de décembre.
Cependant, le 18 octobre, jour anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr Cooke, les élèves virent se dérouler sous leurs yeux les imposantes beautés d'une messe pontificale. Cette année, cet anniversaire tombant un dimanche, fut solennisé avec une pompe inaccoutumée. Il y eut grand sermon de circonstance donné par Monsieur C. O. Caron, Vie. Gren. Le talent oratoire de Monsieur le vicaire général était alors dans toute sa force et dans tout son éclat.
Le chef-d'œuvre d'éloqitence qu'il servit en cette occasion à son auditoire, était bien de nature à grandir encore sa renommée, et ceux qui eurent la bonne fortune de l'entendre n'ont pas encore oublié ce triomphe de la chaire.
De l'anniversaire de la consécration de l'évêque à la fête
de son patron, il y avait tout juste doux mois, llien dans ci't intervalle, ne vint distraire les élèves de leurs travaux et do leurs exereices journaliers. S^uls les professeurs eurent la douleur d'enregistrer la mort d'un aueieu confrère et ami, M. Cléophas Grouin, Ptre, succombait le 28 octobre, à une maladie de poitrine et il était inhumé à la Baie du Febvre, le 31 du même mois.
Yers cette époque, M. A. Boucher qui donnait des leçons de violon à quelques élèves, eut l'idée d'organiser parmi eux un petit orchestre. Ce fut l'origine de la première société musicale du Collège, dans laquelle entrèrent Louis Grarceau, Thomas Desauluiers, Edmond Grenier et Jos. Hamel. Les succès obtenus par nos musiciens, dès leurs premiers essais, leur amenèrent bientôt de nouvelles recrues ; Edm. Panneton, Narcisse Martel, J. B. Bélanger, 01. Camirand, Chs. Olivier, Jules Hardy et A. Lanouette. Parmi ces derniers se trouvaient des joueurs de flûte, de piccolo, etc, et bientôt l'orchestre fut assez complet pour pouvoir interpréter de jolies compositions. Désormais ce petit corps de musique aura sa place dans toutes nos fêtes collégiales.
La fête de vS. Thomas provoqua, cette année, des préparatifs un peu extraordinaires ; car, contrairement à ce qui s'était pratiqué les années précédentes où les élèves étaient allés présenter leurs hommages à Monseigneur dans son palais même, cette fois, Sa G-raudeur porta la condescendance jusqu'à venir à eux au Collège, pour entendre l'expression de leurs respectueux sentiments et de leur filiale affection.
Donc le 16 décembre au soir, Mgr Cooke accompagné d'un nombreux clergé vint faire visite à la communauté, où il fut reçu d'abord par le salut de la compagnie sous les armes. Entrant ensuite dans la salle de récréation qu'on avait décorée pour la circonstance et ornée d'inscriptions, il y reçut les adresses des élèves. Après la première adresse en prose présentée par M. Em. Gruilbert, élève de Rhétorique et à laquelle Monseigneur répondit avec beaucoup de bonheur et de succès, un jeune élève vint débiter une petite poésie de circonstance,
dans laquelle était formulée l'importante demande du grand congé.
Eu présence d'une requête aussi poétiquement exprimée, Mo-r ne songea même pas à la faire seconder par une nouvelle demande en latin, ainsi qu'il l'avait déjà exigé antérieurement ; le cong'é fut gracieusement octroyé et bruyamment applaudi. Pour terminer la fête, le chœur des élèves chantaun petit morceau de circonstance et Mgr retourna chez lui. escorté de nos miliciens. Le lendemain soir, après les ébats d'un grand congé, il ne restait plus de cette fête qu'un agréable souvenir, et la communauté rentrait de nouveau dans le calme de l'étude et la régularité de ses exercices.
Mais les fêtes relig'ieuses de la naissance et de la Sainte Enfance de Jésus étaient là, tout près, pour apporter à leur tour des délassements pleins de suavité et de religieuse douceur aux intelligences fatiguées de l'étude et ennuyées de la monotonie de la règle. Elles étaient là surtout, pour donner aux âmes chargées du poids des misères humaines et entrainées par la violence des passions du jeune âge, le loisir d'aller à Jésus pour être soulagées. Venile ad me omnes qui laboralh et oiierall estis et ego re/iciam vos !
IV— En 1864.
Le jour de l'an passa sans bruit, ramenant dans le Collège les scènes accoutumées et provoquant les mêmes souhaits du bon vieux temps. Mais les fêtes de Noël une fois closes, l'attention des élèves se porta toute entière sur les examens dû semestre qui s'avançaient rapidement, et pour le succès desquels il leur fallait donner une application plus qu'ordinaire. En effet, M. le directeur voulant relever le niveau des classes, afin de n'avoir pas trop de déception avec ses rhétoriciens dans les concours du baccalauréat, avait prévenu les élevées qu'il serait plus exigeant que de coutume dans les examens. Il les commença donc vers la fin de janvier, et il les continua sans interruption jusqu'à la dernière matière de la dernière classe. Ainsi qu'il s'y était attendu, le résultai
général donna des notes relativement mauvaises. Ilélas î pourquoi faut-il que l'histoire aille fouiller dans ces vieilles archives, pour redire aux élèves futurs les faiVjlesses de leurs devanciers ? C'est pour l'instruction des étudiants actuels, c'est pour leur rappeler la nécessité de bien employer le temps qui leur est donné, et l'impossibilité de jamais réparer celui qu'ils perdent souvent avec tant d'insouciance. Voici donc les moyennes données par chacune des classes : Philosophie bien, Ehétorique bien, Belles-Lettres bien, Versification satisfaisant. Méthode bien. Syntaxe satisfaisant. Eléments satisfaisant. La moyenne générale donnait encore, malgré tout, la note BONNE, mais elle était trop voisine de la note simplement satisfaisante, pour que le préfet put se réjouir d'un pareil résultat. Cependant si faibles que furent les succès de cet examen, ils n'apportèrent aucune déception à M. Panneton qui n'avait pas osé espérer davantage.
Pendant que les élèves subissaient les épreuves des examens, la mort entrait à l'évèché et enlevait aux plus chères affections de notre vénérable évèque, sa sœur dévouée. Délie Elizabeth Cooke qui demeurait avec son frère depuis la nomination de ce dernier à la cure des Trois-Rivières. Elle fut enterrée le 3 février. *
Quelques semaines plus tarji, le 16 mars, c'était le curé d'office, Messire J. B. T. Toupin qui succombait à son tour, victime de sa charité. Il avait contracté des fièvres malignes dans la visite des malades, et n'ayant pas pris immédiatement les soins convenables, il mourut après quelques jours de maladie seulement, dans toute la vigueur de l'âge. Il n'avait que trente-trois ans.
Prêtre zélé et prudent, doué de beaucoup de connaissances et d'une grande vertu, il remplissait sa délicate et importante fonction de curé d'office avec un grand succès. Mgr Cooke qui avait été plus en état d'apprécier les éminentes qualités et le mérite de son curé d'office, fut très sensible à cette perte qui affectait en même temps tout le clergé diocésain.
Inutile de dire que la communauté fit tout ce qu'elle put
ponr donner de 1 éclat aux funérailles de ces deux membres de la famille intime de Monseigneur, afin d'adoucir un peu, par ces témoignages de sympathie, l'amertume de ces cruelles séparations.
Le mois de mars devait cependant donner en spectacle aux élèves trifluviens autres choses que des convois funèbres et de tristes événements. Des fêtes plus agréables, des scènes plus riantes devaient aussi y prendre place. "D'abord, ce fut le 5 au midi, une grande revue militaire faite à notre compagnie par le Major Smith. On se rappelle que l'organisation de notre corps de soldats ne datait que du mois de juin précédent. De plus, comme nous n'avions pas au Collège un local assez vaste pour les parades, depuis le commencement de l'hiver, notre compagnie avait été obligée d'aller prendre ses exercices à la grande salle du vieux marché, et naturellement le temps qu'elle y pouvait consacrer se trouvait diminué de tout celui cju'il fallait prendre pour l'aller et le retour. Cependant, le major Smith ne put s'empêcher de louer nos soldats de la précision et de l'ensemble de leurs mouvements, et il parut émerveillé des progrès étonnants c[u'ils avaient déjà faits. Cette visite eut pour effet de stimuler davantage leur ardeur militaire, et de les faire suivre avec plus de zèle et de plus de bonne volonté encore les leçons de leur instructeur.
Cette fête militaire fut immédiatement suivie de la douce fête de notre Saint Patron, laquelle fut soleunisée avec grande pompe à la cathédrale, le quatrième dimanche du carême qui tombait cette année le 6 mars. Dans les honneurs qu'elle rendait à S. Joseph, la communauté trouvait une digne émule dans la société appelée " Union St-Jone/j/i. " En combinant leurs efforts, elles faisaient de la fête de leur Patron commun une des plus grandioses qui se célébrassent sous les voûtes de la cathédrale. " L'Union St-Joseph " se chargeait de la décoration de l'église et des autels, de l'offrande d'un pain bénit extraordinaire etc. La communauté prenait pour lot, le chant et les cérémonies, et elle s'efforçait d'harmoniser le tout avec la magnificence des décorations. De cette manière, la solennité de St-Joseph prenait, chaque année, la 'proportion d'un
événement religieux auquel s'intéressait toute la population trifluvienne.
Le lendemain de la solennité religieuse de St-.Toseph, les élèves célébraient, dans la salle de récréation du Collège, la fête plus intime de leurs directeurs, par une grande soirée dramatique et musicale à laquelle étaient conviés les messieurs du clergé, les membres de la corporation, les parents et amis de M. Panneton et de M. Héroux. Les adresses, les morceaux de chant, la musique d'orchestre, le drame, tout fut exécuté avec une perfection et un entrain tel, que cette fête collégiale t\st restée une des plus brillantes et des plus agréables qui se soient jamais données dans les salles du vieux Collège.
Le grand drame de Lévêque qui a pour titre " La Malédiction" formait la partie principale du programme de la soirée, et bien qu.e plusieurs acteurs eu fussent à leur début, cette piè e difficile fut interprêtée avec grand succès et de manière à intéresser l'auditoire d'élite réuni autour de nos bien-aimés directeurs. Les rôles de Don. Vasco de Gomez par Mag. McLeod, d'A/onzo par Gr. Turcotte, de Tarick par E. Dupont, de Pédrillo par Edm. Lemay n'eussent pu être mieux rendus, et maintes fois, ces acteurs provoquèrent les applaudissements et les bravos.
A quelques jours de là, un autre événement aussi grave qu'inattendu se passait encore au Collège. M. Ls. Pothier Ptre, professeur de Rhétorique, quittait l'institution et était nommé vicaire à La Baie du Febvre, avec la desserte de la paroisse de St-Zéphirin.
Personne autre que Messieurs les directeurs peut-être ne soupçonnait ce départ, et chacun de se demander quelle cause extraordinaire avait autorisé cette étrange décision des supé' rieurs !... Il était vrai que l'évêque avait grand besoin de sujets pour le ministère, et qu'on pouvait peut-être lui reprocher de laisser quelques paroisses en souffrance pour favoriser son Collège ; il était vrai aussi que le traitement à donner à trois prêtres devenait pour la corporation une charge fort lourde, vu l'état si précaire de ses finances : il était encore
vrai que M. Pothier n'avait pas assez caché son opposition à l'affiliation et au mode des examens universitaires et M. Panneton pouvait i^eut-ètre craindre de compromettre, à la première épreuve sérieuse les chances de succès de ses élèves, eu les laissant entre les mains d'un professeur un peu trop indifférent. Quoiqu'il eu soit de ces conjectures qui sont toutes également plausibles, la cause du départ de M. Pothier est restée le secret de Mgr Cooke et de M. Panneton.
Mais pour les autres professeurs, ses confrères, ce fut un dur sacrifice que cette séparation inattendue. En effet, M. Pothier était venu se joindre à nous, dès les premiers jours du Collège. Nous y avions travaillé de concert depuis près de quatre ans. Nous avions partagé peines et joies, soucis et labeurs. Par la gaieté de son caractère et l'enjouement de sa conversation, il n'avait pas peu contribué à combattre nos ennuis des anciens jours, et à rendre agréables nos récréations particulières et nos rapports intimes.
M. Pothier accepta sans murmure la position nouvelle que la Providence lui ménageait par la volonté de son supérieur, et cet acte d'obéissance prompte et respectueuse attira sur son ministère des bénédictions si abondantes que, dès la St-Michel 1«65, Mgr Cooke le nommait à la cure de St-Médard de AVarwick où tout était à créer. Sous son habile administration, cette belle paroisse a grandi rapidement, et aujourd'hui elle est dotée d'une magnifique église eu pierre, d'un bon jpresbytère et d'un joli couvent tenu par les Révérendes Sœurs de l'Assomption.
Mais en homme de ccrur, M. Pothier n'a jamais oublié le Collège des Trois-lvivières. Depuis qu'il l'a quitté, il n'a jamais cessé de s'intéresser à ses succès et de s'affliger de ses revers. Quand les circonstances le ramènent sous notre toit, il est toujours tout émerveillé des accroissements prodigieux du petit collège d'autrefois et il est fit-r de rappeler qu'il fut un des premiers ouvriers appelés à y travailler.
Le mois de mars, commencé avec les solennités de S. Joseph et finissant avec les fêtes de Pâques, avait vu se dé-
rouler bien des faits importants que l'histoire fidèle a enré* gistrés (1(1 ])erjiehuun rei nieiiiorùoii.
Au dehors, des événements publics considérables s'étaient aussi produits. Les sphères politiques étaient toujours tourmentées ; les ministères se succédaient à de courts intervalles et ils se relevaient toujours de plus en plus faibles. Nos hommes d'état bas-canadiens luttaient avec énergie et persévérance contre les empiétements et les persécutions de leurs collègues du Haut-Canada. De là, ces crises ministérielles si fréquentes et si prolongées. Le 21 mars, c'étaient MM. S. McDonald-Dorion qui cédaient leurs portefeuilles à MM. E. Taché, J. A. McDonald. Ce dernier ministère était lui-même usé au bout de deux mois et il fallut le raccommoder lors de la clôture de la session.
V — Une Excursion.
Maintenant, chers lecteurs, pour vous reposer un peu, nous allons nous permettre une digression et vous raconter un incident particulier à la classe de Mathématiques. Cet incident sans importance eu soi, n'a d'intérêt que comme étude de mœurs collégiales et c'est là son seul titre pour trouver place ici.
Il était dans les habitudes des mathématiciens de profiter des jours de congé pour aller, dans des endroits favorables, prendre des mesures trigonométriques et lever des plans. Or. le premier congé de Pâques arrivé, il s'agissait pour eux de faire une grande campagne au sud du fleuve, pour prendre la distance entre les clochers des églises de St-Grégoire et de Bécancourt. Prétexte d'écoliers qui cachait l'intention d'aller manger la trempette à quelque sucrerie voisine. Je laisse la parole à l'un des excursionnistes qui rend compte ainsi de .ses impressions à un ami :
" C'était le 30 mars, par un de ces beaux jours du printemps où le soleil se lève en dansant comme pour nous inviter à la joie et à la promenade, en nous donnant l'assurance d'une belle journée. "
" Nous avions quelque peu pensé à uofre excursion et devant la perspective d'un temps aussi favorable, notre détermination fut vite arrêtée. Cependant, pour rendre notre organisation plus facile et plus prompte, et aussi pour n'avoir pas à s'embarrasser d'un bagage inutile, chacun reçut le mot d'ordre avant le déjeuner, d'avoir à mettre dans son estomac une double ration, afin de parer par là à toutes les éventualités. Au retour donc du déjeuner qui n'avait guère été plus long que de coutume, bien qu'on l'eut pris en double, novis étions tous sur pied, frais et dispos, prêts à arpenter vallons et coteaux, lacs et marais. Armés de jalons et d'instruments perfectionnés de fabrique trifluvienne ! nous descendons à la ffrève. A huit heures, nous étions au bord du fleuve attendant le canot de M. N. Doucet qui devait nous transporter au sud. C'était une nouveauté pour la plupart d'entre nous d'entreprendre une pareille navigation, et chacun de faire connaître et d'exagérer ses impressions. Edouard et Grédéon éprouvaient des terreurs féminines. John était plus froid, mais une «'rainte mgil dissimulée se manifestait sur sa figure, d'ordinaire si paisible. Pour les autres, c'était une fête de pouvoir aller se bercer sur l'onde dé notre beau llcuve qui, ce matin-là, était calme comme une glace."
" Nos canotiers ne se firent pas longtemps attendre ; car M. Zéphirin Doucet, co-associé de M. Norbert, est un brave gentilhomme qui n'aime pas à faire souffrir son monde. Il nous installa donc aussi commodément cj[ue possible dans son embarcation, et il fut convenu c|ue les plus robustes lui viendraient en aide et manieraient l'aviron, tandis c^u'Edouard et Grédéon se tiendraient tranquillement assis au fond du canot. Nous avions à peine quitté le rivage c^ue maître Edouard déjà entièrement revenu de sa frayeur, était debout au milieu du canot, prenant plaisir à le faire balancer, embarrassant la manœuvre, et discourant selon sa coutume sans avoir pris le temps de penser. Son compagnon plus intimidé que jamais, jetait des cris de frayeur et le suppliait de s'asseoir ; mais notre espiègle "n'en devenait cj[ue plus hardi et plus téméraire. Vainement le brav(» canotier voulut int(n-V(>nir pour mettre l'ordre
dans son vaisseau. Il fit observer qu'on retardait la marche et qu'on s'exposait à des accidents. Arrêté un instant par des observations aussi raisonnables, il s'oubliait l'instant d'après pour recommencer de plus belle. Il ne fallut rien moins que la voix impérative de notre professeur, doublée d'une colère feinte, pour clouer notre homme sur son siège pour le reste de la traversée qui s'effectua sans autre incident."
" Nous mettons pied à terre et, sans nous amuser, nous filons vers le lac St-Paul, car c'était là que nous devions prendre notre base de triangulation. Les trois milles et demi qu'il y a, du débalrcadère au lac, furent franchis en moins d'une heure. La route que nous avions à parcourir courant presqu'exclusivement à travers la foret, n'avait rien d'intéressant à offrir à notre observation, rien par conséquent c{ui peut retarder notre marche. A neuf heures et demie, nous débouchons par un étroit sentier sur le lac, à peu près à la moitié de sa longueur."
" Le lac St-Paul a une longueur de quatre milles, sur une largeur assez uniforme d'environ un demi mille. Sa rive gauche est bordée de grands arbres, pendant qu'à une petite distance de sa rive droite il y a de jolies maisonnettes échelonnées sur toute sa longueur. Cette nappe d'eau, encadrée de verdure et entourée de solitude, doit faire les délices du gibier dans la saison d'été. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes au trente mars. Une glace solide, doublée d'une épaisse couche de neige, couvre toute sa surface, et cette neige qui a commencé à subir l'action du soleil et la gelée des nuits s'est formée en une croûte solide où nous pouvons prendre nos ébats, et étendre indéfiniment les bases des triangles que nous avons à mesurer."
" Cependant, grâce à l'exercice un peu extraordinaire que nous venions de prendre au milieu d'un ail' vif et frais, nos estomacs avaient déjà accompli la double tâche que nous leur avions imposée le matin ; il fallait songer à les réconforter un peu avant d'entreprendre la retraite. "
" Vous voyez là-bas devant vous, " nous dit M. Richard,
" uue maison à la toiture antiqne, également éloignée de deux autres maisons à l'apparence plus moderne, c'est là que demeure mon vieux père et nous sommes trop près de chez nous pour songer à aller dîner ailleurs. Un tout petit mille nous sépare de ma famille. Ce sera l'affaire d'un quart d'heure pour nous y rendre, et je puis tous donner l'assurance que si nous n'y sommes pas royalement reçus, nous y serons certainement les bienvenus. "
" Qui fut dit fut fait, et il était à peine onze heures sonnant que nous frappions à la porte de M. Noël Kirhard. Hélas! l'arrivée fut bien pénible pour notre cher professeur ! au lieu de trouver à la maison paternelle la joie et le bonheur comme il l'espérait, il y trouva son frère cloué sur un lit de douleurs, soutirant horriblement d'une inflammation des intestins. Ce fut même le Docteur Arcand qui vint ouvrir. "
" Dans une telle circonstance, si la visite de notre profesl>3ur chez son frère était providentielle et très-opportune, la nôtre assurément n'était guère de convenance. Nous étions donc à faire nos excuses et à exprimer notre volonté de partir immédiatement, quand le malade oubliant un instant son mal voulut nous faire lui-même les honneurs de sa maison et nous égayer par de joyeux propos. Si je ne me trompe, M. Onésime Kichard est d'un caractère bien différent de celui de notre professeur, et s'il n'eut été aussi souffrant, je suis sûr qu'il nous aurait fait passer d'agréables moments. "
" Après quelques mots échangés avec son père et sa bellesœur, notre maître nous annonça que nous allions nous rendre chez son boau-frôre, M. Achille Bergerou, qui demeurait à quelques arpents. Là, dit-il, il n'y aura pas de malade que nous craindrons de fatiguer, et de plus, nous aurons la bonne fortune de trouver de la trempette à la suc^rerie. "
" Cette nouvelle fut accueillie avec d'autant plus de plaisir qu'elle nous tirait fort heureusement d'une mortelle impasse, et laissait entrevoir à nos estomacs vides un bon dîner à la cabane. Vous dire avec quelle cordialité et quelle politesse nous avons été reçus chez M. Bergeron est inutile. Seulement.
je dois noter, à notre g-raiid désavantage, qu'il ne fallut rit-n moins que la vigoureuse santé de Madame Bergeron pour suffire à la tâche de nous donner à dîner. Heureusement pour <dle que, sur l'avis de M. Achille, chacun de nous voulut réserver un pjtit coin dans son laboratoire de digestion, pour y mettre un peu de trempette, de tire, de gratin etc., enfin de toutes les bonnes choses que l'on trouve à une cabane à s.ucre. "
" L'après-midi fut bien vite écoulé, au milieu de ces plaisirs sucrés et de la poésie de ces érables, et nous avions entièrement oublié de faire de la trigonométrie. Napoléon, non pas le grand Empereur, mais cependant notre général en mathématic[ues, avait bien mesuré la hauteur de plusieurs arbres, mais personne n'avait songé à vérifier ses problèmes. "
" Cependant chacun de nous voulut payer une visite à t)i(m oncle Char/es qui avait sa cabane à une toute petite distance. Il va sans dire cjue c'était Edouard cjui avait découvert notre parenté avec M. Charles Bergeron ! Savez-vous comment ? De temps à autre, ce nom revenait dans la bouche de
M. Achille Bergeron et de son frère et c'était lace qui
établissait notre parenté avec leur oncle. Donc Edouard avait été le premier à aller rendre visite à mon oncle Char/en, et il eu avait agréé, sans cérémonie, les libéralités et les politesses. 11 trouvait même au sucre de son oncle une douceur et un fumet particulier qu'il goûtait davantage. Après lui, William et moi voulûmes, à notre tour, nous assurer de la chose, et sur notre témoignage, tout le reste de la caravane aurait accepté sans respect humain les offres généreuses de Voncle Charles ; mais M. Richard crut devoir intervenir et le remercier bien cordialeîfnent au nom de tous, de toutes ses prévenances et le prier d'excuser en même temps le laisser-aller de ses écoliers. Il dut répéter la même antienne à son beau-frère ; mais là du moins, nous eûmes le bon esprit de nous unir à notre professeur pour témoigner de notre gratitude et de notre extrême satisfaction pour la réception si magnifique qu'on nous avait faite. "
A quatre heures, nous étions eu route pour le retour, mais force nous fut de passer la nuit étiez les parents de Mr Richard ; d'abord parce que Mr Onésime étant dans un état très critique, ne put consentir à laisser partir sou frère, et ensuite, parce que celui-ci ne voulut pas nous laisser revenir seuls, car il craignait que les canotiers ne fissent difficulté de nous traverser sur la brune. Après une veillée assez prolongée, nous prîmes quelques heures de repos sur des lits la plupart improvisés, mais dont nous nous accommodâmes volontiers, après toutes les marches et contremarches de la journée. "
" Le lendemain matin, il fallait revenir de bonne heure en ville pour calmer les inquiétudes de Mr le Directeur et celles de nos parents, puis reprendre nos travaux. Il faisait un fort vent de sud-est quand nous nous mîmes en route et notre professeur n'était pas sans quelqu'appréhension sur les diffi(;ultés de traverser par un temps semblable. Cependant Mr Kichard dissimula ses craintes et hâta notre départ. Mais le vent augmentait toujours de violence, et quand nous fûmes arrivés à l'embarcadère, il soufflait avec la fureur de la tempête. Les canotiers, plus conscients du dang-er que nous ne Tétions nous-mêmes, refusèrent de nous traverser et déclarèrent qu'il fallait nécessairement attendre que le vent fut calmé. Ce nouvel incident fut fort ennuyeux pour notre maître qui avait hâte de nous remettre entre les mains de M. le Directeur pour retourner auprès de son cher malade; mais au contraire pour nous, cet incident ajoutait un nouveau charme à notre excursion et nous fûmes bien vite résignés à prendre un nouveau congé pour attendre un temps plus favorable. Cependant, il nous fallut trouver à dîner chez les bons habitants du sud. Gédéon qui, dans ces circonstances, avait toujours de bonnes vieilles amitiés à exploiter, alla dîner avec Napoléon chez un M. lîellefeuille. Edouard dut se chercher un nouvel oncle Cliarles. William et John avaient quelques &OUS qu'ils partagèrent fraternellement avec moi pour défrayer les dépenses de la journée."
" Enfin, vers trois heures de l'après-midi, nous nous ren-
dîmes choz M. Norbart Doucot qui coiiseiitit volontiers à nous traverser, bien que le vent fut encore très fort. La traversée n'en fat que plus rapide et plus heureuse. A quatre heures, nous rentrions au Collège- et, après les explications convenables données à M. Panneton par notre professeur, nous nous remettions à l'étude avec un courage entièrement renouvelé par le repos et les incidents variés de ces deux jours de promenade dont nous garderons toujours le plus cher souvenir."
Quelqu'agrément qu.* vous trouviez, chars lecteurs, avec îe compagnon de voyage que je vous ai donné pour aller fainune visite au lac îSi-Paul, voici qu'il a accompli sa tâche, et je dois reprendre la mienne, eu continuant le récit des événements de l'année 1864.
YI — Les dernieks mois.
Autaut le mois de mars avait été riche en faits divers, dignes d'être enregistrés dans les annales du Collège, autant es mois suivants sont pauvres sous se rapport. C'est la constante monotonie de la règle ramenant chaque jour les mêmes exercices, dans le même ordre et à la même heure. Une seule distraction est donnée aux élèves dans tout le cours du mois d'avril. Le treize, jour de congé, du haut de la terrasse du Platon, ils jouissent du spectacle toujours grandiose de la débâcle. Commencée d'hier, elle est aujourd'hui dans son plus fort. De grandes banquises s'avancent majestueusement, couvrant toute la surface du fleuve. Elles viennent se heurter contre les quais et paraissent en même temps toucher le rivage au sud. Nulle puissance capable d'arrêter ces masses énormes qu'entraine le courant. Telle, il me semble, doit être la marche irrésistible d'une grande armée. Ces troupes innombrables de soldats qui s'avancent sur un territoire ennemi, renversant tous les obstacles et entraînant tout dans leur marche triomphale, ont ici une image frappante. Ces quartiers de glace qui s'attachent à tous les obstacles qu'ils rencontrent, ce sont les morts, les blessés, les prisonniers, toutes les pertes enfin qu'éprouve une armée dans ses plus beaux triomphes.
Il y a aura aussi des traînards qui ue rejoindront le gros de la troupe qu'une journée, deux jours plus tard, et c'est ainsi que notre beau fleuve, qui est le chemin battu de la grande armée de toutes les glaces de nos rivières, ne sera entièrement libre que dans trois ou quatre jours.
Le onze mai, les élèves virent avec grande satisfaction s'élever, au côté sud-ouest de leur cour de récréation, les parties de plus essentielles d'un gymnase ; une échelle horizontale, une barre verticale, un double trapèze mobile et des anneaux suspendus Si peu considérable que fut ce gymnase, il apportait une amélioration fort importante aux récréations des élèves, et eu égard au nombre de ces derniers, il répondait suffisamment aux besoins de la communauté, puisque cinq ou six élèves au moins pouvaient y prendre simultanément leurs ébats.
Les jeux de la gymnastique sont tout à la fois un amusement agréable et un excellent exercice, propre à fortifier le physique du jeune écolier. En suivant un système gradué d'évolutions, les forces musculaires se développent progressi- A^ement et elles peuvent ainsi toujours faire contrepoids aux fatigues de l'étude. Désormais nous verrons les élèves trifluviens jouir d'une excellente santé ; mais aussi le gymnase sera toujours en honneur parmi eux.
Le congé du IT mai, passé loin du Collège, fut la représentation fidèle de nos magnifiques campagnes au sficre, avec cette différence, toutefois, que le temps de la tire et de la Iremlielle étant passé, il fallut modifier quelque peu le programme de la journée, et surtout le menu de nos repas, de manière à réduire le nombre de nos mets sucrés." Mais en revanche, le lieu choisi pour y passer le congé était un endroit charmant, sur la rive gauche du St-Maurice, un peu plus haut que le moulin de M. Ogden. Ce lieu solitaire et pittoresque avait une douceur champêtre qui reposait l'intelligence tout en parlant à l'imagination. Les boutons bourgeonnant sur les arbres, répandaient un parfum qui embaumait l'air. Les oiseaux voltigeant sur les bruyères fredonnaient leurs chan-
sons, et invitaient les élèves à sauter et à se réjouir ave(ï eux. Jamais jour de congé ne fut niii'ux employé ! Jamais piqueiiiqur ne fut plus agréable! M. Panneton s'y rendit lui-même avec tous les professeurs, et il put se féliciter d'avoir atteint parfaitement le but qu'il s'était proposé, en autorisant cette grande promenade ; à savoir, d'opérer une diversion complète cliez les élèves et d.^ lis faire bien reposer des fatigues de l'étude. C'était la pensée qui avait présidé aux grandes ex('ursions des années précédentes et qui avait encore déterminé (■.clle-<-i.
En effet, en tout ordre de chose, l'uniformité devient insipide et fatiguante, et, si c'est là une vérité d'expérience pour toutes sortes de personnes, elle est particulièrement exacte quand il s'agit des enfants. Ainsi le professeur qui a le talent de varier le travail de ses élèves, de piquer, de temps à nutre, leur curiosité par quelqu'étude intéressante quoiqu etrangère à sa classe, ce professeur-là, aura trouvé le secret de faire exécuter, sur les matières souvent fort arides de la classe, une plus grande somme d'ouvrage et il obtiendra un résultat final supérieur à celui qu'il aurait pu attendre, sans ces digressions ménagées avec intelligence dans le travail journalier. Le même phénomène s'observe miême à l'égard des récréations. Quand la monotonie s'est introduite dans les amusements, elle produit le dégoût et Tapathie, et par suite les jours de congé passent sans reposer les intelligences. "Voilà pourquoi M. le directeur se plait à amener, de temps en temps, l'extra et l'imprévu dans les récréations des élèves. Tantôt ce sera un magicien qui viendra faire ses tours de passe-passe devant la communauté ; tantôt ce sera un acrobate qui sera admis à jouer sur la corde ; une autre fois ce seront des exhibitions fantasmagoriques à la lanterne magique, etc., etc. : enfin, tout ce qui peut intéresser les élèves, en les reposant, il ne manc[ue jamais l'occasion de le leur procurer.
Le 23 mai, la compagnie reçoit la visite du colonel de Salaberry et soutient dignement la réputation qu'elle s'était faite, lors de hi visite du major Smith. Le lendemain, c'est la fête de la Reine. A l'heure d'ordonnance, notre compagnie va
tirer soleniiellemeut le salut royal. Dans la soirée, la commnuanté assiste au feu d'artifice lancé du haut de la terrasse dv Platon.
Le 29 mai, nouvelle parade publique de nos soldats ; mais, cette fois, s'ils sortent eu grande livrée, c'est pour faire escorte au Dieu des armées qui passe triomphalement par les rues de la ville, pour y recevoir les hommages de ses enfants. Ceux-ci, comme autrefois les Juifs de Jérusalem, chantent avec amour et allégresse: '' Hosrmna Filio David '^ \ Cette procession du Très-Saint Sacrement fut vraiment magnifique, et par le nombre des sociétés qui y prirent part, et par l'ornementation des rues, et par la richesse des reposoirs, et par la foule des fidèles qui formaient le cortège. Une seule chose fit ombre dans ce grand tableau, ce fut la musique de fanfar>% par un corps de musiciens formé de quelques jeunes gens de la ville. Ces jeunes gens ne manquaient pas de bonne volonté ni d'une certaine habilité; mais ils n'étaient pas suffisamment préparés pour jouer des morceaux d'harmonie et tirent fiasco complet.
De la procession de la Fête-Dieu à celle de la St- Jean- Baptiste, il s'écoula à peu près un mois. Les musiciens furent plus heureux à cette dernière ; soit que leur échec précédent eût stimulé leur amour-propre et leur zèU^ soit plutôt qu'une musique légère fût plus à leur portée qu'une musique religieuse et grave.
Au Collège, la St-Jean-Baptiste fut, comme à l'ordinaire, <.'hômée par une grande séance académique, présidée par des professeurs et remplie par des discours du plus pur patriotisme. Le discours du président, M. l'abbé Fréchette, professeur de Seconde, sur le sujet suivant : " La re/ii^'ion cafholi(///e nécessaire à tous les peuples, est plus particulièrement la base de la nationalité canadienne-française, " fut un morceau vraiment remarquable de conception et de diction. Après M. Fréchette, M. l'abbé Ls Côté, professeur de Méthode et vice-président honoraire de cette séance ne fut pas moins heureux dans sa brillante allocution sur " La culture des arts et des sciences. " Puis les élèves, Grédéon Brunel, Joseph Bureau et F. X. Gauthier
vinrent, tour à tour, célébiv^r les gloires de la Patrie .t apporter au eoncert de louanges à son honneur, leurs accents les plus harmonieux. La séance fut close par une improvisation de M. Panneton qui félicita l'académie de ses travaux, et en particulier, des efforts qu'elle faisait pour chômer avec éclat la fête nationale.
VII — Concours du baccalauréat et distribution