APPRÉCIATION GENERALE DE LA QUATRIÈME ANNEE
Il doit être intéressant de jeter un coup-d'œil d'ensemble sur une année qui finissait si pompeusement dans l'éclat d'une séance solennelle digne des plus grandes institutions. Au point de vue moral et religieux, rien e saillant ne s'était produit. Il y avait bien eu, de temps à autre, quelques vents d'orage ; mais l'habilité du pilote avait heureusement traversé ces tempêtes et évité soigneusement les écueils. A part quatre ou cinq élèves plus incapables qu'indisciplinés, la communauté n'avait pas fait de pertes. Les grands dévots y étaient peut-être rares ; mais les indifférents et les élèves irréligieux l'étaient encore davantage. Cependant, il faut dire à la louange des classes supérieures qu'il y avait parmi les philosophes, les rhétoriciens et les humanistes des élèves modèles dont les exemples de vertu portaient leurs fruits chez leurs condisciples des classes inférieures.
Au point de vue intellectuel, ce que nous avons déjà dit des examens de premier semestre et du baccalauréat, donne une idée assez juste de la moyenne générale des succès. Mais si ceux-ci eussent été en rapport avec l'application généralement déployée par les élèves des classes supérieures, ils eussent été beaucoup plus grands.
Quant à l'académie, elle fut très-florissante, durant tout le cours de cette année s(-olaire. Elle était un champ toujours ouvert aux essais oratoires et aux luttes paeiiiciues de Tintel-
ligence. Cependant les diseussions sur certaines questions historiques suscitèrent quelquefois des débats extrêmement vifs et passionnés. Une fois entr' autre Monsieur le directeur fut obligé d'intervenir, pour ramener les discutants aux règles des bienséances oratoires et aux lois plus importantes de la charité chrétienne.
Au point de vue artistique, les élèves avaient accompli de véritables merveilles en fait de musique vocale et instrumentale. Lors de la distribution des prix, l'orchestre avait interprété, avec une grande perfection, des morceaux extrêmement difficiles, extraits de Rossini, de Beethoven et d'autres grands maîtres. Le chœur avait aussi fort bien réussi dans le chant de " La Yarsovienne ", pièce très remarquable, l'une des plus belles et des plus difficiles de la collection de Alf. Rolland.
Mais au milieu de ses succès intellectuels et artistiques, le Collège des Trois-Rivières subissait les cruelles étreintes de la pauA'reté et de la misère. En examinant les comptes de l'année, on constate en maints endroits que la colonne des recettes ne balance pas celle des dépenses. Mr J. N. Héroux Ptre qu.i agit comme procureur, se trouve heureusement à administrer des affaires personnelles considérables, et bien souvent il lui faut prendre dans sa bourse pour faire des avances à l'institution, afin de sauvegarder le crédit de cette dernière et de ne pas lui créer des embarras encore plus grands.
Qui ne reconnaîtrait encore ici le doigt vigilant et mystérieux de la Providence, qui avait amené à la gestion des affaires de l'institution un homme capable de l'aider de son crédit personnel, et cela juste au temps où Mr Turcotte était devenu incapable de lui continuer la protection qu'il lui avait accordée jusque-là. En effet, il est à remarc[uer qu'à cette époque la fortune de Mr Turcotte (ainsi que sa santé) se trouvait dans une complète déchéance, et le Collège n'avait plus rien à attendre de lui.
Les élèves ayant été moins nombreux cette année que les années précédentes, les recettesg énérales subirent une baisse
proportionnelle et ne s'élevèrent qu'à la somme de $3570.00, pendant que les dépenses, représentées par l'argent déboursé et la dette passive, s'élevaient au montant de $5470.00 laissant un déficit de $1900.00.
Aussi, il faut entendre le cri d'alarme jeté par le procureur, en présence d'un tel résultat. " Comme l'indique l'article Des dettes", dit-il dans sou rapport au Surintendant de l'Instruction Publique, "l'institution est dans un grand et " pressant besoin de secours pécuniaires. L'affiliation à l'Uni- " versité-Laval a nécessité l'achat de beaucoup d'ouvrages qui " ont augmenté notre dette du passé et nous oblige encore " cette année à faire l'acquisition des principaux instruments " de physique. Nous devons ajouter de plus que nos vieilles '■' casernes cjui nous abritent, s'en vont toujours se détériorant " et nous mettent dans l'indispensable nécessité de les res- " taurer quelcjue peu et même de construire quelque nouvelle " bâtisse pour pouvoir rencontrer les nécessités les plus " urgentes. "
Mr Turcotte voyant dans le succès des premiers concours du baccalauréat un argument à faire valoir auprès du gouvernement en faveur de l'institution dont il était le chef, ne manqua pas d'en tirer parti pour demander une augmentation d'octroi. Il plaida si bien que, pour l'année courante, notre allocation fut portée de $387.00 à $G00.00. C'était encore bien peu, en comparaison des besoins si grands et si nombreux de la maison, mais c'était une amélioration.
Aux 53 élèves déjà lancés dans le monde au commencement de la troisième année scolaire, vingt et un autres étaient allés se joindre durant le cours de cette troisième année et durant les vacances qui suivirent. Deux d'entre ces derniers, Eusèbe Larivière et Denis Deveau, minés par une maladie de poumons, furent bientôt conduits au tombeau. Ils moururent à quelques semaines de distance, vers la fin de l'année 1864. Parmi les autres, trois étaient devenus les disciples de Thémis, F. Turcotte, Ep. Dufresne et L. Turcotte ; quatre étaient retournés aux travaux agricoles, Ed. Côté, N. Dépin,
Tréllé Jj.'blaiic et Ad. LoranQ,"or ; les autres ue savaient encore que faire.
Cent quatre élèves avaient suivi les cours durant l'année qui venait de s'éeouler, 87 anciens et 17 nouveaux.
Ces 104 élèves étaient répartis dans les (dass es comme suit : en Philosophie 6, eu Ivhétorique 11, en Jijlles-Lettes 9, en Troisième 21, en Méthode 17, en Syntaxe 17, en Eléments 22, au Cours C. de M. Lawler un.
Il y avait i9 pensionnaires, 65 quart-pensionnaires et 20 externes. Cinquante trois (53) étaient de la ville ou de la banlieue, 39 venaient des autres paroisses du diocèse, 6 du diocèse de St-Hyacinthe, 4 de l'archidiocèse de Québec, 2 du diocèse de Montréal.
Chaque année, la question de l'ouverture d'une classe* supérieure était posée par les élèves les plus avancés. Jusqu'ici, <:'ette question avait été résolue dans l'affirmative et l'on s'était ainsi rendu jusqu'à la première année de Philosophie inclusivement. Mais pour donner l'enseignement des sciences physiques, il fallait des instruments, des collections, etc., c'était un obstacle fort sérieux pour une jeune institution c[ui ne comptait que quatre ans d'existence. Evidemment elle n'avait pas encore la force d'entreprendre une pareille tâche. Car le développement d'une institution c[ui a, et sous le rapport intellectuel et sous le rapport physic|ue, plus d'un côté de ressemblance avec le développement individuel de l'homme, ne doit pas être trop rapide ; autrement il altère considérablement les forces de cette institution cjuand il n'amène pas sa fin prématurée ; de même c[u'un individu qui grandit trop vite peut difficilement conserver une forte santé, et qu'une intelligence qui est trop précoce, est exposée à subir des abaissements.
Ainsi, dans les plans admirables de la Providence, les facultés intellectuelles de l'enfant se développent insensiblement, petit à petit, parallèlement à ses forces physiques. Tout d'abord sa langue commence à se délier et bientôt il entre en communication avec les autres membres de la société
pal' la parole. A mesure que sou iutellig'euce g'raudit, sa curiosité, piquée par tout ce qui l'entoure, interroge sans cesse sa bonne mère qui peut à peine répondre à toutes ses questions. Qu'est-ce que ceci ? A quoi sert cela ? Pourquoi mon grand frère va-t-il à l'école ? Pourquoi n'y vais-je pas avec lui ? Ainsi en est-il des progrès intellectuels d'une jeuHe institution. D'abord, elle commence à balbutier des mots par l'enseignement des langues, puis par la littérature, elle apprend à parler et à écrire. Armée de la parole, elle entre alors dans le domaine de la science proprement dite et elle interroge la nature pour connaître ses lois et ses secrets. Le Collège des Trois-Rivières en était déjà rendu là, à sa quatrième année. Une classe régulière de philosophie et de mathématiques avait été suivie par six élèves, et ces élèves demandaient à finir leur cours aux Trois- Rivières et à être initiés aux sciences physiques. Malheureusement le développement matériel de l'institution n'avait pas correspondu à son développement intellectuel. Sous ce rapport elle se trouvait même plus faible après quatre ans d'existence qu'au jour même de sa naissance. Les supérieurs durent résoudre dans la négative la question posée par les philosophes commençants et ajourner à plus tard le complètement du cours d'études. Mais pour en arriver là plus vite et plus sûrement ; ile décidèrent d'envoyer un de ces élèves, M. Nap. Caron, faire sa physique au Séminaire de Québec, afin de s'y préparer plus spécialement à l'enseignement des sciences pour l'année scolaire 1865-6(3.