G. S. BADEAUX, M.D
ame Prindent de U Ooiporation du C. T. E.
La mort de M. Turcotte lut roceasioii d'une réunion extraordinaire de la corporation Cj[ui eut à choisir un nouveau président et à nommer un nouveau membre. Monsieur le doc* teur Gr. S. Badeaux lut élu président et Monsieur le docteur A. Dubord fut clioisi comme membre remplaçant l'eu M. Tur* cotte. Au mois de janvier 18f)5, la corporation du Collège se trouvait donc composée comme suit : MM. G. S. Badeaux, président, Messire J. N. Héroux Ptre, secrétaire-trésorier, Mess. J. E. Panneton Ptre, A. L. Desaulniers, avocat, D. G. LaBarre, notaire, J. N. Bureau, avocat, Alphonse Dubord, M D.
Le mandat de la ville des Trois-Ilivières était également devenu vacant par la mort de M. Turcotte, les électeurs furent en conséquence appelés, le 16 janvier 1865, à lui choisir un successeur. Ce fut Monsieur Chs. B. de Niverville qui recueil, lit la succession de M. Turcotte au Parlement comme il lui avait déjà succédé dans son fauteuil de maire, au Conseil de la Cité.
Les examens du premier semestre, commencés par la classe de Philosophie vers le 15 de janvier, furent poursuivis sans interruption jusqu'aux plus basses classes et furent terminés vers la fin du mois. Le résultat fut très satisfaisant,
V — Le .^^ECONl) SEMESTRE.
Le mois de février s'écoula sans amener aucun incident digue de remarque. Par contre, le mois de mars vint chargé d'événements de toutes sortes. Tout d'abord, ce fut la mort de Monsieur l'abbé François Desaulniers, le plus ancien et l'un des plus savants professeurs du Séminaire de Nicolet. Cet homme qui avait consacré toute sa vie à l'enseignement avait en quelque sorte, mérité la reconnaissance de toutes les maisons d'éducation du pays par les services qu'il avait rendu à la science. Aussi ses fvmérailles réunirent-elles un nombre considérable de prêtres et de citoyens éminents, presque tous ses anciens élèves.
De temps immémorial, les exercices de la neuvaine de tS» François-Xavier se donnent régulièrement dans l'église des
Trois-Rivières durant la première semaine du carême. Cette année, elle fut prêchée avec un succès extraordinaire par le Révérend P. Bournigal, O. M. I. Les élèves assistaient aux exercices du soir et ils subissaient, en dépit de leur légèreté, les effets de l'élocjuence persuasive et entraînante de l'illustre prédicateur.
Le vendredi, 17 mars, immédiatement après la classe du matin, il y a g'rand émoi parmi les élèves et les professeurs du Collège des Trois-Rivières. Ils viennent d'apprendre que Mr Héroux, débarcjué à Portland trois jours auparavant, arrive ce jour même par le train du chemin de fer nouveau c[u'on appelle l'embranchement d'Arthabaska. En un instant, tout le monde est sur pied, tous nos militaires ont l'arme au bras et Mr Héroux est reçu au milieu des plus vives acclamations et sous le salut de nos carabiniers. Il est aussitôt introduit dans la salle de récréation et il y reçoit de la part des élèves une adresse de bienvenue à lacjuelle il peut à peine répondre, tant est grande l'émotion qu'il éprouve de se retrouver au milieu des siens. Mais il promet à la communauté de lui raconter plus tard, en détail, tous les incidents de son voyage, (a)
La fête patronale du Collège, tombant un dimanche cette année, les élèves s'efforcèrent de la rendre la plus solennelle possible. Non contents de cela, ils assistaient encore le lendemain à une autre messe solennelle commandée par l'Union St-.Ioseph. Le soir de ce même jour, lundi, ils se réunissaient autour de leurs bien-aimés directeurs. Messieurs Joseph E. Panneton et Joseph N. Héroux, pour leur faire une splendide fête. Aux adresses et aux chants de circonstance, ils ajoutèrent une jolie soirée dramatique à laquelle assistaient Mgr Cooke, tout le clergé de la ville et les principaux citoyens,
A quelques jours de là, les élèves du Collège des Trois- Rivières pouvaient constater que la vie n'est qu'une alterua-
(ii) Ce récit quo .Mr Héroux doniiii aussi a l'institut L-anadion des Truis-Riviùros. après lavoir tout d abord coniiuuni(juû aux élèves du Collège, fut ensuite publié dan^ le .Journal des Trois- Kivihes (première aunéo.)
n\"o do jours di\joio ot do jours de tristesse, et encore ces detuiers sont-ils toujours plus uoinbreux ; eu effet, le Collège faisait uue pjrtv^ d'autaut plus sensible qu'cllr» était plus prompte et plus inattendue. Monsieur Irénée Eourque, Eccl. premier maître de salle succombait, après quelques jours de maladie seulement, à des lièv^res tellement malig-nes qu'on fut obligé de l'enterrer le plus tôt possible, à cause du danger de la contagion. Décédé le vendredi matin, 7 avril, il dut être enterré le lendemain après-midi, alors que son service avait été fixé au lundi suivant pour nous permettre d'informer ses parents. Car sa maladie avait été si prompte, que ses parents qui demeuraient au sud du fleuve, à deux milles à peine au-dessous de la ville, n'avaient pu être prévenus. An reste, on était au temps de la débâcle, c'était la veille même, le 6 avril, que la glace avait commencé à s'ébranler devant les Trois-Rivières, et les communications avec le sud étaient fort difficiles.
Mr Bourque fut donc enterré le samedi soir, en présence de quelques confrères seulement, car on était tellement effrayé de cette mort soudaine, cju'on ne trouva pas prudent pour la communauté d'assister aux funérailles. Cependant un service solennel fut chanté à la cathédrale le lundi suivant qui se trouvait, cette année là, le lundi de la semaine sainte.
Mr Bourque fut particulièrement regretté de ses supérieurs. C'était un modèle de fidélité et de dévouement, et il remplissait sa charge délicate avec beaucoup de succès. S'il n'eut pas été moissonné si tôt, il eut pu devenir un très excellent prêtre. Comme il était aidé dans sa charge de régent par Mr Pierre Eoberge, celui-ci resta seul régent le reste de l'année, et à sou tour il fut aidé par les maîtres de classe.
VI — La débâcle.
Ceux qui furent témoins de la débâcle de Tannée 1865^ n'oublieront jamais les scènes terribles dont elle fut accompa* gnée. L'eau du fleuve St-Laurent avait atteint une hauteur démesurée et telle qu'on ne l'avait jamais vue jusque là, de
mémoire d'homme. Eu plusieurs endroits sou niveau dépassait de douze, de quinze et même de vingt pieds, celui des basses eaux en été. Plus de la moitié da la ville des Trois-Rivières était submergée. L'eau couvrait tout le quartier St-Philippe et une partie du quartier St-Louis ; elle inondait les rues du "Fleuve", Craig, Notre-Dame, Badeaux, St- Philippe, Royale, St-Olivier, St-Antoine, St-Georges, St-Roch, etc, etc. Dans la banlieue et dans tout le district des Trois-Rivières, l'eau s'étendait à plusieurs milles de chaqu3 côté du fleuve et submergeait aussi un nombre cousidérable de fermes et de bâtiments de toutes sortes.
Or il arriva que le 12 avril, vers midi, éclata tout à coup un vent d'ouragan qui soulevait sur cette vaste mer des vagues énormes auxqu 41es rien n^ pouvait résister. La glace du lac St- Pierre, forte de plusieurs pieds d'épaisseur, dut bientôt céder à la violen-e de la tempête et la débâcle générale se lit avec une invincible fureur. Qui pourra dire toutes les scènes d'angoisses, d'horreur et d'agonie qui se passèrent alors dans toutes les maisons échelonnées sur les bords désolés de notre grand fleuve, et que venaient soulever et ébranler des vagues furieuses. En lisant les journaux du temps, nous ne voyons se dérouler sous nos yeux qu'une petite partie de ce drame épouvantable (|ui dura plusieurs heures.
La communauté trifluvienne, du haut de sa t errasse, contemplait avec effroi, mais avec une certaine curiosité, ce spectacle grandiose et terribhv Bientôt, elle vit passer les premières épaves des bâtiments renversés sous l'effort des vagues, c'étaient ceux de deux maisons du haut de la rue Notre-Dame. Ces débris de la fureur de la tempête passèrent ainsi pendant trois jours en face des Trois-Rivières, en m ême temps que les banquises du lac, attestant que de nombreux désastres avaient été causés sur différents points des deux rives. Il n'est pas de localité qui n'eut à déplorer quelques pertes de vie. Mais ce fut particulièrement dans les îles du haut du lac St-Pierre que la tempête causa plus de dégâts, fit plus de victimes, et où les scènes les plus tragiques furent plus nombreuses et plus épouvantables.
Au milieu de ces désastres, le Canada se vit, par dessus le marché, menacé sérieusement d'une invasion fénienne. Les compagnies de volontaires furent appelées sous les armes pour défendre la patrie. Le 26 avril, celle des Trois-llivières partait pour la frontière. La ville fit une solennelle et brillante démonstration à ses enfants, à l'occasion de leur départ pour la guerre, mais, au milieu de cette fête, il y avait bien des cœurs qui saignaient, surtout ceux des mères de famille qui voyaient partir leurs enfants, peut-être pour ne plus les revoir. La compagnie du Collège alla saluer à leur départ nos soldats triliuvieus, et leur souhaiter de brillantes victoires sur l'ennemi, un prompt et heureux retour.
L'événement saillant du mois de mai fut la fondation du Journal des Trois-Rivières, avec un ancien élève, M. Mag. McLeod pour rédacteur en chef. Le premier numéro parut le 19 mai. Désormais M. McLeod suivra attentivement les événements importants qui intéresseront son Alma mater, et il sera un témoin fidèle qui communiquera ces faits intéressants à ses confrères et amis, au fur et i\ mesure qu'ils se dérouleront sous ses yeux.
Le 22 mai, la corporation adopta une décision fort importante, en réglant définitivement que le cours classique se compléterait, l'année suivante, par l'enseignement des sciences physiques. A cet effet, elle autorisa un emprunt pour l'achat des instruments rigoureusements nécessaires. La commande de ces instruments fut immédiatement remise aux messieurs du Séminaire de Québec qui voulurent bien s'en charger et qui de plus, s'engagèrent à nous procurer ces instruments pour la prochaine ouverture des classes.
Le 27 mai, les directeurs ài\ Collège eurent la douleur très-amère de donner un congé immédiat et indéfini à leur professeur d'anglais qui, nonobstant les avis charitables qu'on lui avait déjà plusieurs fois donnés, ne se conduisait pas de manière à donner satisfaction à ses supérieurs.
Il fut remplacé dans sa classe par M. J. Bte Lamothe, exfrère des Ecoles Chrétiennes qui, ayant passé plusieurs
années aux Etats-Unis, possédait fort bien l'anglais et les antres connaissances nécessaires à un professeur de classe industrielle.
Pour faire une dii?ne commémoration de leurs «"raudes compagnes au sucre, les élèves eurent l'autorisation d'aller passer leur congé du 7 juin à la rivière Godefroy. Tous les incidents ordinaires d'une pareille journée plus, les plaisirs de la pêche, se renouvelèrent pour le repos intellectuel des élèves. Il faudrait peut-être encore ajouter les charmes ou les ennuis d'une traversée en bateau à vapeur ; mais comme le temps était beau et calme, personne ne souffrit du mal de mer, et nul souci ne vint troubler les joies pures de ce jour.
La fête de St-Jean-Baptiste fat chômée avec grand pompe par les citoyens des Trois-Rivières. Los communautés et les diverses sociétés rivalisèrent de zèle et d'entrain pour rendre la procession aussi belle que possible. Dans l'après-midi, il y eut au Collège, comme à l'ordinaire, une grande séance littéraire donnée sous le patronage de l'académie. Cette séance fut présidée par M. Ls Côté, professeur de Belles-Lettres, qui lit un remarquable discours sur " lea traditions canadiennes. " Les autres orateurs qui prirent la parole à cette séance furent MM. P. 8. Dagnault et Gastave Turcotte. Pour finir M. l'abbé Baillargeon, curé des Trois-Rivières, adressa cjuelques paroles d'encouragements et de bons conseils qui furent chaleureusement applaudis.
La compagnie de no» élève» miliciens,^ organisée dès le commencement de l'année sous la direction de M. Em. Dupont qui était allé prendre ses diplômes de cadet de l'école militai' re de Québec, fit de grands progrès dans le maniement des armes et dans les diver-ses évolutions d'infanterie. Comme on l'a va, nos soldats paradùreiit avec succès dans toutes nos fêtes et notamment à la St-Jean-Baptiste. Voici au sujet de notre compagnie les remarques faites par le " Journal des " Trois-Rivière». Puisque nous en sommes sur la question de " milice, nous en prendo-ns occasion pour dire que la compa- " o-nie du Collège des Trois-Rivières, dans son dernier exerci-
•' co aiiquol nous avons assisté, a fait preuve, elle aussi, de " beaucoup d'habilité dans ses évolutions, et qu'elle a droit " d'être fiùre d'avoir pour instructeur, M. Emmanuel Dupont, '■ puisqu'il sait la pousser, à si grands pas, dans la voie du " succès et de l'honneur. "
VII — Le concours du bâcciliurèat et la distribution