‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 32 sur 84 · DES PRIX · texte numérisé non relu

DES PRIX

Nous voici arrivés à l'époque solennelle du concours toujours si redouté du baccalauréat. Ce grand tournoi littéraire où les élèves de cinq institutions entraient en lice est fixé, cette année, au 4 juillet. Chez nous, comme le concours était encore volontaire, un bien petit nombre de jouteurs se présentèrent pour subir les épreuves qui furent présidées par Monsieur l'abbé Primeau du Séminaire de Ste-Thérèse. Cependant Mr Panneton avait l'espoir que Mag. McLeod qui consentait à entrer de nouveau en lice, et Em. Gruilbert qui était aussi fort bien préparé, arriveraient tous deux au baccalauréat. Sinon, l'insuccès de ces deux élèves porterait un coup fatal aux aspirations des meilleures intelligences des classes inférieures. Quand donc le résultat de la correction des épreuves fut connu, et c[u'il fut bien constaté que des élèves d'un I aient supérieur comme l'étaient Mag. McLeod, Em. Gruilbert, P. Em. Dupont, Elp. G-odin n'avaient obtenu qu'un mince succès et étaient simplement ''des inscrits'''' ; ce fut pour Monsieur le directeur une immense déception, et en présence du verdict étrange qui était rendu sur le mérite de quelques-uns de ses élèves, il ne put se défendre contre l'idée que ceux-ci devaient être les victimes de quelque grave erreur, et il résolut de s'en assurer par lui-même. En eifet, il ne tarda pas à constater que la composition littéraire d'un élève des Trois-Rivières avait été trop légèrement appréciée et qu'elle devait mériter à peu près le double des points qu'on lui avait attribués, ce qui aurait été plus que suffisant pour faire passer cet élève de la seconde catégorie dans la première. Ayant donc constaté la possibilité de ces erreurs qu'il ne croyait pas pou-

voir arriver dans une institution aussi parfaite qu'était censé l'être l'Université, Mr Panneton cessa dès lors d'attacher une aussi orande importance aux .examens du baccalauréat et il ne fut plus possible pour lui d'accepter le jugement porté sur ses sujets par l'Université-Laval, comme un infaillible brevet de capacité ou d'incapacité, quand ce jugement venait renverser entièrement celui qu'il avait déjà porté sur ces mêmes élèves, après une constatation jounialière de leur travail, de leur application et de leurs succès.

Cependant, si médiocre que fut le résultat de l'examen du concours, considéré comme ensemble, ce fut encore un succès. Car la moyenne obtenue par notre Collège, 79.1, le plaçait au second rang, après le Séminaire de Québec dont la moyenne était de 81.7. La moyenne des autres collèges était 71.7 pour Ste-Anne, 54.8 pour Ste-Thérèse, 51,2 pour Nicolet. La moyenne générale était 67.7.

Le tableau général du concours porte les noms de cinquante-six concurrents appartenant aux cinq collèges affiliés. Le Séminaire de Québec y figure au premier rang non-seuiement par la moyenne générale du succès, mais encore par le nombre des candidats qui est de 16 et par celui des bacheliers qui est de 4. Le Collège de Ste Anne, bien que placé au troisième rang par la moyenne de son succès, a cependant deux bacheliers sur neuf candidats. Le Séminaire de Ste Thérèse en a un sur dou/i'. Le Séminaire de Nicolet avec 14 concurrents et le Collège des Trois-llivières avec 5, n'ont pu avoir aucun bachelier. Cependant, l'insuccès de nos élèves mis en regard de celui des élèves de Nicolet n'était pas aussi humiliant qu'il le paraissant tout d'abord ; au contraire, il prenait presque les preportions d'un triomphe ! Au moins c'était une réponse assez péremptoire, donnée par des faits, à ceux qui prétendaient que les études étaient beaucoup plus faibles aux Trois-lvivières qu'elles ne l'étaient à Nicolet, et qui, sous ce prétexte, cherchaient à nous enlever des élèves.

Malgré les désavantages et les déceptions qu'il rencontrait au concours du baccalauréat, le Collège des Trois-Rivières bénéiiciait cependant de son affiliation à l'Université-Laval, en

ce qu»' li's ''xain 'lis excessivomont dilliiil.'s aux(]n''ls so trouvaient soumis les élèves, mettaient de plus on plus on relief la force des études ; le résultat des concours lui donnait des armes pour se protéger contre ses ennemis et pour confondre ses détracteurs. En outre, dans les temps de crise qu'il lui restait à traverser, /'appui moral du Séminaire de Québec lui serait parfois d'un grand secours. L'intérêt et la sympathie qui lui seront témoignés de ce côté-là, le consoleront des contradictions et des misères qu'il lui faudra endurer de ce côtéci. J'ai dit appui moral : car le Séminaire de Québec n'a jamais, que je sache, aidé de ses deniers le Collège des Trois- Rivières. Mais, en plusieurs circonstances, il a, avec une extrême bienveillance, voulu mettre son crédit au service de notre maison et se (.harger même de transmettre nos commandes en Europe, Voilà pourquoi M. Panneton lui garda toujours une profonde gratitude qui, à cette époque, avait une expression toujours franche dans les lettres qu'il échangeait avec les messieurs du Séminaire de Québec.

Depuis plus de deux, même de trois mois, le jeune écolier comptait les semaines, les jours et les heures qui lui restaient encore avant l'ouverture des vacances. Elles arrivaient alors bien tardivement. Il fallait pendant plus d'un mois subir les (^haleurs excessives du solstice d'été. Mais l'aurore du 12 juillet s'est enfin levée, pleine d'espérance, de crainte et d'impatience. C'est le jour de la rétribution, c'est le jour des couronnas, c'est le retour au foyer paternel. Les élèves diligents et studieux hâtent de leurs vœux le moment solennel de la proclamation otficielle de leur application et de leurs succès. Les paresseux redoutent maintenant le silence même que gardera le Palmare sur leurs noms.

Les jouissances intimes de la famille qui se réveillent par la présence de la mère qui sourit à son enfant, du père qui applaudit à ses su<'cès, commencent à reprendre leur empire dans l'âme des enfants et contrebalancent déjà les plaisirs du collège. Les élèves aspirent à ces jouissances avec un empressement qui devient plus vif à mesure qu'elles approchent davantage.

Cep3ndaut, malgré tout leur désir d'aller se jeter dans les bras des parents qui les attendent là-bas, ils veulent donner à ceux qui sont ici le plaisir d'assister à une grande et belle séance littéraire, dramatique et musicale. Je ne puis donner une meilleure idée de cette jolie séance, qu'en en reproduisant en entier le programme tel qu'il fut exécuté :

lo Ouverture : musique par l'orchestre.

2o Discours de circonstance par Napoléon Caron, élève de Philosophie.

3o Musique — piano (duo exécuté par Alb. Olivier et O- G-ariépy).

4o Discours sur l'histoire du Moyen âge, par Jules Hardy, élève de Versification.

oo Chant {UEgVse sur la mer du inonde) solo et chœur.

60 Discours sur la poésie par Philippe Gruillet, élève de Belles-Lettres.

7o Musique par l'orchestre.

80 Concours des rhétoricieus pour le prix d'élocution entre

MM. P. S. Dagueault (vainqueur dans cette lutte oratoire)

" Edm. Panneton, Elp. Godin, Zot. Rousseau,

" Em. Guilbert, Alf. Larue, John Cooke, Em. Dupont.

9o Chant montagnard {La Varsouienne par Alf Rolland.)

lOo Piano {anvi/ chorus) duo exécuté par Ph. Camirand et

A. Olivier.

llo Pièce dramatique (La malédiction) eu trois actes. 12o Premier entr'acte : Musique par l'ori^hestre. Chanson {Le brigand calabrais) par A. Larue.

Piano (Deux mélodies de Donizetti) par A. Olivier et O. (Tariépy.

13o Second entr'acte : musique par l'orchestre. Chant montagnand {La Tyrolienne par Alf. Rolland). 14o Après la pièce : Musique par l'orchestre.

lôo Chant de circonstance {Distribuliun des prix) avec acct. d'orchestre.

Itîo DlSTRIHUTION DES PlllX.

17o Chant montagnard {Halle-là par A. Kolhind )

18o Clôture de hx séance : Musique par l'orchestre.

Il est inutile de faire des commentaires. On peut juger par un programme aussi bien fourni et qui fut non moins bien exécuté, de l'intérêt de cette séance à laquelle assistait un nombreux clergé et une foule immense qui remplissait toute la grande salle de l'école des Frères.

Les acteurs qui, pour la plupart, avaient fait leurs premiers essais, à la fête du Supérieur, reparurent sur la scène avec plus d'avantages encore, soulevèrent à maintes reprises les applaudissements enthousiastes de l'auditoire, et obtinrent en somme un grand succès.

Maintenant dans la distribution des couronnes, comme l'histoire trouve ses complaisances à faire connaître les lauréats ; je mentionnerai encore les noms des élèves qui ont remporté les prix d'excellence dans leurs classes respectives. En Philosophie, MM. Mag. McLeod et Nap. Caron ; en Rhétorique, Em. Gruilbert, Uld. Tessier et John Cooke, ces deux derniers ex-œquo pour le second prix ; en Belles -Lettres, Herm. Baril et Ph. Gruillet ; en Versification. Joseph Hamel et Olivier Nault, ex-cequo pour le premier prix et Narcisse Martel pour le second; en Méthode, E. X. Cloutier et Ed. Brunel ; en Syntaxe, Pierre McLeod et Edm. Grrenier ; en Eléments, Ph. Martel et Edm. Dupont, ex-œquo pour le premier prix et L. St. Arnaud pour le second.

Il y eut en tout cinquante élèves appelés pour prix et quinze pour mentions honorables. Soixante et cinq noms sur cent quatre avaient donc mérité les honneurs du Falmare. Les heureux porteurs de ces palmes entraient joyeusement en vacance, et la quatrième année académique était désormais du domaine de l'histoire.

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