‹ Histoire du Collège des Trois-Rivières; première periode de 1860-à 1874Chapitre 37 sur 84 · APPRÉCIATIOX GÉNÉRALE DE LA CINQUIÈME ANNÉE · texte numérisé non relu

APPRÉCIATIOX GÉNÉRALE DE LA CINQUIÈME ANNÉE

Le lecteur n'a pas oublié les remarques que nous faisions dans nos appréciations des dernières années. Or, les éléments des différentes classes n'étant pas sensiblement changés, il n'}^ a pas lieu de tenir un langage différent de celui que nous tenions l'an passé. Cependant j'ai le plaisir de pouvoir donner l'appréciation de quelques journaux qui ont eu la bienveillance de s'occupev de notre institution. Voici comment le Journal de T Instruction Publique, dans son numéro de juillet et août parle de notre Collège. Après avoir donné un résumé du programme de notre séance de distribution de prix, il ajoute : " Le Collège des Trois-Eivières est une jeune institu- '• tion qui s'est fondée au milieu de grandes difficultés et qui " se soutient surtout par le zèle de ses directeurs et de ses " professeurs. Elle est déjà cependant affiliée à l'Université- " Laval et dans les concours univer.sitaires, les élèves ont " remporté des succès distingués.

A propos de cet éloge qu'il cite, le •' Journal des Trois- Rivières " du premier septembre écrit : '" Nous sommes heu- " reux de pouvoir constater ce court éloge du Journal de " l'Instruction Publique eu faveur du Collège des Trois- " Rivières. En effet, le Collège a été fondé et subsiste au " milieu de grandes difficultés qui, nous osons l'espérer, dimi- '* nuent tous les jours et disparaîtront bientôt sous la direction " des messieurs qui sont à la tête de cette maison qui, toute " humble et modeste qu'elle ait été dans sa fondation et sou

" existence, n'a plus rien ou peu à envier aux institutions du " même genre, si ce n'est l'indépendance dont la fortune et la " générosité les ont dotées

" Si nous sommes bien informé, trois des élèves du Col- " lège des Trois-Rivières doivent prendre la soutane cet au- " tomne et y demeurer comme professeurs. Les talents de ces " jeunes messieurs ne manqueront pas de donner confiance ' aux parents qui dirigent leurs enfants vers cette maison. " C'est un des obstacles de moins cjue cette maison a ren- " contré lors et depuis sa fondation.

" Cette maison donnera sans doute aussi elle, des sujets " qui pourront prendre place dans toutes les classes de la " société et lui faire honneur par leurs talents, leur bonne " éducation et surtout, nous osons l'espérer, par leur atta- " chement à leur religion, à leur patrie et à leur nationalité. "

Oui, cher rédacteur, les voeux que vous exprimez ici, se réaliseront bientôt ! Déjà même, ils sont à l'état de fait accompli et je n'en voudrais pas d'autres témoins que vous-même et vos confrères ! Mais voyez donc un peu ? Déjà vous êtes plus de cent ciui avez quitté le Collège. Vous êtes répandus dans les bureaux des hommes de loi, derrière le comptoir des maisons de commerce, au milieu des travaux de l'industrie et de l'agriculture. Déjà on vous voit partout et partout vous attestez par votre bonne conduite, par vos convictions religieuses et patriotiques que le Collège des Trois-Rivières est un arbre excellent puisc^u'on y cueille de très-bons fruits. Il est vrai que l'Eglise arrive plus tard pour commencer à cueillir les siens ; mais c'est parce qu'elle désire ne les détacher de r arbre que quand ils sont parfaitement mûrs.

Je reviens à mon coup d'œil général sur l'année scolaire 1864-G5. Cent neuf élèves avaient fréquenté les classes durant cette année, trente-deux nouveaux et soixante et dix-sept anciens. Or l'année scolaire 18G3-64 avait compté 104 élèves, c'étaient donc 27 qui étaient sortis dans le monde et qui s'étaient dispersés dans les différentes classes de la société, ce

qui portait à cent un le nombre des élèves déjà sortis au commencement de l'année 1864-1865.

Ces cent neuf élèves étaient répartis dans les différentes classes comme suit ; onze en Philosophie, six en llhétorique, treize en Belles-Lettres, douze en Versification, quinze en Méthode, quatorze en Syntaxe, vingt eu Eléments et dix-huit^ au Cours commercial.

Il y avait 19 pensionnaires, 65 quart-pensionnaires et 25 externes. Sauf six jeunes protestants de la ville, tous les autres étaient des catholiques. Il y avait 56 élèves appartenant à la ville ou à la paroisse des Trois-Rivières, les autres venaient de tous les points du Bas-Canada.

Les recettes de toutes sortes s'étaient élevées à la somme de |4,380 dont $.')88 par l'octroi di^ gouvernement. Les dépenses avaient dépassé ^4,950, laissant un déficit sur l'année d'environ $600, laquelle somme ajoutée au déficit de l'année précédente portait la dette passive du Collège à $2,500.00. Ce résultat financier n'avait rien de bien rassurant, bien qu'il eût été amené par les déboursés extraordinaires c|u'on avait dû faire pour préparer la classe de Physique.

Tout de même, le Séminaire de Nicolet avait bien quelques raisons d'espérer que son jeune rival finirait bientôt par mourir de faim et de misère ! Mais on avait tort de prophétiser sa fin prochaine ! Il avait une constitution robuste qui pouvait résister longtemps à la misère, et la maigre pitance qu'il pouvait se procurer annuellement suffisait sinon à le développer, du moins à lui conserver la vie.

C'est donc à dire que cette crise financière fut une des plus rudes et des plus longues épreuves que le Collège ait eu à surmonter. Encore si c'eut été la seule ! Mais à propos, je crois devoir dire quelques mots de celle à laquelle " Le Journal des Trois-Rivières " faisait allusion tout à l'heure, en disant que le Collège en recrutant ses professeurs parmi ses propres sujets, aurait par là un obstacle de moins à surmonter.

Oui, quiconque voudra faire le bilan du mérite des direc-' teurs du Collège des Trois-Rivières, devra faire une large part aux difficultés très grandes qu'ils rencontraient chaque année dans la formation du personnel de la maison. Ces difficultés sont d'abord nulles les deux premières années, parce que le Séminaire de Nicolet ayant une surabondance de vocations ecclésiastiques, pouvait fournir aux besoins des deux institutions. Dès la troisième année, ces difficultés commencent à se laissef entrevoir, Tannée suivante, elles se surmontent encore assez facilement. Mais enfin, la cinquième année, les directeurs sont obligés de briser l'homogénéité du personnel, en admettant des sujets étrangers. De là, entre ces professeurs qui ne s'étaient jamais connus, des divergences d'opinions et de sentiments, sources de petites misères intestines qui se cachaient à l'attention des directeurs, c]ui n"entravaient pas absolument la marche des classes, mais qui rendaient plus désagréable le séjour du Collège et qui empêchaient ces professeurs de se regarder comme des frères, de s'attacher à la maison trifluvienne et de s'en faire une autre famille. M- Richard n'exerçant encore aucune charge ou autorité qui pût inspirer quelque défiance à ses jeunes confrères, se trouvait naturellement le confident de tous leurs secrets et le témoin de tous leurs démêlés. Aussi usait^il largement du crédit que lui assurait la confiance que tous reposaient en sa prudence et en son expérience, pour donner d'utiles conseils, piour travailler au maintien de la paix et de la concorde, et pour adoucir ce qu'il y avait de plus pénible dans les devoirs du professorat. Tantôt il versait du baume sur des plaies qui menaçaient de s'envenimer ; tantôt il s'efforçait de prou' ver les intentions pures et droites de ceux qu'on attaquait ; d'autrefois il rappelait le précepte donné par l'apôtre : Alter alteriiis onera portate et si adiinplebitis legem Chrisli, et il faisait voir que dans l'observance de ce commandement se trouvait le secret du bonheur dans la vie de communauté.

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